Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Grudge, The

Critique
Synopsis/présentation
Depuis quelques années déjà, le cinéma japonais semble s’être fait une spécialité des films d’horreurs. Tant et si bien que des cinéastes tels que Hideo Nakata et Takashi Shimizu ont donné naissance à un véritable mouvement néo-horrifique qui prône l’ambiance plutôt que la violence. À Hollywood, le cinéma d’horreur piétine depuis longtemps, peut-être depuis la production de Scream en 1996. Ce long-métrage de Wes Craven marquait un regain de popularité du film d’horreur, mais l’intérêt des spectateurs a rapidement été saturé par l’abondance de sous-produits balancés à qui mieux mieux par des producteurs sans jugement dont le seul désir était de capitaliser sur le succès de la franchise Scream. À cours d’idées neuves et mis au fait des succès d’horreurs japonais, les producteurs hollywoodiens se sont évidemment tournés vers le cinéma nippon pour se dénicher des nouveautés. Il y eut d’abord The Ring (alias Ringu au japon), puis The Grudge (alias Ju-On) et prochainement Dark Water (alias Honogurai mizu no soko kara), tout trois des remakes, en plus d’une multitude d’importations d’intérêt variable. Jusqu’à maintenant, il faut certainement souligner les efforts déployés pour faire de ces reprises des œuvres dignes des ouvrages originaux. Pour être certain que le remake de The Grudge sois à la hauteur de Ju-On, le producteur Sam Raimi (réalisateur des Evil Dead) a poussé l’audace jusqu’à embaucher le réalisateur nippon du film original en lui proposant de tourner le remake au Japon avec l’équipe technique qui avait travaillé avec lui jadis. Incidemment, The Grudge se veut une reprise très fidèle à son modèle japonais.

En réalisant ce film, Takashi Shimizu en était à sa cinquième réalisation sur l’univers de Ju-On. Il y eut deux moyens-métrages parus directement en vidéo en 2000 (Ju-On 1 et 2) puis la version cinématographique (Ju-On – The Grudge en 2003), qui se voulait être une sorte de reprise à plus gros budget de la version vidéo. Puis vint l’inévitable suite Ju-On 2. La reprise américaine lui aura permis de peaufiner d’avantage son univers grâce à un budget plus substantiel que ce qu’il pouvait exploiter au Japon.

The Grudge reprend à peu de différences près la même intrigue que la version cinématographique de Ju-On. En fait, mis à part le dernier acte et la conclusion, l’histoire est pratiquement identique. Histoire est un bien grand mot, d’ailleurs, puisque l’intrigue de The Grudge n’est en fait qu’un prétexte à enfiler des scènes d’épouvantes d’une redoutable efficacité. Véritable exercice de style, The Grudge est presque épuré de violence ou de sang puisque l’horreur repose entièrement sur le climat d’angoisse orchestré par Shimizu. En totale maîtrise du langage cinématographique, le cinéaste fait un usage judicieux des cadrages, des mouvements de caméra, des effets sonores, de la photographie et des effets spéciaux pour arriver à ses fins. La prouesse de Shimizu est d’autant plus grande qu’il réussit à nous tenir en haleine même si d’emblée le spectateur connaît à chaque fois l’issue d’une séquence (à chaque fois par une mort). L’angoisse est si bien instaurée que ses effets chocs frappent dans le mille à tout coup, et ce sans réels effets gratuits et trompeurs comme le fait le cinéma américain. Comme The Grudge est un film d’ambiance et un exercice pur et simple de terreur, on lui pardonne facilement ses faiblesses quant à la banalité du scénario. Heureusement, ce dernier maintient admirablement bien l’intérêt et le climat d’incertitude grâce à sa structure non linéaire. Les différentes séquences, telles des tableaux, forment les pièces d’une énigme qui prend tout son sens en fin de parcours seulement. Cette structure non-chronologique, toute au service de l’œuvre, ne fait que déstabiliser d’avantage le spectateur, et considérant le manque de profondeur du récit, cette ruse narrative est parfaitement justifiée. De plus, en remplaçant les personnages principaux par des américains tout en gardant comme environnement le Japon, les auteurs ont misé sur le dépaysement des protagonistes pour créer le même effet chez le spectateur.

N’en déplaise aux puristes, The Grudge s’avère être, dans l’ensemble, un meilleur film que son modèle japonais. Les maquillages sont plus léchés, la musique plus immersive, les effets sonores mieux exploités et les éclairages sont nettement supérieurs. En faisant abstraction du fait que le remake n’est qu’un remâchage d’éléments déjà exploités, il s’agit sans aucun doute d’une œuvre plus accomplie. Quoi qu’il en soit, tant la version américaine que japonaise sont des œuvres de référence dans le genre et ouvrent la porte à une forme de cinéma d’horreur plus raffinée, plus intelligente et plus réfléchie. Reste à voir maintenant si Takashi Shimizu est capable de faire preuve du même talent pour une œuvre autre que Ju-On…


Image
The Grudge est présenté au format respecté de 1.85:1 et d’après un transfert 16:9.

