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DVDEF

Minority Report

Critique
Synopsis/présentation
En 2001, Spielberg avait fait un retour à la science-fiction avec A.I., un genre cinématographique auquel il n'avait pas touché depuis E.T. en 1982. Si les attentes soulevées par A.I. étaient grandes, la déception face au produit final décevait d'autant plus. Spielberg s'était enlisé dans un film impersonnel, né d'abord et avant tout dans l'imaginaire du défunt Stanley Kubrick. Le résultat était hétérogène et incongru, à mi-chemin entre un Pinocchio futuriste et une œuvre de Kubrick. Pourtant, les questions posées par A.I. étaient pour le moins stimulantes. Spielberg s'attaquait entre autre à une thématique qui lui est chère, à savoir les dangers de la science et la relation qu'entretient les hommes avec celle-ci. Cette thématique, il l'avait déjà abordé dans Jurassic Park, et il s'y attaque à nouveau aujourd'hui avec Minority Report, sans conteste son film le plus achevé depuis longtemps.

Minority Report est issu de l'imaginaire de Philip K. Dick, l'auteur de science-fiction à qui l'on doit les Blade Runner et Total Recall. L'action se situe quelques cinquante années dans le future, tandis qu'une nouvelle technologie permet d'identifier et d'arrêter les meurtriers… avant même qu'ils ne commettent leur crime. Le système semble de toute évidence parfait puisque aucun meurtre n'a été commis en l'espace de six ans. Mais un tel système peut-il réellement être sans faille ? L'inspecteur en chef Anderton (Tom Cruise) le croyait dur comme fer, jusqu'au jour où il fut lui-même accusé d'un futur meurtre… A-t-il été piégé ? Ou est-on tout simplement pris au piège de notre destin ? Cette dernière question est la première thématique soulevée par le film. Sommes-nous réellement prisonnier de notre destin ? Sommes-nous condamné à commettre et même à répéter certaines erreurs ? Notre parcours est-il décidé d'avance ? Ou alors sommes-nous en pleine possession de notre destiné jusqu'à la toute fin ? Le film ne tente pas nécessairement de répondre à aucune de ces questions. Et c'est là son principal mérite, les auteurs ont évité de poser un jugement définitif sur des interrogationse. Cependant, ils apportent des nouvelles nuances tout à fait fascinantes en regard à cette thématique. Par exemple, simplement parce qu'on empêche la tenue d'un événement ou d'une action signifie-t-il que cette action aurait réellement eu lieu si nous ne l'avions pas contré ? La séquence du film où le personnage de Tom Cruise lance une balle qui est rattrapée par Colin Farrell avant qu'elle ne tombe par terre est on ne peut plus claire à ce sujet. Aussi, le film sous-entend-il que nos réactions face à certains événements dépend de notre préparation face à ceux-ci. Les choix devant lesquels sont confrontés le protagoniste et l'antagoniste en fin de parcours sont explicites.

Au-delà de ce discours, le film dresse un portrait plutôt pessimiste de la relation entre l'homme et la science, en plus de dénoncer la place de plus en plus grandissante de la technologie dans nos vies. Le futur illustré dans Minority Report nous montre une société dans laquelle toute notion d'intimité, de secret ou de vie privée sont éliminées. Les autorités connaissent tout du présent (les déplacements, les habitudes de vies, les goûts) et même de l'avenir (concernant les meurtres) de la population. Personne n'est à l'abri, tout le monde est affiché. Cette notion de transparence est d'ailleurs clairement représentée dans plusieurs éléments de la direction artistique. Spielberg joue sur plusieurs symboliques de la transparence tout d'abord avec les décors, qui sont souvent fait de murs et de planchers vitrés transparents, mais aussi avec une prédominance de l'eau dans divers aspects du film. L'eau est une symbolique récurrente dans cette oeuvre, et ce dès les premières secondes du film lorsque les logos des producteurs Dreamworks et Twentieth Century Fox sont visibles à travers une mince pellicule d'eau. Dès les premières secondes donc Spielberg se sert de l'eau comme une matière première translucide qui ne cache aucun secret. Cette thématique sera également explicitement illustrée avec le meurtre de Anne Liveley, qui survient plus tard dans le film. Fascinant !

