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DVDEF

Sur mes lèvres

Critique
Synopsis/présentation
Jacques Audiard est le fils d'un plus célèbre scénariste/dialoguiste du cinéma français : Michel Audiard (Les Tontons Flingueurs, 1963 ; Ne nous fachons pas, 1966 ; Garde à Vue, 1981 ; Mortelle Randonnée, 1983). Il a donc grandi dans les milieux du cinéma et son amour pour le 7ème art se ressent fortement à travers ses oeuvres, sans pour autant qu'il soit identifiable sous la forme de l'habituelle citation ou hommage. Il est d'ailleurs venu sur le tard à la réalisation (à 42 ans), faisant auparavant partie des meilleurs scénaristes français (Poussière d'Ange d'Edouard Niemrans, 1987 ; Baxter de Jérome Boivin, 1989 ; Confession d'un Barjo de Jerome Boivin, 1992 ; Grosse Fatigue de Michel Blanc, 1994).

Son premier film, Regarde les Hommes tomber (1994), est une oeuvre marquante, remarquable de par son originalité et sa qualité scénaristique (écrite par J. Audiard lui-même), des performances d'acteurs ahurissantes (Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz et Jean Yanne) et une science de la mise en scène signe de la naissance d'un nouveau réalisateur à suivre. Deux ans plus tard, il confirmera tous les espoirs placés en lui grâce à son second film, Un Héros très discret (1996). Il étonnera encore grâce à son scénario fort original, à nouveau une remarquable interprétation de Mathieu Kassovitz, et sa mise en scène toujours aussi inspirée.
Sur mes Lèvres (2002) vient nous rassurer, après 5 ans d'attente, sur le fait que notre hommme n'a rien perdu de son talent, bien au contraire. A nouveau, il choisit le cadre du film de genre, ici le polar, pour mieux le prendre à contrepied. On suit l'histoire de Carla (Emmanuelle Devos), une jeune femme secrétaire dans une société immobilière. Celle-ci porte des appareils auditifs qui la placent d'emblée un peu à l'écart du reste du monde. Du coup, elle ne fait rien pour se mettre en valeur et ses collègues de travail en profitent pour la rabaisser malgré sa motivation et la qualité de son travail. Lorsqu'on lui propose de prendre une personne pour l'aider, celle-ci accepte d'engager un ex-prisonnier, Paul (Vincent Cassell), ne connaissant pourtant rien au métier. Son attirance vers lui est immédiate car il est également à l'écart de la société. Petit à petit, une étrange et complexe relation se nouera entre eux et les mênera jusqu'à l'association criminelle.

En fait, le film de J. Audiard intègre beaucoup de composantes différentes pour former un tout très cohérent alors que son aspect disparate aurait pu en bloquer plus d'un réalisateur. L'aspect drame social (Carla est exploitée et raillée par ses collègues, Paul dort dans un placard de l'entreprise), des références évidentes au film noir (les problèmes interminables de Paul avec le milieu, la transformation de Carla en femme fatale), et un penchant pour la comédie de moeurs (l'aspect comique dans la progression de leur relation), permettent à ce film d'être à la fois classique et original. La relation entre les deux personnages principaux s'apparente à une relation amoureuse, pourtant elle n'apparaît jamais consommée et leur attirance est aussi forte que leur répulsion. De même, beaucoup de films noirs nous relatent les méfaits de nombreuses garces alors qu'Audiard a, lui, choisi de nous montrer les différentes étapes de la transformation (mentale et physique) d'une personne banale en une femme fatale manipulatrice. Ces points de vues originaux font que le film nage dans des eaux connues, mais à contre courant, ce qui le rend beaucoup plus intéressant que nombre de productions de genre plus classiques. Il est cependant à noter que le dernière partie du film est moins originale et que certaines situations pourront paraître invraisemblables aux plus terre à terre d'entre vous. Il y a également la présence d'une intrigue parallèle concernant le contrôleur judiciaire de Paul dont on peut douter de la nécessité. Cependant, malgré ces remarques, ce scénario est l'un des plus originaux qui soit (dans un genre balisé).

En plus de ces qualités scénaristiques indéniables (dues au travail commun de J. Audiard et de Tonino Benacquista), le film accroche, attire et enthousiasme grâce aux performances inoubliables d'Emmannuelle Devos (César de la meilleure actrice, amplement mérité pour ce rôle exigeant) et de Vincent Cassel (sa facilté à changer de visage et d'attitude selon les films est proprement sidérante). Ceux-ci sont réellement habités par leur rôles complexes et offrent ainsi un aspect réaliste à des personnages qui le nécessitaient. La mise en scène de Jacques Audiard est au diapason et vient confirmer tout le talent déja présent sur ces oeuvres précédentes. Les magnifiques gros plans, l'aspect sec et réaliste des scènes violentes, un montage fluide ou heurté selon les moments, une utilisation remarquable du son, sont autant de qualités indéniables et rares qui font de J. Audiard un cinéaste à suivre de très près.

