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DVDEF

Forty Guns

Critique
Synopsis/présentation
Samuel Fuller est l'un des cinéastes américains les plus iconoclastes du métier, il n'a rien fait comme les autres que ce soit dans ses choix de carrière ou au sein même de son oeuvre, son regard et sa sensibilité furent différentes. Rien que pour cette qualité, voici un cinéaste dont la carrière est passionnante et lorsque l'on se familiarise avec son oeuvre, on y trouve un artiste sensible et sans concessions qui a toujours procédé selon sa propre idée, ne faisant des compromis que lorsque cela était nécessaire à la survie d'un de ces projets. Et lorsque l'on découvre un film comme Forty Guns, il est aisé de comprendre que pour lui la vie n'a pas du être toujours facile. Ce film nous propose de suivre Griff Bonnel (Barry Sullivan), un tueur à gages de l'ancienne école, accompagné de ses deux frères alors qu'ils arrivent sur le territoire de Jessica Drummond (Barbara Stanwyck), une riche propriétaire terrienne qui fait la loi dans la région grâce à sa troupe de 40 tueurs à gages. La réputation de Griff l'a précédé mais celui-ci est un homme intelligent qui préfère ne pas s'engager dans une rixe déclenchée par le petit frère gâté de Jessica, Brockie Drummond (John Ericsson). Il réglera finalement le problème en humiliant Brockie et déclenchera par là même l'intérêt de sa soeur. Griff a compris que l'Ouest est alors en pleine mutation et Jessica est totalement séduite par sa force morale et physique ainsi que par son charisme. Tous deux souhaiteraient sortir de leur condition où leur réputation les a enfermés, mais bien évidemment cela ne sera pas aussi simple.

La première chose qui suprend avec Forty Guns est que justement les 40 tueurs du titre sont quasi absents du film sauf durant une très impressionnante scène d'introduction. Le film est centré sur les personnages et ne s'intéresse finalement que très peu aux "gunfights" que laisse présager son titre. Fuller surprend constamment son audience que ce soit au niveau de la narration du film (qui est clairement un de ses points les plus destabilisants), décousue et qui ne va jamais dans la direction où on l'attend, que par sa mise en scène lyrique et passionnée, à l'opposé de celle du western classique (John Ford pour ne nommer que lui). Certaines situations sont présentées mais pas développées alors que des détails sont beaucoup plus importants au sein de l'oeuvre. La plupart des critiques de l'époque ont reproché à Fuller son ton décousu et ses sautes de rythme comme ses changements de sujet, et nous ne pouvons que les comprendre car ces points sont effectivement les plus faibles de Forty Guns. Cependant pour les spectateurs prêts à de nouvelles expériences, le film présente bien d'autres intérêts qui relèguent ces défauts au rang de détails. Ainsi la psychologie complexe et assez obscure des personnages principaux est le coeur du film, nous présentant des anti-héros superbes et tout sauf convenus. Griff et Jessica sont deux héros de tragédie qui vivent intensément, selon un style fixé beaucoup plus tôt dans leur vie, et semblent prisionniers de leur réputation. Avec l'âge, ils ont changé et leurs valeurs propres sont maintenant en désaccord avec leur mode de vie et leurs personnages publics (qui semblent les empêcher de vivre heureux). C'est leur relation très particulière qui va leur faire prendre conscience de tout cela et si Jessica a la possibilité de changer de par son statut mais aussi grâce à sa force de caractère, Griff est de son propre aveu moins fort psychologiquement et tentera de lutter contre sa nature de tueur jusqu'à une scène absolument tétanisante.

Donc le fil de l'histoire elle-même a peu d'intérêt en soi et seuls les personnages, leurs actions, leurs morales et leurs décisions semblent avoir de l'intérêt pour Fuller. C'est alors grâce à sa mise en scène visuellement ébourrifante qu'il va mettre en avant ce matériau auquel il tient. De mouvements de caméra fulgurants et très signifiants (la scène d'introduction, le duel Griff/Brockie) à des moments plus intimes portés par un montage réalisé de main de maître (n'hésitant pas devant des enchainements les plus improbables qui donnent au film un intérêt supplémentaire), Fuller compose une sorte de tragédie westernienne peu reliée à la mythologie classique de l'Ouest mais très significative malgré tout sur l'histoire des Etats-Unis durant cette période. En somme, Fuller annonce la fin du western classique par certains plans d'une audace visuelle et d'un impact incroyables, par une dilatation du temps sur certaines scènes, qui seront par la suite le matériau sur lequel Leone prendra appui pour sa réappropriation du western, et radicalisera la démarche entamée par son collègue américain pour arriver au fameux "western spaghetti". On voit bien que Fuller est à la charnière entre les deux démarches puisque l'on trouve dans Forty Guns certaines figures imposées du western classique traitées de façon relativement traditionnelle comme si elles avaient été imposées par la production (l'histoire d'amour entre un frère de Griff et la fille de l'armurier de la ville). Les femmes sont les personnages forts de cette oeuvre et cela est suffisamment rare dans le cinéma américain, surtout que Fuller arrive à parfaitement intégrer leur présence importante au sein de ce monde d'hommes, sans que ces femmes semblent irréalistes ou du moins pas plus irréalistes ou décalées que les personnages masculins. Certes Jessica est un personnage hors normes mais ses réactions sont celles d'une femme et non celles d'une légende vivante. Il en est de même pour la fille de l'armurier qui a logiquement appris le métier de son père et s'avère plus compétente et courageuse que bien des hommes.

