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DVDEF

Nymphomaniac: Vol. I / Nymphomaniac: Vol. II

Critique
Synopsis/présentation
Après avoir été décrété «persona non grata» à Cannes en 2013 – puis réinvité sur la Croisette par Thierry Frémaux lui-même – Lars Von Trier poursuit en controverses avec son dernier long-métrage Nymphomaniac. En plus du sujet osé suggéré par le titre, le célèbre cinéaste danois promettait d’offrir un spectacle de cinq heures et de faire appel à des vedettes pornos pour les séquences de sexualité explicite. C’est plutôt au Festival de Film de Berlin que le film connaît sa première projection sous la forme de deux volets de deux heures obligeant Von Trier à couper et à resserrer son montage, concluant ainsi, après Antichrist (2009) et Melancholia (2011), sa «trilogie dépressive».

Il devient donc difficile de juger les «deux » œuvres séparément puisque malgré leur sortie décalée, elles représentent un tout tant dans le fond que dans la forme. L’histoire de Joe (Charlotte Gainsbourg), femme nymphomane qui raconte son parcours à un aimable étranger (Stellan Skarsgard) l’ayant ramené chez lui après l’avoir retrouvée dans une ruelle laissée pour morte, est portée par ces deux parties, la première caractérisée par l’éveil sexuel de l’héroïne, puis une deuxième beaucoup plus sombre, où Joe, devenue adulte, explore les limites de sa « perversion ». On connaît la réputation de Von Trier pour produire des images-chocs et il faut avouer ici qu’il répond aux attentes en intégrant des pratiques scatophiles, sadomasochistes et de ménage à trois, entre autres. Le problème majeur de ces séquences vient du simple fait qu’elles ne servent qu’à ébranler le spectateur frileux sans véritablement approfondir le propos du réalisateur. L’accumulation de ces scènes à caractère explicite lasse rapidement et pour une rare fois, le long-métrage expose les limites du cinéma de Von Trier.

De plus, le cinéaste danois tente de camoufler ce vide certain par un commentaire pseudo-philosophique qui passe à travers les échanges entre Joe et son sauveur et qui renvoie constamment à l’œuvre de Von Trier. Les nombreuses références intertextuelles prétendent à un film très riche en surface, mais qui au final s’avère plutôt soporifique. Par contre, ces réflexions du cinéaste sur son cinéma – ainsi que sur sa réception – ajoutent une dose d’humour noir qui est certainement la bienvenue dans une filmographie aussi éprouvante. En fait, rarement, sinon jamais, a-t-on été témoin d’un Von Trier prenant autant plaisir à répondre malicieusement à ses détracteurs. Par exemple, les accusations de misogynie portées contre lui sont brillamment renvoyées du revers de la main dans un monologue de Charlotte Gainsbourg sur les pratiques sexuelles.

Il ne reste cependant au final que bien peu de ce(s) film(s) sinon quelques scènes particulièrement mémorables (la séquence de Madame H (Uma Thurman) et celle où Joe rencontre le mystérieux K (Jamie Bell), notamment) et le sentiment que Lars Von Trier vient de percuter un mur. Celui désolant d’un cinéaste prisonnier de ses propres mécanismes de mise en scène et victime de son obsédant désir de vouloir à tout prix soulever les foules. Comme en témoigne cette conclusion bâclée et racoleuse, Von Trier risque de bientôt porter son titre d’enfant terrible pour les mauvaises raisons.


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 2.40:1 à une résolution de 1080p.

Les films ayant été tournés avec une caméra numérique Arri Alexa, l’image affiche une qualité exceptionnelle. Le transfert reproduit ici avec grâce et précision l’approche stylistique du cinéaste qui n’est jamais constante. Ainsi, le grain présent lors des séquences d’entretien entre Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgard s’amalgame parfaitement aux plans nets et lumineux des ébats de Joe dans sa chambre à coucher. Le rendu des couleurs est tout aussi irréprochable, ces dernières demeurant riches et précises tandis que le rendu noir et blanc du chapitre 4 est lui aussi parfaitement nuancé dans son échelle de gris. Le niveau des noirs est superbement géré. Les parties sombres sont reproduites avec précision et nuance grâce à des noirs intenses et à des dégradés d’une fluidité exemplaire.

Malgré la présence des deux films sur le disque, la partie numérique se sauve de tout défaut majeur apparent.


Son
Deux bandes-sons au format Dolby Digital 5.1 sont disponibles en version originale anglaise et en version française.

Il faut avouer que même si les éditions européenne et américaine offrent un mixage DTS-HD 5.1, la bande-son Dolby Digital répond adéquatement à l’univers sonore très en retrait des deux films. Le dynamisme est ici limité, mais correct et le déploiement du champ sonore s’effectue de manière conventionnelle : ce sont les ouverture frontale et latérale qui laissent entendre la très grande majorité des éléments sonores tandis que les enceintes arrière agissent presque exclusivement pour appuyer les ambiances. Les effets d’ambiophonie sont perceptibles par leur subtilité. En revanche, les dialogues demeurent constamment et parfaitement intelligibles et la trame sonore (composée de morceaux au piano ou encore d’une pièce agressive de Rammstein) s’intègre efficacement au mixage. Les basses fréquences sont sollicitées à quelques occasions et grondent avec une certaine profondeur alors que l’emploi du canal d’extrêmes graves est complètement anecdotique.

Il y a option de sous-titrage en français.


Suppléments/menus
Nous retrouvons sur cette édition une série d’entretiens avec les acteurs Stellan Skarsgard (11:52), Stacy Martin (10:45), Shia Labeouf (9:25) et Charlotte Gainsbourg (12:43). Les quatre discutent de leur personnage, du travail de et avec Von Trier, mais aussi du tournage des séquences plus osées.

« Chapter roll-outs (9:30) » est un montage des différents extraits diffusés avant la sortie du film et qui ont servi de bandes-annonces pour le film.



Conclusion
Malgré un sujet provocateur, un humour noir qui fait mouche et un univers (auto) référentiel ludique, Nymphomaniac de Lars Von Trier tourne à vide et montre les limites du « style Von Trier ». Le désir de controverse du cinéaste danois a ici pris le dessus sur le contenu. Il en résulte une oeuvre mineure dans une filmographie qui demeure pertinente, mais qui doit désormais se renouveler drastiquement.

L’édition est techniquement d'un très bon niveau. Le transfert vidéo est magnifique affichant une qualité d’image exceptionnelle. Même si la présence d’un mixage HD aurait été agréable, la bande-son Dolby Digital 5.1 répond adéquatement aux exigences sonores du film en déployant en subtilité. Quant aux suppléments, ce sont évidemment les quatre entretiens avec les acteurs qui méritent notre attention offrant un coup d’œil sur le tournage et sur la production du film.


Qualité vidéo:
4,9/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2014-07-06

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur LG 37LG30, Lecteur Blu-Ray Sony (BDPS350), Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Nymphomaniac: Vol. I / Nymphomaniac: Vol. II

Année de sortie:
2013

Pays:

Genre:

Durée:
118 / 124 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Mongrel Media

Produit:
Blu-ray

Nombre de disque:
1 BD-50

Format d'image:
2.40:1

Transfert 16:9:
-

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Français

Suppéments:
Montage de bandes-annonces, entretiens avec le acteurs

Date de parution:
2014-07-08

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