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DVDEF

Wild at Heart (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Wild at Heart fut pour Lynch le film de la consécration suite au flop de Dune et venant confirmer le succès alors phénoménal et populaire de sa série TV Twin Peaks. Les amateurs de la série furent sans doute nombreux à se précipiter pour voir le dernier film du génie ayant crée la série la plus originale du petit écran, et donc à se retrouver agréssés, violentés et secoués par un film presque aux antipodes de la relative douceur et sympathie de l'univers de la série. La trame de départ du film est tout à fait classique et typique du cinéma américain qui relate la cavale d'un couple d'amoureux, Sailor et Lula (Nicholas Cage et Laura Dern), que Marietta (Diane Ladd), la maman de Lula, a décidé de briser pour diverses raisons.

Ce qui importe dans Wild at Heart tel que Lynch l'a conçu, c'est la façon de raconter l'histoire plus que l'histoire elle-même. Partant du livre éponyme de Barry Gifford, Lynch a créé un conte moderne qui n'appartient qu'à lui, mélangeant avec une aisance confondante des éléments de la mythologie américaine (le magicien d'oz, le road movie) et ceux de son propre univers (les personnages décalés et extrêmes, les situations paroxystiques et mystérieuses). Ainsi, contrairement à ce que l'on pourrait penser, le scénario et la construction des scènes sont aussi importants que leur mise en images même. Ainsi la galerie de personnages tous plus déjantés les uns que les autres est d'une construction plus rigoureuse qu'il n'y paraît et leurs interactions plus complexes également. Lynch est un véritable maître de l'ambiance et de la suggestion, qualité qu'il réussit à maintenir tout au long du film (et de ses autres oeuvres) grâce à un choix toujours réussi dans le casting mais également dans la construction scénaristique. Ainsi malgré son statut de road movie, Wild at Heart est un film qui semble faire du sur place, l'avancée de l'histoire et des événements étant compensée par les flash-backs. Cette impression de fausse progression est absolument essentielle pour l'efficacité du film, le rythme passant ainsi des moments les plus rapides, agités, à des plages de calme voire même de torpeur. Ce qui nous amène à parler de l'autre principe majeur qui gouverne le film : le contraste. Lynch est en effet un artiste pluridisciplinaire et grâce à cela, il a une sensibilité toute particulière pour des détails inhabituels dans le cinéma comme les textures, l'illogisme apparent, le noir. Ainsi tous les éléments du films sont calculés et disposés de façon à générer les plus grands contrastes possibles entre eux et littéralement clouer le spectateur dans son fauteuil. L'oeuvre est clairement placée dès son introduction dans les contrées du surréalisme, tant le massacre d'un petit truand par Sailor est irréaliste, de même que leurs comportements respectifs sont clairement outrés et excessifs. Tous les acteurs sont "bigger than life", même lorsque leur personnage ne l'est pas. Ainsi les réactions des divers protagonistes, leurs poses, leur diction, leur attitude, leurs vêtements sont excessifs et caricaturaux, permettant ainsi à Lynch de transformer le voyage de ce couple d'amoureux en véritable légende américaine, en un conte trash et violent mais également furieusement romantique, et au final d'une tendresse inattendue pour des personnages aussi simplistes en apparence. Sailor et Lula sont amoureux, il font l'amour sauvagement mais sont aussi pleins de tendresse. Ils paraissent parfois un peu stupides mais cela s'apparente plus à de la naïveté et au final, ils sont le parfait reflet du film qui nous semble aussi être une image certes déformée et exagérée de l'Amérique telle que la perçoit Lynch, mais une image traitée sur le mode de l'icône et de la légende, donc fidèle aux valeurs de cette nation.

