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Universum Film Aktien Gesellschaft (U.F.A.)


La UFA peut être considérée comme la compagnie emblématique du cinéma allemand, de la même façon que Gaumont symbolise aujourd'hui le cinéma français ou que Rank symbolisait le cinéma britannique. De plus la UFA possède une place considérable dans l'histoire du cinéma en général : dans l'entre-deux guerres, elle fut la seule compagnie européenne à être capable de rivaliser sérieusement avec Hollywood.
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A la même période, elle a connu une évolution très contrastée : d'abord firme d'avant-garde au service d'auteurs innovants (Lang, Murnau), elle s'est peu à peu muée en machine de propagande au service du régime nazi, ce qui causa en grande partie sa perte. Voilà pourquoi cet article lui est consacré.


La genèse de la UFA
La UFA naît et meurt sous le signe de la propagande. En 1917, alors que la Première Guerre Mondiale traîne en longueur et que la population allemande commence à perdre espoir, le général Ludendorff a l'idée de produire des films patriotiques afin de regonfler le moral des troupes. Pour ce faire, il crée la compagnie Universum Film Aktiengesellschaft, financée en grande partie par des capitaux privés dont ceux de la Deutsche Bank. Un an plus tard, la défaite emporte le régime militaire de Guillaume II. La UFA met ses ambitions patriotiques au rencard et se réoriente vers des comédies légères, idéales pour faire oublier aux Allemands le traumatisme de la guerre. C'est ainsi que sont produits les premiers films du metteur en scène Ernst Lubitsch, qui deviendra plus tard une star aux Etats-Unis : Carmen (1918) et Madame Dubarry (1919).


L'ère Erich Pommer
Dès le début des années 20, la UFA mène une politique expansionniste en rachetant les compagnies concurrentes. En 1921 elle fait l'acquisition de Decla Bioskop, la société d'Erich Pommer qui avait triomphé en 1919 avec Das Kabinett des Doktors Caligari de Robert Wiene. Le même Erich Pommer est bombardé directeur de la UFA et va emmener la compagnie vers la gloire. Sous sa conduite, la UFA se lance dans des productions de plus en plus ambitieuses, tant sur le plan financier qu'artistique.
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Pommer oriente la compagnie vers des genres encore balbutiants à l'époque, le fantastique et la science-fiction, que le vocabulaire allemand englobe sous le même terme de Traumfilme, les "films imaginaires". Pour ce faire il recrute les deux cinéastes les plus talentueux de l'époque, Fritz Lang et Friedrich-Wilhelm Murnau, et leur donne carte blanche. Ces derniers livrent alors à la UFA ses plus grands chefs-d'œuvre : Doktor Mabuse, Nibelungen, Metropolis pour Lang, Nosferatu, Der letzte Mann et Faust pour Murnau. La compagnie n'hésite pas à débloquer de gros budgets pour des productions parfois pharaoniques (les décors de Metropolis, le dragon des Nibelungen) et distribue elle-même les films à l'étranger, où ils sont accueillis avec succès. Autre domaine où la UFA se distingue : les affiches de promotion. Gothiques, constructivistes, ou expressionnistes, elles se distinguent toutes par leur originalité et leur raffinement, et reflètent tous les grands courants artistiques de l'entre-deux guerres. En ces années folles, la UFA arrive même à concurrencer les firmes américaines, aussi bien au niveau du prestige que du chiffre d'affaires. Cet âge d'or est, hélas, de courte durée.
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Dès 1926, la UFA est victime de son succès : ses plus grands talents, comme le réalisateur Friedrich-Wilhelm Murnau ou l'acteur Emil Jannings, reçoivent des ponts d'or d'Hollywood et font leurs valises pour les Etats-Unis. En 1927, la situation devient critique : au moment où la UFA doit se moderniser pour passer au cinéma parlant, elle subit la plus grande déroute financière de son histoire avec l'échec de Metropolis de Fritz Lang. Finis les rêves de grandeur : la compagnie doit désormais revoir ses ambitions à la baisse et prendre l'argent où il se trouve. Elle signe un contrat de distribution avec Paramount et ouvre son capital à un nouvel actionnaire, Alfred Hugenberg, leader du mouvement d'extrême droite Le Casque d'Acier. Cette présence néfaste jouera un rôle crucial dans l'évolution de la UFA après 1933.
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A la fin des années 20, Erich Pommer sait qu'il ne peut plus affronter directement les compagnies américaines et choisit donc de collaborer avec elles. Le sommet de cette collaboration est atteint avec Der blaue Engel (1930), une co-production UFA / Paramount, qui propulse Marlene Dietrich au rang de star internationale. Le réalisateur du film (Joszef Von Sternberg) et l'acteur principal (Emil Jannings) sont tous les deux Allemands mais travaillent depuis plusieurs années à Hollywood. En parallèle, la UFA délaisse les Traumfilme, trop chers, pour s'orienter vers des drames réalistes ou des comédies. Frau im Mond, tourné par Fritz Lang en 1929, fait figure d'exception. Mais c'est par une comédie, Drei von der Tankstelle (Wilhelm Thiele, 1930) que la UFA décroche son dernier vrai grand succès populaire.


