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DVDEF

Easy Rider (35th Anniversary, Deluxe Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Les contes de fées ont toujours fait du pauvre le riche, du faible le fort et du laid le beau. Hollywood s’est naturellement appuyée sur cette recette qui existe depuis la nuit des temps, capable de donner de l’espoir à tous comme promesse de devenir ce que l’on est pas (et naturellement aspirons à devenir).
Mais si les histoires contées sont basées sur cette tradition narrative, ce qu’Hollywood a toujours préférée sont les films qui suivent cette logique; mais pas d’un point de vu scénaristique, mais bel et bien d’un point de vu commercial. La tradition du petit budget, du réalisateur qui fait son film de manière indépendante et qui réussit à rencontrer un vaste public reste le conte de fée préféré d’Hollywood. Ce conte de fée est tel qu’il a même maintenant son propre festival où les amateurs de cinéma indépendant viennent « magasiner » et les producteurs, espérer trouver le petit bijou qui saura les rendre riche. Sous des dessous naturellement indépendant, c’est en fait toute la machine hollywoodienne qui se trouve là à tenter de faire le gros coup d’argent, mais ne boudons pas trop notre plaisir, Sundance a permis de découvrir de grands films (et la sortie sur les écrans de « Napoleon Dynamite » n’est elle pas le seule justification nnécessaire de ce festival ?).

Cette tradition du film indépendant à large succès commercial est née en 1969 autour du succès phénoménal du film de Dennis Hopper « Easy Rider », tournée pour une poignée de dollar et qui encore aujourd’hui est un film considéré culte et fait l’objet de cette réédition au format DVD intitulée « Easy Rider 35th Anniversary Deluxe Edition ».
Easy Rider fait parti de ces films dont l’aura n’a pas faiblie en intensité, représentative d’une réalité contemporaine à sa réalisation (on est en plein délire des années 60-70) mais qui sait malgré tout porter un thème intemporel, la liberté.
Le scénario, bien que généralement associé seulement à Fonda et et Hopper est en fait surtout l’œuvre de Terry Southern, Beatnick en vogue, ami de tous et scénariste très réputé à l’Époque (surtout grâce au scénario de Dr Strangelove et de Barbarella). Cette incongruité au niveau du scénario fait partie de l’ensemble des légendes associées à ce flim. Sa réalisation s’est vue entourée de nombreuses anecdotes, montées de fil en aiguille, qui vont d’acteurs arrivant sur le plateau pour repartir aussitôt car pas assez dans les normes de production de l’époque, à la consommation abusive de drogue, et malheureusement la triste réalité, l’ambiance exécrable lors du tournage, principalement dû au caractère dictatorial du réalisateur, doublé du statut de star de la covedette Peter Fonda.
Tourné de manière très chaotique, et sur un budget maigre, l’évolution du tournage et conséquemment de son montage a été une véritable épreuve. La majorité des dialogues écris par Southern ont été supprimés, et remplacés par un vide que Hopper pensait plus réaliste, mais qui aujourd’hui encore confine un peu trop à un minimalisme maladroit. Le montage et l’édition ont été accouché dans la douleur de nombreuses versions, dont certains effets sont là pour nous rappeler l’époque (les cuts multiples et saccadés, les zooms qui se perdent, et l’utilisation de lentilles déformantes et colorées comme durant la scène de LSD dans le cimetière).

Il s’agit bel et bien d’un film d’époque, qui emprunte à tous les clichés de ces années. Mais bien que les hippies soient fort heureusement éteints il reste néanmoins que Easy Rider est certainement leur meilleur représentant. Les héros restent normaux et « Actifs », loin des poncifs floraux et de la molesse inhérente au débilitant Flower Power. La musique, pilier de ce film est particulièrement tournée vers le rock, et non pas vers le pop country gluant (quoi que naturellement on échappe pas à certains poncifs genre The Weight qui portent bien leur nom), et est réellement devenue partie intégrante de l’image que l’on peut se faire de la fin des années 60. Born to be Wild des Steppenwolf est définitivement associée non seulement aux Harleys, mais aussi à une certaine idée de la liberté, rock’n roll. Cette chanson porte le film, et l’inverse est complètement vrai. Cet exercice est d’ailleurs repris d’une certaine manière dans Forrest Gump, qui lui aussi jouait sur ces morceaux rock psychédélique qui ont une saveur réellement typique de cette époque (et nous met d’ailleurs en face de la vacuité de la musique populaire de nos jours, qui représente le mieux les années 90 et 2000 ? New Kids on the Block?). On a donc le droit a une collection musicale historique qui donne une couleur très particulière à ce film. On n’a qu’à penser à la chanson « The Pusher » des Steppenwolfs, qui provoque immanquablement des envies éthérées, ou le « if six was Nine » de Hendrix qui reste un des hymnes psychédélqie… des chansons donc très stéréotypées tout comme cette période. Car il est clair que cette période était l’archétype même du stéréotype, ce qui paradoxalement était loin de la rébellion petit-bourgeois contre la société de consommation standardisée et fordiste mise en cause.
La liberté Hippie se vivait dans l’emprisonnement du stéréotype qu’elle se sentait obligée de véhiculer pour se justifier, au point de substituer l’action par une auto contemplation inerte.

