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DVDEF

Oeuvre de Gilles Groulx, L' - Collection Mémoire (Coffret intégral)

Critique
Synopsis/présentation
Pour bien des gens, le nom de Gilles Groulx n'évoque rien, ni même un film ou un vague souvenir. Pourtant, Gilles Groulx (1931-1994) est l'une des figures marquantes du cinéma québécois, au même titre que les Pierre Perrault, Claude Jutra et Arthur Lamothe.

Né en 1931 dans un des quartiers les plus pauvres de Montréal, Gilles Groulx est l'avant dernier d'une famille de 14 enfants. Ayant eu la chance d'entâmer des études, il fréquente au début des années cinquante le groupe des automatistes et réalise quelques films amateurs en 8mm. En 1955, il est engagé par Radio-Canada à titre de monteur (Service de nouvelle et Point de Mire). Deux ans plus tard, il fait son entrée à l'ONF comme assistant monteur et devient très rapidement, de plein titre, monteur. En 1958, Gilles Groulx co-réalise avec Michel Brault Les Raquetteurs. Ce film marque une étape dans l'histoire du cinéma québécois: l'avènement du cinéma direct. Au début des années soixante, Gilles Groulx signe quatre oeuvres marquantes où le cinéaste est platiquement en pleine maîtrise du médium: Golden Gloves (1961), Voir Miami (1962, dont le montage est simplement magistral), Un jeu si simple (1964) et surtout Le chat dans le sac (1964). Ce dernier film est d'ailleurs la première oeuvre de fiction de Gilles Groulx. Il marque formellement un engagement politique du cinéaste. Suit en 1967, Où êtes-vous donc?, un film dénonciateur et socialement très engagé. Où êtes-vous donc? est une oeuvre majeure où le cinéaste a développé un langage narratif particulier, totallement affranchi des structures conventionelles hollywoodiennes (industrie qu'il méprisait).
Suit en 1971, 24 heures ou plus, un autre film socialement engagé. Par contre, Groulx verra son film censuré, ce qui marquera grandement le réalisateur. Ce n'est que six ans plus tard que le film sera officiellement présenté. En 1977, le cinéaste revient à un style s'appprochant plus du documentaire avec Première question sur le bonheur. Tournée dans la campagne mexicaine, cette oeuvre questionne le spectateur sur l'exploitation des travailleurs.
En 1980, Gilles Groulx est victime d'un très grave accident d'automobile. Il signera en 1982 un dernier film, Au pays de Zom, un film se moquant du milieu des affaires. Au pays de Zom se veut un film musical et chanté ce qui marque pour Groulx un «genre» jamais exploré. Joseph Rouleau, chanteur d'opéra internationallement reconnu, joue le rôle d'un homme d'affaire.
Voir les films de Gilles Groulx, vingt après sa dernière réalisation, fait surgir quelques réflections. Sans condescendance méprisante, le nom de Gilles Groulx est pour beaucoup de gens malheureusement inconnus. Comment expliquer cet état de fait? Gilles Groulx à pourtant laissé une filmographie marquante, et ce à plusieurs niveaux. Gilles Groulx détient l'immense mérite d'avoir exploré tant au niveau des thèmes abordés, des styles, que de la construction. On dit souvent du cinéaste qu'il n'a jamais réalisé deux films identiques, ce n'est on ne peut plus vrai. Du documentaire à la fiction, en passant par le film musical, Gilles Groulx s'est servi de ses formes pour exprimer ses préoccupations, essentiellement sociale.
À tort ou à raison, on se plait dans certains milieux à critiquer l'ONF. Un fait est cependant indéniable; l'ONF a donné à Gilles Groulx (et d'autres cinéastes) un cadre de production qui leur permis l'exploration. Cet environnement libéré de préoccupation uniquement mercantile a favorisé l'émergence d'une identité cinématographique québécoise. On se demande si aujourd'hui un réalisateur pourrait profiter de toute cette liberté dont a jouit Gilles Groulx...



