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DVDEF

Bloody Sunday

Critique
Synopsis/présentation
Paul Greengrass est un jeune réalisateur venant de la télévision anglaise, pour laquelle il réalise et écrit des documentaires depuis 1994. Le moins que l'on puisse dire est que son expérience dans ce domaine lui aura servi pour son premier film au cinéma : Bloody Sunday (2002). Le film retrace les tragiques et malheureusement célèbres évènements qui se produisirent le 30 Janvier 1972 à Derry (Irlande du Nord). Les catholiques irlandais étaient à cette époque arrêtés et incarcérés sans procès, parqués dans leurs quartiers, privés du droit de vote. Afin de faire cesser cet état de fait, la tristement célèbre organisation IRA avait choisi la violence et le terrorisme. Pour arriver à une solution plus stable, un autre mouvement, le Civil Rights Movement, prônait les marches pacifiques et l'implication dans la vie politique.

Nous suivons donc la reconstituion de cette journée à travers le personnage d'Ivan Cooper (James Nesbitt), responsable de cette organisation. Une marche pacifique énorme était mise sur pied ce jour là, et la décision du gouvernement anglais de marquer un grand coup en procédant à de nombreuses arrestations à cette occasion conduit directement au drame. Ainsi, lorsque inévitablement quelques éléments s'agitent au cours le marche, ce sont les paras qui règlent le problème à coup de balles réelles, en lieu et place de l'armée régulière et de ses fumigènes et balles en caoutchouc. Ceux-ci tueront nombre de civils sans armes, à vue. Le gouvernement anglais, malgré nombre de preuves accablant ses soldats, les soutiendra toujours et finira même par décorer les militaires responsables de cette opération très meurtrière.

Le film de Greengrass est fortement empreint d'un style documentaire, mais dans le même temps, sa technique de montage et l'attention qu'il porte à certains moments précis de cette journée tragique sont directement issues du cinéma. Son film est donc une sorte d'hybride entre le documentaire, et la reconstitution historique hollywoodienne (souvent trop dramatisée et romancée). Il possède donc la rigueur et l'énergie d'un documentaire, avec d'un autre côté l'efficacité qui lui est conférée par des techniques cinématogrpahiques éprouvées. Sa démarche est en ce sens très proche de celle de Costa-Gavras (cf critique Amen), avec toutefois un côté plus radical dans sa mise en scène et une tendance plus physique et moins explicatrice. Ainsi, le film emporte avec ses personnages, pour une journée pleine d'espoir qui se terminera dans le sang. Le rythme est haletant, principalement grâce à une caméra portée toujours en mouvement rendant à la perfection l'agitation, l'euphorie puis la panique et la peur qu'ont ressenti les participants à cette marche. Il est ainsi parfois difficile de s'y retrouver mais au moment où l'on se sent perdu en tant que spectateur, P. Greengrass retombe sur ses pieds en calmant le jeu et en restituant l'action de façon plus précise. Il faut cependant garder en tête que le film n'est pas fait pour être agréable ou parfaitement lisible, et que c'est davantage le fait de placer le spectateur au coeur de la tourmente que de tout leur expliquer, que vise Greengrass.

D'ailleurs, l'absence totale de musique, le fait de ne jamais dramatiser les moments les plus intenses, d'avoir utilisé des gens qui étaient présents ce jour là comme acteurs et figurants, d'avoir utilisé de véritables anciens soldats également présents ce jour pour incarner les militaires, font que le film est très intense à tous points de vue. P. Greengrass étant Anglais, il est doublement courageux de sa part d'avoir monté ce projet et exposé des faits peu reluisants pour son gouvernement. Il n'hésite pourtant pas à montrer la bétise et l'appétit de violence des militaires anglais, et dans un même temps montre des jeunes Irlandais prendre le chemin de la violence bête et méchante qui ne pouvait que tôt ou tard conduire la situation à déraper. La cohabitation au sein de la production d'Irlandais et d'Anglais est partie intégrante du projet, confirmant si besoin était son orientation non violente et sa volonté d'oublier le passé et de réconcilier enfin tout le monde.

Un film éprouvant mais nécessaire, intense mais militant pour l'apaisement, non dramatique et pourtant fort émouvant. Son parti pris de réalisme et son système de mise en scène pourra fatiguer certains spectateurs, mais ceux-ci seront très surpris lorsque malgré leur agacement, il verront apparaître le générique de fin. Une oeuvre à conseiller pour ne pas oublier ce que la bétise humaine peut engendrer et pour rappeler que ce type de situations où les droits de l'homme sont bafoués, continuent à perdurer un peu partout sur le globe. Nous vous signalons tout de même que le film est interdit aux moins de 17 ans de par son réalisme.


Image
L'image est offerte au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est très bonne mais fluctuante à cause du style général du film (caméra portée en mouvement quasi constant). La présence de grain sur les plans de ciel en extérieur est visiblement intentionnelle pour renforcer l'aspect réaliste de l'oeuvre. L'interpositif est plutôt propre malgré la présence de quelques discrets points blancs et rayures qui rajoutent encore à l'aspect années soixante-dix du film. Le rendu des couleurs est bon, mais une fois de plus l'orientation stylistique du film fait que les couleurs semblent passées sans que le transfert puisse être mis en cause. Le contraste est bien géré mais inconsistant pour le bien du film. Il n'y a aucune trace de brillances. Les noirs sont profonds et du coup, le rendu des scènes sombres s'avère bon pour peu que la situation décrite soit plutôt calme.