C’est certainement à cause de cette réaliité que ce film a survécu, car il en prend le contre-pied. Il passe devant ces stéréotypes et ne s’en formalise pas. La notion de liberté diffusée dans ce film dépasse et de loin la notion de liberté « flower power ». Les héros sont en quête de liberté, cette liberté que le « rêve américain » portait d’une certaine manière. D’ailleurs les motos Harleys utilisées sont de très bon représentant de cette approche, « Captain America », la moto de Wyatt est peinte à l’image du drapeau américain. C’est d’ailleurs dans une fin très peu hollywoodienne que ce film se termine, Captain america en flamme, tout comme le rêve américain. Cette vision très liée aux western et au cowboy romantique sur sa monture tient néanmoins sur un scénario très simple.

Deux motards, Wyatt (Peter Fonda) et Billy (Dennis Hopper, réalisateur) décident après un gros coup de drogue de partir de Los Angeles et de prendre la route vers l’Est, vers Mardi Gras en Nouvelle Orléans, et de voyager à travers les Etats-Unis du Sud.
Et c’en est tout du scénario, cette traversée des Etats-Unis, émaillée de rencontres et d’événements. Clairement, ce film a été la base par laquelle tous les road movies se sont construit, et même en regardant « The Straight Story » de David Lynch, on se rend compte que Easy Rider est la fondation d’un genre, quel qu’en soit le sujet (et la distance entre ces sujets prouve encore une fois cet élément fondateur).
Le succès de ce film est réellement tenu à quelques éléments, tout d’abord une photographie magnifique de László Kovács qui a su mettre admirablement en image autant la route que le mouvement des motos. Mais tout autant que les paysages, les personnages rencontrés sont très attachant et très bien joué. On remarque surtout la performance de Jack Nicholson en avocat alcoolique dont la performance et son statut de victime. Pour finir quelques scènes portent réellement le style visuel de cette époque, qu’il s’agisse de la scène du cimetière sous LSD ou de l’atmosphère générale du film et de son montage.

Easy Rider est loin d’être un film parfait, mais c’est un film important. Il a créé le genre du road movie, il porte une époque complète et a été fait sans les contraintes de censure des studios. Ce statut lui a valu quelques prix dont celui de la meilleure première œuvre à Cannes, des nominations aux Oscars et aux BAFTAS et des reconnaissances dans de nombreux pays. 35 ans après, ce film se regarde toujours avec autant de plaisir, le thème n’a pas vieilli autant qu’on pourrait le penser, les stéréotypes sont présents, mais ils sont nés ici.
La première édition DVD de Easy Rider était pour le moins catastrophique (qualité de l‘image et du son très mauvais), mais c’est avec plaisir que nous avons redécouvert ce film dans cette nouvelle édition, tant pour ses qualités techniques que pour les efforts qui ont été mis dans ce minicoffret.



Image
Cette édition de Easy Rider est offerte format respecté de 1.85 :1 d'après un transfert 16:9.

Contrairement à la première édition cette édition anniversaire offre une image d’une qualité surprenante pour un film de cet âge, dont les négatifs eux même avaient souffert de nombreux aléas durant le tournage. Le travail de restauration a été très bien effectué, et hormis un grain très cinématographique on ne constate que quelques défauts genre points blancs durant le visionnement. Il convient de noter aussi la scène du mardi gras, qui avait été tournée six mois avant le début du film. Cette scène montre une qualité généralement moindre, avec un grain très prononcé. Si l’on considère l’âge respectable de ce film, la définition générale est d’un excellent niveau. L’image offre un bon niveau d’information, les détails sont nombreux et les textures réalistes. Ces observations sont naturellement faites en considérant l’âge de ce film et les conditions minimalistes dans lesquelles il a été tourné.

