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DVDEF

Black Hawk Down (3 Discs Deluxe Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Ridley Scott est désespérément à la recherche de l'Oscar du Meilleur Réalisateur (statuette qu'il n'a jamais obtenu) et semble prêt à tous les compromis pour y parvenir. Black Hawk Down, son dernier film, en est un bel exemple. Ridley Scott s'est entouré d'une très solide équipe; Slavomir Idziak (directeur photo de Krzysztof Kieslowski), Pietro Scalia (montage, oscarisé pour JFK), Arthur Max (direction artistique) et Hans Zimmer (trame sonore). De plus, le cinéaste a pu compter sur les services d'une solide équipe d'acteurs: Josh Hartnett, Ewan McGregor, Tom Sizemore et Sam Shepard pour en nommer que quelques-uns...
Malgré tout cet étalage de talent, Black Hawk Down est très loin d'être une complète réussite. Peut-être est-ce dû à l'influence de l'inéffable Jerry Bruckheimer, producteur de ce film. Bruckheimer, pour ceux qui ne le sauraient pas, est l'homme derrière les explosions et pétarades des Pearl Harbor (2001), Crimson Tide (1998) et Armageddon (1998). Autant de films qui mettent en scène une Amérique victorieuse, légitimé moralement d'agir et par qui les conflits sont résolus. Visiblement, avec Black Hawk Down, c'est le point de vue du producteur qui prime, et il est navrant qu'un réalisateur tel que Ridley Scott se soit prêté à de tels compromis.

Ce film, basé sur un livre de Mark Bowden (Black Hawk Down: A Story of Modern War), évoque une mission américaine sur le territoire somalien en 1993. À cette époque, la Somalie était en pleine guerre civile et contrôlée par ce que l'on a appelé les seigneurs de la guerre. L'ONU tentait bien de ravitailler la population somalienne, en pleine famine, mais les vivres étaient plus souvent détournées par le général Mohammed Farah Aidid. Les Américains décidèrent d'un coup de force en envoyant des troupes d'élite (force Delta et Rangers) pour capturer le général. La mission fut toutefois un échec: deux hélicoptères s'écrasèrent et un peu moins d'une centaine d'hommes furent coincés en plein Mogadiscio (capitale somalienne) pris sous les feux de milices fidèles au général Aidid.
On peut reprocher plusieurs choses à Black Hawk Down, d'abord au niveau de la mise en scène. La construction de ce film (ne pas confondre avec le montage) est parfois boiteuse. Pendant près d'une heure trente, on nous sert des combats, explosions et autres séquences d'action sans qu'il y ait évolution des enjeux. Voilà qui laisse l'impression d'un film tournant à vide. Mais en plus, Ridley Scott nous sert son lot de lieux communs propres aux films de guerre; ralenti inutile, scène larmoyante d'un soldat parlant de la guerre devant le corps d'un pair, etc. Le jeu des acteurs laissent pour le moins pantoit devant tant de talents gaspillés; une contruction trop saccadée ne laisse jamais le temps aux personnages de s'épanouir.

À l'image des productions de l'ami Bruckheimer, ce film célèbre l'Amérique et son héroïsme. La défaite est ici transformée en cri de ralliement, celle d'une Amérique qui, dans l'adversité, doit agir. Ridley Scott se défend d'avoir fait un film militariste, mais cautionne les visions interventionistes de Bruckheimer (celle d'une Amérique dominante). Depuis une dizaine d'années, le cinéma hollywoodien confronte l'Amérique à des ennemis sans visages (les astéroides d'Armageddon et Deep Impact, les extras-terrestres d'Independance Day) et Black Hawk Down n'échappe pas à cela. Les milices du général Aidid sont quasi anonymes et animées seulement d'une folie guerrière qui frôle la bestialité. À l'instar d'un film comme Behind Enemy Lines, l'ONU est montré comme une force incapable d'agir. Les forces pakistanaises, aussi présente en Somalie à ce moment, sont reléguées au rôle de porteur d'eau. Black Hawk Down tient le même discours que de nombreux films sur la guerre où les militaires sont "abandonnés" par le pouvoir politique à Washington. Dans le cas de ce film, on notera les paroles d'un commandant qui signale à ses troupes que Washington a refusé un soutien aérien d'importance. À l'instar de plusieurs films sur le Vietnam, la force politique est montrée comme lâche, incapable de prendre les moyens nécessaires pour adéquatement soutenir les troupes...

