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DVDEF

Aviator, The (WS)

Critique
Synopsis/présentation
Dire que Howard Hughes a marqué l’imaginaire collectif américain est un peu réducteur mais ô combien juste. Par contre, ce n’est pas tant ses accomplissements, pourtant nombreux, qui ont laissé leur trace que sa triste déchéance. Plus précisément, ses derniers jours qu’il a vécu reclus dans un hôtel ont soulevées bien des rumeurs et bien des interprétations. Même la télé-série des Simpsons s’en est inspirée pour raconter un épisode dans lequel Mr Burns perd la carte et se met à se laisser pousser les ongles, reclus dans son casino. Cependant, si certaines émissions de télévision n’ont pas hésité à puiser dans la légende Howard Hughes pour s’inspirer, il aura fallu bon nombre d’années avant qu’un film dédié au célèbre milliardaire voit le jour. Le personnage faisait l’envie des meilleurs comédiens (dont John Travolta, qui convoitait le rôle il y a déjà 15 ans), qui y voyait là le rôle du siècle de par sa richesse et sa complexité. Finalement, après que plusieurs producteurs se soient cassé la gueule sur le projet au gré du temps, c’est un acteur qui aura réussis à rallier les artisans autour du projet nommé aujourd’hui The Aviator.

Leonardo DiCaprio, ou plutôt son dévouement pour le projet, aura réussi à convaincre le producteur Michael Mann de miser sur la production. Un scénariste fut embauché, et Mann se réservait la réalisation du film. DiCaprio, évidemment, héritait du rôle de Hughes. Plusieurs délais dans la pré-production ont amené Michael Mann à travailler sur d’autres projets à caractère biographique, à savoir Ali et The Insider. Un peu las de ces histoires vraies, il confia la réalisation à Martin Scorsese. Ce dernier fut rebuté par l’ampleur (et le budget) du film mais séduit en même temps par la profondeur et la complexité du personnage. Faut-il s’en étonner, mais The Aviator se veut justement une étude de caractère bien plus qu’un drame biographique en bonne et dû forme.

The Aviator raconte donc la déchéance de Hughes, de ses débuts comme réalisateur de film en 1927 jusqu’à ce qu’il se retire de la vie public dans les milieu des années ’40. Ce choix d’illustrer chronologiquement la chute de l’homme ne sauve malheureusement pas le film du piège du scénario épisodique et anecdotique. Qui plus est, s’il n’était que de l’intérêt biographique du film, plusieurs scènes auraient pu être coupées tant elles détonnent dans leur rythme et leur ton. Toutefois, comme l’exercice était de dresser un portrait nuancé de Hughes, force est d’admettre que le film, dans l’ensemble, est particulièrement riche. Ces mêmes scènes qui s’enchaînent avec une fluidité douteuse et qui confèrent même un peu de longueurs au film prennent soudainement tout leur sens lorsqu’on s’attarde au portrait d’ensemble de l’oeuvre. De toute évidence, Scorsese et son scénariste John Logan ont choisi l’approche contemplative, voir même impressionniste du récit plutôt que d’opter pour l’angle biographique et chronologique. En ce sens, ils ont réussi leur pari haut la main. La personnalité de Hughes est ici illustré dans toute sa complexité, sans jamais que le film ne devienne racoleur ou pompeux. Au contraire, le portrait qui en ressort est édifiant. Malgré ses troubles mentaux, ne devient jamais grotesque dans le film (un piège évité), au contraire. Sa détermination prends en fait toute sa valeur lorsque Hughes perds progressivement la carte. Que voilà un exemple inspirant des paradoxes qui caractérise l’être humain. Dans le rôle de Hughes, DiCaprio est tout simplement brillant. Les nuances et l’énergie de son jeu sont véritablement à couper le souffle, sans aucun doute est-ce le rôle de la carrière du jeune comédien qui affiche enfin la maturité qui lui faisait défaut.

Avec l’astronomique budget (près de 120 Millions $ US) mis à sa disposition, Scorsese s’est payé du luxe. Sa mise en scène est spectaculaire et léchée, il y a longtemps qu’on avait pas vu le cinéaste aussi inspirée quant à ses cadrages et ses plans de caméra. La direction artistique est extravagante et recrée avec un étonnant soucis du détail la période durant laquelle se déroule l’action du film. On ne peut passer sous silence non plus l’étonnante scène du crash aérien, digne d’un film d’action à gros budget. The Aviator est un film riche, tant par son portrait psychologique de Howard Hughes que par sa facture visuelle haute en couleur, un film beaucoup plus digne de la filmographie de Scorsese que ne pouvait l’être le décevant Gangs of New-York.


