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Fulvia Film


Aux côtés d'autres compagnies comme Flora Film ou Medusa, Fulvia film incarne de manière exemplaire le cinéma " bis " italien des années 80. Au cours de cette décennie, Hollywood fut en effet concurrencé par une frange de l'industrie cinématographique italienne qui misait sur une recette simple : retenir les scénarios des gros succès américains et en réaliser des copies à petit budget. Dans la plupart des cas, les spectateurs qui avaient apprécié l'original américain se ruaient sur la copie sans se soucier de sa qualité ; et même si la copie ne marchait pas, cela ne coûtait pratiquement rien à ses producteurs vu que le budget de départ était dérisoire. Elémentaire, mais il fallait y penser ! Et lorsque Fabrizio De Angelis, le chef de file de Fulvia Film, s'en mêlait, ce genre de pratique confinait à l'art, comme nous allons le voir dans l'article suivant.


La genèse (1976-1979)
Né en 1940 à Rome, Fabrizio de Angelis fait ses classes comme producteur délégué auprès d'Edmondo Amati, un autre vieux routard du bis. C'est en 1976 qu'il participe à son premier film en tant que producteur principal : Napoli violenta, un polar musclé réalisé par Umberto Lenzi. Dès l'année suivant, il fonde sa propre structure, Fulvia Film. Problème : il faut beaucoup d'argent pour faire vivre une maison de production, et De Angelis n'a pas un sou. Pour engranger rapidement des bénéfices, celui-ci se tourne alors vers un genre qui ne coûte pratiquement rien mais trouve toujours son public : le porno soft. Il fait appel à un spécialiste du genre, Joe d'Amato, qui réalise pour Fulvia Emmanuelle e gli ultimi cannibali (1977) puis La via della prostituzione (1978). Dès ces premières productions, De Angelis démontre un grand sens du recyclage : l'héroïne, Emmanuelle, est empruntée sans vergogne au cinéaste français Just Jaeckin, et certains plans du premier film sont réutilisés tels quels dans le deuxième (des images de New York, sans doute trop onéreuses pour être tournées deux fois).

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La carrière de De Angelis décolle vraiment en 1979 lorsqu'il produit Zombi 2. L'idée de départ vient du scénariste Dardano Sacchetti, qui a co-écrit l'histoire avec sa femme Elisa Briganti. De Angelis est très intéressé par le script mais n'a pas assez d'argent pour produire le film lui-même. Il se tourne finalement vers une compagnie de troisième zone, Variety, qui végète depuis les années 60. Au final, Zombi 2 passe inaperçu en Italie mais triomphe à l'étranger, où il accumule près de 30 millions de dollars de recettes. Le succès du film revient pour une grande part à De Angelis : c'est qui a choisi l'excellent réalisateur Lucio Fulci ; c'est lui qui suggère à Fulci d'inclure dans le film deux de ses meilleures scènes (l'ouverture au large de New York et le final sur le pont de Brooklyn) ; enfin c'est lui a l'idée de titrer le film Zombi 2 pour profiter du succès du Zombie de George Romero, sorti l'année précédente aux Etats-Unis. Bref, en l'espace d'un an, De Angelis réussit à se faire un nom et à se remplir les poches, ce qui lui permet d'investir davantage dans sa propre compagnie.


