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DVDEF

Punch-Drunk Love (Superbit Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Paul Thomas Anderson est l'un des cinéastes les plus prometteurs de la nouvelle génération et malgré son jeune age (32 ans), il possède déja à son actif quatre oeuvres ambitieuses, originales et très réussies.

Dès son premier film, Hard Eight (1996), il est également écrivain du scénario et collabore déja avec Jon Brion (musique) et Robert Elswit (photographie). On y sent déja la patte d'un réalisateur à part, doté d'un univers et de thèmes reconnaissables et qui évolueront au fur et à mesure de sa carrière. Le sujet et le traitement sont originaux et virtuose, même si plus proche d'une production classique que ses futures oeuvres. Avec Boogie Nights (1997), il deviendra également producteur de ses films de façon à mieux pouvoir les contrôler. Son ambition et son talent unique y éclateront vraiment et si le grand public ne réagit pas forcément, les critiques même négatifs seront bien obligés de reconnaître les qualités de cinéaste et de scénariste vraiment évidentes de notre homme. Il signe donc une véritable fresque de 152 minutes contenant un nombre impressionnant de rôles parlants et étoffés, qu'il maîtrisera de façon étonnante. Il y développera aussi un sens de l'humour réellement désopilant, saura rester prude et ce malgré un sujet très scabreux qui aurait pu donner lieu à des dérapages avec un cinéaste moins concerné par son histoire et ses personnages (l'industrie du film pornographique dans les années 70). Sa mise en scène très aérienne et musicale est époustouflante de maîtrise et de justesse, malgré le fait que certains l'aient qualifiée de tape à l'oeil (alors qu'il n'en est rien). Il confirmera toutes ces qualités et nous surpendra encore plus avec Magnolia (1999). On assiste alors à la naissance d'un véritable auteur qui confirme ses thèmes de prédilection (les souffrances intérieures, les relations familiales torturées, le suicide, l'amour, le pathétique de certains personnages) et son talent de surdoué de la mise en scène. Il gère des personnages plus complexes et plus nombreux que sur Boogie Nights, nous les montre souffrir, refléchir, réagir, aimer, de façon totalement artificielle, maîtrisée et comme Todd Haynes avec Far from Heaven (2002, cf critique), il atteint la vérité et la profondeur des sentiments à travers l'artificialité des personnages, des situations et de la réalisation. Sa mise en scène est encore plus fluide et évidente malgré son extrême complexité et qui plus est totalement assujetie à la musique du film. Celle-ci revêt d'ailleurs une importance primordiale, exprimant de façon sidérante le ressenti des personnages et J. Brion signe à nouveau un score inoubliable, poignant et touchant (en très étroite collaboration avec P.T Anderson). Il y confirme également son talent de directeur d'acteurs en obtenant des performances ahurissantes de tous ses interprêtes (habitués ou non), dont Julianne Moore et Tom Cruise qui se révèlent étonnants en tous points. Ses détracteurs s'en donnent bien évidemment à coeur joie, son style étant plus tranché que jamais, mais son film touche le public et malgré ses réticences, une grande partie de la critique.

Il surpendra à nouveau tout le monde (détracteurs et admirateurs) avec Punch-Drunk Love (2002) en signant un petit film d'amour joyeux et intimiste. On y suit l'histoire de Barry Egan (Adam Sandler), jeune chef d'entreprise, plein de fêlures intérieures, qui cherche à survivre malgré son mal de vivre et sa solitude. Son côté un peu agité et décalé est entretenu par ses sept soeurs castratrices et méchantes malgré leur apparente envie de l'aider. Il rencontrera Lena Leonard (Emily Watson) par le truchement de l'une d'entre elles et ils tomberont éperduement amoureux l'un de l'autre.

Derrière cette intrigue extrêmement simple ne se cache rien d'autre qu'une belle et naïve histoire d'amour et c'est ce qui a sans doute le plus déconcerté le public et certains critiques, qui s'attendaient à une fresque mosaïque de trois heures et ont donc buté sur ce film si dépouillé et pourtant si original. P.T Anderson change encore de style et de façon plutôt radicale, après un Boogie Nights chatoyant, désinvolte mais finalement triste, un Magnolia sombre et profond, il nous offre une comédie romantique légère et quasiment vide de sens. Cette volonté de renouvellement constant est surprenante et très louable car si rare de nos jours où dès qu'un cinéaste a réussi à se faire reconnaître pour une qualité, il l'utilise et l'étire jusqu'à la fin. P.T Anderson prend des risques et cela mérite d'être souligné. Son film, malgré son apparente simplicité, est très difficile à décrire car d'une originalité permanente. On est constamment surpris par un cadre en cinémascope pour une petite histoire d'amour, par le traitement visuel tout en contrastes exagérés et couleurs criardes ou désaturées, par la musique (percussive) et le design sonore très originaux et si révélateurs de l'état d'esprit des protagonistes, par les interludes visuels magnifiques et fascinants de Jeremy Blake, par l'humour décalé (très proche de Blake Edwards et Tati), par la mise en scène si spécifique et discrète en même temps, par les performances d'acteurs (Adam Sandler, un ovni ! et Emily Watson romantique au possible), et enfin, par le rythme du film qui sait prendre le temps d'exposer ses situations et ses gags sans précipitation.