Image
The Aviator est présenté au format respecté de 2.35:1 et ce, d’après un transfert 16:9. La qualité de ce transfert est pour le moins excellente.

La définition générale présente une image très précise et presque toujours nette. Les nombreux et minutieux détails de la reconstitution des décors sont représentés avec toute la subtilité voulue. Les textures sont précises et nuancées. Seuls quelques arrières-plan trahissent un léger et très pardonnable manque de piqué. Les couleurs très stylisées employées dans le film profitent d’un rendu irréprochable. Tantôt riches, éclatées et voir même volontairement sur-saturées, et tantôt ternes et froides, l’apparence des couleurs varie beaucoup d’une scène à l’autre pour illustrer les états d’âme du protagoniste. Ces variations sont toujours respectées, la restitution des couleurs est impeccable. S’il est impossible de juger de la naturalité des teintes, nous pouvons affirmer qu’il n’y a aucun débordement ni aucune dominante involontaire dans le cercle chromatique. Le contraste est parfaitement bien géré du début à la fin. L’image affiche tout le mordant voulu dans les différences de luminosité. Le niveau des noirs est bien ajusté et ne fluctue jamais. Les noirs sont toujours très profonds et contrastés, leur niveau ne dépassant jamais les 8 IRE. Ces derniers sont également exempts, la plupart du temps, de fourmillement. Les parties denses proposent des dégradés précis qui ne bloquent jamais.

La partie numérique du transfert est également sans faille. Ni la numérisation ni la compression ne trahissent quelque défaut que ce soit. L’interpositif employé pour le transfert était dans un état optimal, nulle anomalie n’est à déplorer. Dans l’ensemble, il s’agit véritablement d’un transfert haut de gamme.


Son
Cette édition propose deux bandes-son : l’une anglaise (Dolby Digital 5.1) et l’autre française (Dolby Surround 2.0). Considérant qu’il s’agit d’une édition produite par la Warner, il est plutôt dommage que la bande-son française n’ait pas bénéficié d’un mixage multicanal. La Warner serait-elle en train de perdre ses bonnes habitudes ?

À l’instar du transfert vidéo, le mixage multicanal anglais en est un de très grande qualité. La dynamique est particulièrement remarquable (les séquences aériennes vous en convaincront sans aucun doute), et l'espace sonore profite d'une excellente spatialité et d’une profondeur impressionnante. Tous les canaux sont sollicités pour créer un environnement immersif et cohérent. Le positionnement des différents éléments sonores est précis et juste, on n’y remarque aucune bavure. Les canaux d'ambiophonies sont bien exploités pour créer l'ambiance, mais une utilisation un peu plus appuyée d’effets localisés aurait contribuer à rendre le mixage encore plus vigoureux. Les transitions stéréophoniques et avants/arrières sont rendues, c’est à dire avec fluidité et précision.

Le reste des éléments sonores sont tous fort bien intégrés. La trame-sonore est reproduite avec une excellente fidélité et son intégration ne manque pas de présence ni de profondeur. Qui plus est, à aucun moment n’est-elle trop appuyée. Les dialogues sont toujours nets et le timbre des voix naturel. Les basses sont profondes, puissantes et bien étalées. L'utilisation du canal .1 (LFE) est soutenue et offre des basses fréquences particulièrement intenses par moment (encore une fois, se référer aux séquences aériennes)

Il y a option de sous-titrage en anglais, français et espagnol.


Suppléments/menus
Cette édition double-disque renferme une quantité très satisfaisante de suppléments dont la plupart sont fort intéressants.

Le premier disque propose une piste de commentaires audio animée par Martin Scorcese, la monteuse Thelma Schoonmaker et le producteur Michael Mann. Les trois intervenants ont été enregistrés séparément, ce qui a permis d’épurer les commentaires de chacun pour que seuls les propos pertinents ne soient conservés. Il en résulte une piste fascinante, bourrée d’informations sur la gestation du film et sa production.

