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DVDEF

Ray (WS)

Critique
Synopsis/présentation
Taylor Hackford (Devil’s Advocate, Dolores Claiborne), réalisateur polyvalent à défaut d’être révolutionnaire, a mis près de quinze ans avant de convaincre une maison de production de financer cette biographie de Ray Charles. Jusque là, personne à Hollywood ne croyait en la rentabilité d’une telle œuvre. Ray Charles a connu ses heures de gloire, certes, mais sa vie méritait-elle d’être racontée au cinéma ? Hackford, véritable fanatique de l’artiste, en était convaincu. Au fil des ans, ce projet biographique est devenu pour le cinéaste une véritable obsession qu’il n’a jamais abandonnée. Et c’est tout à son honneur puisque la Universal s’est finalement décidée, non sans réserve, à allonger les 40 Millions US pour financer le film. L’entêtement de Hackford aura porté fruit, et ultimement la patience dont il a fait preuve durant ces quinze années lui aura été des plus profitable.

Une œuvre qui demeure en état de gestation durant une trop longue période n’est pas nécessairement un avantage pour un cinéaste. Prenez Scorcese par exemple. Son projet chéri, Gangs of New-York, a mis plus de vingt ans avant de voir le jour et le résultat est loin d’être à la hauteur de la réputation du cinéaste et de sa filmographie. Quant à Oliver Stone, il a planché pendant près de dix sur la biographie d’Alexandre le Grand et le résultat, Alexander, est un raté complet. Les quinze années mises à la disposition de Hackford pour peaufiner son film sur Ray Charles auraient pu lui être toute aussi néfastes, mais c’était sans compter sur deux atouts de taille qui n’étaient pas à la disposition du réalisateur en 1990. Tout d’abord, le « timing » pour offrir au public une biographie de l’artiste n’aurait pu être meilleur. Coincidence fortuite, Charles est décédé quelques mois avant la parution du film, qui fut tourné avec sa bénéfiction. Or, avec tout artiste de renom qui meurt naît une série d’hommages et du même coup un regain d’intérêt (temporaire) du public envers ses œuvres. Ce film est arrivé à point pour satisfaire le mini-engouement qui a suivi la mort du musicien.

Mieux encore, la patience de Hackford lui aura permis de trouver la perle rare pour interpréter le rôle de Charles. Jamie Foxx, qui était beaucoup trop jeune (22 ans) et inexperimenté quand le cinéaste a commmencé à s’intéresser au projet, a suffisamment mûri durant ces quinze années pour devenir le seul et unique acteur capable de personifier le musicien avec autant d’applond. Foxx est un imitateur doué, un acteur nuancé et qui plus est, un pianiste accompli ! Dieu sait qui Hackford aurait embauché il y a dix ou quinze ans… Eddie Murphy ?!?

Quoi qu’il en soit, Hackford s’est retrouvé avec un beau petit succès entre les mains, tant commercial (plus de 75 Millions US de recettes) que critique (avec ses six nominations aux Oscars). Mais ces reconnaissances étaient-elles vraiment justifiées ? Ou n’était-ce là qu’une autre façon de rendre un hommage indirect à Ray Charles ? C’est que Ray est un très bon film, à n’en point douter, mais l’un des cinq meilleurs de l’année 2004 ?

Hackford, en vrai fanatique de Ray Charles, a concocté un portrait assez nuancé de l’artiste tout en rendant un hommage bien senti à l’oeuvre de Charles. Mais voilà peut-être le plus grand défaut du film : son hésitation entre le récit biographique et le drame musical. À vouloir ratisser trop large, les auteurs n’ont pu éviter le piège du récit anecdotique. Le rythme du film en devient hésitant et trahi du même coup quelques longueurs. Il n’en demeure pas moins que le portrait de Ray Charles est somme toute complet et jamais raccoleur, une belle qualité. L’artiste est dépeint sous toutes ses coutures, aucun détail délicat n’est caché pour glorifier le personnage. Les démêlés de Charles avec les femmes, la justice et la drogues sont au cœur du récit mais sans qu’ils ne soient trop appuyés et pompeux. L’enfance de Ray nous est racontée à l’aide de flash-backs légèrement stylisés qui s’avèrent être les moments les plus beaux et les plus touchants du film. En fait, le film comporte plusieurs scènes très réussies qui auraient gagné en impact si le film avait été tissé un peu plus serré.

