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DVDEF

Freaks

Critique
Synopsis/présentation
Tod Browning fut l'un des grands réalisateurs du muet et le passage au parlant le paralysa plus qu'autre chose. Freaks fait partie de sa période parlante mais vous pourrez constater que si le son et les voix des personnages amplifient clairement l'impact du film, toutes les informations réellement importantes et toute l'émotion est convoyée directement par les images, à tel point que l'on pourrait presque se passer du son pour regarder le film.
Il ne s'agit pas d'un point de détail puisque Freaks fait partie de ces rares films hybrides (conçus visuellement comme du cinéma muet mais fonctionnant parfaitement avec le son), qui fonctionne toujours aussi bien auprès de public actuel pourtant habitué à se voir le travail de réflection mâché par des bandes-son surexplicatives. Elles ont tendance à faire disparaître la vraie magie du cinéma qui est de faire comprendre une situation ou un sentiment de manière visuelle, par la mise en scène et le montage.

La ligne narrative de Freaks est d'une simplicité désarmante et c'est peut-être dans son universalité flagrante qu'il faut chercher les clefs de son succès en dépit de la nature sulfureuse et repoussante pour certains de ses protagonistes.

On y suit la vie d'un cirque itinérant, en se focalisant plus précisément sur la vie hors représentation et la cohabitation souvent houleuse entre athlètes et "phénomènes de cirque". Hans (Harry Earles) est un nain qui tombe éperdument amoureux de la grande et belle trapéziste Cleopatra (Olga Baclanova) et ce en dépit du fait qu'il soit déja fiancé à Freida (Daisy Earles), l'autre naine avec qui il partage son numéro. La cruelle Cleopatra comprend l'avantage qu'elle peut tirer de cette situation et accepte les cadeaux de Hans, tout en entretenant en secret une relation avec Hercules (Henry Victor), le monsieur muscles du cirque.
Lorsqu'elle apprend que Hans a hérité d'une fortune, elle décide de se marier avec lui puis de l'empoisonner afin de récupérer le pactole.
Cependant lors de la fête suivant le mariage, ennivrée par l'alcool, elle déclare sa haine profonde à toute la communauté de "freaks". Ceux-ci ont un code qui dit que lorsqu'une personne s'attaque à l'un d'entre eux, elle s'attaque à tout le groupe et ils auront tôt fait de dévoiler la combine de Cleopatra et Hercules et de s'en venger d'une manière atroce.

Le scénario est donc d'une simplicté désarmante, ce qui fait à notre goût une grande partie de la valeur du film. Cette histoire aurait pu se passer dans n'importe quel milieu social et le génie de Browning est de l'avoir situé dans un milieu exotique et mystérieux qu'il nous présente pourtant comme parfaitement normal.
Quel que soit leur aspect physique, les êtres humains pensent et ressentent de la même façon et si il y a une morale à cette histoire, c'est bien celle-la.
Le plaidoyer pour la tolérance est d'autant plus fort que justement, si les "freaks" sont des proies faciles pour les moqueurs (même dans le milieu du cirque), ils peuvent se montrer très forts malgré leurs handicaps, grâce à la cohésion du groupe.
Leur vengeance est aussi cruelle et stupide que celle de n'importe quel être humain et en n'occultant pas cet état de fait, Browning trouve le ton parfait pour sa démonstration de l'humanité de ces phénomènes.
A l'époque de la sortie du film le scandale fut immense car une grande partie de la population prêtait encore des origines maléfiques à ces créatures différentes. De nombreux executifs de la Warner furent horrifiés et choqués par le spectacle du film qui ne possédait aucun alibi fantastique permettant au spectateur de se mettre à distance, bien au contraire.
En effet, 72 années plus tard et malgré l'évolution des moeurs, le spectateur actuel ne sera plus "choqué" par ces images mais à coup sur "troublé" par le fait de savoir que tous les "phénomènes" présents dans le film sont authentiques.
Le réalisme du film est donc son meilleur atout, qui se tranforme parfois en surréalisme lors de la scène du banquet ou de la vengeance finale.
D'ailleurs, au départ binome inséparable de Browning, l'immense Lon Chaney était prévu pour tenir un rôle maquillé dans le film mais son décès priva Browning de cette option et le projet pris alors une tournure différente.
On sent parfaitement la volonté profonde de Browning d'être impartial et même si il présente ses phénomènes avec un regard presque amoureux, il n'omet pas de montrer qu'ils sont justes des êtres humains ayant accepté leur sort et sachant même en tirer parti pour gagner leur vie.
Browning met les humains "normaux" et les phénomènes sur le même plan, le clown et son amie étant les pendants positifs de Cleopatra et Hercules.

Les scènes du banquet et celle du meurtre restent généralement gravées de façon indélébile dans la mémoire de ceux qui ont vu Freaks. Browning y démontre de façon évidente le pouvoir de l'image par un montage simple mais carré d'images fortes et expressives, d'où va naître le trouble.
La manipulation ignoble à laquelle se livre Cleopatra lui sera rendue au centuple par la communauté des "freaks" dont elle s'est moquée sans vergogne, et ceux-ci n'auront pas plus de pitié ou de sentiments qu'elle n'en a eu à leur égard. Hercules qui représente le pendant inverse des "handicapés" (au moins au niveau physique) sera détruit par sa confiance absolue en ces capacités mais surtout pour avoir cruellement sous-estimé la puissance du groupe adverse.