Le deuxième disque offre une scène coupée et un total de dix segments documentaires.

Le premier segment est intitulé Life Without Limits : The Making of the Aviator (11 mins). Il s’agit d’un documentaire un peu superficiel sur la production du film. On y résume l’histoire tout en racontant à quel point les acteurs se sont investis dans leur rôle. Heureusement, les nombreuses scènes filmées en coulisses sauvent la mise.

The Role of Howard Hughes in Aviation History (14 mins) dresse un portrait concis et intéressant des accomplissements du personnage dans le monde de l’aviation. Les intervenants partagent des informations pertinentes.

Modern Marvels : Howard Hughes est un documentaire de 43 minutes produit par la chaîne télévisée History. Cet excellent documentaire s’attarde uniquement à l’apport de Hughes pour le monde des technologies. On y explique le rôle qu’il a joué dans l’évolution de l’aviation mais aussi dans certaines technologies plus modernes (dont le film ne traite pas). Fascinant.

The Affliction of Howard Hughes (14 min.) nous décrit de façon très clinique la maladie obsessionnelle de Hughes. Un médecin et ses patients partagent leurs connaissances de la maladie pour nous aider à mieux cerner les maux de Hughes. Intéressant.

OCD Panel Discussion (15 mins) est une conférence durant laquelle Martin Scorcese, Leonardo DiCaprio, la veuve de Howard Hughes Terry Moore et un médecin discute devant un auditoire de la maladie obsessionnelle dont souffrait Hughes. Cette tribune, dont la qualité du son laisse beaucoup à désirer, est certainement intéressante mais un peu redondante si vous avez visionné le segment précédent. De plus, la pertinence d’inviter DiCaprio et Scorcese à un tel exercice est douteuse.

An Evening with Leonardo DiCaprio et Alan Alda (28 mins) est une autre conférence donnée par les deux acteurs devant un public. Un modérateur leur pose des questions sur leur métier, sur leur implication dans le projet et sur leurs façons de travailler. Les deux comédiens se prêtent au jeu avec générosité et bonne humeur. Très intéressant.

The Visual Effects of The Aviator (12 mins) s’attarde bien entendu aux effets spéciaux du film, principalement les effets numériques exigées pour recréer les séquences aériennes. Rien de nouveau, mais néanmoins intéressant.

Constructing The Aviator (6 mins) est un segment beaucoup trop court et superficiel sur la direction artistique. Considérant les énergies déployées dans l’impressionnante recréation d’époque, on aurait aimé en savoir davantage.

Costuming The Aviator (3 mins) et un autre segment beaucoup trop court dans lequel la costumière Sandy Powell nous instruit sur son travail. Les dessins originaux ayant menés à la création des costumes nous sont montrés, il s’agit du meilleur élément de ce segment.

The Age of Glamour (8 mins) nous informe sur les maquillages et les coiffures employées dans le film, en particulier pour les personnages féminins. Intéressant.

Scoring The Aviator (7 mins) nous présente le compositeur Howard Shore tandis qu’il nous explique le processus de composition de la trame-sonore du film. Fascinant, sinon un peu trop bref.

The Wainwright Family (5 mins) est une entrevue avec le chanteur Loudon Wainwright III qui partage son implication ainsi que celle de ses deux enfant (Rufus et Martha) dans le film. Intéressant.

Une scène coupée d’un intérêt limité ainsi qu’une galerie de photographies et une publicité pour la trame-sonore sont également inclus.

Si dans l’ensemble ces suppléments sont plutôt intéressant, il est tout de même décevant que l’ensemble des segments n’aient pas été réunis pour former un seul et bon documentaire. La conception douteuse des menus rend la navigation d’un segment à l’autre un peu laborieuse…



Conclusion
The Aviator est un film très ambitieux, une œuvre épique qui raconte avec doigté la déchéance d’un homme remarquable. Avec ce film, Scorcese signe son meilleur film depuis longtemps. Techniquement, cette édition est remarquable. La qualité d’image et du son est excellente, et les suppléments sont nombreux et pour la plupart très intéressants. Recommandé.


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
4,1/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
4,1/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2005-07-18

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Aviator, The

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
170 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio, scène coupée, 10 documentaires, galerie de photo, publicité pour la trame-sonore.

Date de parution:
2005-05-24

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