La partie numérique du transfert est impeccable, laissant uniquement apparaître un peu de surdéfintion de façon sporadique.
Un bon transfert qui rend bien justice au parti pris très courageux du réalisateur qui a su éviter la surdramatisation au niveau de l'écriture comme de la façon de filmer.


Son
Les deux bandes-son prposées sur cette édition sont en Anglais (Dolby Digital 5.1, dites Domestic theatrical version) et Anglais (Dolby Digital 5.1, dites Original UK theatrical version).

Celles-ci nous ont parues identiques, malgré plusieurs écoutes simultanées à différents moments du film. Nous sommes donc actuellement incapables de les différencier et de plus, l'éditeur ne donne aucune explication quant à la présence de ces deux bandes-son.

Leur dynamique est d'un bon niveau, toutefois le parti pris documentaire de l'oeuvre fait qu'elle n'exploite pas à fond les possibilités techniques du format multicanal Dolby Digital et ceci pour le bien de l'oeuvre. La présence et la spatialité sont donc bonnes sans pour autant atteindre le niveau d'autres productions actuelles. Il n'y a pas de musique dans le film ! Les enceintes arrières sont très peu utilisées sauf durant les passages de fusillades, pendant lesquels elles remplissent correctement leur office. Les dialogues sont toujours bien rendus et s'ils sont parfois moins intelligibles, cela est dû à l'aspect vérité du film qui tente de restituer les évènements tels qu'ils se sont réellement passés. Les basses fréquences sont bien présentes mais encore une fois utilisées pour un rendu naturel, et sont donc beaucoup moins exacerbées que pour un film normal.
Les sous-titres sont disponibles uniquement en Anglais.

Un parti pris de naturalisme parfaitement justifié qui rajoute énormément à l'impact du film, grâce justement à une puissance moindre que ce qu'elle aurait pu être.


Suppléments/menus
Une section complète et absolument indispensable pour un bon complément historique, qui permet de mieux saisir les enjeux du film.

Le commentaire audio du réalisateur Paul Greengrass et de l'acteur principal James Nesbitt impressionne d'abord par sa densité puis par l'implication totale des deux hommes dans le projet. Leurs interventions se partagent intelligemment entre des commentaires sur le tournage, sur la réalité historique des faits et les intentions du projet. Leurs accents sont parfois un peu difficiles à saisir mais l'intelligibilité de ce commentaire est satisfaisante. Le second commentaire audio est de Don Mullan (co producteur et écrivain d'un livre Eyewitness Bloody Sunday) et celui-ci permet de se situer parfaitement au coeur de cet évènement aussi historiquement, que politiquement et géographiquement. Ses interventions sont plus sporadiques que dans l'autre commentaire mais couvrent quand même la plus grande partie du film (évitant heureusement les grands passages à vide). Son érudition sur le sujet et la pertinance de ses commentaires font que l'écoute de ce commentaire est aussi indispensable que celle du précédent, pour une comprehension totale des évènements relatés dans le film et leurs implications humaines et sociales.

Le premier documentaire intitulé Bloody Sunday : History Retold (23 min), nous propose un grand nombre d'interviews des divers techniciens du film qui font tous preuve de la même passion pour le sujet. Nous apprenons nombre de détails très surprenants sur le film qui ne font que renforcer son impact.

L'autre documentaire, Bloody Sunday : Ivan Cooper remembers (7 min) nous propose une passionnante discussion entre le véritable Ivan Cooper et son interprète dans le film. Cooper se remémore les faits alors que tous deux arpentent les lieux de la tragédie. Sa mémoire est encore très précise et cet exercice renforce l'intensité qui se dégage de la prestation de J. Nesbitt, tant les deux hommes paraissent se ressembler (malgré la différence d'age).

Des suppléments presque aussi importants que le film, nécessaires pour saisir toutes les subtilités des évènements relatés. Leur démarche est la même que celle de l'oeuvre, s'effaçant derrière leur sujet et évitant toute forme d'auto satisfaction quelle qu'elle soit.



Conclusion
Une édition DVD de bonne facture technique, tant pour l'image que pour le son. Des suppléments passionnants qui permettent de bien se replacer dans le contexte des évènements relatés.

Une oeuvre très forte, témoignant d'un épisode tragique de l'histoire Irlandaise et Anglaise et de façon plus large, de l'histoire des droits de l'homme. Un parti pris de dramatisation minimal, un style résolument documentaire et une interprétation fiévreuse font de ce film une oeuvre indispensable, témoignage précieux et très efficace de l'incroyable endurance de la bêtise humaine. Un film grandement recommandé pour le devoir de mémoire ainsi que ses grandes qualités, et ce malgré son aspect très intense et finalement pénible et dérangeant !



Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-04-28

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Bloody Sunday

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
110 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Deux piste de commentaires audio et deux documentaires

Date de parution:
2003-04-22

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