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DVDEF

Fury (Controversial Classics)

Critique
Synopsis/présentation
Fury est le premier film que Fritz Lang tourna après son départ précipité de l’Allemagne Nazie où Hitler voulait faire de lui le cinéaste du Reich et son épouse et scénariste Théa Von Harbou avait succombé à la folie générale et s’était ralliée à la cause totalitariste qui embrasait le pays. On y sent toute sa rage contre ce système liberticide, faisant la part belle aux délires collectifs, et son envie de dire au peuple américain qu’un tel glissement n’est finalement pas si impossible que cela.

Fury nous propose de suivre l’histoire de Joe Wilson (Spencer Tracy), un honnête garagiste qui travaille dur pour avoir les moyens d’épouser sa petite amie Katherine Grant (Sylvia Sydney) dont il vit séparé. Alors que leurs finances leurs permettent finalement de se marier, Joe va se retrouver accusé dans une sombre affaire alors qu’il passe simplement dans une petite ville. Après qu’il ait été mis sous les verrous par malchance, une foule en colère va en faire son bouc emissaire dans une sombre affaire locale, attaquer la prison et y mettre le feu pour assouvir sa soif de justice immédiate. Joe va miraculeusement survivre à l’incendie de la prison et profiter du fait que tout le monde le croit décédé pour fomenter sa vengeance avec l’aide de ses deux frères.

De cette trame terrible Fritz Lang retient surtout, comme à son habitude, les questions morales qui en découlent. La foule déchainée l’intéresse autant que la réaction de Joe et son changement radical d’attitude après sa mise à mort manquée. Ainsi le sujet du film n’est pas le « lycnhage » de Joe à proprement parler, mais bel et bien ce qui pousse les êtres humains (en nombre ou solitaires) à passer de l’autre côté de la barrière de la morale, et ce quel qu’ait été leur attitude ou leur état d’esprit avant ce passage à l’acte. Dans le cas de la foule vindicatrice, la mise en scène du lynchage exprime tout ce qui peut se passer dans la tête des participants qui se montent la tête les uns les autres et du fait de cette impression de puissance sans limites due au nombre de lyncheurs, s’enhardissent de plus jusqu'à aller commettre l’irréparable alors même que leurs intentions de départ n’étaient pas telles.

Certes Lang s’y montre moins subtil que dans d’autres de ses films mais la puissance visuelle et l’impression de vérité qui s’en dégagent font vraiment froid dans le dos tant la progression de la haine et la montée en puissance du délire collectif sont montrées avec lucidité. Grace à sa science du cadrage et du montage, il fait vivre en direct au spectateur une sorte d’excitation collective qui peut certes paraître bien exagérée de nos jours, mais qui avaient lieu assez fréquemment semble t’il à cette époque. Trouver un bouc émissaire quelconque et lui faire payer le prix de toutes les haines et frustrations de la foule semble totalement injuste et inhumain d’un strict point de vue moral, mais dans la pratique il semble que ce soit un exercice hautement défoulatoire et jubilatoire sur le moment dont Lang a su montrer tout le mécanisme avec précision et objectivité, ce qui n’en rend cette longue scène que d’autant plus glaçante.


Mais le film s’intéresse ensuite à Joe qui d’homme honnête et sincère va passer à un comportement de rage (certes compréhensible) que plus rien ne parviendra à calmer. Cet homme a changé du tout au tout et si la façon dont Fritz Lang nous le montre est à notre gout trop rapide, il n’en reste pas moins que sa nouvelle personnalité obsessionelle est aussi effrayante que les réactions de la foule vengeresse. Spencer Tracy exprime avec force toute la colère de Joe qui n’a plus qu’un seul objectif : se venger coute que coute. Mais ce qui intéresse Lang ce n’est clairement pas le résultat mais davantage jusqu’où peut conduire un tel comportement obsessionnel, à quel point la morale et l’éthique pourtant essentielles au maitien d’une démocratie sont facilement balayées d’un revers de main par un homme en colère.

Cette thématique passionnante hante toute l’œuvre du cinéaste au côté de celle de la culpabilité, comme le résume bien le dernier quart du film moins maitrisé que le reste du métrage. Fury est une œuvre nécessaire, une mise en garde virulente d’un homme ayant réussi à s’échapper inextremis d’un pays en proie aux mêmes maux que la foule vengeresse dont il parle dans son film. La démonstration que Lang fait de la necessité de penser avant d’agir, de toujours remettre en question et en perspective ses décisions est un exemple d’utilisation intelligente de toutes les composantes cinématographiques afin d’offrir un spectacle qui va plus loin que le simple divertissement et s’incrit dans un cadre éducatif.

Un spectacle cinématographique capable de faire réflechir le spectateur sans utiliser de grosses ficelles mélodramatiques, sauf lors du final positif imposé par la production, est une rareté qu’il est à notre avis important de faire découvrir. Seules les grandes différences dans la sensibilité de l’époque de tournage et la notre pourront créer un sentiment de naiveté dans l’esprit des spectateurs les plus jeunes ou les moins habitués à regarder de « vieux films ». Mais il n’y a point à douter que devant la force évocatrice de la mise en scène objective de Fritz Lang, l’intensité maitrisée du jeu de Spencer Tracy et l’intelligence comme la pertinence des problèmes moraux soulevés par le personnage de Joe, les réticences inévitables dues à l’age du film seront balayées.



