Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Far from Heaven

Critique
Synopsis/présentation
Todd Haynes est un réalisateur peu prolifique (quatre films en onze ans) mais il pense et travaille ses oeuvres, si bien que chacun de ses films est une réussite. Poison (1991), Safe (1995), Velvet Goldmine (1998) et Far from Heaven (2002) ont tous été certes distribués plutôt confidentiellement, mais leur succès auprès des critiques et d'un certain public est plus qu'évident et parfaitement mérité. Les sujets et la façon de penser la mise en scène sont différents sur chacun de ces projets et pourtant la qualité et la passion sont leurs maîtres mots. Un cinéaste à suivre de très près, d'autant plus que Far from Heaven, dont le succès ou du moins le retentissement a été plus important que celui de ses autres oeuvres, va sans doute lui permettre de tourner des projets qui lui tiennent à coeur avec des moyens plus conséquents et, espérons le, sans qu'il perde son originalité ou sa totale indépendance.

Far from Heaven (2002) nous propose de suivre, dans un style directement inspiré des grands mélodrames de Douglas Sirk (All that Heaven allows, 1955 ; Written on the Wind, 1956 ; Imitation of Life, 1959), la vie de Cathy (Julianne Moore), épouse au foyer impeccable vivant la vie parfaite et rêvée d'une femme américaine des années cinquantes : deux enfants en pleine santé, un mari à la situation confortable (Frank, Dennis Quaid) et une vie sociale épanouie. Du moins en apparence, car sous le vernis glacé de l'adéquation totale aux valeurs de sa société, la famille Whitaker cache des dissensions dont nul dans leur entourage ne pourrait se douter. Un jour, Cathy découvre l'homosexualité de son époux et du coup, son assurance et son contrôle sur sa vie s'effritent. Au même moment, celle-ci commence à discuter avec son jardinier d'origine afro-américaine (Raymond, Dennis Haysbert) et s'aperçoit qu'elle est beaucoup plus proche de lui que de son mari. Ces deux problèmes étaient des tabous extrêmes dans les années cinquantes. Pour sauver les apparences, le couple s'attache à cacher ses problèmes et à traiter l'homosexualité de Frank (alors considéré comme une maladie). Mais la relation au départ chaste et amicale de Cathy et Raymond s'intensifie au fur et à mesure que le mariage des Whitaker bat de l'aile, car Frank ne peut surmonter ses pulsions. Leur vie va donc radicalement changer, et deviendra beaucoup plus difficile même si plus honnête, car elle les verra être exclus de la société ultra conventionnelle et répressive dans laquelle ils vivaient (et à cette époque, il fallait être très courageux pour vivre hors de la norme).

Ce film, qui n'aurait pu être qu'un exercice de style assez vain, est en fait une réussite magistrale, parvenant à réaliser un mélodrame dans la plus pure tradition, mais dans le même temps de moderniser le genre de façon fine et respectueuse. Plusieurs styles cinématographiques ont déja été remis au goût du jour, reprenant simplement quelques éléments du genre en les plaquant sur un film entièrement moderne, ayant pour résultat des objets hybrides ratés ne donnant satisfaction ni aux amateurs du genre ni au spectateurs actuels (la comédie romantique, le western). On pourrait d'ailleurs comparer la réussite de Far from Heaven vis à vis du genre mélodramatique à celle d'Unforgiven de Clint Eastwood par rapport au western classique.

Le scénario est ainsi une perle retraçant toutes les spécificités de la société américaine des années cinquantes, décrivant à merveille et surtout finement le carcan doré dans lequel ces personnes s'étaient enfermeés par leur système de codes sociaux extrêmement rigides, où vous pouviez faire ce que vous souhaitiez mais dans la mesure où cela correspondait en tous points à la volonté de la communauté. Au moindre écart vous pouviez en être exclu, même si comme Cathy vous en étiez l'un des éléments primordiaux, la fierté et en quelque sorte l'étendard. Ainsi, la prison était aussi bien physique (les gestes et les attitudes à respecter) que mentale (le sourire permanent). Todd Haynes le rend admirablement au travers des divers groupes auxquels Cathy participe et l'attitude de constante satisfaction (grand sourire) qu'elle conserve en permanence quelles que soient les situations. Le film épouse ouvertement sa cause car même si son mari transgresse un tabou (l'homosexualité) il pourra vivre normalement, cachant sa "maladie", étant ainsi extérieurement normal. Alors que Cathy ne pourra jamais nouer une relation avec l'homme qu'elle apprécie à cause de sa couleur de peau et comme son mari la quitte, elle sera seule avec ses deux enfants. Toutes ces dénonciations ouvertes étaient impossibles dans les années 50 et la force du film est d'arriver à concilier la subtilité des films de cette époque tout en profitant des libertés de la nôtre pour parler ouvertement mais discrètement de ces sujets.