Les questions morales soulevées par le film sont nombreuses et il n'est pas forcément lieu d'en discuter ici. Nous concluerons donc en vous conseillant de voir et revoir ce film ô combien touchant et troublant, qui de par l'universalité et la simplicité de son intrigue et de son language cinématographique, est à même de toucher tous les spectateurs et de les faire réfléchir pour les plus entreprenants d'entre eux.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est d'une qualité plus que satisfaisante pour une oeuvre de cette époque et ce malgré les fluctuations de niveau qui font que certaines images sont furtivement assez floues. L'interpositif est propre mais l'âge du film et ses conditions malheureuses de conservation font qu'il reste des points et traits sur plusieurs scènes. Le grain est limité sur tout le film et la finesse des détails est tout à fait satisfaisante pour un film de cet âge.
Le contraste est bien géré, sachant éviter toutes les brillances.
Les parties sombres du film sont bien rendues grâce à des noirs suffisamment purs et profonds surtout pour un film de cet âge. Le rendu de l'échelle de gris est de bonne qualité, permettant un tranfert à la hauteur du travail des artisans du film.
La partie numérique est exempte de reproches car elle ne vient jamais perturber le plaisir du visionnage par des défauts artificiels et c'est la seule chose qu'on attend d'elle.

Un transfert d'excellente qualité compte tenu de l'âge du film et surtout de ses nombreux remontages et des conditions de conservation supsectes. Un grand classique immortel qui retrouve ici une seconde jeunesse.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est forcément très limitée au vu de son âge et une fois cela pris en compte, elle s'avère tout à fait dans les standards de l'époque. Il en va de même pour sa présence et sa spatialité.
La musique est parfois rendue de façon distordue dans les aigus mais rien de vraiment gênant, et qui reste tout à fait pardonnable au vu à nouveau de l'âge du film. Elle est par ailleurs bien intégrée au reste de la bande-sonore.
Les dialogues sont parfois difficiles à suivre mais c'est la diction des acteurs qui en est la cause et non une déficience éventuelle de la bande-son. Les distortions et parasites sont évidemment présents.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.
Une bande-son à la hauteur de l'image malgré ses scories bien excusables et qui nous permet de profiter enfin de Freaks dans une présentation à la hauteur de sa réputation.


Suppléments/menus
Une section assez complète qui prouve que certains éditeurs ont compris que les pièces les plus reconnues de leurs catalogues sont aussi des oeuvres d'art reconnues qui méritent une vrai attention.

Le commentaire audio de David Skal (un spécialiste de Tod Browning) est agréable à écouter et souvent très informatif. Il a choisi l'option de l'anecdote plus que celle de l'analyse ou de la mise en perspective. Force est de reconnaître que de nombreux éléments qu'il apporte permettent de mieux saisir la nature extrêmement choquante et sulfureuse de ce film à sa sortie. Nous aurions bien aimé avoir une mise en perspective du film mais ce commentaire est en l'état plus que recommendable pour une meilleure appréhension de l'oeuvre.

Est ensuite offert un documentaire intitulé "Freaks : Sideshow Cinema", d'une durée de une heure et trois minutes. Skal en est le maître d'oeuvre et il réussit à ne pas être trop redondant par rapport à son commentaire. Il aborde tous les éléments de la production du film mais à nouveau sans vrai regard analytique. Cela permet de n'avoir donc que des informations factuelles et vérifiées et de tout connaître quant aux conditions de tournage, de sortie etc..
A la décharge de Skal, Browning s'est toujours montré très silencieux sur ses intentions et ses buts profonds sur Freaks.

Puis vient une présentation du prologue écrit initial (2 mn 30 s) présenté dans les salles avant le film, de façon à préparer le spectateur au spectacle choquant (pour l'époque) qu'il allait voir.

Enfin est présentée par Skal un résumé images à l'appui des différentes fins prévues pour Freaks, mais malheureusement aucune n'est vraiment satisfaisante et n'arrive à la cheville du résumé qu'il fait de la fin du script original (6 mn).

A noter que la jacquette du DVD reprend de façon intelligente l'affiche originale du film et que cela est tellement rare qu'il nous paraît important de le mentionner.

Un ensemble de suppléments donc intéressants et qui dans le cas d'un film comme Freaks s'avéraient indispensables. Seule une portée plus analytique manque à l'appel.



Conclusion
Une édition aux performances audio et vidéo très satisfaisantes si l'on tient compte de l'âge du film et de ses nombreux déboires avec la censure et ses remontages multiples.
Les suppléments manquent de structure mais comportent de nombreuses et passionnantes informations, ce qui fait qu'étant donné l'importance du film, la qualité du DVD et des suppléments ainsi que le prix de vente raisonnable, nous vous recommandons absolument l'achat de cette édition qui s'avère un indispensable outil pour tout cinéphile qui se respecte.

Freaks est une oeuvre marquante du cinéma par son audace thématique combinée à des qualités de réalisme poétique absolument splendides et touchantes.
Browning y livre un plaidoyer émouvant pour le droit à la différence, et son idée géniale d'employer des personnes souffrant vraiment de déformations physiques graves est toujours aussi efficace et prégnante.
Son film reste un vrai chef d'oeuvre bien que nous n'ayons jamais vu sa version d'origine et qu'il ait été remonté plusieurs fois depuis son exploitation au cinéma.
Un classique essentiel et indémodable qui nous offre une leçon d'humanité dans ce qu'elle a de pire et de meilleur.


Qualité vidéo:
3,6/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
4,1/5

Rapport qualité/prix:
4,2/5

Note finale:
3,9/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-09-23

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Freaks

Année de sortie:
1932

Pays:

Genre:

Durée:
62 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, documentaire, prologue et fins inédites

Date de parution:
2004-08-10

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