Il est certain qu'il faut une grande ouverture d'esprit et aimer être surpris et bousculé pour apprécier cette oeuvre singulière et audacieuse. Il s'agit d'un film vers lequel le public doit aller et l'apprécier pour ce qu'il est et non pour ce qu'il aurait souhaité qu'il soit. L'artificialité du style et de la progression décontenanceront certainement une partie des spectateurs mais ceux-ci passeront alors à côté d'une belle histoire d'amour, certes peu expliquée ou demontrée mais si réjouissante en ces temps de niaiserie et de mièvrerie cinématographiques. Au final, si la légèreté (assumée) du propos et l'absence de sens caché peuvent gêner, ils sont le coeur même du film (l'ivresse de l'amour) et la mine ravie d'Adam Sandler amoureux et pour la première fois de sa vie sûr de lui font plaisir à voir et son adéquation avec une Emily Watson radieuse vous plongeront dans un état second d'euphorie proche de l'ébriété légère. C'est le but de P.T Anderson qui réussit là parfaitement son coup, et sa performance d'avoir réussi à nous émouvoir de façon différente avec un semblant d'histoire, grâce à ses expérimentations visuelles, sonores, scénaristiques et tout son talent doit être soulignée.
Il ne s'agit certes pas d'un film grand public (comme toutes les oeuvres expérimentales), mais d'une oeuvre exigeante malgré son vide apparent, qui impose définitivement P.T Anderson parmi les plus grands.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est en permanence du meilleur niveau. L'interpositif est absolument vierge de tous défauts. La finesse des détails est elle aussi d'une qualité supérieure. Les couleurs chatoyantes et parfois passées du film sont toujours sublimement restituées. Elles sont naturelles, constantes et parfaitement saturées (voire sursaturées, mais c'est intentionnel). Le contraste est parfaitement géré et s'il est souvent trop poussé (les scènes d'extérieur), cela fait partie de l'ambitieux et original projet artistique de P.T Anderson et son chef opérateur Robert Elswit. Ainsi toutes les brillances non volontaires ont été annihilées. Les parties sombres du film sont impeccablement rendues grâces à des noirs bien purs et profonds en toutes circonstances. De même, la qualité des dégradés est exceptionnelle et permet de rendre les moindres nuances de la superbe photographie, et elles sont très nombreuses.
La partie numérique du transfert est bien entendu exempte de tous reproches, Superbit oblige ! On pourra éventuellement, en étant très tatillon, relever une ou deux imperfections mais si minimes qu'elles ne méritent même pas d'être mentionnées.

Un transfert splendide qui rend parfaitement justice au formidable travail qui a été effectué sur l'image et permet de découvrir ce film dans des conditions que l'on peut raisonnablement qualifier d'idéales.



Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respetivement en Anglais (DTS 5.1), Anglais (Dolby Digital 5.1 EX), Anglais (Dolby Digital 2.0 surround), Français (Dolby Digital 2.0 surround).
Les deux bandes-son anglaises en multicanaux offrent une dynamique incroyable et vraiment appréciable, avec un avantage pour la bande DTS. Leur présence et leur spatialité sont également exceptionnelles lorsque le mixage le nécessite, car il s'agit tout de même d'un film basé sur les dialogues. Le déploiement du champ sonore est appuyé lors des scènes comprenant de la musique et la séparation s'avère alors parfaite. La superbe et originale musique de Jon Brion, est formidablement restituée (très musicales), avec à nouveau une ouverture et une précision supérieures pour la bande-son en DTS. Les enceintes arrières sont relativement peu utilisées (l'accident du début et celui de la fin) mais toujours de façon très efficace et c'est principalement la musique qui bénéficie de cette parfaite gestion. Les dialogues sont toujours intelligibles et sans aucune trâce de distortion. Les basses fréquences (et même l'extrême grave lors des accidents) sont très présentes lorsque la musique ou une situation du film le nécessitent et leur gestion est alors exemplaire.

Les deux bandes sonores en Dolby 2.0 Surround sont bien logiquement en dessous de leurs homologues multicanaux mais se défendent très bien hormis ces considérations. Le doublage français est honnête même si loin de rendre toutes les nuances des voix anglaises. On peut par contre douter de l'intérêt d'une troisième bande-son anglaise, qui plus est dans un format dépassé, alors que le cahier des charges Superbit spécifie d'allouer le plus de place possible à l'image. Il aurait été judicieux de la remplacer par un commentaire audio.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Français.
Une excellente bande-son qui sera certes moins démonstrative que celle de films d'action récents, mais dont la qualité de restitution est au moins équivalente. Cela est essentiel pour un film comme celui-ci où la musique et le design sonore sont primordiaux.



