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DVDEF

Bad Day at Black Rock (Controversial Classics)

Critique
Synopsis/présentation
John Sturges est un solide artisan hollywoodien dont nous avions déja critiqué le sympathique mais inégal Gunfight at the Ok Corral. Il compte dans sa filmographie des oeuvres très célèbres telles que The Magnificent Seven ou The Great Escape mais aussi d'autres oeuvres beaucoup moins réussies et intéressantes. Son film le plus réussi est de loin Bad Day at Black Rock qui nous propose de suivre l'histoire de John J Macreedy (Spencer Tracy), un vétéran de la guerre 39-45, manchot, qui se rend dans la minuscule bourgade de Black Rock perdue au milieu du désert. Il vient dans ce village afin de remettre la médaille de son fils défunt à la guerre à un des fermiers de l'endroit. Mais les habitants de la ville tentent de le faire repartir, souhaitant garder caché un terrible secret. Macreedy est un homme décidé qui fera tout pour arriver à ses fins et ce malgré l'hostilité très marquée des habitants de Black Rock.

Sur cette trame ténue, Sturges et ses scénaristes Don McGuire et Millard Kaufmann proposent une intrigue solide, mais surtout lourde de sens lorsque l'on replace le film dans son époque. En effet, Hollywwod sortait alors juste de la fameuse chasse aux sorcières qui a fait tant de mal à ses artistes les plus talentueux, et le film offre un sous texte très fort sur la lâcheté collective, à la limite du réquistoire. Cet aspect n'est pas le premier à ressortir du film mais il en est pourtant le plus important et le plus significatif au final. L'intelligence de Sturges et de ses scénaristes est d'avoir su faire passer cela en filigrane au sein d'un drame plus classique et solide, ce qui renforce d'autant plus la puissance de cette dénonciation.
De plus, en artisan touche à tout du cinéma, Sturges a su mélanger de nombreux ingrédients de divers genres qui donnent au film toute sa saveur. Ainsi Black Rock est une ville typique de celles qui florissaient dans les endroits les plus reculés du temps de la conquête de l'ouest et qui n'aurait pas dépareillé dans un western. En revanche, l'époque moderne est très clairement mise en place et les habitants du village semblent n'avoir que peu évolué depuis l'époque de la construction de la ville, mais paradoxalement utilisent les moyens modernes pour tenter de contrecarrer les plans de Macreedy. Les éléments du thriller sont également très présents, ainsi le mystérieux étranger aux motivations mystérieuses, les habitants au premier abord sympathiques et inoffensifs et le secret caché qu'ils vont tenter de protéger en sont des éléments typiques. Ce mélange de genres est tout à fait réussi et Sturges les prolonge par une mise en scène très travaillée au sein de laquelle les personnages semblent comme placés sur un échiquier. L'utilisation réussie du Cinémascope (alors à ses débuts) joue en permanence sur les contrastes des grands espaces, donnant une inévitable sensation de liberté avec laquelle toutes les scènes dans le village, qui jouent sur la claustrophobie, entrent en contraste très marqué. C'est cette maîtrise totale du format cinémascope qui donne tout son prix au film car non content de proposer une mise en scène simple mais efficace, Sturges sera l'un des premiers à totalement exploiter les possibilités offertes par ce format et pas forcément dans le sens auquel on s'attendait.

Cette histoire fortement ancrée dans l'Amérique des années 50 renvoie pourtant donc à l'époque des pionniers de l'ouest mais également avec le recul semble toujours étonnamment d'actualité lorsque l'on songe à la montée des replis identitaires dans le monde et aux terribles "secrets cachés" que de nombreux gouvernements mettent tout en oeuvre pour continuer à dissimuler. Ainsi, de façon surprenante pour un film qui s'annonçait comme un simple thriller, Bad Day at Black Rock devient une fable étonnamment universelle et intemporelle sur les ravages de la haine et du racisme au sein même de petites communautés.

Voici donc une oeuvre passionnante et ce aussi bien au premier degré, grâce à l'efficacité du style de Sturges et a un scénario "carré", qu'au second degré où se révèle alors une ampleur toute autre. Sturges prouve qu'un film de "divertissement" peut être aussi engagé que n'importe quel autre et il est fort dommage qu'il n'ait réussi dans sa carrière postérieure à diriger une oeuvre aussi réussie que celle-ci dont nous vous conseillons donc vivement le visionnage.



Image
L'image est proposée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'excellente qualité. L'interpositif n'est pas toujours très propre même si dans l'ensemble le résultat est plus qu'honorable. A de nombreuses reprises, des points et traits et du grain assez important sont visibles mais jamais assez longtemps pour que cela devienne gênant, mais néanmoins ils sont le signe évident d'une restauration incomplète. Les couleurs sont très bien rendues même si elles paraissent un peu moins vibrantes que dans notre souvenir mais cela est totalement subjectif. Elles sont naturelles, plutôt constantes (malgré quelques légères fluctuations sans importance) et bien saturées. Le contraste est bien géré et évite toutes les brillances. Les scènes sombres sont bien rendues grâce à des noirs profonds même si ils peuvent parfois manquer légèrement de pureté. La partie numérique est à nouveau exempte de tous reproches et nous continuons à en féliciter les éditeurs dans leur ensemble.

Un transfert qui aurait pu connaître les honneurs d'une restauration plus poussée mais qui en l'état se révèle tout à fait agréable et performant. Nous remercions donc la Warner de nous permettre de pouvoir redécouvrir ce film dans d'excellentes conditions.


Son
Les deux bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby
2.0 surround) et en Français (Dolby
mono).

La dynamique de la bande-son anglaise est curieusement faible même si loin d'être insuffisante en soi. Sa présence et sa spatialité sont mieux traitées mais étant donné que cette bande-son date des débuts de la stéréo au cinéma, cela n'a rien d'étonnant. La musique est bien rendue et s'intègre parfaitement au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont quasiment muettes tout au long du film et lorsqu'elles s'expriment, elles le font de façon très timorée et quasi inaudible à moins de monter le son au delà du raisonnable. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles à condition de visionner le film à un niveau sonore plutôt élevé du fait d'un niveau d'enregistrement assez bas. Les parasites et distortions sont très limitées et ce même à fort volume. Les basses fréquences sont limitées mais viennent apporter un supplément de poids agréable lors de certaines scènes et c'est bien là l'essentiel. La bande-son française est tellement anecdotique de par son doublage raté, son souffle très présent et sa dynamique tassée qu'il n'est point la peine de s'y étendre plus. Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son de qualité correcte mais qui souffre d'un niveau d'enregistrement trop bas et d'une présentation en Dolby Surround qui ne présente strictement aucun intérêt par rapport à une "simple" piste stéréo.


Suppléments/menus
Une section limitée mais qui a le mérite d'exister. Le commentaire audio de Dana Polan regorge d'informations très intéressantes et d'une analyse bien argumentée mais malheureusement le ton trop scolaire de l'ensemble pourra rebuter ceux qui recherchent un commentaire agréable et facile à suivre. La bande-annonce est de qualité correcte et pour une fois présente bien l'oeuvre sans trop en dévoiler.



Conclusion
Une édition de qualité malgré ses quelques défauts et au vu de son prix de vente nous vous la recommandons. Bad Day at Black Rock est le meilleur film de John Sturges et une tentative très réussie de "thriller" intelligent et original avec un sous-texte sur la lâcheté collective des plus efficaces.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,3/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-07-04

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Bad Day at Black Rock

Année de sortie:
1954

Pays:

Genre:

Durée:
81 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, bande-annonce

Date de parution:
2005-05-10

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