Image
L’image est présentée au format respecté de 1.33 :1 d’après un transfert 4:3.

La définition générale n’a rien d’excpetionnelle en soi mais lorsqu’on la rapporte à l’age du film, il devient évident que sa qualité peut être considérée comme vraiment bonne. L’interpositif est par certains moments assez sale (points et traits) mais la quantité de grain visible est tout à fait raisonnable et encore une fois lorsque l’on rapporte tout cela à la date de tournage, le résultat est plus qu’honorable. Le contraste est bien géré (malgré quelques fluctuations marquées) et évite les brillances. Les scènes sombres du film sont agréablement rendues grace à des noirs qui certes manquent de pureté et de profondeur, mais qui offrent un résultat tout à fait satisfaisant au final. L’échelle des gris est fort bien rendue même si ce n’est pas sur ce film que Fritz Lang s’intéresse le plus à la photographie, laissant de côté l’expressionisme très contrasté qui avait fait sa réputation en Allemagne. La partie numérique n’occasionne que de très legères traces de surdéfinition qui ne s’avèrent jamais gênantes.

Un transfert solide et plutôt surprenant de qualité pour un film ancien sur lequel le travail de restauration n’a été d’évidence que partiel. En revanche, il est vraiment regrettable qu’une œuvre aussi importante que celle-ci ne bénéficie pas d’une restauration complète compte tenu de sa qualité et de sa place dans l’histoire du cinéma.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby 1.0 mono).

Sa dynamique est logiquement tassée au vu de l’age du film mais s’avère, une fois ce point pris en compte, d’une qualité correct. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité qui sont plus qu'acceptable étant donné l’époque d’enregistrement du film. La musique est correctement rendue malgré les limitations du format et des fluctutations de niveau assez importantes, et elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont bien intelligibles même si les sautes de volume et des parasites et distrotions légères peuvent en rendre la compréhension mal aisée si l’on ne joue pas de la télécommande.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son qui malgré ses défauts offre ce que l’on attend d’elle et qui se hausse au-dessus du niveau habituel des films de cette époque. Il est donc d’autant plus dommage que la Warner n’ait jugé bon de procéder à un nettoyage et remixage complets.



Suppléments/menus
Une section intéressante mais bien trop réduite à notre gout étant donné l’importance de ce film et de son réalisateur. Le commentaire audio de Peter Bogdanovitch est d’un genre particulier et ce pour deux raisons. Premièrement il se compose d’une partie où Bogdanovitch se remémore des souvenirs de sa relation privilégiée avec Fritz Lang mais n’est qu’en rapport très ténu avec le film lui-même. Son intervention ressemble plus à une présentation de qualité du cinéaste qu’à un commentaire spécifique à une œuvre. De plus, le commentaire audio est entrecoupé d’extraits d’interviews de Fritz Lang conduites par Bogdanovitch dans les années 60. Ils sont bien entendus passionnants pour le cinéphile mais à nouveau, ils ne sont jamais directement liés au film et qui plus est leur niveau et qualité sonores, qui laissent à désirer, obligent vraiment à tendre l’oreille pour tout entendre surtout que l’accent germanique très marqué de Mr Lang n’arrange pas les choses.

Donc certes ce commentaire est intéressant mais presque uniquement informatif et surtout quasiment sans rapport avec l’œuvre en question. Ce genre d’exercice est très agréable et passionnant sous forme d’un documentaire sur un cinéaste mais s’avère beaucoup plus fastidieux dans le cadre d’un commentaire audio où les paroles n’ont quasiment rien à voir avec les images.

Est également proposée une bande-annonce de qualité très moyenne et beaucoup trop démonstrative et révélatrice à notre gout.




Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéo tout à fait appréciables mais qu’une restauration complète aurait pu rendre à coup sur excpetionnelle (surtout lorsque l’on voit le résultat sur les films plus anciens de Lang). Les suppléments sont relativement intéressants mais ne sont pas à la hauteur de l’œuvre ni de son auteur.

Fury est une œuvre à voir par tout cinéphile car si elle n’est pas la plus maitrisée du grand Fritz Lang (un happy end imposé notamment), elle est un spectacle totalement cinématographique qui arrive à poser et réfléchir sur des questions morales primordiales tout en divertissant le spectateur et ce sans jamais se laisser aller à une surdramatisation ou une mélodramatisation d’éléments qui pourtant s’y prêtent réellement. Un grand classique très vivement conseillé.



Qualité vidéo:
3,6/5

Qualité audio:
3,1/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,7/5

Note finale:
3,5/5
Auteur:

Date de publication: 2005-07-11

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Fury

Année de sortie:
1936

Pays:

Genre:

Durée:
92 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, bande-annonce

Date de parution:
2005-05-10

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