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DVDEF

Barfly

Critique
Synopsis/présentation
Barbet Schroeder (d'origine française) fut au cours de sa vie, collaborateur aux Cahiers du Cinéma (la célèbre revue française d'analyse cinématographique), reporter, photographe, producteur et cinéaste. Cette carrière très diversifiée (et le recul qu'elle lui permit d'atteindre), le conduira à signer des films originaux dans lesquels il abordera de grands sujets de façon novatrice.

En 1969, il réussit à faire un film sur la drogue, intéressant, concis et maîtrisant totalement son sujet : More (ce qui est loin d'être le cas des autres productions de l'époque sur ce thème). Il fut aidé dans sa tâche par la fabuleuse bande originale que lui concocta le groupe psychédélique anglais : Pink Floyd. Trois ans plus tard, il signera La Vallée (1972), film dans lequel il sera à nouveau en prise avec son époque et à nouveau, il maîtrisera totalement son sujet. Un groupe de personnes part à la recherche de la vallée des Dieux en Nouvelle Guinée et ce voyage donne lieu à une odyssée spirituelle et sexuelle. Son troisème film sera un documentaire hallucinant sur le pouvoir, dans lequel il analyse sur le vif la personnalité et les actions d'un des plus fous des dictateurs africains : Général Idi Amin Dada (1974). Puis, les déviances sexuelles et plus précisément le sado masochisme, seront le sujet de l'excellent Maîtresse (1975) où Bulle Ogier et le jeune Gérard Depardieu nous livrent des performances exceptionnelles. Les rapports entre êtres humains et animaux seront le sujet de Koko le Gorille qui Parle (1977). Dans ce film documentaire, une jeune scientifique apprend à un singe le language des sourds et muets et celui-ci entretiendra des rapports de plus en plus humains avec elle au fur et à mesure de l'expérience. Dans Tricheurs (1984), il abordera sans concession l'univers du jeu et les personnes qui en sont devenues dépendantes (de façon très différente pourtant de The Gambler, cf critique).

Puis sa carrière se concentrera plus précisément aux Etats Unis. En 1987, après des années de lutte, il réussira à monter le film qui nous intéresse aujourd'hui : Barfly (1987). Son film suivant et le succès mondial qu'il connut le fera découvrir du grand public : Reversal of Fortune (1990). Son thème est certes peu original, M. Von Bulow a-t-il tué sa femme ?, et pourtant la médiatisation extrême de ce procès (réel) aux Etats Unis en fait un sujet passionnant. Et une fois de plus, il tire le meilleur de ses acteurs (la performance de Jeremy Irons est pour beaucoup dans le succès du film). Malgré les qualités de son oeuvre suivante, Single White Female (1992), l'originalité forcenée de ses débuts semble être au second plan, derrière une efficacité toute américaine. Pourtant, il réussit un superbe remake d'un polar mythique d'Henry Hattaway avec Kiss of Death (1994). Il revient à un style et des sujets beaucoup plus classiques et banals (même si ils sont traités et réalisés de façon intéressante) pour ses deux films suivants : Before and After (1996) et Desperate Measures (1997). Il prouve avec ces 4 derniers films qu'il a réussi à intégrer parfaitement toutes les figures de style et specificités du cinéma Hollywoodien de divertissement.

Contre toute attente, il partira à Medellin (ville Colombienne tristement célèbre pour ses cartels de drogue, de prostitution et sa violence extrême) pour réaliser en caméra numérique un petit chef d'oeuvre : La Vierge des Tueurs (2001). Le tournage très dangereux et éprouvant le sortira d'un certaine routine dans laquelle il était tombé. Aidé par le superbe script de l'écrivain Fernando Vajello, il revient ici au style et aux sujets qui faisaient la valeur de ses premières oeuvres. Il retounera pourtant aux Etats Unis pour y tourner un nouveau polar sans saveur et sans intérêt : Murder by Numbers (2002), même si sa réalisation s'élève au dessus de celle de beaucoup de faiseurs hollywoodiens.