Comme nous l'avons vu, le scénario malgré son inspiration classique se révèle beaucoup plus travaillé et complexe qu'il n'y paraît, jouant plus sur les sensations que sur la finesse psychologique. La mise en scène du film est clairement au diapason de ce principe et si elle s'avère voyante et consciente d'elle même (cela étant souvent vu comme un défaut par la critique), ce n'est que pour mieux accrocher puis secouer son spectateur. C'est d'ailleurs ce que le jury de Cannes avait récompensé en 1990 en donnant la Palme d'Or à cette oeuvre dont pourtant aucun des canons ne semblait correspondre à un tel honneur. Lynch a ouvert pour nous la voie d'une période très prolifique pour le cinéma mondial (le début des années 90) et ainsi permis à des oeuvres plus radicales et novatrices d'avoir un impact auprès du grand public. Le contraste entre lumière et ombre, les diverses couleurs très tranchées, font que le film offre une photographie qui pourra paraître outrée et peu naturelle mais qui correspond parfaitement à l'aspect icônique des personnages et situations. L'alternance constante de très gros plans et de plans larges, de scènes en plan séquence et d'autres surdécoupées, ballade aussi le spectateur de sensations inhabituelles en sensations inhabituelles. Le formidable travail sur l'ambiance sonore (marque de fabrique du réalisateur) est lui aussi totalement indispensable et tout le talent de Lynch dans l'adéquation entre ces ambiances sonores inédites et son sens de l'ambiance visuelle lui permet d'offrir des scènes soit éprouvantes soit touchantes, alors même qu'il ne s'y passe rien de vraiment dérangeant ou attendrissant en soi. Les choix musicaux sont aussi au diapason, passant du Hard rock agressif de Powermad à l'émotion et la sensibilité d'un lieder de Richard Strauss.

Lynch s'avère totalement cohérent du début à la fin de cette oeuvre haute en couleurs et en sensations, qui pourra certes agacer par son côté tapageur et outrancier mais qui mérite amplement que le spectateur averti se place dans des dispositions propices à pouvoir apprécier au mieux le travail formidable du réalisateur, des acteurs et des techniciens.

Si la politique des auteurs a souvent des failles dans ses principes même, il faut avouer que David Lynch rentre totalement dans cette catégorie de cinéastes étant avant tout des artistes et souhaitant amener le plubic à leur univers (et non l'inverse comme cela est trop souvent le cas dans le cinéma commercial), mais également lui faire ressentir des émotions autant que partager des idées. Vous aurez compris que nous vous conseillons vivement le visionnage de ce film explosif qui n'est cependant à mettre devant tous les yeux. Si vous êtes capable en tant que spectateur de vous laisser prendre en main par un cinéaste et que l'irréalisme des situations proposées vous permet de vous placer à la bonne distance émotionnelle (suffisante pour ressentir intensément mais aussi pour ne pas être agréssé au plus profond de vous-même), alors nous vous promettons un voyage dans une Amérique du mythe que vous n'êtes pas prêt d'oublier.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est d'un bon niveau sans toutefois atteindre les sommets qu'aurait pu laisser espérer une restauration récente et supervisée par David Lynch lui-même. Cependant, comme dans le cas de Blue Velvet (également en édition spéciale chez MGM) et des autres films de Lynch, une certaine douceur de l'image semble être une de ses marques de fabrique indéniables. L'interpositif est très propre et seul le grain voulu par le réalisateur est présent tout au long du film, conférant à son rendu visuel un aspect cinéma des plus appréciables. Les couleurs très contrastées et saturées du film sont remarquablement rendues et contrairement à celles des autres éditions disponibles du film, rendent justice à notre souvenir du film en salle et sur Laserdisc (une tendance appuyée vers le rouge). Elles sont donc justes, sans débordements et parfaitement saturées. Le contraste est bien géré, ne générant aucune brillance artificielle. Les scènes sombres sont bien rendues grâce à des noirs vraiment purs même si l'on aurait souhaité une profondeur encore accrue. La qualité des dégradés est absolument remarquable, respectant totalement les volontés de Lynch en terme de rendu visuel (l'importance des contrastes de couleur). La partie numérique du transfert est exempte de reproches, ne générant aucun défaut artificiel notable.

Un transfert de qualité, ce qui n'est pas étonnant car il a été supervisé par David Lynch lui-même et rend donc justice à ses intentions initiales.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 2.0 surround) et Espagnol (Dolby Digital 1.0 mono).

