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DVDEF

Red Dragon (Director's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Était-il vraiment nécessaire de produire un reprise de Red Dragon, le premier roman de Thomas Harris mettant en vedette le célèbre personnage de Hannibal Lecter ? Pour Hollywood, la réponse est évidemment oui ! Et les seules raisons expliquant cette réponse ne sont commerciales. Après tout, Silence of the Lambs, deuxième roman de la trilogie de Harris racontant les aventures de Dr. Lecter, est encore aujourd'hui l'un des thriller les plus populaire et réussi en son genre. Et sa suite Hannibal, à défaut de s'attirer les mêmes éloges, représente néanmoins un succès incontestable au guichet. Le producteur Dino De Laurentiis, qui détenait les droits d'adaptation cinématographique de Red Dragon, n'allait certainement pas manquer une occasion d'empocher un magot substantiel… même si, dans les faits, le roman Red Dragon à déjà fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1987, produite par De Laurentiis lui-même, et réalisé par nul autre que Michael Mann. À cette époque, cette adaptation (intitulée Manhunter) n'avait connu qu'un succès mitigé. Aussi, le personnage de Lecter était interprété dans ce film par l'acteur anglais Bryan Cox. Or, avec la popularité actuelle du personnage de Hannibal Lecter tel qu'interprété par Anthony Hopkins, De Laurentiis a simplement voulu capitaliser sur la renommée du personnage-culte pour se remplir les poches. La justification évoquée par le producteur : " à l'époque, Michael Mann ignorait le potentiel du personnage de Lecter et l'a ainsi négligé pour son adaptation ". Il a donc sois-disant voulu réparer cette erreur en laissant Anthony Hopkins personnifier pour une troisième fois le Dr Lecter tout en donnant plus d'importance au personnage dans le film. Mais était-ce vraiment nécessaire ? Pour les producteurs, la réponse est évidemment oui puisque le film amassa plusieurs dizaines de millions de dollars au box-office nord-américain. Pour les cinéphiles, la réponse est non. Red Dragon est une copie sans âme de Manhunter et Silence of the Lambs qui ne possède ni le lyrisme de l'un, ni la tension de l'autre, et certainement pas le climat d'aucun des deux.

Il existe deux problèmes avec Red Dragon. Premièrement, le scénario. En confiant l'adaptation du roman au scénariste Ted Tally, lauréat d'un Oscar pour son adaptation de Silence of the Lambs, le producteur a voulu s'assurer un film plus fidèle au roman original que ne l'était le Manhunter de Michael Mann. Mais voilà justement le problème du scénario, il est tout simplement trop fidèle au roman. Le film n'est qu'une longue récapitulation des événements du roman, une transposition trop littéraire qui manque de rythme et de concision. Deuxièmement, le scénariste a accordé beaucoup trop d'importance au personnage d'Hannibal Lecter. Dans le roman de Thomas Harris, Lecter apparaît à quelques rares occasions, dans un rôle des plus secondaire. En tentant cette fois de lui accorder plus d'importance, le scénariste s'est enlisé dans de longues scènes superflues qui brisent le rythme. Bien sûr, les péripéties du film Red Dragon sont plus fidèles au roman que ne l'était Manhunter. Cependant, Manhunter était un film beaucoup mieux rythmé et qui a su cerner les véritables enjeux de l'intrigue avec beaucoup plus de rigueur et de finesse.

Le deuxième gros problème de Red Dragon provient du choix du réalisateur. Brett Ratner, que De Laurentiis à déjà naïvement qualifié de future Steven Spielberg (!), n'a à son actif qu'une poignée de film de commandes sans véritable intérêt (par exemple Rush Hour et Family Man). Or, en réalisant Red Dragon, Ratner devait prendre la relève de Jonathan Demme (Silence of the Lambs), Ridley Scott (Hannibal) et Michael Mann (Manhunter), tous des réalisateurs autrement plus chevronnés. Il aurait été naïf de croire que Ratner allait surpasser ses mentors… Et justement, tout ce que Ratner s'est contenté de faire est de littéralement copier les mises en scène de Demme et de Mann. En fait, certains séquences du film sont si calquées sur d'autres de Manhunter que c'en est pratiquement gênant… Et l'ambiance de Red Dragon se rapproche tellement de celle de Silence of the Lambs qu'on se demande finalement si Ratner a eu une seule idée originale. Sinon, sa mise en scène est classique à l'extrême (mis à part quelques effets chocs carrément risibles), sinon légèrement efficace dans les quelques scènes d'action. Heureusement, son film est littéralement sauvé d'un sort désastreux grâce à la distribution, franchement impressionnante. Hopkins est toujours égal à lui-même, tandis que Ralph Fiennes apporte une vulnérabilité bienvenue à son personnage de tueur. Par contre, s'il n'est pas nécessairement mauvais, Edward Norton n'était peut-être pas le meilleur choix pour incarner Will Graham, le détective déchu. Son allure de gamin troublé ne cadre pas du tout avec la prestance et le vécu du personnage. Quoi qu'il en soit, Red Dragon n'est en bout du compte qu'un banal thriller sans âme qui sombre rapidement dans la redite et la redondance. Mieux vaut se pencher sur la première adaptation du roman de Thomas Harris, le très réussi et fascinant Manhunter.