Heureusement, il reste de cette oeuvre quelques bonnes choses. La photographie de Slavomir Idziak, mariée à la facture visuelle des films de Ridley Scott, n'est pas dénuée d'attrait. Le montage de Pietro Scalia est particulièrement efficace tandis que techniquement, la mise en scène est solide. L'extrême soin apporté au mixage sonore fait de Black Hawk Down une référence en la matière.
Le discours de Black Hawk Down ne va pas bien loin et ceux à la recherche d'une oeuvre sérieuse traitant de la guerre devrait plutôt se rabattre sur La Grande Illusion (Renoir) ou The Thin Red Line (Mallick). Par contre, si techniquement (image/son) vous êtes en manque d'adrénaline...


Image
Black Hawk Down est présenté en format respecté de 2.35:1, d'après un transfert anamorphosé. Tout indique qu'on a utilisé le même transfert que pour la première édition DVD de ce film. Malgré l'ajout de doublage français et espagnol Dolby Digital 5.1 on a pu conservé pour ce transfert le même flux de donnée pour l'image. Comment? D'abord la première édition n'utilisait pas tout l'espace disque disponible, aussi le documentaire accompagnant cette même première édition est offert dans le cas de ce produit avec le deuxième disque.

Précisons, en premier lieu, que la photographie de ce film est fortement stylisée. On a décidé d'accentuer les contrastes et d'altérer la colorimétrie. Prononcer un jugement final sur ce transfert sans avoir comparé avec l'interpositif de première génération ayant servi au téléciné serait aléatoire.

La défintion, dans son ensemble, est optimale, aucune séquence ne paraient manquer de netteté, le grain du matériel source est occasionellement visible, mais il s'agit là d'un choix stylistique. La colorimétrie s'avère difficile à évaluer tant elle a été altérée. On a réduit la palette de couleurs et accentué la sursaturation. La colorimétrie dans son ensemble reste constante et aucun débordement n'est observable. Le contraste a volontairment été poussé, mais le niveau des noirs (la brillance) n'a pas été altérée. On observe parfois un léger manque de détails dans les parties les plus sombres et quelques traces de fourmillement, défaut mineur. Les noirs sont, pour leur part, purs et intenses.

On a visiblement tenté de donner un peu plus de relief à l'image en poussant quelque peu la sur-définition des contours. Bien qu'observable, le problème reste mineur.


Son
Cette bande-son s'est méritée, à juste titre, un Oscar pour le Meilleur Son, récompensant au passage Michael Minkler, Chris Munro et Myron Nettinga. De plus, le Motion Picture Sound Editors (M.P.S.E.), c'est-à-dire la guilde américaine des monteurs sonores, a déclaré ce mixage comme celui offrant les meilleurs effets sonores et foleys (bruits) de l'année 2001.

Il n'y a pas à dire, ce mixage (ici reproduit Dolby Digital 5.1) est pour le moins percutant. Tous les canaux sont mis à contribution utilisant une pleine gamme dynamique. Ce mixage, qui peut sembler agressif, est en fait assez subtil. Les bruits et effets sont sonores sont parfaitement enregistrés et intégrés à l'ensemble sonore, créant au passage une profondeur peu commune. Le réalisme du son est renversant, et, appuyé par des transitions tant avant/arrière que gauche/droite, devrait satisfaire les plus exigeants. La trame-sonore d'Hans Zimmer a superbement été intégrée au mixage final; fidèle et ni trop appuyé. Les dialogues sont naturels et toujours intelligibles, malgré la richesse du son.

Il va sans dire que les basses de ce mixage sont plutôt imposantes; une utilisation sporadique, mais intense, est faite du canal .1 (LFE). C'est ici que cette bande-son perd quelques points. Une bande sonore DTS aurait sûrement contribué à rendre encore mieux le travail des artisans du son. Non pas que la bande Dolby Digital ne soit pas adéquate au niveau des basses, mais une en format DTS aurait sûrement été plus détaillée en plus d'offrir une meilleur résolution des éléments sonores. Il faudra attendre une édition Superbit de ce film pour profiter d'une bande-son DTS de ce mixage.

Columbia/TriStar a jonglé avec l'idée d'inclure un doublage français Dolby Digital 5.1 pour la première édition DVD de ce titre, ce qui ne fut finalement pas le cas. Cette nouvelle édition corrige cela en offrant un doublage français au format Dolby Digital 5.1. Ce doublage n'est pas mauvais, mais comme tout doublage on y perd un peu. Notons aussi qu'on retrouve un doublage espagnol Dolby Digital 5.1. Il y aussi option de sous-titrage en anglais, français, chinois et thaillandais.