Image
Ce coffret réunit des oeuvres ayant été réalisées entre 1958 et 1982. Bien qu'il y ait presque vingt cinq ans d'écart entre la première et dernière réalisation, la qualité d'image demeure dans l'ensemble relativement égale. Les différents interpositifs utlisés ne semblent pas avoir été restaurés; on remarque des parasites (points blancs, poussières, etc.). Certaines oeuvres semblent plus marquées de scories que d'autres; Voir Miami en est un exemple, mais dans l'ensemble, l'écoute reste toujours agréable.

Tous les films sont présentés au format d'image respecté, presque toujours de 1.37:1. Au Pays de Zom, tourné en 1.85:1, est au format original, mais n'est malheureusement pas anamorphosé. La définition va de passable à bonne, dépendemment des films. N'oublions pas que plusieurs furent tournés en 16mm.

Les oeuvres filmées en noir et blanc, la quasi totalité, ont dans l'ensemble une bonne étendue tonale. Par contre, le contraste semble parfois un peu faible, tandis que les dégradés bloquent parfois un peu rapidement. Ceci n'est pas dû au transfert, mais bien au passage du temps qui, inéxorablement, a affecté le matériel source. Les quelques séquences en couleurs, comme dans Au Pays de Zom ou Première question sur le bonheur, témoignent là encore du passage des années; les couleurs semblent souvent délavées et ne présentent pas toute la brillance souhaitée. On ne remarque heureusement aucun débordement ou fourmillement (chroma noise).

Le travail de numérisation et compression est de bon aloi, sans défaut majeur. Quelques signes de pixellisation sont visibles, mais sans plus. Aucune sur-définition des contours n'a été appliquée.
Compte tenu du matériel source, il aurait été difficile de demander mieux, mis à part Au Pays de Zom qui aurait pu être anamorphosé.
Est-ce que les oeuvres de Gilles Groulx aurait pu être mieux présentéees? Oui, sans l'ombre d'un doute, mais l'ONF aurait dû y consentir des sommes énormes en restauration, ce qui aurait certainement grugé une grande partie du budget annuel.




Son
La presque totalité des bandes-son sont de format Dolby mono, quelques enegistrements sont stéréo.
Il est particulièrement interessant de constater l'usage que Gilles Groulx a fait du son, une dimension souvent moins connue de son oeuvre. Le son est souvent partie prenante de l'oeuvre; en retrait, avec écho ou très appuyés, les éléments sonores appuient l'univers du cinéaste. Un des plus beaux exemples de cet usage si intelligent du son serait avec Entre Tu et Vous. Comme quoi de la monophonie n'est pas nécessairement synonyme de contrainte lorsqu'on sait être créatif...
La fidélité sonore des différents enregistrements varient. Il faut noter cependant que pour les documentaires, il s'agissait de prise de son direct, sans autre forme de post-synchronisation. Le fidélité va croissante au fil des années où furent produits les films, les équipements et micros gagnant en performance. Le son tend parfois vers les aigues, mais jamais au point de devenir strident ou agressant. Les dialogues sont généralement nets et intelligibles. Heureusement, aucun bruit de fond ou parasites sonores n'agacent.


Suppléments/menus
À la vue de la liste des suppléments inclus, on serait tenté de croire que peu est offert avec ce coffret. Erreur. Ce n'est pas tant la quantité, mais bien la qualité des suppléments inclus qui font la véritable force de ce coffret.

D'abord quelques mots sur cette édition. Ce coffret se divise en trois volumes, chacuns de deux disques. Le premier couvre la production cinématographique de Gilles Groulx allant de 1958 à 1967, le deuxième de 1969 à 1973 et le dernier de 1979 à 1982. Pour chacun des volumes est offert un livret de soixante-quatre pages. Ces livrets ont l'immense mérite de ne pas être un ramassis pêle-mêle de textes rapidement assemblés. Il s'agit de véritable document de référence sur le cinéaste, intelligemment contruit. On y retrouve des textes sur Gilles Groulx écrit par Robert Daudelin, Arthur Lamothe, Michel Régnier, Johanne Mongeau, Jean-Pierre Lefebvre, Jacques Hétu et André Roy, pour en nommer que quelques-uns. Analyse de l'oeuvre, mise en contexte ou commentaires personnels, chacun jette un regard particulier sur l'oeuvre du cinéaste québécois. Les livrets proposent également des textes écrits par le réalisateur, ainsi qu'un poème. À la fin de chacun des livrets, nous trouvons une filmographie, une liste des prix remportés, ainsi qu'une chronologie de la vie de Gilles Groulx. Notons au passage une présentation graphique de ces livrets claire, précise et agrémentée de photographies judicieusement choisies.

