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DVDEF

Machinist, The

Critique
Synopsis/présentation
Au cinéma, les producteurs américains sont devenus tellement mauviettes qu’ils ont évacué de leurs stratégies commerciales toute forme de risque. Fini, la période où il était pertinent de changer les conventions, de révolutionner des genres, d’explorer des terrains inconnus. Fini aussi le temps où l’on croyait saint d’encourager la relève, où endosser la vision d’un jeune visionnaire était perçu comme un défi et non pas un risque. Pour ainsi dire, elle est derrière nous l’époque où le cinéma indépendant proposait une alternative notable aux damnées conventions du cinéma populaire hollywoodien. De nos jours, mêmes les films indépendants à petit budget doivent répondre à des critères bien strictes qui visent à en faire des « crowd pleasers », c’est à dire dans un sens, des amuseurs publics. Si le sujet est trop corsé, comme dans le cas d’un film comme The Woodmen par exemple (film magnifique qui traite de pédophilie), les producteurs vont à tout le moins miser sur un succès critique pour attirer une certaine clientèle et rentabiliser leur investissement. Il faut les comprendre, mais bon sens que le cinéma américain actuel est aseptisé. Prenez un bijou comme Memento par exemple. Il aura fallu que le film fasse fureur au Festival de Sundance pour qu’un distributeur se décide à l’acheter. Avant le festival, tout le monde a levé le nez sur le film. Voilà pourquoi des jeunes cinéastes et auteurs se tournent désormais vers des producteurs étrangers pour arriver à financer leurs œuvres. À l’étranger, le goût du risque est encore présent. Tant pis si on se trompe, on passe au prochain. Que voilà une mentalité qui fait cruellement défaut aux bonzes du cinéma en Amérique du Nord, le Québec y compris…

Ainsi donc, lorsque Brad Anderson et Scott Kosar, respectivement les réalisateur et scénariste du film The Machinist (El Maquinista, dans son titre original espagnol…) ont failli à intéresser quelque producteur que ce soit à leur projet aux États-Unis, ils se sont tourné vers l’Espagne. Là-bas, ils ont trouvé une équipe de production souple et intéressée qui, sans aucune autre garantie que leur confiance au projet, se sont impliqués financièrement en rapatriant du même coup toute la production (et les interprètes nord-américains) du film à Barcelone, et ce même si l’action du film se déroule aux États-Unis… Un pari résolument risqué mais qui a été relevé avec brio. D’une part parce que The Machinist est un film fascinant qui nous reste en tête bien longtemps après son visionnement, et d’une autre parce que les environnements du film ne trahissent jamais la trace de Barcelone.

Le machiniste, c’est Trevor Reznik. Insomniaque depuis plusieurs mois, Reznik en est devenu d’une maigreur squelettique, en plus d’être victime d’une paranoïa démente. Vous divulguez davantage de l’intrigue de ce film serait en fait vous gâcher beaucoup de plaisir. The Machinist est un film fascinant autant du point de vue de l’intrigue, qui nous amène à des endroits insoupçonnés (la conclusion est particulièrement satisfaisante de par sa cohérence), que de la facture visuelle qui s’avère particulièrement léchée. En fait, si le film réussit à nous captiver, c’est surtout grâce son atmosphère glauque et inquiétante. Les cadrages tout autant que de savants éclairages font de l’univers du film un environnement quasi-abstrait qui illustrent à merveille les débordements psychologiques du protagoniste. Si la réalisation s’avère stylisée, elle ne verse jamais dans l’excès, c’est à dire dans l’exercice de style pur et dur. En fait, le traitement se veut toujours au service de l’histoire et des personnages plutôt que l’inverse. Au sein de cet univers trouble évolue un Christian Bale méconnaissable. Pour camper le cadavérique Reznik, Bale aurait perdu entre 60 et 70 livres (pour en regagner 80 en quelques semaines à peine pour son rôle dans Batman : Begins…). Il est tout aussi troublant qu’impressionnant de voir un acteur s’abandonner à ce point dans un personnage. Bale habite le protagoniste et convainc de sa détresse psychologique d’un simple regard. Une chose est certaine, cet exploit de Bale a sans aucun doute amené une visibilité au film qu’il n’aurait pu se payer autrement.


Image
The Machinist est présenté dans le format respecté de 2.35 :1 et ce d’après un transfert 16:9. Il s’agit d’un transfert de très grande qualité qui rend parfaitement justice à la facture visuelle très recherchée du film.