Suppléments/menus
Voilà l'édition spéciale que plusieurs attendaient. Columbia Tristar n'y va pas de main morte avec une édition spéciale de trois disques. Est-ce qu'un tel film en mérite autant cela reste sujet à débat...

On retrouve avec le premier disque pas moins de trois pistes de commentaires audio. Pour chacune de ces pistes, on peut accéder à un index où on énumère ce dont les animateurs discutent pour chacuns des chapitres. Notons aussi qu'il y a option de sous-tirage pour ces pistes de commentaires audio mais en espagnol uniquement.
La première piste de commentaires est animée par le réalisateur (Ridley Scott) ainsi que le producteur du film (Jerry Bruckheimer). C'est en fait surtout Ridley Scott qu'on entend. Le réalisateur explique ses motivations et les enjeux entourant la production de cette oeuvre. On notera les mots du réalisateur qui justifie l'intervention américaine en Somalie. La session d'enregistrement ne s'est pas faite conjoitement, il n'y a donc aucune interaction entre le réalsateur et le producteur.
On doit la deuxième piste de commentaires audio à Mark Bowden (auteur du livre Black Hawk Down) et Ken Nolan (scénariste du film). Ce commentaire audio est surement le plus intéressant des trois. Les animateurs sautent un peu du coq à l'âne et versent dans l'autocongratulation (et l'admettent 44:40') mais au bout du compte leurs propos permettent de mieux départager les faits de la mise en scène.
Finalement, la troisième piste de commentaires audio est animé par des vétérans qui ont participé à cette mission (Matt Eversmann, Tom Mattews, Danny McKnight et Lee Van Arsdale). Chaque fois qu'un des militaires prend la parole, son nom est indiqué en sous-titres au bas de l'écran (ce qui permet de savoir à qui nous avons affaire). Là encore, cette bande-son a le mérite de démystiféer le vrai de la mise en scène. Au premier abord, cette piste peut sembler froide et juste factuelle (ce qu'elle est essentiellement), mais il s'agit de l'évocation des faits les plus près de la réalité, sans le filtre de la mise en scène. C'est bien sûr le point de vue des soldats américains.
Complètent ce premier disque, les filmographies de certains des artisans et des acteurs ayant participé à ce film.

Les suppléments du deuxième disque s'articule en trois sections: The Essence of Combat: Makink Black Hawk Down, Images and Design et Deleted and Alternate Scenes. Columbia Tristar offre des sous-titre pour tous ces suppléments, mais pas en français, ce qui est vraiment dommage. Ainsi donc, il y a option de sous-titrage en espagnol, portugais et coréen.
The Essence of Combat: Making Black Hawk Down regroupe six segments portant chacuns sur un enjeux précis de la production; du développement du scénario à la conception des effets spéciaux. Leurs durées varient de dix-huit à trente minutes. Extraits du films, entrevues, modèlisations et scénarimages composent ces segments. Ceux-ci sont proprement réalisés et donnent un bon aperçu de ce que fût la production du film, mais le point de vue est commun, parfois complaisant.

Images and Design, comme son nom l'indique, porte sur la facture visuelle du film. Sept segments composent cette partie des suppléments. On trouve en premier lieu Designing Mogadishu (13 mins.) qui est un court documentaire portant sur la recréation de cette ville. Production Design Archive et Photo Galleries sont des galeries de photographie couvrant à peu près tout ce qui à trait au tournage. Cette section devient réellement intéressante avec les Storyboards (7 mins.) et les Ridleygrams (7 mins.). Au lieu de fademant présenter des scénarimages, on peu soit les voirs en comparatif avec les séquences du films et/ou avec commentaires audio de Sylvain Despretz (celui à qui on doit la majortié des scénarimages) ou la trame-sonore du film. Voilà comment bien dynamiser ce qui trop souvent offert platement et sans intéractivité. Complètent cette section, une galerie de photo prisent par Jerry Brukheimer au fil du tournage (Jerry Bruckheimer BHD Photo Album, 6 mins.) et un segment portant sur la séquence d' ouverture (Title Design Explorations, 3 mins.).
La dernière section de ce deuxième disque est entièment consacrée aux scènes inédites et ou alternatives (format respecté, bande-son anglaise Dolby 2.0 Surround, option de sous-titrage en espagnol, portugais et coréen). Huit scènes forment cette section, ces dernières peuvent être vues en rafales (durée totale de 20 mins.) et avec ou sans commentaires audio du réalisateur.

