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DVDEF

Laura

Critique
Synopsis/présentation
Laura est l'un des films noirs les plus emblématiques du genre, le sommet de la carrière de Gene Tierney et l'une des oeuvres les plus célèbres du génial Otto Preminger dont la carrière n'est pourtant pas avare en films réputés à juste titre.

On y suit l'enquête sur la mort de Laura Hunt (Gene Tierney) menée par le lieutenant McPherson (Dana Andrews). Il cherche à en savoir plus sur la défunte auprès de son meilleur ami et mentor, Wolado Lydecker (Clifton Webb), et de son playboy de fiancé, Shelby Carpenter (Vincent Price). Au fur et à mesure de la progression de l'enquête, McPherson va tomber amoureux du portrait qui lui est dressé de Laura et la suite des évènements sera définitivement surprenante.

Otto Preminger fut très investi dans ce film dont il est également le producteur, et le soin qu'il apporta à sa mise en oeuvre est entièrement visible. Les scénaristes furent au nombre de 5 et malgré ce "handicap", l'histoire se tient et à aucun moment la collaboration à plusieurs (souvent synonyme de films confus partant dans plusieurs directions) ne se ressent. Preminger a choisi une structure en flash back assez classique mais la suite du film l'est beaucoup moins, même si la construction qu'il utilise (et dont nous ne vous dévoilons pas plus afin de conserver la surprise) a été depuis réutilisée à de nombreuses reprises. Comme à son habitude, le cinéaste fait preuve d'une rigueur impressionnante dans le rythme de son oeuvre, ne laissant jamais au spectateur le temps de s'ennuyer.

La mise en scène est relativement classique, ce qui est une qualité indéniable avec ce type de scénarios. Preminger joue sur le mystère et la suggestion par des mouvements de caméra très fluides et élégants, sorte de pendant visuel de la personnalité de Laura. Son montage est harmonieux, rendant totalement limpide un scénario qui nécessitait une telle approche sous peine de tomber dans le travers de nombreux films actuels (compliquant à l'extrême des histoires simples pour le seul plaisir de la manipulation, sans autre valeur que celle du jeu). On trouve ici un exemple de la "supériorité" des grands classiques du cinéma hollywoodien, capables de jouer sur tous les tableaux (suspense, fluidité, simplicité) sans jamais tomber dans aucun des pièges tendus par ce type d'approche, recette qui semble presque perdue à l'heure actuelle.

La photographie de Joseph Lashelle est extrêmement travaillée au niveau des contrastes et toujours très précise, que les scènes se déroulent en studio ou en extérieur. Elle est un personnage du film à part entière, apportant autant d'informations quant aux dispositions des personnages que les autres éléments de la mise en scène, ne se contentant pas d'embellir le film. La superbe partition de David Raskin est devenu à juste titre un classique de référence. Associée à la photographie elle apporte à l'oeuvre une sensation de romantisme éthéré, soulignant efficacement la fascination de McPherson et des autres personnages pour Laura. A noter aussi le formidable travail du chef décorateur Leland Fuller qui sans "poudre aux yeux" parvient à faire passer une sensation de classe au sein du film. Dans le même registre, Bonnie Cashin a fait un travail remarquable sur les costumes d'une élégance folle sans que Preminger insiste spécialement dessus. Cela pourrait passer pour des détails mais ce genre de travail discret est pourtant primordial dans le cas d'oeuvres fines et subtiles comme Laura.

Preminger était également un grand directeur d'acteurs et Gene Tierney, Dana Andrews, Clifton Webb et Vincent Price donnent leur meilleur dans Laura. Une fois de plus c'est la discrétion dans la mise en avant de cet élément qui caractérise le mieux Laura. Certes Clifton Webb compose un personnage haut en couleurs mais c'est son personnage qui le veut et nous en profitions d'ailleurs pour signaler les dialogues savoureux et brillants qui, sans atteindre l'excellence de ceux écrits par Mankiewicz pour ses films, sont remarquables. Toute notion de performance d'acteur est évacuée et les comédiens nous offrent bel et bien des interprétations justes et efficaces, qui apportent beaucoup au résultat final sans pour autant en être le centre d'intérêt majeur.

La juste balance entre tous les éléments précités et leur bonne intégration au sein du film en font sa véritable force. Laura est un ensemble qui s'appuie sur les compétences de tous les techniciens et artistes ayant collaboré à sa création. Otto Preminger en est le chef d'orchestre et sait intelligemment s'effacer derrière son oeuvre pour le plus grand plaisir des cinéphiles. Sans aucune volonté d'établir une hiérarchie forcément subjective entre divers films noirs, force est de reconnaître que malgré toutes ses qualités, Laura n'atteint ni la force ni la puissance de nos films favoris du genre (Night and the City, Kiss me Deadly), mais en constitue une sorte d'idéal équilibré et épuré sur lequel de façon logique le temps n'a pas de poids.




