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DVDEF

Ghost and Mrs Muir, The (Studio Classics)

Critique
Synopsis/présentation
Joseph L. Mankiewicz fut l'un des plus subtils et raffinés metteurs en scène d'Hollywood, et The Ghost and Mrs Muir (1947) en est la meilleure démonstration. On y suit une jeune veuve, Lucy Muir (Gene Tierney), mère d'Anne (Nathalie Wood), souhaitant s'émanciper contre l'avis et la volonté de sa belle-famille. Elle trouve une splendide maison en bord de mer (dont elle avait toujours rêvé) et contre l'avis de tous, décide de la louer. Petit à petit, elle s'aperçoit que la maison est hantée (ou du moins semble l'être) par le fantôme de l'ancien propriétaire, un captaine de bateau, marin acharné, Daniel Gregg (Rex Harrisson). Leur relation commence de façon tumultueuse, les deux personnages étant des caractères forts, puis une réelle amitié s'installe. La santé financière de Lucy ne lui permettant de conserver cette belle demeure, le Capitaine Gregg lui proposera un étrange mais bénéfique marché afin qu'elle puisse y rester. Nous ne vous dévoilerons pas plus de l'intrigue de ce magnifique film, tant la suite des évènements peut être envisagée différemment selon la personnalité et la sensibilité de chacun.

Joseph L. Mankiewicz était toujours l'auteur du scénario de ses films et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'une des rares fois où il s'agit du script d'un autre, le cinéaste fut remarquablement servi par Philip Dunne. On sent tout de même sa patte de dialoguiste hors pair dans maintes répliques cinglantes et spirituelles des divers personnages. L'évolution psychologique des protagonistes est toujours fine et censée, jamais guidée par une quelconque règle ou la volonté de se conformer aux standards de l'époque. Le sujet de l'émancipation des femmes et d'une certaine liberté sexuelle est même abordé de façon directe et fait toute la modernité de ce film, qui conjugue un côté légèrement surranné dans son aspect, avec des thèmes novateurs à l'époque. La force du scénario est d'arriver à maintenir, selon les spectateurs, l'ambiguité quant à l'existence du fantôme du Capitaine Gregg, ou l'assurance de sa présence réelle. Le plus impressionnant étant d'arriver à effectuer ce difficile exercice sans tout l'attirail scénaristique complexe et redondant dont ont besoin bien des oeuvres actuelles pour arriver à leurs fins (The Sixth Sense, 1997).

De plus, l'existence ou non du fantôme n'est qu'un des multiples enjeux d'une oeuvre très riche de sens et paradoxalement, d'une linéarité et d'une simplicité de structure étonnantes. La grande réussite de Mankiewicz est d'avoir su rendre les scènes avec le fantôme plus réelles et émotionnellement plus intenses que celles qui se déroulent uniquement entre vivants, renforçant encore le côté équivoque et original de cette histoire d'amour et par là même de son film.

La superbe musique de Bernard Herrmann est une fois de plus un personnage à part entière dans l'oeuvre et sans sa présence chaleureuse et son excellente intégration, nul doute que ce film aurait été beaucoup moins touchant. Sa partition souligne les sentiments des personnages et selon les besoins, l'intensité et l'importance psychologique de certaines scènes a priori moins cruciales au niveau de la progression de l'intrigue proprement dite. De même, la photographie de Charles Lang renforce la puissance de certaines scènes ou influe de façon significative sur le réalisme ou l'onirisme d'autres passages. Cependant, la grande force de son travail est de toujours laisser libre court à l'imagination du spectateur, se contentant de lui donner des pistes sans lui imposer un avis comme c'est si souvent le cas à l'heure actuelle. Dans le scénario, la musique ou la photographie de cette oeuvre, les maîtres mots sont romantisme et ambiguité. Le libre choix est laissé au spectateur, que cette liberté pourra enchanter ou décontenancer selon les caractères ou les habitudes.

Les acteurs sont également au sommet de leur art et il faut bien avouer qu'une indéniable alchimie se dégage de la relation entre Lucy et le Capitaine grâce au talent et à la présence de leurs interprêtes. Gene Tierney est toujours aussi magnifique et étonnament à l'aise dans un rôle différent de ceux qui avaient alors fait son succès. Elle est pour beaucoup dans l'incertitude quant à l'existence ou non du fantome du Capitaine. Il faut par contre bien avouer que son maquillage à la fin du film est plutôt râté et lui retire un peu de sa crédibilité. Face à elle, Rex Harrisson nous offre une de ses plus belles prestations et parvient à faire croire sans efforts à son personnage tout en gouaille et sensibilité cachée. George Sanders est à nouveau parfait, hautain, supérieur, mais également fragile et enfantin.

Une oeuvre touchante et subtile, beaucoup plus profonde et complexe qu'il n'y paraît au premier abord, doublée d'une superbe histoire d'amour loin des habituels clichés. Un film qu'il est grandement recommandé de regarder en famille tant il fera le bonheur des petits et des grands.


Image
L'image est offerte au format respecté de 1.33:1.