Le trosième disque se divise en quatre sections; Historical Archive, Target Building Insertion MultiAngle Sequence, Q&A Forums et Promotions.
Historical Archive offre trois segments. Les deux premiers sont des "documentaires" respectivement de The History Channel (The True Story of Black Hawk Down, 100 mins.) et PBS (Frontline: Ambush in Mogadishu). Le parti pris est évident et parler de documentaires n'est pas nécessairement juste. Des deux productions, nous vous suggérons surtout celle de PBS où le ton plus sobre et moins grandiloquant pour le document de The History Channel. On peut voir au fil de ces deux documentaires les corps des soldats américains mutilés par la foule de Mogadishu. Au regard de ces images, très crues, on ne peut que noter la dychotomie entre les vraies images poigantes de cruautés et la réalité très léché du film Black Hawk Down...
Le troisième segment de cette section Historical Archive est une ligne du temps (Timeline) où en sélectionnant une des heures, on peut voir en vignette (extraits du film) ce qui se passait sur le terrain.

Target Building Insertion MultiAngle Sequence permet de voir une des séquences du film filmées depuis six angles différents. Cette séquence (5'35 mins.) met en scène l'arrivée des hélicoptères et le débarquement des soldats. Chauns des six angles de prise de vue peut être écoutés soit avec les commentaires audio de Terry Needham (assistant réalisateur) ou le son enregistré durant la prise. Ce supplément est bien fait mais aurait dû logiquement être offert avec le deuxième disque.

Q&A Forums inclu trois segments. Le premier, BAFTA, est une série de questions/réponses posée par un animateur aux artisans et acteurs du film (Tom Mattews, Ridley Scott, Jerry Bruckheimer, Josh Hartnett, Ewan McGregor, Jason Isaacs, Mark Bowden). L'échange se passe devant une foule réunie au BAFTA (British Academy of Film and Arts). Ce segment, d'une durée d'un peu plus de dix minutes, a été montée et raccourcie. Les questions restent générales et les réponses prévisibles. Fade.
Beaucoup plus intéressant sont les questions posé à Pietro Scalia par un animateur et certains participants après une projection du film devant le Motion Pictures Editor's Guild. Pietro Scalia, très nerveux, explique sa relation professionelle avec le réalisateur et les défis que représentent un film comme Black Hawk Down. Là encore, cette série de questions/réponses a été éditée, ce qui est bien dommage.
Le troisième segment (11'35 mins) met en scène Ridley Scott et Jerry Bruckheimer qui répondent aux questions d'un animateur devant la American Cinematheque. Il faut voir Jerry Bruckheimer évoquer sans aucune gêne comment l'administration américaine (du département d'état à un sénateur) collabore, voir même favorise, à la production d'un film comme Black Hawk Down...Inquétant.

Promotions fait bien sûr place aux différents éléments ayant servit à la promotion du film. On trouve d'abord la bande-annonce originale du film (anglais DD 5.1, 16:9) et dix bandes-annonce destinées à la télévision. Suivent, regroupés dans une galerie (Posters Concepts), plus d'une soixantaine d'essais d'affiches. On peut aussi faire l'écoute du vidéo Gortoz a Ran - J'attends du duo Denez Prigent et Lisa Gerrard. Les bandes-annonces de Basic et Tears of the Sun complètent les suppléments de ce troisième disque.



Conclusion
Black Hawk Down se résume malheuresement à un film de guerre qui ne va pas bien loin. Cependant, il s'agit techniquement d'une mise en scène impeccable et cette édition rend grâce au travail des artisans. Si l'image est de qualité, le son, lui, étonne par un mixage percutant.
Pour les suppléments, cette deuxième édition devrait satisfaire les amateurs de ce film, en autant que vous épousiez les points de vues de Jerry Brukheimer. Car, tout comme le film, les suppléments ont un parti pris.



Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,2/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Mathieu Daoust

Date de publication: 2003-05-24

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC Widescreen 16:9 Toshiba TheaterWide TW40X81, Récepteur Pioneer Elite VSX-07 TX, Lecteur DVD Pioneer Elite DV-37, enceintes Paradigm, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Black Hawk Down

Année de sortie:
2001

Pays:

Genre:

Durée:
143 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
3

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Chinois
Thailandais

Suppéments:
Pistes de commentaires audio (3), documentaires, scènes inédites, sc.narimages, galeries de photographies, segment multi-angle, vidéo, ligne du temps, bandes-annonces et filmographies

Date de parution:
2003-06-03

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