Considérant l’ambiance très sombre du film ainsi que ses éclairages crus et rasants, ce transfert s’avère à la hauteur des attentes malgré quelques défauts évidents. Tout d’abord, la définition générale est excellente et présente une image presque toujours nette et précise. Dans les parties plus sombres, quelques détails sont toutefois bloqués par une sur-accentuation évidente du contraste. Mais dans l’ensemble, les textures et détails apparaissent subtils et nuancés. La restitution des couleurs est impeccable. Les dominantes bleutées sont bien gérées et ne provoque aucun débordement dans le cercle chromatique. La saturation est adéquate et respecte l’ambiance volontairement terne des couleurs. Les teintes de peau ont une apparence naturelle. Le niveau des noirs est parfaitement bien ajusté, c’est-à-dire aux alentours des 7,5 IRE. Il en résulte des noirs profonds mais malheureusement ne sont pas nécessairement aussi nets qu’espérés. Vous y remarquerez un fourmillement évident qui agace. Il s’agit certainement du pire défaut de ce transfert.

L’interpositif employé pour le téléciné était dans un état irréprochable. Aucune anomalie n’a été remarquée. La numérisation ainsi que la compression ne trahissent aucun défaut, quel qu’il soit.


Son
Un choix de deux bandes-son Dolby Digital 5.1 nous est offert : l’une en anglais et l’autre en français. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont optionnels.

Il faut le dire, la réussite du film repose beaucoup sur l’efficacité du mixage sonore et ces deux mixages multi-canaux rendent pleinement justice à l’ambiance du film. La bande-son ne présente pas nécessairement une dynamique à couper le souffle mais exploite avec adresse la hauteur du spectre sonore. La spatialité et la prondeur sont les deux départements où ce mixage excèle vraiment. Le champ-sonore se déploie tout en subtilité et avec une belle précision à travers tous les canaux de façon à créer un environnement crédible, vivant et qui respire bien. Le positionnement des éléments sonores, qui sont particulièrement bien dosés, apparaît d’une précision exemplaire et nulle bavure n’est remarquée. Les canaux d’ambiophonies sont judicieusement exploités pour créer une subtile ambiance mais aussi, à l’occasion, pour nous faire sursauter grâce à des effets localisés saisissants. Les transitions sonores sont parcimonieuses et sont exécutées tout en finesse.

Les dialogues sont nets, intelligibles et naturels. La trame-sonore, très réussie, est intégrée avec profondeur et fidélité et ce, avec une retenue toute à son honneur. Elle ponctue à merveille l’atmosphère du film, qui elle ne repose pas entièrement sur la trame-sonore. Les basses sont profondes, rondes et bien senties. Le canal .1 (LFE) est solicité aux moments opportuns, sans excès, et ce avec tout le mordant voulu. Que voilà un mixage équilibré entièrement au service du film mais sans toutefois en sacrifier son identité. Du beau travail.


Suppléments/menus
Quelques suppléments assez intéressants nous sont offerts, mais l’absence de scènes coupées est regrettée considérant que les animateurs de la piste de commentaires audio en font souvent référence…

La piste de commentaires audio est animée par Sam Raimi, Ted Raimi, Rob Tapert, Stephen Susco, Sarah Michelle Gellar, KaDee Strickland et Jason Behr. Le nombre élevé d’intervenants gâche sans doute l’intérêt de cette piste, qui transpire la camaraderie mais sans plus. Le groupe s’amuse bien et rigole beaucoup du début à la fin en se taquinant les uns les autres, mais très peu d’information pertinente résulte de l’exercice. Leur bonne humeur est contagieuse au début mais fini par lasser plutôt rapidement. Dommage…

S’ensuit un très bon documentaire de 48 minutes intitulé « A Powerful Rage ». Ce documentaire, séparé en cinq chapitres abordants chacun des sujets différents, dresse un portrait fort intéressant du processus de production du film. Le choc des cultures entre les Américains et les Japonais constitue probablement l’aspect le plus intéressant de ce documentaire qui en fait ses choux gras pour notre plus grand plaisir. Cette particularité du tournage et la manière dont elle est abordée dans ce documentaire l’élève aisément au-dessus de la moyenne.

Vous retrouverez ensuite un segment de 13 minutes intitulé Under the Skin. Dans ce documentaire, l’auteur Joseph LeDoux explique les effets de la peur sur le corps humain et les raisons qui poussent les spectateurs à visionner des films d’horreur. D’un intérêt très moyen, surtout qu’un documentaire beaucoup plus réussi a déjà été produit sur le même sujet sur l’édition de Final Destination 2.

Quelques bandes-annonces complètent les suppléments.



Conclusion
Les amateus de « gore » et de violence resteront peut-être sur leur faim avec The Grudge, mais les cinéphiles à la recherche d’un cinéma d’horreur intelligent et réfléchi apprécieront sûrement cet exercice du cinéaste Takashi Shimizu.

Techniquement, cette édition propose une bande-son de tout premier ordre sur laquelle repose en grande partie l’efficacité du film. Le transfert n’est pas de référence mais offre néanmoins une qualité d’image très honnête. Les suppléments ne sont peut-être pas très nombreux mais l’intérêt du documentaire compense en grande partie pour cette lacune.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
4,4/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2005-02-21

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Grudge, The

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
91 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Sony Pictures Home Entertainment

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio, documentaire de 48 minutes, segment de 13 minutes et bandes-annonces

Date de parution:
2005-02-01

Si vous avez aimé...