Image
Il est à noter que trois éditions différentes de Red Dragon sont disponibles sur le marché. Il y a tout d'abord deux éditions simple disque, disponibles au choix en format plein écran (1.33:1) ou format d'image respecté (2.35:1). La troisième édition, celle présentement critiquée, en est une dite " Director's Edition ". Cette édition spéciale double disque n'est disponible qu'en format respecté (2.35:1).

Ce transfert 16:9 (dit anamorphosé) offre une splendide qualité d'image. Évidemment, l'interpositif employé pour le télécinéma est dans un état optimal et ne souffre d'aucun défaut quel qu'il soit. Dans l'ensemble, l'image est pratiquement toujours nette et précise. Le rendu des détails et des textures est optimal. La colorimétrie, malgré l'utilisation marqué de filtres pour styliser la facture visuelle du film, apparaît fort bien étalonnée et constante. Les couleurs sont reproduites avec justesse et bien délimitées (sans aucuns débordement). La brillance (niveau de noir) et le contraste sont tout deux parfaitement ajustés. L'apparence souvent très sombre du film est très efficacement reproduite grâce à des noirs purs et profonds ainsi qu'à des zones d'ombres subtilement dégradées.

La partie numérique est bien maîtrisée , à peine quelques macroblocs sont-t'ils visible ça et là. Une sur-définition des contours est perceptible mais jamais envahissante ou distrayante.


Son
Cette édition offre trois bandes-son différentes, soit une anglaise (Dolby Digital 5.1), une espagnole (Dolby Surround 2.0) et une française (Dolby Surround 2.0). Cette dernière est identifiée fautivement sur le boîtier comme étant de format Dolby Digital 5.1, or après vérification nous avons pu constater que le mixage français était bel et bien Dolby Surround 2.0.

La qualité du mixage anglais est plus que satisfaisante. Le son est d'un dynamisme percutant, tandis que l'espace sonore impressionne par sa spatialisation. Le champ-sonore se déploie judicieusement de tous les canaux disponibles de façon à créer un environnement actif et immersif. Les canaux d'ambiophonies sont employés à bon escient pour à la fois créer une ambiance immersive ainsi que pour véritablement étourdir avec des effets tapageurs bien localisés. Les effets de transition, stéréophoniques et avant/arrière, sont efficacement réalisés et surtout bien mis en valeurs. La trame-sonore est parfaitement bien intégrée au mixage. Elle fait preuve d'une belle fidélité et d'une profondeur remarquable. Les dialogues sont toujours naturels et intelligibles. Les basses ont une belle vigeur tandis que le canal .1 (LFE) est actif tout au long de cette bande-son.

À noter que seul des sous-titres anglais sont offerts.


Suppléments/menus
Tel que mentionné plus haut, il existe trois éditions différentes de Red Dragon. Il y a deux éditions simple disque dites standard , offertes dans des formats d'image différents (plein écran et respecté) et offrants une quantité raisonnable de suppléments. L'édition ici critiquée est l'édition Director's Edition, qui reprend dans son intégralité l'édition standard en plus d'y ajouter un deuxième disque entièrement consacré à la présentation d'autres suppléments.

Le premier disque cette édition offre un bon lot de suppléments, et certains digne de mention. Vous retrouverez en premier lieu une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Brett Ratner accompagné du scénariste Ted Tally. On peut reprocher bien des choses à Brett Ratner, mais certainement pas son habileté à animer une piste de commentaires audio. Déjà un vétéran de ce type d'exercice, Ratner est un commentateur articulé et très enthousiaste. Le ton est enjoué et constant, on ne déplore aucun temps mort. Tally apparaît un peu plus réservé, mais à eux deux ils forment un duo des plus intéressant. Seul reproche : Ratner semble de plus en plus prétentieux à chaque fois qu'il enregistre une telle piste...