Quant à Jamie Foxx, il est vrai que sa performance pousse à l’admiration (il a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur acteur pour ce rôle). Le hic, c’est que son jeu frôle dangereusement l’imitation et la carricature de temps à autres. En fait, son interprétation est surtout intéressante lorsqu’il personifie Ray à un plus jeune âge, alors que ce dernier était toujours méconnu du grand public. N’ayant aucune image d’archive pour s’inspirer, Foxx y va d’un jeu plus nuancé et naturel. Mais malgré ces petits bémols, il faut admettre qu’il incarne Ray Charles avec une fougue absolument contagieuse. Son talent de pianiste est également bien exploité par le réalisateur, qui a pu se permettre le luxe de passer des mains au visage de l’acteur dans une seule prise, un luxe rare avec les acteurs qui interprètent des musiciens…


Image
Le film est présenté au format respecté de 1.85:1 et ce, évidemment, d’après un transfert 16:9.

À notre étonnement, l’interpositif employé pour ce transfert n’était pas dans un état que nous pourrions qualifier d’optimal. Aucun défaut grave n’est à déplorer, mais quelques anomalies telles que des parasites et des points blancs font une apparition récurrente. Pour un film aussi réccent, c’est assez surprenant. La définition générale du transfert est excellente. L’image est toujours parfaitement nette et précise. Les détails et textures sont représentés dans toute leur subtilité. Le artisans du film ont eu recours à bon nombre d’artifices pour styliser les couleurs, ce qui rend difficile l’analyse de leur rendu. Par exemple, les scènes de flashbacks montrant l’enfance de Ray ont profité d’une correction chromatique numérique en post-production pour ajouter un colori particulier à l’image en plus de saturer drastiquement les couleurs. Le résultat est esthétiquement très beau mais pose problème en ce qui concerne ce transfert. En plus de baver et de déborder, les couleurs sur-saturées souffrent d’un fourmillement (chroma noise) assez évident. Quant aux séquences de la vie adulte de Ray, le résultat est beaucoup plus naturel. La multitude de filtres employés lors du tournage ainsi que les éclairages rasants n’affectent en rien la restitution des couleurs, qui est impeccable. La saturation est bien ajustée, et on ne remarque aucun débordement. Les gains ainsi que les noirs sont purs et donc exempts de toute dominante involontaire.

L’image est bien contrastée, mais sans excès, et la brillance est correctement ajusté. Les noirs sont profonds et nets, on n’y remarque aucun fourmillement. Les parties denses proposent des dégradés subtils et précis qui ne bloquent jamais.

Autre défaut notable de ce transfert, une sur-accentuation des contours exagérée qui fini par distraire. La partie numérique du transfert est cependant irréprochable. La numérisation tout comme la compression ne trahissent aucune anomalie.


Son
Deux bandes-son nous sont proposées, toutes deux de format Dolby Digital 5.1. L’une est en anglais et l’autre en français. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont également disponibles.

Ce mixage en est un des plus satisfaisant que les amateurs de musique apprécieront sans aucun doute. La dynamique est véritablement à couper le souffle et tire le maximum du spectre sonore. La bande-son fait preuve de beaucoup de présence et la spatialité est parfaitement au point. Le champ-sonore se déploie avec beaucoup de profondeur à travers tous les canaux. Le positionnement des éléments sonores, très compétent, est toujours précis, subtil et sans bavure. Les canaux d’ambiophonies sont bien gérés et intègrent avec subtilité et retenue les effets d’ambiances ainsi que quelques effets localisés. Dans les scène musicales, les enceintes arrières sont beaucoup plus vivantes. Elle reproduisent la musique avec profondeur (ainsi qu’une légère touche d’écho) pour lui donner toute la vigueur voulue.

Parlant de la musique, il s’agit sans aucun doute de l’élément le plus intéressant de ce mixage. Elle est intégrée avec beaucoup d’applond grâce à une excellente dynamique, une présence agressive et une profondeur réaliste. Chaque instrument profite d’un mixage précis et judicieux qui mettent évidemment l’emphase sur le piano et la voix. La fidélité est irréprochable.

Le reste des éléments sonores est aussi bien intégré. Les dialogues sont toujours nets, naturels et intelligibles. La basses sont profondes et bien menées. L’utilisation du canal .1 (LFE) est soutenue mais jamais exagérée. Les fréquences d’extrême-grave y sont rondes et mordantes, comme il se doit.