Beaucoup d'autres éléments intéressants de cette oeuvre remarquable et maîtrisée seraient à mettre en valeur pour être exhaustif . Nous ne pouvons que chaudement vous recommander ce passionant film inclassable, différent et fort. Il propose une alternative réjouissante à l'efficacité du cinéma américain, tout en proposant une originalité de ton et d'approche qui leur font souvent défaut.


Image
L'image est offerte au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un très bon niveau. L'interpositif est immaculé de tous défauts. La finesse des détails peut s'avérer vraiment surprenante de qualité, notamment sur les nombreux gros plans de visages. Le rendu des couleurs, à tendances froides, est remarquable de constance (signe d'un étalonnement soigné), respectant ainsi les recherches esthétiques poussées de Jacques Audiard et Mathieu Vadepied (directeur de la photographie). Le contraste est lui aussi fort bien géré, malgré le fait qu'à quelques moments deux ou trois brillances fassent leur apparition. Les noirs très purs et profonds permettent un rendu idéal de toutes les scènes sombres, aidés par une gestion parfaite des dégradés.

La partie numérique du transfert est de bonne tenue malgré quelques défauts. Le plus proéminent est certainement de légers soucis au niveau de la compression, notamment dans les arrières plans.

Un transfert de très bonne qualité dont le rendu est un peu parasité par quelques soucis au niveau de la partie numérique. Mais ces quelques défauts mineurs et très peu gênants, ne doivent pas masquer le reste des qualités de ce beau transfert.


Son
La seule bande-son disponible sur cete édition est en Français (Dolby Digital 5.1).

Sa dynamique est d'un très bon niveau. Ce sont cependant sa présence et sa spatialité excellentes qui en font une bande-son remaquable de cohérence. Le déploiement du champ sonore peut être vraiment ample lors des moments qui l'exigent (les scènes dans la boîte de nuit). La musique est parfaitement intégrée au reste de la bande-son, ne posant jamais de soucis au niveau de la compréhension des dialogues. Les enceintes arrières sont relativement peu utilisées sauf pour recréer des ambiances. Celles-ci offrent alors un rendu impeccable et contribuent à l'immersion sonore dans l'univers du film. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles, sans aucune trace de parasites ou de saturations. Les basses fréquences sont bien repésentées tout au long du film, offrant de par leur profondeur un surcroît de réalisme lors des scènes de bagarre ou dans la boîte de nuit.

Une excellente bande-son qui rend parfaitement justice à César 2002 du meilleur son, remporté par le film grâce au formidable travail de Marc-Antoine Beldent. Une bande-son multicanal française qui surprend par sa finesse et sa subtilité, et qui pourrait en remontrer à bien des bandes-sons hollywoodiennes (du même type).


Suppléments/menus
Le strict minimum compose cette partie du DVD, à savoir une bande-annonce de qualité correcte et plutôt réussie. Il est dommage que cette édition DVD ne reprenne pas les suppléments de l'excellente édition Zone 2, à savoir deux commentaires audios (un de Vincent Cassel et Emmanuelle Devos, et l'autre de Jacques Audiard), plusieurs scènes inédites, 34 minutes d'interviews avec Tonino Benacquista (le scénariste) et Alexandre Desplat (compositeur de la musique). Il serait judicieux pour Christal Films, qui est un éditeur courageux, de pouvoir à l'avenir négocier les droits des oeuvres qu'elle/il importe au Canada de façon à proposer des éditions vraiment complètes.



Conclusion
Une édition de bon niveau technique malgré la présence de deux ou trois petits défauts qui auraient pu être évités. On ne peut malheureusement que déplorer l'absence totale de suppléments alors que ceux-ci existent pour l'édition Zone 2.

C'est la qualité de l'oeuvre elle-même qui emporte à coup sur l'adhésion du spectateur. Une psychologie des personnages fouillée, des acteurs épatants et une mise en scène de haut vol en font un polar passionnant et sortant des sentiers battus du genre. Toutefois, une nouvelle fois, les situations décrites et le réalisme du film le destinent à un public relativement averti.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-04-05

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Sur mes lèvres

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
119 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Christal Films

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2003-03-18

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