Il faut espérer qu'il saura revenir à sa vraie personnalité et signer d'autres oeuvres 'artistiques' de la trempe de celle de La Vierge des Tueurs, et ne pas sombrer définitivement dans la facilité des tournages pour les grands studios.

Barfly s'avère être une des plus grandes réussites cinématographiques de Barbet Schroeder. Il a été réalisable uniquement grâce à sa tenacité et sa passion pour les écrits et le personnage qu'est Charles Bukowski (grand écrivain d'origine allemande et ivrogne professionnel). Henry Chinaski (Mickey Rourke dans sa meilleure performance, littéralement habité par le rôle) est un pilier de comptoir qui passe son temps à boire, se battre et écrire. Il rencontre un soir, Wanda (Faye Dunawae, superbe et magistrale, la seule que l'on imagine pouvoir être à la hauteur de Rourke) une autre alcoolique par choix. Il se nouera entre eux une magnifique relation à la fois tendre et cruelle. Schroeder du se battre d'abord contre Bukowski qui assurait détester le cinéma et dont la personnalité si particulière (cf les extraits du documentaire sur le DVD) ne lui rendit pas la vie facile sur le tournage. Celui-ci, devant l'insistance, la passion du cinéaste pour son oeuvre et la somme qu'on lui offrait, finit par accepter d'écrire ce magnifique scénario largement autobiographique et assez éloigné du style de ses romans.

Schroeder mit plusieurs années à monter ce projet fou et ne dévia jamais de sa ligne de conduite (respecter précisément le script de Bukowski sans jamais le laisser remanier ou édulcorer). Il choisit de tourner dans les rues et les bars de Los Angeles, aux endroits même où Bukowski vécut les moments dont il parle dans le film. Son style discret choisit de s'effacer devant les superbes dialogues, les episodes tragi-comiques du scénario et le jeu très inspiré de ses deux formidables acteurs (cf le commentaire audio du DVD où il s'explique en détail sur ses choix). La photographie toute en ton désaturés et la musique participent beaucoup à l'ambiance très spéciale dégagée par ce film.

Une oeuvre méconnue au sujet peu facile qu'il est urgent de réhabiliter pour toutes les qualités précitées et qui s'avère comme charnière (et donc essentielle) dans la carrière de Barbet Scroeder. Il est rare de pouvoir assister à la rencontre aussi fructueuse d'un si grand nombre de talents et cela rend ce film encore plus indispensable.


Image
La copie anamorphosée est proposée en 1.85:1, soit son format original.

Il n'est pas fait mention sur la jacquette d'un quelconque nouveau transfert numérique et pourtant la qualité délivrée par cette édition DVD est plus que correcte. La définition générale est de bon niveau même si elle s'avère fluctuante selon la luminosité. L'interpositif est propre et ce ne sont pas les quelques points blancs présents qui pourraient déranger le spectateur. Le niveau de détails oscille lui aussi entre très bon et passable. Les couleurs elles, sont magnifiquement restituées et le gros travail effectué pour arriver à ces tonalités si particulières trouve ici un bel écrin. Le contraste est plutôt bien géré même s'il est un peu faible pour une partie des scènes nocturnes. Celles-ci sont bien rendues dans l'ensemble, malgré quelques baisses de qualité excusables au vu de la luminosité générale.

La partie numérique du transfert n'est malheureusement pas à la hauteur. En effet, tout le générique et toutes les scènes dans l'appartement de Wanda souffrent de l'action conjointe des fourmillements et du bruit vidéo qui occasionne un effet clignotant et mouvant relativement ennuyeux.

Malgré ces quelques réserves, le rendu vidéo de Barfly est satisfaisant même si une remasterisation de l'image (ou du moins un meilleur encodage numérique) aurait offert à cet excellent film la qualité qu'il mérite vraiment.


Son
Les deux bande-son sont en Anglais (DD 1.0 mono) et Français (DD 1.0 mono).