Fuller offre un cinéma différent porté sur l'être humain, ses contradictions magnifiées par une mise en scène certes voyante mais qui apporte énormément de subtilité à l'ensemble. Paradoxalement, l'ampleur des images et le romantisme exacerbé des situations décrites amène le film sur le terrain d'un certain irréalisme mais pourtant, ce qui ressort du visionnage est justement une grande justesse de vision dans les rapports humains. Forty Guns est donc un film à voir impérativement car il témoigne réellement de la vision du monde d'un artiste à travers un genre balisé, dont il fait éclater les conventions pour en offrir une nouvelle forme. Malgré ses défauts de narration et de rythme (qui ne restent des défauts que si on "n'entre" pas dans le film), voici une oeuvre passionnante annonçant la carrière d'un grand metteur en scène, qui de par la singularité de sa vision connaîtra à notre grand regret une carrière difficile.


Image
L'image est proposée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La défintion générale est surprenante de qualité et ce durant tout le film. L'interpositif est propre et seuls quelques légers traits et points sont décélables à plusieurs reprises sans jamais gêner le confort du spectateur. Le contraste est superbement géré et évite toutes les brillances. Les parties sombres sont bien rendues grâce aux noirs suffisamment profonds même si manquant de pureté pour un rendu vraiment optimal. L'échelle de gris est impeccablement reproduite et restitue à merveille la photographie de Joseph Biroc, qui exprime de façon visuelle l'intensité extrême des rapports humains du film. La partie numérique ne génère aucun défaut visible ce qui à nouveau est très appréciable.

Un beau transfert qui offre une seconde jeunesse au film et même si la restauration n'est pas la plus complète que nous ayons pu voir, le travail est de qualité.


Son
Plusieurs bandes-son sont proposées sur cette édition supposément en Anglais (Dolby 2.0 surround), Anglais (Dolby 2.0 stéréo) et Espagnol (Dolby 1.0 mono). La bande-son en Dolby Surround ne présente aucun intérêt en tant que telle puisqu'elle recompose une bande-son monophonique sans grand soin. La dynamique de la bande-son en stéréo est dans les normes de l'époque. Il en est de même pour sa présence et sa spatialité qui auraient gagné de l'ampleur avec un remixage en bonne et due forme. La musique est correctement restituée même si les limitations du format se font logiquement entendre lors des passages les plus lyriques. Elle est par ailleurs bien intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont en permanence intelligibles mais la post synchronisation qui a été visiblement le mode de sonorisation du film fait qu'il y a un certain décalage entre les voix et les acteurs. Cela ne s'avère pas vraiment gênant mais reste néanmoins présent. Les parasites et distortions sont limitées au maximum et ce même à volume assez élevé. Les basses fréquences sont étonnamment présentes et apportent un surplus d'assise très agréable à l'ensemble. Les sous-titres sont disponibles en Anglais et en Espagnol.

Une bande-son stéréo en demi teinte qui remplit néanmoins son office mais il est dommage qu'un remixage complet n'ait pas été proposé en lieu et place de la bande-son en Dolby 2.0 Surround totalement inutile et dont la réalisation a été clairement bâclée.



Suppléments/menus
Malheureusement voici encore une édition d'un excellent film qui aurait appelé au commentaire, qui se voit affublé en tant que supplément d'une simple bande-annonce de bonne qualité. Avoir proposé la version full screen nous semble une réelle aberration cinéphilique tant le format 2.35:1 est peu compatible avec cette technique barbare et le pire est que justement tout le système visuel du film est basé sur une utilisation magistrale de l'écran large. En lieu et place de cette version charcutée inutile et réductrice, il y aurait eu toute la place pour insérer un commentaire audio d'un spécialiste et même un documentaire qu'aurait bien mérité ce film.




Conclusion
Une belle édition au point de vue audio et vidéo mais sans suppléments à notre grand regret.

Samuel Fuller nous offre un western vraiment original dans sa forme visuelle comme dans sa narration, ce qui pourra aisément dérouter les spectateurs habitués à la rigueur et à un certain systématisme de la construction dans le western classique. Par contre, pour ceux qui souhaitent découvrir des oeuvres différentes, Forty Guns sera un enchantement au scénario décousu mais jouant sur des personnages "bigger than life" et sur l'intensité de leurs vies, superbement mise en scène par un Fuller plus inquiet de l'impact de son film que du fil de sa narration. Une date dans le western et l'un des premiers films d'un grand iconoclaste du cinéma américain.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
2,8/5

Suppléments:
1,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-07-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Forty Guns

Année de sortie:
1957

Pays:

Genre:

Durée:
79 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-14 (double face, simple couche/double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Allemand Dolby 2.0 Stéréo
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2005-05-24

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