S'il était un défaut à reprocher à Minority Report, il s'agit certainement de sa conclusion fort convenue. Jusque là, le film de Spielberg se démarquait par ses thématiques fascinantes, sa mise en scène inventive (la séquence où la caméra survole un immeuble à logement en pénétrant dans chaque pièce une à une est éblouissante !), ses scènes d'actions survoltés, une photographie stylisée et un humour noir typique des œuvres de Philip K. Dick. Dommage donc qu'à la toute fin le film sobre dans une intrigue policière bourrée de clichés et particulièrement convenue. Quoi qu'il en soit, Minority Report constitue le film le plus réussie de Spielberg depuis belle lurette, et il serait dommage de ne pas en profiter !



Image
Minority Report nous est offert au format respecté de 2.40:1 et ce, d'après un transfert anamorphosé. À noter qu'une édition offrant le film dans un format plein écran (4:3) est également disponible en magasin. Mais comme il s'agit du premier film de Spielberg en plus d'une décennie à avoir été tourné dans ce format, aussi bien en profiter !

Ce transfert pour Minority Report n'est pas tout à fait sans rappeler celui de A.I., offert à peine un an auparavant. En fait, le même type d'interpositif au grain proéminent et à faible contraste a été employé. Il en résulte évidemment une image dont le grain est proéminent et souvent douce (soft), mais il s'agit d'un effet de style volontaire recherché par Spielberg et son directeur de photographie habituel, Janusz Kaminski. Quoi qu'il en soit, l'interpositif employé ne présente aucune anomalie distrayante.

Malgré la présence de grain, qui tend parfois à masquer certains détails, la définition demeure excellente. L'image est très détaillée et jamais n'observons-nous un quelconque manque de piqué. Les couleurs constituent l'un des éléments les plus stylisé du film. En plus des artifices photographiques habituels (jeux d'éclairage, filtres, fumée) Kaminski a eu recours à un procédé appelé " bleach bypass " (littéralement, un contournement de blanchiment). Ce procédé, employé pour la majorité du film, résulte en des couleurs plus froides et ternes, presque monochromatiques. Incidemment, il est impossible de qualifier les couleurs de naturelles. Cependant, nous pouvons affirmer que leur rendu semble juste et constant et qu'il ne souffre d'aucun débordement. À quelques occasions, lorsque le film tient pour environnement un milieu naturel (par exemple la petite maison de campagne habitée par l'ex-femme de Anderton), les couleurs deviennent riches et pleinement saturées. À ces quelques occasions seulement la colorimétrie offre-t-elle des teintes dites naturelles. Les contrastes paraissent souvent sur-accentués mais il s'agit à nouveau d'un effet volontaire. Le niveau de noir (brillance) ne souffre d'aucune fluctuation indésirable. Malgré les nombreux contre-jours, la surexposition récurrente et l'accentuation des contrastes, les parties denses présentent des dégradés subtils et plutôt bien définis qui ne bloquent pas. Les noirs sont profonds, mais attention de ne pas confondre le grain du film pour un fourmillement involontaire !

S'il est un seul défaut à réellement déplorer avec ce transfert, il s'agit certainement d'une sur-définition des contours visible dans les plans plus contrastés. Autrement, ce transfert ne souffre d'aucun défaut numérique.



Son
Cette édition offre quatre bandes-son, à savoir trois anglaises (DTS 5.1, Dolby Digital 5.1 / 2.0 Surround) et une française (Dolby Digital 5.1).

À l'instar du transfert vidéo, les mixages multi-canaux de cette édition sont absolument superbes. Le son est magnifiquement dynamique , tandis que l'environnement sonore est ample et immersif. Ces mixages bénéficient d'abord et avant tout d'éléments sonores intégrés avec précision. Le champ-sonore, très détaillé, se déploie depuis tous les canaux. La séparation des canaux est fluide et subtile. La mystérieuse et efficace trame-sonore de John Williams est dynamique, fidèle et solidement rendue. L'utilisation agressive des canaux d'ambiophonies ne sont pas strictement limités aux multiples effets chocs des scènes d'action, mais également à des constants et subtiles sonorités pour créer cette ambiance crédible. Les transitions canaux à canaux (avant/arrières et stéréophoniques) sont nombreuses, réussies et souvent étourdissantes. Les basses sont particulièrement intenses et vibrantes, l'usage du canal .1 (LFE) est percutant. Les extrêmes basses vont souvent en deçà des 25Hz. Le timbre des voix est naturel et les dialogue sont en tout temps intelligibles.

Si tous les mixages multi-canaux offrent une expérience d'écoute tout à fait convaincante, le mixage DTS anglais offre quelques avantages face aux bandes-son Dolby Digital. Celle-ci nous est apparu plus précise et mieux détaillée, en plus d'offrir des extrêmes basses plus intenses et mieux définies. À noter que des sous-titres anglais, français et espagnols sont également offerts.