Également, la trame-sonore du film est également offerte sur une piste indépendante. Le compositeur Danny Elfman y offre parcimonieusement ses commentaires, dispersés entre les segments musicaux. Cette piste est surtout intéressante pour les déclarations de Elfman, qui y va de quelques informations pertinentes sur ses inspirations et sur ses objectifs en tant que compositeur.

Le premier disque nous offre pas moins de quinze scènes coupées, allongées ou alternatives. Une piste de commentaires optionnelle animée par Brett Ratner et Ted Tally est aussi offerte. Ces courtes scènes sont d'un intérêt moyen, quelques unes ajoutant de la substance aux personnages mais sans plus.

Toujours sur le premier disque, vous retrouverez une série de trois courts documentaires. Inside the Mind of a Serial Killer (8 min) est un segment dans lequel un agent du FBI expose ses théories sur les profils des tueurs en série, y compris le personnage fictif de Hannibal Lecter. Hannibal Lecter and Me (4 min) est une entrevue dans laquelle l'acteur Anthony Hopkins dresse un parallèle entre le personnage de Lecter et lui-même. Moins intéressant que les deux précédents segments est le documentaire promotionnel banalement intitulé The Making of Red Dragon (14 min). L'enjeux de ce documentaire est strictement commercial et non pas informatif. On y résume l'intrigue, on décrit brièvement les personnages et leurs motivations, et chacun y va de sa petite déclaration pompeuse pour vendre le film. Ennuyant…

Le reste des suppléments du premier disque consiste en un dossier fictif du personnage de Hannibal Lecter (une curiosité, sans plus), de notes de production et de quelques filmographies.

Le deuxième disque de cette édition spéciale est beaucoup plus stimulant. Vous y trouverez tout d'abord un excellent documentaire intitulé A Director's Journey: The Making of Red Dragon (39 min). Durant toute la production du film, un caméraman avait pour mandat de filmer l'essentiel de tout le processus de production du film, de la pré-production jusqu'à la distribution du film. Ce documentaire consiste donc en un résumé très concis de tout ce processus, le tout exposé de façon très intimiste. Ce documentaire, produit et monté de façon minimaliste, évite le piège de la narration complaisante et du montage grandiloquent. La facture est très simple, et c'est là tout le secret de son efficacité. À ne pas manquer, même pour ceux qui n'aime pas le film ou le réalisateur.

Vous retrouverez ensuite cinq autres documentaires. Visuel Effects (5 min) est un montage montrant diverses étapes de la création des effets spéciaux. Film Tests (11 min) nous propose un montage fascinant constitué de plusieurs tests de costumes, de maquillages et d'éclairages. Leed's House Crime Scene (4 min) nous offre une visite guidée d'un décor du film. Makeup Application (1 min) nous expose le procédé employé pour insérer du verre dans les yeux des victimes dans le film… Finalement, Burning Wheelchair (3 min) nous démontre comment les effets spéciaux de la chaise roulante qui brûle ont été créés.

Finalement, il y a une comparaison scénarimages/film offerte pour trois scènes différentes, un ridicule et abjecte film étudiant réalisé par Brett Ratner alors qu'il était à l'Université (à voir ce film, il est difficile de croire qu'il réalise aujourd'hui des méga-productions hollywoodiennes…), ainsi que les bandes-annonces du film.



Conclusion
Malgré l'imposante distribution et les énormes moyens techniques mis à sa disposition, Red Dragon n'est ni plus ni moins qu'un banal suspence filmé sans aucune imagination. Cependant, techniquement parlant, cette édition en est une de très haut calibre. La qualité d'image est tout à fait excellente tandis que le mixage sonore est agressif et efficace. Quant aux suppléments, ils en offrent véritablement pour notre argent, ce qui est de plus en plus rare avec les éditions d'aujourd'hui. En ce sens, l'édition double-disque vaut amplement les quelques dollars supplémentaires de plus que de l'édition régulière.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2003-04-16

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Red Dragon

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
125 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Piste de commentaires audio, trame-sonore isolée avec commentaires du compositeur, documentaires, scènes coupées, film étudiant du réalisateur, tests visuels, comparaisons de scénarimages, notes de production et bande-annonce.

Date de parution:
2003-04-01

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