Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Bring me the head of Alfredo Garcia

Critique
Synopsis/présentation
Sam Peckinpah fait partie des cinéastes de légende qui ont acquis ce statut, en premier lieu par le scandale provoqué par la sortie de certaines de ses oeuvres (The Wild Bunch (1969), The Straw Dogs (1971) et Bring me the head of Alfredo Garcia (1974)), puis progressivement grâce au fait que la critique a su apprécier également ses films pour leurs valeurs intrinsèques. Peckinpah était une vraie personnalité avec ce que cela comporte d'irresponsabilité latente, de "je-m'enfoutisme" gueulard mais aussi et surtout de talent hors normes et de sensibilité à fleur de peau et le personnage de Bennie, le anti-héros de Bring me the Head of Alfredo Garcia, nous semble être en grande partie calqué sur la personnalité complexe de son auteur.

Ce film nous propose donc de suivre Bennie (Warren Oates), un petit patron de bar dans une ville mexicaine paumée, qui se retrouve entraîné dans la traque du fameux Alfredo Garcia du titre. Lorsque deux tueurs viennent dans son bar pour lui demander un tuyau sur l'endroit où se trouve Alfredo, dont la tête a été exigée par un riche propriétaire mexicain, Bennie qui le connaît indirectement se lance dans cette aventure. Sa petite amie, Elita (Isela Vega), une femme qui semble se prostituer de temps à autres, a passé quelques jours récemment avec le fameux Alfredo ce qui met Bennie en rage car il est amoureux d'elle. Cependant lorsqu'elle lui annonce que Alfredo est décédé dans un accident de la route, ils décident d'aller récupérer la tête d'Alfredo afin d'empocher la coquette somme qui leur a été promise en échange par les tueurs, somme qui leur permettrait de quitter la ville et d'enfin accéder à une autre vie. Mais bien entendu ce qui s'annonçait comme une simple formalité va énormément se compliquer au fur et à mesure que le sang coule pour se terminer de façon apocalyptique.

Voici une oeuvre déconcertante par sa volonté de contraste tout azymut, passant de scènes d'une tendresse et d'une douceur très justes à d'autres d'une ambiguïté sexuelle vraiment dérangeante, sans parler du jeu de massacre désespéré que ve devenir l'épopée de Bennie. Peckinpah a mis toutes ses obsessions dans ce film, qui est à nos yeux sont plus noir et désespéré mais aussi son plus personnel et déroutant. Il fut aux commandes de son scénario et s'affirma comme le seul maître à bord lors du tournage. La structure du film est vraiment circulaire, débutant sur un scène d'une rare méchanceté où un père est capable de faire molester sa fille afin d'obtenir le nom de l'homme qui l'a mise enceinte, et se terminant sur un véritable carnage dans le même ranch, comme si l'acte ignoble du début avait ramené une sorte d'ange de la vengeance, l'arroseur arrosé dans une version tragique et poisseuse. C'est d'ailleurs cela qui s'avère fort déroutant pour des spectateurs habitués aux films américains traditionnels, démarrer sur une scène très forte dans un lieu marqué et ne plus y revenir avant la fin du film. Il faudra donc s'accrocher au rythme très particulier de ce film qui prend un certain temps avant d'installer totalement son intrigue, proposant durant la demi-heure qui suit la première scène un portrait réaliste (juste mais explicite) et très touchant (leurs scènes de tendresse) du héros et de sa petite amie. Bennie est un anti-héros comme on en voit peu, de même que Elita est très ambigüe dans sa relation avec les hommes même si on apprend qu'elle aime vraiment son Bennie. Peckinpah avait une obsession pour les prostituées, une sorte d'attraction-répulsion qui se ressent bien dans tous les portraits de femmes qui jalonnent son oeuvre, montrant des femmes à la fois fortes et totalement soumises à leurs propres pulsions qui peuvent les pousser à se comporter de façon totalement dérangeante (le viol dans Straw Dogs, dans Bring me the Head of Alfredo Garcia). C'est cette ambiguïté, cette envie de mettre le spectateur dans une situtation inconfortable (et ce aussi au niveau du traitement du sexe que de la violence) qui met si mal à l'aise et qui fait que certains spectateurs pourront rejeter ce film comme certain autres de Peckinpah. Quant aux accusations de misogynie envers Peckinpah, il suffit de voir dans ce film quel personnage magnifique au final est Elita et combien la seule personne qui semble positive dans le film est la fille du riche propriétaire qui reste digne jusque dans la douleur et qui, elle seule, osera tenir tête à son pêre, pour se rendre compte qu'elles sont aussi infondées que dans le cas de David Cronenberg. Le traitement de la violence est fidèle au système de Sam Peckinpah qui en fait une donnée obligatoire de l'histoire de tous ses personnages. Sa mise en scène des passages violents utilise le ralenti pour mettre le spectateur directement face à ce qui lui est montré, ne rien lui épargner de la nature sauvage et extrême de ces moments. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y réussit totalement, proposant une sorte de mise à plat de la violence et ainsi une vraie réflexion chez le spectateur habitué à une représentation souvent plus légère et sans point de vue de la brutalité humaine. Le rythme du film reste particulier jusqu'au bout, ne cédant jamais à aucun mode ou règle, Peckinpah ayant d'ailleurs réalisé avec ce film une oeuvre aussi mexicaine qu'américaine. D'ailleurs l'ambiance bordélique et surprenante du film semble devoir beaucoup au Mexique, pays d'adoption du cinéaste qui y a trouvé un endroit où les habitants vivent dans le contraste complet qu'il affectionne tant. Ainsi les voitures des personnages sont toutes plus délabrées les unes que les autres, les chambres d'hotels plus lugubres et repoussantes au fur et à mesure que le film avance.