L'implication émotionnelle du spectateur est énorme et ce malgré (ou on pourrait même dire grâce à) l'artificialité de la photographie, des décors, des personnages. En effet, à travers ce côté totalement irréel, le mélodrame arrive à parler des vrais sentiments et problèmes, et Todd Haynes a ici superbement réussi son coup. Presque plus mélodramatique et coloré que ses modèles, son film est une construction savante en équilibre parfait là où d'autres auraient sans aucun doute été bancals. Cela il le doit à son talent de réalisateur, à tous ses techniciens et à ses comédiens. Sa mise en scène est absolument remarquable de précision et de justesse, constamment réfléchie, d'une fluidité et d'une évidence rares (pour s'en persuader il suffit d'écouter le commentaire audio). La musqiue d'Elmer Bernstein est une magnifique partition, au thème d'un lyrisme trop rare qui est en adéquation parfaite avec tous les autres éléments du film dont elle fait d'ailleurs partie, ne se contentant pas d'illustrer mais participant ouvertement aux sentiments dégagés par l'oeuvre. De même, la photographie est une splendeur de tous les instants qui a du obliger Edward Lachman à relever nombre de défis techniques. Les couleurs sont outrées, irréelles et ont toujours une signification par rapport à l'action. Les décors et les costumes sont également magnifiques, renforçant quand il le faut l'impression paradisiaque ou inversement accentuant l'aspect carcan des lieux et tenues dans lesquels les personnages évoluent.

Enfin, les performances remarquables délivrées par tout le casting permettent à cette somme de talents précités d'être liés ensemble et d'avoir un sens et une justification. A travers tous ces artifices, le film ne parle finalement que de sentiments humains et la performance de Julianne Moore est à ce titre mémorable. Elle exprime de façon poignante et avec une retenue formidable tous les conflits internes de Cathy, sachant montrer ses tourments de façon simple et discrête, entraînant le spectateur avec elle sans aucune retenue. Dennis Quaid et Dennis Haysbert sont à la hauteur, nous offrant des compositions sobres mais emplies de tourments et d'émotions complexes. Le reste des acteurs est impeccable permettant au film de donner une impression de réalisme.

Il faut chercher du côté de Talk to Her de Pedro Almodovar pour retrouver des émotions évidentes et sincères dans un film aussi limpide, et ce n'est pas un hasard si les deux oeuvres sont des mélodrames cherchant la réalité dans une certaine artificialité (même si le film de Haynes est également un hommage/pastiche). Todd Haynes a donc tout réussi dans son film, du choix des acteurs en passant par la mise en scène, et nous offre un film touchant, juste et pur.





Image
L'image est présentée au format respecté 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est excellente tout au long du métrage, même si moins précise que celle d'autres oeuvres récentes, cela renforçant d'autant l'aspect cinéma qui sied à merveille à cette oeuvre. L'interpositif est bien naturellement vierge de défauts. La finesse des détails est également de haut niveau, rendant à merveille toutes les nuances des plans complexes de Todd Haynes. Les couleurs sont un élément primordial de l'oeuvre et leur rendu est tout à fait à la hauteur. En effet, celles-ci sont souvent sursaturées mais c'est volontaire et ainsi leur parfaite tenue et constance sont d'autant plus surprenantes. Le contraste est impeccablement géré, évitant toutes brillances, et l'aspect un peu sombre du transfert est une volonté du réalisateur. Les noirs sont bien profonds et d'une pureté appréciable. Ainsi les scènes sombres sont superbement rendues conservant un niveau de détails impressionnant et ce grâce à l'excellente qaulité des dégradés.

La partie numérique du transfert est du même accabit ne générant aucun défaut artificiel notable. Tout juste pouvons-nous repérer à quelques passages une légère surdéfinition.
Un beau transfert qui rend parfaitement justice au magnifique travail conjoint de Todd Haynes et Edward Lachman.


Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (DTS 5.1), Anglais (DD 5.1), Français (DD 2.0 Surround).