Les couleurs sont elles aussi naturelle, et plutôt bien rendues. On constate un certain « lavage » des couleurs, loin d’un sépia tout de même, mais cette teinte qu’on les photos couleurs des années 70, ce qui considérant le sujet est du meilleur effet. Aucun débordement n’a été constaté, et la teinte générale reste constante durant tout le programme, excepté encore une fois dans la scène du cimetierre (mais les filtres multiples, les lentilles œil de poisson et le montage psychédélique n’aide surement pas à avoir une image calibére de la même manière).
La brillance est les contrastes sont très bien ajustés, on passe facilement du désert en plein au soleil à l’initimité d’un feu de camp la nuit sans aucun problème notoire. Les sombres sont correctement dégradés même s’il semble manquer un peu de définition proche des zones les plus sombres. Les noirs sont profonds et immaculés.
Le transfert a été très bien réalisé, aucun problème particulier n’a été constaté, et contrairement à l’habitude de mettre un peu de sur définition pour contrecarrer la douceur de vieux internégatifs. Ce travers n’a pas été ici constaté, et on bénéficie d’un trasnfert particulièrement bien réussi.

Cette édition anniversaire a bénéficiée d’un habile travail de restauration et d’une attention particulière pour son transfert. L’âge vénérable du film fait qu’on ne ne situe pas dans les normes des films les plus récents, tout comme une teinte un peu passée des couleurs, mais cela ne fait qu’offrir un peu plus d’authenticité historique. Une très belle édition.



Son
Deux bandes sonores sont proposées, une première au format Dolby 2.0 Surround, et la seconde au format Dolby Digital 5.1. Ces deux bandes sonores sont en anglais, et le format multicanal sera évalué ici.

Trois composantes sont fondamentales à la bande sonore de Easy Rider, Tout d’abord des dialogues minimalistes, des rugissements de Harley Davidson, et une musique omniprésente. Enregistré en 1969, et sans les commodités d’enregistrement d’un studio fermé, la bande sonore est généralement d’une qualité assez faible, présentant un dynamisme plutôt restreint et des dialogues parfois assez éloignés de l’image (manque de présence). À l’opposé complet, les bruitages (son de Harleys par exemple) sont des rajouts de studios et sont eux très en avant et très présents, tout comme la musique qui est offerte d’une manière très convaincante.
Ces différences donnent à l’ensemble une saveur particulière, qui disons le de suite nous a vraiment séduit. Cette prédominance de l’excellente musique et des nombreux bruitages donne une apparence encore plus réaliste à l’aventure des personnages, alors que le reste fait partie des « stéréotypes » de cette époque. Ainsi, les éléments sonores s’intègrent plus ou moins bien, mais pour le plus grand bien de cette édition, et basé sur la première édition en stéréo, cela semble avoir été le choix de la production originale. Les canaux montrent une belle séparation sur les folleys et duvers bruitage, mais on ressent les limitations de la source pour le reste, offrant une image très centrée et qui tente rarement hormis par effets de montrer une spatialisation digne des productions actuelles.

Les dialogues, enregistrés en prise direct sont d’un niveau très inégal durant le programme, parfois bien en avant, parfois en arrière et un son globalement teinté dans le haut du spectre ce qui limite la naturalité. Néanmoins, considérant la prise de son de l’époque le résutlat est d’un niveau largement suffisant, surtout considérant que ces dialogues sont très limités et ne constituent certainement pas l’essentiel de ce film.
Bien qu’il s’agisse d’un format multipistes, les enceintes arrières sont très calmes, et supporte paisiblement la musique et quelques effets, mais cela reste très marginal, l’ensemble du signal est plutôt dirigé vers l’avant. Les basses sont d’un niveau correct sans toutefois descendre dans les abysses habituellement entendues dans les productions les plus récentes. L’enceinte d’infrabasse reste au repos la majorité du temps, et ne se manifeste pas de façon spectaculaire durant le programme.