Il s'agit d'un film nihiliste néanmoins traversé par des moments de grande tendresse, une oeuvre qui permet à Peckinpah d'exposer une fois de plus sa passion pour des personnages psychologiquement fouillés dont le point commun est d'être des ratés, des "losers", et ce quel que soit leur niveau de fortune ou leur position sociale. Nous vous conseillons donc vivement le visionnage de cette perle noire en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'une oeuvre complexe et vraiment marquante, qui par conséquent n'est absolument pas pour tous publics mais qui une fois abordée en connaissance de cause sera certainement un choc inoubliable pour tous ceux qui vont le découvrir.



Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un bon niveau et assez constante sur tout le métrage malgré quelques baisses sensibles mais jamais vraiment gênantes. L'interpositif est relativement propre mais des passages réguliers montrent des points, traits, rayures et autres poussières sans pour autant que cela ne devienne vraiment dérangeant. Le grain présent tout au long du film offre à ce transfert un rendu vraiment cinéma très appréciable. Les couleurs sont agréablement rendues, naturelles, constantes et toujours bien saturées, rendant ainsi hommage à la photographie qui oscille en permanence entre naturalisme et désespoir poisseux. Le contraste est bien géré et évite toutes les brillances. Les scènes sombres sont bien rendues grâce à des noirs étonnamment purs et profonds. La partie numérique est à nouveau exempte de reproches dignes d'être mentionnés ici et nous en sommes ravis.

Voici donc un transfert qui n'est certes pas parfait mais qui offre néanmoins une qualité de visionnage très appréciable pour une oeuvre aussi rare de cette époque.




Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby 1.0 mono).

Sa dynamique est tout à fait standard pour une bande-son monophonique des années 70. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité. La musique est correctement rendue malgré des limitations évidentes et logiques dans le haut comme le bas du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les effets sonores souffrent par contre à plusieurs reprises de graves effets de distortion qui donnent l'impression que la bande a été passée dans une chambre à écho, ce qui est des plus désagréables sur le moment mais pas vraiment gênant si on rapporte ces incidents à la durée du métrage et à leur brièveté. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles mais toutefois leurs conditions d'enregistrement en direct font que leur niveau de reproduction peut être parfois très fluctuant. Les traces de distortions et de parasites restent toujours limitées à un niveau tout à fait acceptable. Les basses fréquences sont bien évidemment quasi absentes de cette bande-son et cela est dommage car elles auraient pu donner beaucoup plus de poids à de nombreuses scènes. Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son qui présente des défauts ponctuellement importants mais qui dans l'ensemble s'avère accpetable, même si l'on peut regretter l'absence d'une remasterisation complète et encore plus d'un remixage 5.1 total qui aurait permis de rendre à cette bande-son l'impact que Peckinpah cherchait indéniablement à lui donner, et qui sont sabotés à plusieurs reprises sur cette édition.


Suppléments/menus
Une section assez peu fournie mais qui a le mérite d'exister. Le commentaire audio proposé comprend des interventions de Paul Seydor, Garner Simmons et David Weddle, tous trois auteurs d'ouvrages sur Peckinpah. Ils sont encadrés dans leur discussion par Nick Redman et heureusement que ce dernier est présent pour modérer l'ardeur des trois intervenants et arriver au final à un commentaire cohérent, même si souvent les trois hommes ont tendance à noyer l'auditeur sous de trop nombreuses informations dont certains tiennent vraiment plus du détail que de l'anecdote intéressante. Ceci dit, il faut bien reconnaître que les trois hommes maîtrisent parfaitement leur sujet et que la conjontion de leur trois savoirs aboutit en un ensemble de renseignements assez incroyable autour de ce film. La bande-annonce est de qualité technique correcte mais à nouveau dévoile trop de l'intrigue du film, même si celle-ci n'est pas forcément essentielle pour l'appréciation de l'oeuvre.

Il est dommage que la MGM n'ait jugé bon de produire un documentaire autour de ce film, tant les informations contenues dans le commentaire audio sont nombreuses et parfois difficilement assimilables et tant ce film fut controversé à la fois pendant sa production mais aussi durant son exploitation dans les cinémas. Voici néanmoins un ensemble tout à fait satisfaisant au regard du prix de vente ridiculement bas de cette édition.




Conclusion
Une édition qui offre des prestations audio et vidéo satisfaisantes au regard de la rareté du film et de son prix de vente bas. Mais voila un titre sur lequel on aurait pu s'attendre à un traitement plus poussé ainsi que des bonus plus nombreux, du fait de sa qualité intrinsèque et de la réputation de son auteur.

Sam Peckinpah signe ici son oeuvre la plus troublante, son diamant le plus noir et le nihilisme et le désespoir final de son personnage de loser magnifique n'ont d'égal que son humanité et son envie de vivre lorsqu'il était encore en présence de la femme qui le faisait avancer dans la vie. Un film radical qui n'est clairement pas à mettre devant tous les yeux mais qui résume à lui seul son auteur dans toutes ses qualités comme ses contradictions.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,2/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
2,9/5

Note finale:
3,1/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-04-25

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Bring me the head of Alfredo Garcia

Année de sortie:
1974

Pays:

Genre:

Durée:
112 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire Audio, Bande-annonce

Date de parution:
2005-03-22

Si vous avez aimé...