La bande-son anglaise offre une dynamique suffisante et une spatialité correcte, parfois surprenante dans les scènes de bar (bruits ambiants). Les éléments sonores extérieurs sont toujours bien intégrés. L'absence de bande originale est largement compensée par le bon rendu de la musique provenant pourtant de Juke box ou de la radio d'Henry. Les dialogues sont plutôt bien rendus, même si lors des scènes de bar aux nombreux et bruyants protagonistes, il ne sont pas toujours parfaitement intelligibles. Ceci est voulu par le réalisateur et la qualité de ce transfert audio n'est jamais prise en défaut. On ne peut réellement parler de basses fréquences sur cette bande-son ; cependant, lorsque nécessaire le grave vient 'asseoir' la restitution. Le film ne se prête absolument pas à des debordements sonores et cette piste est donc largement suffisante qualitativement.

Une fois de plus la piste française est à déconseiller. Non pas pour ses qualités sonores (au demeurant fort correctes), mais pour un doublage qui gâche le film lorsqu'on l'a visionné en Anglais. En effet, le superbe travail effectué par M. Rourke et F. Dunawae est, il faut le reconnaître, quasi impossible à doubler de façon convaincante.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol et Japonais.

Une bonne surprise que cette bande-son d'époque. On a encore une fois la preuve qu'une bonne prise de son et une bonne conservation valent mieux que des remixages hasardeux.


Suppléments/menus
Un grand merci à la Warner Bros de nous proposer des suppléments aussi passionnants (dont bien des éditions spéciales devraient s'inspirer) dans une édition dîte simple.

Le commentaire audio de Barbet Schroeder est un des plus passionnant et passionné qu'ils nous ait été donné d'entendre. Malgré de trop longues poses (car il ne commente pas toutes les scènes), sa passion pour Bukowski et son oeuvre éclate littéralement. Et enfin, pour une fois, le cinéaste ne se contente pas de donner des informations techniques, il les commente et les justifie. Il cherche vraiment à expliquer les raisons pour lesquelles telle ou telle scène a été tournée et les sensations qu'il a voulu faire ressentir au public au travers de celles-ci. Le commentaire de Schroeder n'est pas loin de l'idéal et malgré une certaine auto-satisfaction (bien compréhensible au regard des efforts qu'il déploya pour pouvoir produire puis réaliser ce film), il restera notre commentaire de référence.

Vient ensuite un curieux documentaire intitulé 'I Drink, I Gamble and I Write : The Making of Barfly'. Celui-ci a l'air de n'être pas terminé (le piteux état de certains des documents et l'aspect désordonné du montage nous le confirme presque) et rassemble quelques interviews plutôt intéressantes de Charles Bukowski et Mickey Rourke sur leur implication dans le film.

Puis, pour notre plus grand bonheur, sont inclus quatre extraits du génial documentaire que Barbet Schroeder réalisa sur Bukowski alors qu'il tentait de mettre le film sur pied. On y découvre le véritable Bukowski (ivre, vindicatif et d'une intelligence rare) qui nous livre son avis sur notre monde et la vie . Un des rares suppléments qu'il est presque recommandé de voir avant le film pour nous permettre de mieux comprendre les subtilités des personnages et des situations.

Pour finir, les habituelles filmographies des artisans du film et une bande-annonce qui est à elle seule un petit chef d'oeuvre, qui donne vraiment envie de voir le film sans en raconter les enjeux ou en dénaturer le propos.



Conclusion
Une édition DVD fort correct au niveau technique (même si une restauration globale aurait été la bienvenue), dont les suppléments sont à la hauteur de l'oeuvre et tout ceci pour un prix plus que raisonnable. Un film et une édition grandement recommandés donc, même si il faut savoir que les situations et la morale proposée par cette oeuvre pourraient heurter la sensiblité de certains spectateurs.


Qualité vidéo:
3,2/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-10-03

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Barfly

Année de sortie:
1984

Pays:

Genre:

Durée:
99 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Japonais

Suppéments:
Commentaire Audio, documentaire de 12 minutes "I Drink, I Gamble and I Write", extraits du documentaire "The Charles Bukowski Tapes" de Barbet Schroeder, Filmographie des artisans du film et une bande-annonce

Date de parution:
2002-09-03

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