En marge des Rendez-Vous du Cinéma Québécois, événement qui eut lieu au cours du mois de février 2002, on présentait, lors de la soirée d'ouverture, Voir Gilles Groulx, un documentaire de Denis Choinard. L'intégralité de ce documentaire est offert avec ce coffret. D'une durée avoisinant les 85 minutes, Voir Gilles Groulx est réparti sur deux disques (vol.1 et vol.2). Ce documentaire est composé d'extraits des films de Gilles Groulx, mais surtout d'entrevues accordés par ses amis(es) et collaborateurs (Denys Arcand, Jean-Claude Labrecque, Michel Brault, Thomas Vamos et Barbara Ulrich). Visiblement marqué par l'oeuvre du cinéaste, Denis Choinard ne fait pas qu'évoquer les grandes étapes de la carrière de Gilles Groulx, il laisse deviner la pleine mesure de l'homme qu'il était. C'est cette humanité que Choinard, ici documentaliste, montre. Et il le fait avec brio. Un solide documentaire, humain, et surtout qui évite toute complésance inutile.

Sur le deuxième disque du volume 3 se trouve Entretien en Six Temps. Ce supplément est en fait une compilation d'entrevues données par Gilles Groulx entre 1966 et 1983. La durée de ces entrevues, tournées à Radio-Canada et Radio-Québec, varie entre 3 min 50 s et 14 min 13 s. Au fil de ces entrevues, nous découvrons un cinéaste à la pensée lucide, préoccupé tant par les recherches plastiques que par les enjeux sociaux du cinéma. Anecdote: pour Cinéma ONF (1977), Claude Jutra interview Gilles Groulx...

Au Pays de Zom (1982) est complété d'un court documentaire, Autour de Zom (11 min 24 s). Réalisé par Denis Choinard, ce document laisse place à Joseph Rouleau et Jacques Hétu. Les deux hommes évoquent leurs collaborations avec Gilles Groulx.

Sur chacun des disques, nous retrouvons également la filmographie, une liste des prix remportés ainsi qu'un chronologie de la vie de Gilles Groulx. Il s'agit là des mêmes éléments parcourus au fil des livrets. Dans ce qui nous paraît une belle idée, on a pris la peine d'inclure, pour chaque réalisation de Gilles Groulx, un court texte qui évoque la teneur de l'oeuvre. Aussi inclus pour le premier disque de chacun des trois volumes, une galerie de photographies.




Conclusion
Ce coffret, le premier offert sous la bannière Collection Mémoire de l'ONF, propose donc l'intégrale de l'oeuvre de Gilles Groulx pour la première fois en format DVD. Est-ce que cette édition est réussie? Dans l'ensemble oui. La seule déception vient de l'image. Restaurer directement toutes les pellicules auraient été illusoire, mais alors pourquoi ne pas avoir nettoyé numériquement certaines des oeuvres?
Les suppléments complétant ce coffret sont d'une qualité exceptionnelle. Il ne s'agit pas tant de quantité, mais bien de la qualité du matériel offert. Les textes manuscrits, tant que le documentaire de Denis Choinard, ont le mérite d'évoquer la vie et la filmographie de Gilles Groulx avec intellligence, tout en synthétisant. Du très beau travail...


Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
4,5/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,9/5
Auteur: Mathieu Daoust

Date de publication: 2002-08-25

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Widescreen 16:9 Toshiba TheaterWide TW40X81, Récepteur Pioneer Elite VSX-07 TX, Lecteur DVD Pioneer Elite DV-37, enceintes Paradigm, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Voir Gilles Groulx

Année de sortie:
1958

Pays:

Genre:

Durée:
960 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):
-

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
ONF

Produit:
DVD

Nombre de disque:
6 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby mono
Française Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:

Suppéments:
Documentaire, entrevues, filmographies, liste des films primés, galeries de photographies. génériques et descriptions des films, livret (3)

Date de parution:
2002-06-25

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