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DVDEF

Corporation, The (édition deux disques canadienne)

Critique
Synopsis/présentation
Le succès de Bowling for Columbine, de l'Américain Michael Moore, a permis à quelques autres longs-métrages documentaires engagés de connaître un succès mérité. Des noms comme Supersize Me, Outfoxed : Rupert Murdoch's War on Journalism viennent à l'esprit. The Corporation, réalisé par Jennifer Abbot et Mark Achbar et écrit par Joel Bakan en même temps que le livre du même nom, en est un des exemples les plus réussis. Construit de façon indiscutablement plus sérieuse et moins tape à l'oeil que le pamphlets de Michael Moore, ce très long documentaire (d'une durée de presque deux heures et demie) s'avère tout à fait passionnant et efficace.

The Corporation s'intéresse, comme son nom l'indique, à l'institution qu'est la corporation à l'américaine. Il en examine la nature, l'évolution, l'impact et les futurs possibles. Il la définit de façon extrêmement complète, et, à travers de nombreux exemples, démontre de quelle façon la définition même de la corporation, révisée au cours des années à la suite de l'influence grandissante des avocats corporatifs sur l'appareil législatif américain, qui entraîne les excès dont nous sommes témoins, et parfois complices, chaque jour.

Le problème fondamental est advenu lorsque les avocats corporatifs, profitant du 14e amendement à la constitution américaine, qui était une conclusion logique de l'abolition de l'esclavage, ont fait changer la nature des corporations en leur donnat leur statut de personnes morales. Jusqu'alors, les corporations étaient juste des structures destinées à gérer une richesse pour le bien public, sous l'égide d'une charte, délivrée par un état, extrêmement spécifique quand aux buts et à la liberté de manoeuvre de chaque corporation. Il n'est évidemment jamais bon de créer des personnes morales qui ont les droits des personnes physiques sans en avoir les devoirs de citoyen.

Un autre pas très important dans la fabrication de l'institution étrange que nous connaissons actuellement, fut une décision de justice rendant obligatoire l'avarice corporative. En effet, aux Etats-Unis, il est obligatoire pour une corporation de placer les intérêts de ses actionnaires au-dessus de toute autre considération, même le bien public. Ce modèle de la corporation à l'américaine ne s'est malheureusement pas limité aux Etats-Unis, et les corporations Européennes et Canadiennes n'ont pas grand'chose à envier à leurs modèles Américains en matière de comportement scandaleux.

En expliquant ceci dès le début, et en donnant la parole aussi bien à des lobbyistes et autres CEOs qu'à des activistes de gauche de toute la planète, le film réussit brillamment à éviter l'écueil de la démonisation des cadres travaillant pour ces êtres monstrueux que sont les corporations. De tous les intervenants, et ils sont nombreux, qui apparaissent dans le film, aucun ne semble être fondamentalement mauvais. Même les défenseurs les plus fondamentalistes de la privatisation à outrance de toutes les richesses naturelles sont convaincus de la validité de leurs vues et pensent que cela ne peut qu'améliorer les choses.

Le fait de regarder les corporations comme des institutions, et la description extrêmement précise de cette institution, est la grande force de ce film. En effet, généralement, nous avons tendance à nous intéresser à telle ou telle corporation plutôt qu'à l'institution. Ceci est lié au fait que les corporations, depuis toujours, essayent de se faire passer comme des personnes comme les autres. Evidemment, des cas mettant en scène certaines entreprises tristement célèbres sont utilisés pour souligner les différents points soulevés par les auteurs du film. On pensera évidemment à Monsanto, une sociuété de biotechnologie prête à vendre des produits inutiles et dangereux, voire même d'aller à l'encontre de l'évolution pour augmenter ses profits, et à Bechtel, qui a rendu illégal le fait de collecter l'eau de pluie en rachetant le système de distribution d'eau d'une ville extrêmement pauvre en Bolivie.

Les décideurs qui travaillent pour ces institutions, fabriquées sur un modèle parfaitement psychopathe, se trouvent souvent être obligés d'avoir deux jeux de valeurs. Même les cadres les plus éthiques et moraux dans leur vie personnelle se trouvent devoir se comporter différemment en tant que décideurs, car leur obligation légale est de placer le profit au-dessus de toute autre considération. Ce fait est particulièrement bien mis en valeur par certaines interventions, et on ne peut que plaindre les gens ainsi obligés de vivre une sorte de schizophrénie rendue obligatoire par les lois de leurs professions.