Les années fastes (1980-1985)
Dans la première moitié des années 80, Fulvia Film prend son essor et s'impose peu à peu comme l'une des compagnies italiennes les plus prolifiques. Son succès repose sur une mécanique bien huilée : Dardano Sacchetti, employé à plein temps par De Angelis depuis le triomphe de Zombi 2, se rend régulièrement aux Etats-Unis pour y repérer le film à la mode ; une fois rentré en Italie il écrit un scénario qui évoque fortement celui du film américain à la mode, sans être parfaitement identique pour éviter d'être accusé de plagiat ; De Angelis charge un réalisateur peu scrupuleux (en général Lucio Fulci ou Enzo Castellari) de tourner le plus vite possible un film à partir du scénario de Sacchetti. Au final, le produit Fulvia doit sortir en Europe juste après, voire même juste avant le succès américain dont il est inspiré, de façon à capter son public. Et la plupart du temps, ça marche !
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Au milieu d'une production foisonnante, on peut distinguer deux genres dominants. De 1980 à 1982, le film de morts-vivants tient le haut du pavé, avec des titres comme Zombi holocaust (Marino Girolami, 1980), L'aldila (Fulci, 1981) ou Quella villa accanto el cimitero (idem). Mais la surenchère dans le gore a tôt fait d'épuiser le genre. A partir de 1982, Fulvia se réoriente vers le néo-barbare post-apocalyptique avec une série de films violents réalisés par Enzo Castellari : I guerrieri del Bronx (1982), I nuovi barbari (1982), Fuga del Bronx (1983)… De Angelis s'implique beaucoup dans la conception des films : c'est lui qui choisit Marco Di Gregorio, un culturiste inexpressif de 17 ans, pour interpréter le rôle principal du mythique I Guerrieri del Bronx. Pour Di Gregorio, c'est le début d'une longue carrière chez Fulvia, qui se poursuivra notamment avec Thunder (1983), un plagiat de Rambo réalisé par De Angelis en personne sous le pseudonyme de Larry Ludman.


1987-1994 : à la recherche de la gloire perdue
A partir de 1985, le cinéma italien est victime d'une grave crise structurelle. La concurrence conjuguée des firmes américaines et de la télévision rend très difficile la survie de petites compagnies comme Fulvia. Autre problème : les succès américains de l'époque reposent de plus en plus souvent sur des effets spéciaux faramineux que les studios italiens ne peuvent absolument pas reproduire, à moins de se couvrir de ridicule. La situation est si compliquée que De Angelis envisage un temps de mettre la clef sous la porte : Fulvia ne produit aucun film pendant toute l'année 1986.
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L'activité redémarre finalement l'année suivante, mais dans des conditions franchement déplorables. En plus de la conjoncture évoquée précédemment, Fulvia accumule les déboires : De Angelis se brouille avec Fulci, tandis que Castellari fait ses valises pour les Etats-Unis où il vient de signer un contrat juteux avec Cannon. Privé de ses deux meilleurs réalisateurs, la firme doit se rabattre sur des seconds couteaux comme Luigi Cozzi (immortel réalisateur de Starcrash, le Star Wars italien) pour Paganini horror (1989), Giannetto De Rossi (maquilleur attitré de Fulci mais meilleur maquilleur que réalisateur, hélas) pour Cyborg (1989), sombre plagiat du calamiteux Cyborg de la Cannon avec Jean-Claude Van Damme, ou encore Giuliano Carnimeo pour l'abominable Quella villa in fondo al parco (1988), mieux connu sous son titre anglais de Ratman. Par souci d'économie, De Angelis réalise de nombreux films lui-même, sous son pseudonyme de Larry Ludman : Killer Crocodile (1989) et sa suite Killer Crocodile 2 (1990), Thunder 3 (1988), ainsi que la série des Ragazzo dal kimono d'oro (six films de 1987 à 1994), vaine tentative pour réorienter la production de Fulvia vers le kung-fu. La plupart des films cités dans ce paragraphe ne trouvent pas de distributeurs pour le cinéma et doivent se contenter d'une sortie en vidéo. Ecoeuré, De Angelis dépose les armes en 1994. C'est la fin de Fulvia Film, après 17 ans de bons et loyaux services.