Le régime nazi et la UFA
En 1933, l'arrivée au pouvoir d'Hitler coïncide avec la création d'un ministère de la propagande, dirigé par Joseph Goebbels, dont la mission est de chapeauter toute la production culturelle allemande. Sous l'influence de son principal actionnaire, Hugenberg, la UFA s'empresse de se soumettre à l'influence nazie. Les derniers piliers de la compagnie, dont Erich Pommer et Fritz Lang, refusent de perdre leur indépendance artistique et s'exilent vers les Etats-Unis. Curieusement, l'acteur vedette Emil Jannings choisit de rester en Allemagne, ce qui lui vaut d'être hissé au rang d'emblème du nouveau régime. Dans le même temps, Hugenberg et Goebbels rachètent les dernières compagnies allemandes indépendantes et les font fusionner avec la UFA pour construire un véritable empire cinématographique en situation de monopole. De fait, la UFA remplit entre 1933 et 1945 le rôle de compagnie nationale au service de l'idéologie nazie.
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Durant ces douze années, la firme qui fit la gloire de l'Allemagne dans les années 20 n'est plus que l'ombre d'elle-même. Tous les hommes de talent ont fait leurs valises, seuls sont restés de modestes exécutants prêts à obéir aux ordres de Goebbels sans discuter. Les productions UFA de l'époque alternent films patriotiques consacrés à des épisodes glorieux de l'histoire germanique, comme Munchausen (Josef Von Baky, 1943, premier film allemand en couleurs) ou Kolberg (Veit Harlan, 1945), et franche propagande antisémite comme Jude Süss (Veit Harlan, 1940). Dans tous les cas, aucun réalisateur ne s'autorise la moindre créativité. La fin de la 2nde Guerre Mondiale et la chute du régime nazi en 1945 portent un coup fatal à la compagnie.


La UFA depuis 1945
Condamnée pour collaboration avec le pouvoir hitlérien, la UFA doit cesser ses activités en 1945. Elle est démantelée quatre ans plus tard, au moment de la partition de l'Allemagne. A l'Est, ses studios berlinois sont nationalisés et forment le noyau de la future compagnie d'Etat DEFA. A l'Ouest, son capital est dispersé entre plusieurs investisseurs privés. C'est dans les années 60 que ce qui reste de la UFA tombe entre les mains du géant de la communication Bertelsmann.
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La firme abandonne le cinéma à proprement parler pour se concentrer sur deux activités : la production de téléfilms et l'exploitation d'un réseau de salles, les UFA-Theater, qui fait toujours partie des plus importants d'Europe. Si le nom de UFA n'est pas mort, la véritable activité créatrice de la firme semble elle appartenir au passé.


UFA en format DVD
Le catalogue pléthorique de la UFA (plus de 400 films et téléfilms) est encore assez mal couvert en format DVD. La compagnie elle-même n'a pas de branche consacrée à ce support. En revanche tous les chefs-d'œuvre qu'elle a produits dans les années 1920 et 1930 sont disponibles chez d'autres éditeurs, notamment Kino International (Metropolis, Frau im Mond), et Image Entertainment (Doktor Mabuse).
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Une bonne partie des pellicules tournées avant la guerre ont hélas disparu dans les bombardements de 1944-1945.







   Auteur: Sébastien Bouché          Publication: 01/11/2004
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