D'un point de vue formel, le film est servi à la fois par une trame sonore efficace et surtout par le montage extrêmement efficace de Jennifer Abbot. La plupart des interventions, filmées sur un fond presque noir, et dites sur un ton généralement neutre, contrastent avec le reste des images, souvent très vivantes, qui constituent le reste du film.

Bien construit et monté, The Corporation est un film édifiant, qui nous apprend énormément sur le pourquoi des comportements corporatifs qui chaque jour scandalisent chaque être humain doué de conscience, sans démoniser personne. Comme certains auteurs visionnaires l'ont prévu il y a de cela des années (particulièrement William Gibson), l'influence des corporations multintionales va aller en augmentant, dépassant déjà la puissance de nombreux Etats. Il est donc vital, en tant que citoyens responsables, de savoir comment fonctionnent ces institutions qui vont façonner notre avenir si les fondamentalistes de la loi du marché continuent à décider ce qui est bon pour le reste de l'humanité sans plus de contrôle démocratique que maintenant.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9. Comme pour tout documentaire basé sur des images d'archives, il ne faut pas s'attendre à des miracles en ce qui concerne la qualité d'image. De toute façon, cette considération est secondaire comparée au sujet lui-même et à son développement.

La définition est donc extrêmement variable. Si les entrevues et l'infographie créée spécialement pour le film présentent une netteté et une définition tout à fait dans les normes actuelles, les images d'archives présentent les défauts de leurs sources. Les extraits vidéo, notamment, ont été gonflés au format cinéma sans être désentrelacés, et cela se voit sur le DVD, les lignes ainsi rendues apparentes ont atteint une taille qui, même réduite au format vidéo, représente plusieurs lignes vidéo, ce qui rend impossible le désentrelacement par les lecteurs DVD ou processeurs externes que l'on retrouve dans un cinéma maison. D'autres images d'archives, venues de vieux films documentaires ou de propagande, sont extrêmement granuleuses, voire floues.

Les couleurs sont très correctement étalonnées, et aucun débordement n'est à déplorer de ce côté. Le contraste et la brillance (niveau de noir) sont eux aussi impeccables, et ne varient pas durant le film. Les noirs sont profonds, et sans aucun blocage.

Au niveau numérique, on est là encore dans les normes. Si on peut remarquer un peu de suraccentuation des contours, il n'y a là rien de bien gênant. Quand aux artefacts de compression, ils sont bien entendu inévitables sur un film aussi long contenant du matériel déjà truffé d'artefacts divers. Mais ils savèrent en fait assez discrets pour ne pas être gênants.


Son
Le son est au format Dolby 2.0 Surround. En plus de la bande-son originale, nous avons ici droit à une bande-son décrivant l'image (pour aveugles et malvoyants), et à deux commentaires audio. Des sous-titres en anglais (pour malentendants), français et espagnol sont proposés.

Evidemment, une bande-son multicanaux explosive n'est pas du tout ce à quoi on s'attend sur ce genre de produit, et nous avons bien ici une bande-son utilitaire, d'une qualité tout à fait adéquate. La dynamique est assez limitée, le plus gros de la bande-son étant du texte, lu par une narratrice ou dit par différents intervenants. Le canaux d'ambiophonie sont utilisés principalement pour la trame sonore, le texte étant bien entendu avant tout limité à l'enceinte centrale avant. Les quelques rares effets de transition gauche-droite utilisés pour certains effets sonores s'avèrent tout à fait homorables et fluides.

Les différents éléments de cette bande-son sont très bien intégrés. Que ce soit la narration, les entrevues, ou les bandes-son de matériels d'archives, tout s'avère consistant. La trame sonore fait preuve de profondeur et d'une assez haute fidélité. Le texte, qui est encore une fois, et plus encore que pour une fiction, l'élément central de cette bande-son, est toujours parfaitement intelligible.

L'utilisation des basses dans cette bande-son est bien entendu purement anecdotique, et se limite à certains effets sonores et morceaux de la trame sonore. Le format Dolby 2.0 Surround ne contient pas de canal d'infra-basses, qui aurait été ici complètement inutile.