Conclusion
Attention, l'objectif de cet article n'est pas de faire une hagiographie de Fulvia Film. Présenter l'entreprise de Fabrizio De Angelis comme une des plus grandes compagnies de l'histoire du cinéma italien serait aussi injustifié qu'absurde. En revanche l'étude de Fulvia Film a un intérêt historique : elle révèle comment, à une certaine époque, la roublardise pouvait compenser l'absence d'inspiration et de moyens financiers. Elle a permis à Fabrizio De Angelis et Dardano Sacchetti, véritables pieds nickelés du cinéma, de produire des films à partir de rien pendant près de vingt ans. Pour cela, il leur a fallu utiliser tous les stratagèmes les plus malhonnêtes : usurpation de franchise (Zombi 2), plagiat (tous les films Fulvia), vente des droits de distribution pour payer le tournage du film (idem), utilisation de pseudonymes (Larry Ludman alias Fabrizio De Angelis, Louis Fuller alias Lucio Fulci, EG Rowland alias Enzo Castellari)… A côté de tels personnages, même Menahem Golan a l'air honnête. A la rigueur, seul le tandem Franco Gaudenzi / Bruno Mattei de Flora Film peut soutenir la comparaison.


Fulvia Film en DVD
Pendant sa courte existence Fulvia une quarantaine de films dont voici la liste exhaustive : 1. The Iron Girl (1994)
2. Sogno d'amore (1994)
3. Ragazzo dal kimono d'oro 6, Il (1993)
4. Ragazzo dal kimono d'oro 4, Il (1992)
5. Ragazzo dal kimono d'oro 5, Il (1992)
6. Ragazzo dal kimono d'oro 3, Il (1991)
7. Killer Crocodile II (1990)
8. Ragazzo delle mani d'acciaio, Il (1990)
9. Ultima partita, L' (1990)
10. Killer Crocodile (1989) Beam / Creative Axa
11. Paganini Horror (1989)
12. Cobra Mission 2 (1989)
13. Cyborg, il guerriero d'acciaio (1989)
14. Predatori della pietra magica, I (1989)
15. Ragazzo dal kimono d'oro 2, Il (1988)
16. Bye Bye Vietnam (1988/I)
17. Colpo di stato (1988)
18. Quella villa in fondo al parco (1988)
19. Thunder III (1988)
20. Ragazzo dal kimono d'oro, Il (1987)
21. Cane arrabbiato (1985)
22. Cobra Mission (1985)
23. Thunder II (1985)
24. Thunder (1983)
25. Fuga dal Bronx (1983) Vipco
26. Manhattan Baby (1982)
27. I guerrieri del Bronx (1982)
28. Squartatore di New York, Lo (1982)
29. Pierino la peste alla riscossa (1982)
30. Nuovi barbari, I (1982) Shriek Show
31. Quella villa accanto al cimitero (1981)
32. E tu vivrai nel terrore - L'aldilà (1981) Anchor Bay
33. Zombi Holocaust (1980) Shriek Show
34. Sesso profondo (1980)
35. Dove vai se il vizietto non ce l'hai? (1979)
36. Via della prostituzione, La (1978)
37. Insegnante balla... con tutta la classe, L' (1978)
36. Emanuelle e gli ultimi cannibali (1977)



Evidemment, Fulvia n'a pas eu l'occasion de développer elle-même une branche DVD. Les films de la dernière période (n°1 à 20) n'ont pas encore eu les honneurs de ce format, sauf au Japon chez les éditeurs Beam et Creative Axa. En revanche, les années 1980-1985 (n°21 à 34) du catalogue sont bien couvertes. En zone 1, Anchor Bay et Shriek Show se partagent le gâteau. En zone 2, l'anglais Vipco a édité la plupart des films de Fulci et de Castellari. Sur le marché français, NeoPublishing a réalisé de superbes éditions collector des principaux films de Lucio Fulci. Enfin, la trilogie néo-barbare d'Enzo Castellari (Nuovi barbari, Guerrieri del bronx, Fuga del bronx) est sortie directement dans les kiosques à journaux grâce à l'éditeur indépendant Grenadine.

   Auteur: Sébastien Bouché          Publication: 01/09/2005
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