Image
L'image est proposée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est d'un excellent niveau. L'interpositif est très propre même si quelques points et autres traits sont toujours présents et si certaines scènes montrent un grain plus prononcé que ce que l'on aurait souhaité. Le contraste est impeccablement géré et évite toutes les brillances. Comme pour Night and the City, ce point est primordial lorsque l'on prend en compte l'incroyable travail de Joseph Lashelle dans ce domaine. Les scènes sombres sont remarquablement rendues grace à des noirs vraiment purs et profonds. L'échelle des gris a également été soignée et nous restitue donc toutes les subitlités souhaitées par Preminger et Shapelle. La partie numérique est une fois de plus exempte de tous reproches et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Un superbre transfert que ce grand classique méritait bien.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono), Anglais (Dolby Digital 2.0 stéréo)et Espagnol (Dolby Digital 1.0 mono).

Leur dynamique est tout à fait conforme à ce que l'on est en droit d'attendre d'un film de cette époque. Il en va de même avec leur présence er leur spatialité. La suberbe musique du film est fort bien rendue malgré les logiques limitations dans le haut et le bas du spectre d'une piste monophonique des années 40. Elle est par ailleurs fort bien intégrée au reste de la bande-son. Les savoureux dialogues du film sont en permanence parfaitement intelligibles et quasiment aucunes traces de parasites ou distortions ne sont audibles et ce même à volume assez élevé. Les basses fréquences sont bien évidemment très limitées mais le film en lui-même ne nécessite aucun débordement de ce côté là. A noter que si la bande-son espagnole est etouffée et plate, les versions stéréo et monophonique anglaises sont très proches avec même un léger avantage en précision pour la monophonique.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Espagnol.

Une bande-son de qualité, qui vient en parfait soutien de l'image, est exactement ce que le consommateur attend dans le cas d'éditions DVD de tels classiques.


Suppléments/menus
Une section vraiment bien remplie de segments tous intéressants et instructifs aussi bien sur la genèse de l'oeuvre que l'oeuvre elle-même, mais aussi sur les acteurs. A noter que sont proposées deux versions du film, la classique et une version qui propose une fin alternative. Si la jacquette annonce que les deux commentaires audio ne sont présents que sur la version classique, nous avons pu les entendre sur les deux versions. Le premier est de Jeanine Basinger, spécialiste du film, et de Gene Tierney qui nous régale d'informations couvrant tout le spectre du film, c'est à dire de la préproduction à l'impact phénoménal que connut ce film. Le second est encore mieux organisé et plus agréable à l'écoute. Il est de Rudy Behlmer, qui éclaire tous les points laissés dans l'ombre par Basinger et n'est que très peu redondant avec le précédent commentaire. Il y fait preuve d'une clarté, d'une concision et d'une organisation sans failles qui sont trop rares parmis les pratiquants de cet exercice difficile. Vient ensuite un documentaire de 45 minutes sur la carrière et la vie de Gene Tierney intitulé "A shattered Portrait". Une construction sans failles et un sens du rythme rare dans ce type de documentaire, combinés à la vie assez incroyable de Tierney, font de ce segment l'un des tous meilleurs dans son genre. Puis est offert un autre documentaire biographique "Vincent Price : The versatile villain" de 45 minutes, qui fait partie de la même série que le précédent. Cependant son style plus classique et une certaine monotonie dans son rythme font qu'il s'avère moins passionnant que celui sur Tierney mais reste une segment à voir pour tous les admirateurs du grand Vincent Price. Pour finir est proposée une scène d'une minute et demie avec un commentaire débrayable de Rudy Behlmer, qui allonge la scène où l'on découvre l'ascension sociale de Laura évoquée par son mentor. Par contre nous n'avons trouvé aucune trace de la fameuse scéne alternative d'ouverture du film et nous sommes assez désemparés par cette absence. Enfin est disponible une bande-annonce de bonne qualité technique.

Voici donc un ensemble des plus réjouissants même si il est un peu dommage que l'apport crucial de Otto Preminger n'ait pas été plus mis en avant. La seule ombre au tableau est l'absence de la scène d'ouverture alternative pourtant annoncée sur la jacquette.



Conclusion
Une belle édition dont les qualités audio et vidéo sont vraiment appréciables de même que les suppléments nombreux et tous intéressants. De plus, le DVD étant proposé à un tarif tout à fait raisonnable, nous vous recommandons chaudement l'achat de cette édition faisant honneur à ce classique qui le méritait amplement.

Laura est un classique parmis les classiques au sens ou son équilibre parfait en fait une oeuvre indémodable dont certains procédés on été maintes fois copiés et logiquement en amoindrissent l'impact pour les nouveaux spectateurs.
Voici un film donc nous vous conseillons le visionnage afin de mieux comprendre les qualités qui ont fait de l'hollywood des années 40 la plus formidable "usine à cinéma" du monde preuve à l'appui.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-06-14

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Laura

Année de sortie:
1944

Pays:

Genre:

Durée:
87 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo
Anglaise Dolby mono
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
commentaire audios, version étendue du film, documentaires, scène coupée

Date de parution:
2005-03-15

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