Suppléments/menus
Une section déconcertante, car un peu vide de vraies informations sur l'oeuvre, même si elle est plutôt intéressante en l'état du fait de l'adéquation totale entre l'esprit des segments et celui du film.
Curieusement, il n'y a aucune intervention de P.T Anderson qu'elle soit vidéo ou simplement audio. Cela est dommage car au vu de l'originalité et du côté risqué de ses choix, nous aurions bien aimé avoir son avis et ses justifications.
Le plus gros segment est un curieux court métrage de douze minutes, entre une longue bande-annonce sans dialogues ou paroles et le clip vidéo, intitulé : Blossoms and Blood. P.T Anderson a ainsi repris des éléments de son film, des prises coupées et les a assemblés selon une logique qui lui est propre et nous replonge parfaitement dans l'esprit du film. D'autant plus que la chanson de Jon Brion nous renvoie directement à Magnolia et son ambiance si particulière. Par conséquent, on peut parler d'un style P.T Anderson sans avoir peur d'être ridicule et c'est ce court-métrage qui condense parfaitement les différentes composantes de sa patte. Donc, si ce segment présente peu d'intérêt par rapport aux informations qu'elle pourrait nous fournir sur le film ou sa fabrication, il permet de mieux cerner son réalisateur et son univers propre.

Vient ensuite un programme de douze courts scopitones lisibles à l'unité ou d'un seul coup. Il s'agit de différents travaux artistiques de Jeremy Blake, entrecoupés d'images du film sur la musique de Jon Brion. A nouveau leur intérêt est dans la prolongation de l'état de légèreté et d'euphorie dans lequel vous aura plongé le film si vous l'avez apprécié.

Sont également disponibles trois bandes-annonces qui présentent le film différemment dont une spécifiquement pour les spectateurs francophones. Elles sont toutes trois de bonne qualité, comme le reste des suppléments. Seul le court et hilarant segment suivant : Mattress Man Commercial est de qualité discutable mais nous présente les qualités de cascadeur insoupçonnées de Philip Seymour Hoffman. A ne pas rater car parfaitement dans l'esprit du film à nouveau !!

Sont également proposées deux scènes coupées : The Sisters Call (7 min 18) et Are you from California (2 min 42). Elles ne sont malheureusement pas commentées mais permettent de rendre compte de la justesse des choix du réalisateur car elle sont peu différentes des séquences du film (surtout des points de vue différents), et mettent en avant la difficulté à effectuer telle ou telle sélection et rendent donc l'équilibre du film encore plus méritant.

Enfin vient une sélection des travaux de Jeremy Blake sur fond musical, intitulé Additionnal Artwork (2 min 42), qui fait un peu doublon avec les segments précédents mais mérite le détour.

A noter que tous ces suppléments sont proposés avec une option de sous-titres en coréen et une uniquement en coréen alors que le film lui-même n'est pas sous-titré dans cette langue. Il s'agit soit d'une grosse erreur, soit d'une blague, à vous de décider.

Un petit livret de 8 pages glacées, ne comprenant que des photos et des travaux de J. Blake est également disponible, malheureusement sans emplacement prévu pour son rangement.

Nous tenons à signaler l'excellence du design de ce double digipack, très sobre sur le fourreau extérieur (surtout s'éloignant du design froid et raté des titres précédents de la collection Superbit, hormis Panic Room), et décoré des créations de J. Blake à l'intérieur ainsi que des photos de A. Sandler et E. Watson. De même, les menus animés et musicaux sont superbes et nous plongent dans l'ambiance du film dès l'introduction du DVD dans la platine. Bravo !

Des suppléments à l'image de l'oeuvre, que l'on aurait souhaités plus explicatifs mais qui ont le mérite d'exister, d'être intéressants et différents et d'inaugurer, espérons-le, un nouveau départ pour la collection Superbit de la Columbia.



Conclusion
Une édition parfaitement réussie du point de vue technique, respectant les exigences de Paul Thomas Anderson sur cette oeuvre à la limite de l'expérimental.

Les suppléments qui sont très rares sur des éditions Superbit sont malheuresement assez inconcistants, essentiellement visuels et il est fort regrettable que le réalisateur ne commente pas sa création, tant ses choix sont originaux.

Un oeuvre différente qui pourra dérouter les personnes ne le regardant pas avec l'esprit grand ouvert tant il sort des sentiers battus. Un film d'amour craquant (et peu le sont vraiment !) doublé d'une comédie à l'humour tordant mais très particulier (proche de l'esprit de Tati). Paul Thomas Anderson a pris de gros risques qui s'avèrent payants, en innovant au niveau de la mise en scène, de la photographie, dans son utilisation des interludes colorés et de la musique percussive ainsi que dans le traitement des personnages. Un film qui pourra irriter ou déconcerter certains spectateurs mais qui récompensera ceux qui auront su l'appréhender par un moment de cinéma unique et inoubliable.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-06-25

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Punch-Drunk Love

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
95 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1 EX
Anglaise DTS ES
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Court metrage/Video-Clip, scènes coupées, douze scopitones, dessins supplémentaire et trois bandes-annonce

Date de parution:
2003-06-24

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