La définition générale est excellente. L’image est toujours parfaitement nette et fort bien détaillée. Les textures sont représentées avec toute la précision voulue. Le rendu des couleurs est impeccable. La colorimétrie désaturée et froide qui caractérise le film est ici fort bien restituée. Malgré une utilisation évidente de filtration, les noirs tout comme les gains sont exempts de toute dominante. On ne remarque aucun débordement. Pour les besoins du film, le contraste a été volontairement accentué. Il en résulte une image très crue et très mordante. Il s’agit d’un artifice visuel totalement justifié dans les circonstances. Le niveau des noirs est correctement ajusté et ne fluctue jamais. Il en résulte des noirs profonds et toujours parfaitement nets. On n’y remarque aucune présence de fourmillement. Les parties denses, plutôt nombreuses dans ce film, présentent des dégradés d’une très grande précision. Jamais ne bloquent-ils.

La partie numérique du transfert est irréprochable. La numérisation ne trahi aucune perte (drop) et la compression a bénéficié de suffisamment d’espace pour éviter les problèmes de macroblocs et autres défauts de compression.


Son
Seules deux bandes-son anglaises sont proposées sur cette édition. L’une est de format Dolby Digital 5.1 et l’autre Dolby 2.0 Surround. Des sous-titres anglais sont également disponibles. Comme le film n’a jamais été doublé pour sa distribution en salles, il n’est pas étonnant que cette édition ne nous offre aucun doublage français.

La bande-son multi-canal offre un mixage subtil et de qualité, entièrement au service du long métrage. Lorsque les quelques scènes d’action du film le demande, la bande-son offre un dynamisme vigoureux et une présence plus qu’honorable, tandis que les séquences plus mystérieuses proposent un environnement sonore et un dynamisme beaucoup plus restreint et modeste. Dans un cas comme dans l'autre, le mixage appui à merveille l'ambiance qui est censée se dégager du récit.

Le champ-sonore se déploie à travers toutes les enceintes disponibles, et le positionnement des éléments sonores est toujours précis et sans bavure. Les canaux ambiophoniques sont sollicités intelligemment pour intégrer quelques effets localisés mais surtout pour créer l’ambiance avec de subtils effets sonores. En fait, seul petit bémol, ces effets sont parfois un peu trop subtils et se perdent dans la trame-sonore. Celle-ci est par ailleurs bien intégrée et profite de tous les canaux disponibles pour se déployer avec une profondeur honorable, mais sans plus. Les dialogues, qui émanent principalement du canal central, sont toujours nets et intelligibles. Les basses ainsi que les fréquences d'extrêmes graves n'ont qu'une présence très modeste, seules quelques scènes mouvementés proposent des basses un tant soit peu plus mordantes.


Suppléments/menus
En ce qui concerne la quantité et la qualité des suppléments, cette édition offre plus que le minimum et c’est bien suffisant considérant le très faible potentiel commercial de cette édition.

Vous retrouverez tout d’abord une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Brad Anderson. Il s’agit d’une excellente piste. Le cinéaste partage généreusement un bon lot d’information concernant le désintérêt des producteurs américains envers son film, la perte de poids de Christian Bale, les difficultés rencontrées sur le tournage à Barcelone ainsi que toute autre information concernant la production du film. Ses propos sont concis et très informatifs.

S’ensuit The Machinist : Breaking the Rules, un documentaire de 25 minutes sur la production du film. Si vous avez pris la peine d’écouter la piste de commentaires du réalisateur avant de visionner ce documentaire, vous trouverez ce dernier un peu redondant. En effet, plusieurs informations partagées par Brad Anderson sont répétées mais de façon un peu plus générale. Il s’agit tout de même d’un documentaire intéressant (certainement plus que la moyenne des produits du genre) qui offre quelques bonnes entrevues avec les artisans.

Il y a également huit scènes coupées, dont trois seulement offrent des commentaires optionnels du réalisateur. Certaines de ces scènes sont intéressantes et valent le coup d’œil, mais dans l’ensemble leur retrait est parfaitement justifié.

La bande-annonce originale complète les suppléments.



Conclusion
The Machinist est un film fascinant qui mérite une écoute attentive pour que tous ses secrets et toutes ses subtilités soient appréciés. Cette édition nous présente le film dans un transfert de toute beauté. Quant à la bande-son, elle ne brise rien mais rend parfaitement justice à l’ambiance inquiétante du film. Les suppléments sont peu nombreux mais leur intérêt est au-dessus de la moyenne. Que voilà une bonne édition, tout ce qu’il y a de plus solide.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
2,8/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2005-06-29

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Maquinista, El

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
101 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Piste de commentaires audio, documentaire (25 mins), 8 scènes coupées et bande-annonce

Date de parution:
2005-06-07

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