La bande-son multicanal anglaise dispose d'une bonne dynamique qui s'avère néanmoins nettement moins impressionnante que sur l'édition en Laserdisc. Sa présence et sa spatialité sont d'un excellent niveau et rendent justice au formidable travail effectué par Lynch et son ingénieur du son. La musique est impeccablement restituée, jouant sur toutes les gammes et les volumes de façon à restituer l'univers sonore si particulier du film où le son est aussi important que l'image. Elle est de plus parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les enceintes arrières sont regulièrement utilisées pour des effets des plus subtils aux plus violents, toujours dans ce souci de contraste lié au film. Leur utilisation est très intelligente et toujours soignée, et certains effets du film comptent parmi les plus impressionnants que nous connaissions (l'arrivée du titre, le craquage des allumettes ou les flash backs). Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucunes traces de parasites ou distortions ne sont à déplorer quel que soit le volume sonore d'écoute (et dans le cas de ce film un niveau assourdissant est recommandé). Les basses fréquences sont remarquablement gérées ce qui est une bonne nouvelle étant donné leur importance dans le film. Les infra-basses sont même souvent présentes, ce qui offre aux possesseurs d'une installation capable de les restituer un plus indéniable au plaisir du visionnage et aux sensations uniques provoquées par ce film.

La bande-son au format Dolby 2.0 Surround est en net retrait par rapport à son homologue en multicanal mais se défend toutjours très bien et témoigne d'une dynamique surprenante. La bande-son monophonique en Espagnol est une telle hérésie sur un film où le son est aussi travaillé et important que nous ne la mentionnerons à peine.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Voici donc un remixage de grande qualité qui rend justice à l'oeuvre mais malheureusement ne retrouve pas tout à fait le niveau d'impact de nos souvenirs. La faute est sans doute à chercher du côté de la compression appliquée à la piste en 5.1 qui en limite la dynamique.


Suppléments/menus
Un ensemble assez complet mais qui comme toujours dans le cas d'une oeuvre de David Lynch s'avère un peu frustrant tant il souhaite conserver le plus de mystère possible au spectateur et il semble réticent à parler de ses films. Conformément à ses habitudes, Lynch n'a pas enregistré de commentaire audio mais néanmoins parle assez longuement de certains aspects du film dans un documentaire intéressant et bien monté : "Love, Death, Elvis & Oz" (30 mn). Vient ensuite une section étrange dans sa présentation (en phase avec le film), "Dell's Lunch Counter", qui contient un ensemble de 9 segments plus ou moins intéressants abordant divers aspects du film (sur le fond comme la pré ou la post production) pour une durée totale de 21 minutes. Est également offert un portrait de David Lynch : "Specific Spontaneity : Focus on David Lynch" dont la durée de 7 minutes seulement ne permet malheureusement pas d'en apprendre plus sur l'homme et se contente malheureusement de présentations dithyrambiques de la part de sa "famille artistique". Lynch tenait à s'exprimer sur la possibilité qu'il a eue pour la sortie de cette édition de retravailler presque totalement les copies existantes de son film, et durant deux minutes il nous dit tout le bien qu'il pense des nouvelles possibilités offertes par le numérique en la matière. Enfin sont offerts les segments traditionnels tels une galerie de photos, un court documentaire d'époque et une bande-annonce, le tout de qualité technique satisfaisante.

Un ensemble donc assez classique qui semble néanmoins le maximum que l'on puisse tirer de David Lynch. Ceci dit, la MGM aurait pu faire appel à des journalistes spécialisés dans l'oeuvre du cinéaste de façon à proposer un matériel plus conséquent au niveau analytique.



Conclusion
Une belle édition DVD qui offre une qualité audio et vidéo presque optimale, supervisée par Lynch lui-même. Les suppléments sonttintéressants même si limités. Une édition DVD de ce film qui risque d'être la référence pendant longtemps.

Wild at Heart est une oeuvre sauvage comme l'indique bien son titre et l'occasion pour Lynch de développer son univers si particulier sous la forme d'un film oeuvrant dans un genre américain typique et balisé : le road movie. Lynch va s'appliquer à en faire voler tous les codes en éclats et transformer ce qui n'aurait pu être qu'un film de plus en une histoire d'amour et de haine extrême, jouant sur toute l'intensité et les contrastes possibles de façon à offrir à ses spectateurs un voyage surréaliste et chauffé à blanc au coeur de l'Amérique profonde et tordue qu'il affectionne tant.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
3,3/5

Rapport qualité/prix:
3,5/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2005-01-27

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Wild at Heart

Année de sortie:
1990

Pays:

Genre:

Durée:
124 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 stéréo
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Entrevues, segments (4), galerie d'images et bandes-annonces (4)

Date de parution:
2004-12-07

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