Suppléments/menus
Pour une édition double-disque, il faut bien admettre que la quantité et la pertinence des suppléments déçoit quelque peu.

Le premier disque de l’édition comprends deux suppléments. Le premier est une option de visionner le film dans un version allongée. Mais attention, il ne s’agit pas d’une version longue proprement dite. En fait, il s’agit du montage original à travers duquel, si vous sélectionnez cette option, vous verrez apparaître un logo au bas de l’écran vous indiquant qu’une scène à été coupée à cet endroit. Quelques secondes plus tard, vous serez dirigé vers cette scène coupée suite à laquelle on vous ramènera là où vous étiez dans le film. Il y a donc une grosse rupture entre le moment où vous visionnez le film et celui où on vous montre la scène coupée, ce qui devient vite dérangeant. Qui plus est, les scènes coupées n’ont pas profité des avantages de la post-production. Donc, le son est stéréophonique uniquement et l’image est loin d’apparaître aussi léchée que le film lui-même. Ceux qui n’ont jamais vu le film se doivent de voir le montage original tel que vu au cinéma avant de se lancer dans le visionnement de cette laborieuse version rallongée. Il est à noter que si vous voulez voir ces scènes coupées, qui totalisent plus de 25 minutes de métrage, vous pouvez les visionner individuellement sur le deuxième disque de cette édition.

Le premier disque propose également une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Taylor Hackford. Il s’agit sans aucun doute du supplément le plus intéressant et le plus pertinent de cette édition. Ceux qui ont déjà entendu Hackford commenter l’un de ses précédents film savent qu’il s’agit d’un homme articulé et intéressant. Visiblement bien préparé, Hackford y va de propos concis et structurés. Il évite les banalités et les redondances et commentent son film avec une énergie et une passion quasi-contagieuse. Il n’y a aucun temps mort et l’intérêt est maintenu pendant la totalité du film, ce qui est un exploit considérant sa durée de 154 minutes. À ne pas manquer.

Le deuxième disque comprend, tel que nous l’avons mentionné plus haut, toutes les scènes coupées montrées dans la version allongée du film. Des commentaires optionels de Hackford sont proposées sur chaque scène. Il y a également deux performances musicales vues dans le film, mais présentées ici dans leur intégralité. Il s’agit des pièces What Kind of Man Are You (3min10) et Hit the Road, Jack (1min17).

S’ensuit Stepping Into the Part (10min41), un court segment faisant l’éloge de la performance de Jamie Foxx. Ce segment un peu complaisant vaut tout de même la peine d’être écouté puisque les deux premières minutes nous montrent une rencontre en studio entre l’acteur et Ray Charles lui-même tandis que les deux hommes jouent du piano. Vraiment fascinant ! Aussi, Foxx partage en entrevue quelques détails intéressants sur la façon dont il a procédé pour incarner l’artiste.

Ray Remembered est un hommage de 4 minutes à l’artiste, décédé en 2004. Plusieurs intervenants y soulignent le talent de Ray Charles en partageant comment ce dernier à influencer leur vie et le monde de la musique en général. Touchant, par moments…

A Look Inside Ray est un documentaire ridicule dont la durée dépasse à peine les 3 minutes. Il s’agit bêtement d’un segment promotionnel qui ressemble à une longue bande-annonce entrecoupée d’entrevues. Sans intérêt.

Quelques bandes-annonces complètent ces suppléments. Considérant le sujet du film et le temps qu’il aura fallu à cinéaste Taylor Hackford pour réaliser ce film, il est vraiment dommage qu’un bon documentaire n’est pas été produit pour cette édition.

Il est à noter que des sous-titres français, anglais et espagnols sont offerts pour tous les suppléments.



Conclusion
Malgré quelques faiblesses, Ray est un hommage des plus réussi au talent d’un artiste unique. Techniquement, cette édition propose un transfert plus qu’honorable ainsi qu’une bande-son qui devrait ravir les amateurs de musique, spécialement les fans de Ray Charles. Les suppléments déçoivent un peu par leur superficialité mais la très intéressante piste de commentaires audio compense quelque peu pour cette lacune.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
4,2/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2005-03-10

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Ray

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
153 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Universal

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Français
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio, version alternative du film présentant 14 scènes coupées, 2 performances musicales intégrale tirées du film, 3 segments et bandes-annonces

Date de parution:
2005-02-01

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