Le rendu des deux bandes-son multicanaux étant très proche, nous ne mentionnerons que les légères différences que nous avons perçues entre elles. La dynamique est excellente et cela est logique pour un film de 2002. La spatialité n'est pas le point fort de ces mixages, Todd Haynes ayant souhaité respecter le style des années cinquantes. L'émouvante musique d'Elmer Bernstein est la seule bénéficiaire de l'utilisation des enceintes arrières et son rendu est en tout moment impeccable, de même que sont intégration au reste de la bande-son. La bande-son en DTS distance ici légèrement son homologue Dolby Digital en proposant une ouverture supérieure et donc un rendu plus ample de la musique. Les enceintes arrières sont donc très peu utilisées, mais à chaque fois de façon mesurée et efficace. Les dialogues sont formidablement rendus, sans aucune trace de saturation ou de parasites. Les basses fréquences sont présentes lors des passages musicaux où elles viennent idéalement en renforcer l'impact. A noter qu'à nouveau la bande-son DTS devance sa partenaire dans ce domaine.

Attention! Bien qu'il soit fait mention sur le boîtier d'un doublage français Dolby Digital 5.1 la bande-son française est en fait en Dolby 2.0 Surround. Celle-ci est de bonne qualité, ne marquant le pas devant les mixages anglais qu'au niveau de ses limitations techniques (rendu de la musique moins ample et dialogue moins précis). Le doublage français, bien que correct, s'avère à nouveau réducteur pour le film et surtout le travail des acteurs.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagol.
Une bonne bande-son volontairement limitée au niveau des enceintes arrières pour respecter le style du film (signe d'intégrité artistique de la part du réalisateur). On peut cependant se demander dans ce cas s'il était nécessaire d'inclure deux mixages multicanaux différents qui sont finalement très proches.


Suppléments/menus
Une édition bien fournie en quantité comme en qualité.

Le commentaire audio du réalisateur Todd Haynes est vibrant d'amour pour les films de Douglas Sirk et de passion pour son propre film. Il y détaille tous les aspects de celui-ci (techniques, scénaristiques, émotionnels, social) et nous explique par maints détails combien l'oeuvre de Douglas Sirk a été source d'inspiration pour lui. On comprend ainsi mieux à l'écoute du commentaire sans failles, comment son auteur a pu signer un film aussi proche du sans fautes.

Est proposé ensuite un documentaire de onze minutes intitulé : The Making of Far from Heaven. Il s'agit d'un segment très classique et un peu court nous présentant le film, ses acteurs et ses techniciens de façon trop conventionnelle pour être intéressante.
On lui préfèrera sans hésiter l'interview suivante intitulée : A Filmmaker's experience with Julianne Moore and Todd Haynes. Même si elle ne dure malheureusement que cinq minutes, cette entrevue commune effectuée dans un cinéma révèle la parfaite entente entre le réalisateur et sa comédienne aussi bien au niveau caractère qu'appréhension du sens et des enjeux du film. Vient ensuite un segment passionnant venant d'une émission de télévision: Anatomy of a Scene (27 mins). La scène de la réception y est disséquée et analysée sous tous les angles possibles. En sont dégagés ainsi tous les tenants et aboutissants de façon claire et précise, nous faisant regretter de ne pas voir plus souvent des suppléments de ce type tant le résultat est proche de ce dont rêvent les cinéphiles (délaissant tout l'aspect promotionnel).

Sont également disponibles une bande-annonce du film et celle de The Pianist de Roman Polanski, ainsi que des notes de production et la filmographie des principaux artisans du film.






Conclusion
Une édition impeccable sur tous les plans, visuels, sonores et suppléments, qui rend parfaitement justice au film en sachant s'effacer derrière. Une splendide oeuvre hommage aux grands mélodrames de Douglas Sirk, très intelligemment et discrètement modernisée au niveau scénaristique, faisant de la critique sociale jadis sous-jacente un élément principal. Le film dégage une splendeur visuelle de tous les instants et la mise en scène de Todd Haynes est pensée, réfléchie et fidèle au style des années cinquantes.

Les acteurs (Julianne Moore en tête) sont profondément investis dans leurs rôles et impliquent émotionnellement le spectateur comme rarement. Enfin, la superbe musique d'Elmer Bernstein achève de vous plonger dans l'état d'esprit nécessaire à l'appréciation de ce film magnifique.








Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,5/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-06-10

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Far from Heaven

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
108 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise DTS
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Deux documentaires, piste de commentaires audio

Date de parution:
2003-04-01

Si vous avez aimé...