Suppléments/menus
Cette édition comporte deux disques. Sur le premier, où se trouve le film lui-même, se trouvent les suppléments les plus "classiques". En premier, on ne peut pas ne pas mentionner les deux excellents commentaires audio accessibls par le menu Setup du DVD. Le premier, enregistré séparément par les deux réalisateurs, s'avère très intéresant, car il nous en apprend énormément sur la structure du film et sur la provenance de certains matériels d'archives. Le second, par l'auteur du livre et du film, Joel Bakan, est encore plus passionnant. Il apporte tellement de nouvelles données qu'il offre une nouvelle perspective au film, comme une seconde lecture, et nous offre des clés pour mieux décoder certaines des interventions que l'on peut entendre dans le film.

Le menu Special Features rassemble le reste des suppléments de ce disque.
Q's and A's (27:10) rassemble les réponses des trois créateurs du film, Joel Bakan, Jennifer Abbot et Mark Achbar, à différentes questions lors de différentes entrevues. Il s'agit d'une façon assez originale de présenter de telles entrevues, en rassemblant de nombreux segments de réponses à chaque question posée.
Deleted Scenes (16:46) permet d'accéder à huit scènes coupées. Si elles s'avèrent intéressantes, on comprend bien que les réalisateurs ont dû faire des choix afin de garder une durée raisonnable à leur film. Le segment Psycho therapies, qui parle de fifférentes solution au problème, aurait tout de même été une addition intéressante.
Majority Report with Joel Bakan (39:13) est une entrevue radiophonique de Joel Bakan par la célèbre jouraliste américaine de gauche (chose rare à l'époque de Fox News) Janeane Garofalo.
Katherine Dodds on Grassroots Marketing (6:56) est un segment où la directrice de l'agence de communications chargée de la promotion du film explique son approche très particulière de son travail.
Enfin, deux bandes-annonces sont proposées, celles du film lui-même (1:54) et une promotion pour le DVD d'un ancien documentaire de Noam Chomsky, Manufacturing Consent (2:38).

Le second disque est très original, et s'avère être une mine d'informations passionnante pour ceux qui souhaitent approfondir. Il s'agit d'un ensemble d'interventions supplémentaires, par 41 des intervenants du film. Un total de plus de 130 interventions, en plus de différentes bandes-annonces et autres courts-métrages d'intérêts connexes, pour une durée de près de 5 heures. Cette masse de données est accessible de deux manières.
Hear More From... permet de choisir un intervenant donné dans une galerie de portraits, et de voir ses interventions sur toutes sortes de sujets.
Topical Paradise est, à l'inverse, une approche par sujets (et ils sont nombreux), qui permet d'accéder à un peu plus de matériel que l'approche par intervenant (la partie Related film resources, qui propose des bandes-annonces et des courts-métrages, dont l'excellent What Barry Says qui a fait le bonheur des internautes du monde entier).
La navigation de ce second disque est très bien pensée et vraiment agréable, et les 5 heures de vidéo qu'il totalise sont tout sauf du remplissage.

Il est à noter que sur les deux disques, une option Play All permet de voir differents segments proposés au sein d'un même sous-menu dès que le cas se présente, ce qui est toujours pratique.



Conclusion
Original, extrêmement instructif et bien construit, ce documentaire édifiant est très impressionnant. Cette édition nous le livre avec un niveau technique très correct, et l'accompagne d'une masse de suppléments absolument faramineuse, dont la plupart s'avèrent très pertinents étant donné le contenu du film. Le second disque, notamment, est une mine d'informations pour ceux qui veulent approfondir un sujet donné abordé dans le film. Il est à noter que ce DVD a été réalisé par Mark Achbar, un des réalisateurs du film, ce qui fait que le design et le contenu sont complètement en phase avec le film lui-même.


Qualité vidéo:
3,2/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
4,6/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
3,9/5
Auteur: François Schneider

Date de publication: 2005-04-05

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Corporation, The

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
145 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):
-

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Mongrel Media

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais (CC)
Français
Espagnol

Suppéments:
Deux pistes de commentaires audio (Two feature audio commentaries: One with co-directors Mark Achbar and Jennifer Abbott, and one with writer Joel Bakan), entrevues (Janeane Garofalo interviews Joel Bakan on Air America’s Majority Report/“Q’s and A’s”: A selection of television, radio and festival interview segments with the filmmakers, including segments from CNN Financial, WNYC, WBAI, and Air America), séquences inédites, segments (“Topical Paradise” and “Tell Me More”: Over 5 hours of additional footage of The corporation’s 40 interviewees, searchable by topic or interview subject), liens Internet et bandes-annonces

Date de parution:
2005-04-05

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