La définition générale est de bonne qualité, même si moins poussée que sur d'autres titres de la collection Studio Classics. Cependant, l'aspect très légèrement émoussé des contours rajoute encore à l'ambiance éthérée de l'oeuvre et donc à son mystère. L'interpositif est propre et n'occasionne que de petites rayures (quasi insignifiantes) en début de film. Le contraste est bien géré mais aurait gagné à être plus renforcé dans son ensemble. Les brillances intempestives sont toutes évitées et les dégradés de gris de la superbe et très complexe photographie de Charles Lang, magnifiquement rendus. Le niveau de noir est excellent et permet une superbe restitution de toutes les scènes sombres.

La partie numérique du transfert est impeccable et n'occasionne aucun défaut ou perturbation notables.
Une belle présentation que celle que la Fox nous offre pour ce splendide film qui méritait au moins cela. Même si il ne se hisse pas au niveau des meilleures restaurations, ce transfert est fort satisfaisant et permet de redécouvrir le film dans des conditions idéales.


Son
Les bandes-son sont disponibles en Anglais (DD 2.0 stereo), Anglais (DD 1.0 mono), Français (DD 1.0 mono), Espagnol (DD 1.0 mono).

La bande-son en stéréo est d'une dynamique corecte, même si marquée par les limitations des enregistrements de l'époque. Son avantage sur la bande anglaise monophonique est une présence et une spatialité accrues, qui permettent une plus grande immersion dans le film. La (une fois de plus) superbe musique de Bernard Herrmann est fort bien rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont toujours intelligibles et sans aucune saturation ou parasites (à condition de ne pas trop pousser le volume). Les basses fréquences sont plutôt anecdotiques mais correctes eu égard à l'âge du film.

La bande-son monophonique française offre elle un rendu plus sourd et étouffé, même si elle reste largement écoutable en l'état. La bande-son espagnole ne semble pas avoir été restaurée et propose tous les défauts possibles (souffles, craquements, dynamique tassée).

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Espagnol.
Une bande-son correctement nettoyée des dégâts causés par le temps et qui sonne fort honorablement pour un film de 1947. Une restauration plus poussée aurait sans doute permis de lui ôter une petite tendance nasillarde, très typique des productions de l'époque, mais qui font également leur charme.


Suppléments/menus
Une section de qualité mais qui aurait gagnée à être un peu plus étoffée. En effet, les deux commentaires audio sont pointus et s'adressent avant tout aux nombreux adorateurs du film, et le documentaire sur Rex Harrisson bien qu'intéressant n'a que très peu à voir avec le film.

Les deux commentaires audios forment un tout remarquablement complet, dont le montage est une réussite à souligner. En effet, il est clair que les différents intervenants ont tous été enregistrés séparément et souvent ce type de commentaire est désarticulé, sans âme ou fil conducteur. Or, dans ce cas, la cohésion est remarquable et l'intérêt maintenu en permanence. Les informations techniques, anecdotes et avis divers délivrés par Greg Kimble (historien du cinéma), Christopher Husted (administrateur des compositions de B. Herrmann) sur le premier commentaire, et par Jeanine Bassinger (professeur de cinéma) et Kenneth Geist (biographe de Mankiewicz) sur le second, s'avèrent toujours pertinentes et d'un intérêt énorme pour les amateurs du film et de son réalisateur.

Le documentaire de quarante-quatre minutes intitulé Rex Harrisson : The Man who would be King, retrace de façon concise et complète, sa remarquable carrière d'acteur et sa tumultueuse vie privée. Il nous éclaire un peu plus sur la personne, sa complexité et ses doutes, mettant en valeur ses plus grands rôles sans en rajouter.

Sont également présents une galerie de photographies/affiches et une série de bandes-annonces de bonne qualité concernant l'intégralité des oeuvres sorties sous la bannière Studio Classics.

Nous ne pouvons qu'encourager la Fox à poursuivre sa politique de commentaires audios faits par des spécialistes et analystes en tous genres, tant ceux-ci sont souvent riches et passionnants. Cela est surtout valable sur les plus vieux films où souvent plus aucun des artisans de l'oeuvre n'est disponible, et pour lesquels le recul a permis d'appréhender l'oeuvre dans son ensemble et d'en tirer des conclusions réellement dignes d'intérêt.



Conclusion
Une édition de belle qualité technique mais pas la meilleur parmi les éditions offertes sous la bannière Studio Classics. De même, les suppléments y sont très intéressants, surtout les deux pistes de commentaires audio.

Le film de Joseph L. Mankiewicz fait partie de ces oeuvres magiques dont de nombreux visionnemment n'arrivent pas à entamer le pouvoir de séduction. Les acteurs et les techniciens sont à leur sommet et l'élégance et la subtilité du réalisateur également. Un film qui prend de plus en plus d'importance au fur et à mesure que de nouvelles oeuvres s'en inspirent sans pour autant arriver à l'égaler. Un classique à découvrir ou redécouvrir tant son universalité est grande et ses thèmes divers.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-04-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Ghost and Mrs Muir, The

Année de sortie:
1947

Pays:

Genre:

Durée:
104 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
2 commentaires audio, un documentaire sur la vie de Rex Harrisson, une galerie de photos, une bande-annonce, présentation des autres films de la collection Studio Classics

Date de parution:
2003-05-01

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