La bande sonore de cette édition sans être spectaculaire, réussit malgré ces faiblesses à remplir ses fonctions. L’emphase en qualité et en volume sur la musique donne une apparence presque documentaire, et les dialogues peu nombreux ne souffrent pas réellement de la qualité moindre du son.
Chose incompréhensible pour nous, cette édition qui n’offre pas de bande sonore française, ne fait même pas l’effort de fournir des sous-titrages dans cette langue, alors qu’elle offre en plus de l’espagnol, du portugais, du chinois, du Koréen et du Thaïlandais… Il est difficile de trouver une justification à ne pas avoir de sous titres français, et nous considérons cela comme une réelle négligence face au marché américain francophone.



Suppléments/menus
Cette édition anniversaire de Easy Rider est offerte comme un « mini coffret ». En plus du disque qui contient le programme principal et ses suppléments, un CD Audio est offert reprenant huit titres musicaux du film (pas tous malheureusement, et des manquements comme Jimi Hendrix enlèvent beaucoup à la pertinence de ce disque. Les amateurs se rabattront plutôt vers la Bande Originale du film qui est elle complète). Ces titres sont malgré leur nombre limité assez représentatifs du film (surtout grâce a Steppenwolf).

Pour finir un très beau livre de format DVD est offert, édité par le British Film Institute, et qui trace en 70 pages l’histoire complète du film. Ce livre offre une vision réellement intéressante, car il replace ce film dans trois environnements : L’historique, ou comment le film s’inscrivait dans son temps, la réalisation et les hommes qui l’ont fait, pour finir sur l’héritage. On découvre donc une véritable histoire qui s’étend dans le temps, et surtout on se rend compte de l’importance que ce film a eu sur l’évolution et la création d’un genre.

Le disque contenant le programme principal n’offre qu’un seul segment supplémentaire en plus d’une piste de commentaire du réalisateur. Cette dernière est assez intéressante, même si légèrement redondante si l’on a lu le livre. Les anecdotes (nombreuses) et les remises en cause des mythes associés à ce film en font une écoute toutefois très agréable et instructive. Point que nous avons réellement apprécié est que dans l’ensemble des informations supplémentaires, tout le monde semble s’entendre sur l’irascibilité presque psychotique de Hopper, et ce dernier de l’assumer avec un aplomb réellement hors du commun.
Le seul segment proposé est réellement fabuleux. En un peu plus d’une heure (65 minutes), c’est un reportage complètement original, présentant des interviews, des images d’époques et une mise en situation qui nous est offert. Les interviews de Hopper et Fonda, comme fil conducteur, sont soutenus par les interventions des artisans, et les images d’archive associés. Ce segment intitulé « Easy Rider : Shaking the Cage » est réellement intéressant, et ne souffre pas de l’auto complaisance des promotions du genre « Bravo » ou Entertainment tonight. C’est un documentaire sérieux et bien construit qui ravira les vrais amateurs en détails plutôt croustillants (comme la scène ou Jack Nicholson essaie le joint), et offrira aux autres une meilleur compréhension de l’importance de ce film dans l’histoire du cinéma contemporain.

Cette édition anniversaire spéciale est une réelle réussite, privilégiant la qualité sur la quantité. À noter aussi que le petit livre est réellement une bonne idée, le volume d’information est bien plus grand que dans un supplément audiovideo. Malheureusement, là encore, le plaisir de cet ouvrage sera réservé aux anglophiles, car il ne présente pas de traduction en francais.




Conclusion
Cette nouvelle édition de Easy Rider brille vraiment par la qualité de l’ensemble, et par les efforts mis dans la restauration de ce film qui définit pour les années à venir le genre du « Road Movie ». Si on peut s’interroger sur la qualité intrinsèque du film et de ses faiblesses (surtout les stéréotypes de l’époque), son importance dans l’évolution du genre en fait un film important, à voir et certainement à revoir.
Cette édition très complète est une vraie réussite, mais nous regrettons vraiment le traitement Columbia Tristar à l’égard des francophones, les unilingues se voient privé d’une œuvre importante.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
4,2/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Thomas Geffroyd

Date de publication: 2004-10-25

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Sony KV34XBR910; Préampli Audio Refinement par YBA Pre-2; Ampli Audio refinement par YBA Multi-5; Enceintes JmLabs; Sub REL Strata III; Lecteur DVD Denon DVD-1600; cables et interconnects Cardas/Audioquest.

Le film

Titre original:
Easy Rider

Année de sortie:
1969

Pays:

Genre:

Durée:
95 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Espagnol
Portugais
Coréen
Thailandais
Chinois

Suppéments:
Livre du BFI (Easy Rider: Shaking the Cage), reportage et disque audio (CD)

Date de parution:
2004-09-28

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