Suppléments/menus
Spielberg a fait appel à son collaborateur de toujours, Laurent Bouzereau, pour produire les suppléments de Minority Report. Il ne faut donc pas se surprendre de constater que ces suppléments sont similaires à ceux offerts sur A.I. il y a plusieurs mois. À nouveau, M. Bouzereau a eu accès à une quantité innombrable de matériel d'archive (schémas, scénarimages, photographies, scénario, etc.) ainsi qu'au plateau de tournage pour nous offrir un tour d'horizon des plus complet de tout le processus de production du film, de la pré-production à la post-production. Le résultat de son travail consistait en un long documentaire de 90 minutes, qui à pour cette édition été sectionné en une multitude de courts documentaires dont la durée varie de 3 à 10 minutes. Apparemment, Dreamworks préfère offrir un nombre élevé de suppléments plutôt qu'un seul documentaire consistant. À tout le moins le studio aurait-il pu offrir l'option de visualiser tous ces documentaires bout à bout ? Quoi qu'il en soit, la qualité de chacun de ces courts segments est indéniable. Chacun aborde un aspect bien précis de la production du film, et tous sont constitués de propos pertinents et intéressants ainsi que de matériel didactique concret et compréhensible. Le ton est toujours informatif, rares sont les propos flatteurs et complaisants (sauf en ce qui concerne le dernier documentaire de tous). À noter que tous ces segments sont offerts avec option de sous-titrage en français et espanols. Voici la liste des documentaires et leurs sujets:

The Story - The Debate (9 min) - Ce segment traite de la mise sur pied du projet et du processus d'écriture du scénario.

The Players (9 min) - On y traite du choix des acteurs et de leur contribution au film.

The World of Minority Report (9 min) - Ce segment aborde toute la conception du monde futuriste créé pour le film. On y explique comment une bande de scientifique, d'auteurs et d'intellectuels se sont réunis durant une fin de semaine pour faire part de leurs anticipation face à l'avenir.

Precrime and Precogs (8 min) - Le concept de prédiction des crimes est discuté et expliqué.

Precog Visions (5 min) - On y explique la technique employée pour conférer l'aspect ludique aux images issues des prédictions meurtrières.

The Vehicles of Minority Report ( 5 min) - Ce segment aborde la conception et la création des multiples véhicules tels que vus dans le film.

The Spyder Sequence (6 min) - La séquence où les petits robots pénètre dans toutes les pièces d'un immeuble à logement pour identifier les habitants est décortiquée, de la conception jusqu'à l'enveloppe sonore et musical.

The Maglev Escape, The Hoverpack Chase et The Car Factory (chacun 3 min) nous expliquent comment trois des scènes d'action du film ont été créés.

ILM and Minority Report - Intro (5 min) - Il s'agit d'un tour d'horizon du travail effectué par la compagnie ILM pour créer les effets spéciaux du film.

Holograms (3 min), Hall of Containment (3 min), Mag-Lev (3 min), Hovercraft and Hoverpack (3 min) et Cyberparlor (2 min) sont cinq segments explorant les méthodes employés pour créer les principaux effets numériques (CGI) du film.

Final Report (4 min) - Tom Cruise et Steven Spielberg louangent les mérites de l'un et de l'autre…

En plus de cette multitude de documentaires, vous retrouverez une section nommée Archives. Dans cette section, vous aurez accès à une panoplie de dessins, de schémas conceptuels, de scénarimages (en montage animé), et de photographies, le tout séparé en de multiples sujets. Fascinant. Vous y retrouverez également les bandes-annonces du film, des biographies et filmographies ainsi que des notes de production.




Conclusion
Difficile d'en demander plus ! Non seulement le film à lui-seul vaut t'il l'achat, mais cette édition nous offre un transfert de qualité ainsi que des mixages sonores à tous le moins impressionnants. Qui plus est, les nombreux documentaires offrent une vue d'ensemble absolument fascinante sur la production du film. Que voilà une édition incontournable.



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,5/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
4,1/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2003-01-06

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Minority Report

Année de sortie:
2002

Pays:

Genre:

Durée:
146 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Dreamworks

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.40:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1 EX*
Anglaise DTS ES
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaires et archive contenant des schémas conceptuels, des scénarimages, des photographies et les bandes-annonces

Date de parution:
2002-12-17

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