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DVDEF

Control Room

Critique
Synopsis/présentation
Comme pour la majorité des nord-américains, il est fort probable que le nom de Al-Jazeera ne vous était pas familier du tout avant les attaques du 11 septembre 2001. Bien que la station, que l’on pourrait comparer à une version arabe de CNN, était déjà à l’époque le média le plus important et du monde arabe, son existence était toujours obscure sur notre continent jusqu’à tout récemment. C’est seulement quand l’influence d’Al-Jazeera a commencé à se faire ressentir jusqu’ici que nos propres médias ont tenté de dresser un portrait de la chaîne en analysant, avec une objectivité parfois douteuse (en ce qui concerne les médias américains), son contenu qui était perçu comme partisan. Une impression renforcée par le fait que Al-Jazeera a jadis attiré notre attention pour la première fois en diffusant les messages vidéos de Oussama Ben Laden après les fameux attentats de septembre 2001. Depuis, la Maison Blanche (de concert avec CNN et la Fox) s’est fait un devoir de miner la crédibilité de la chaîne arabe, d’autant plus encore depuis le début de la guerre en Irak. Aujourd’hui, le documentaire Control Room tente de nous dresser un portrait plus juste et objectif d’Al Jazeera.

Control Room n’est pas tant un documentaire sur la chaîne Al Jazeera elle-même qu’une observation fascinante sur le pouvoir des médias. Ainsi, la réalisatrice Jehane Noujaim (Startup.com) ne perd pas de temps inutilement à documenter les rouages de la chaîne, ni même n’élaborer-t-elle sur l’histoire de sa mise sur pied. Le contexte dans lequel a été tourné ce documentaire, à savoir l’attaque des États-Unis contre l’Irak, fournit tout le contenu nécessaire à la réalisatrice pour élaborer une analyse approfondie de la perception par le monde arabe des activités américaines. L’invasion de l’Irak par Bush était le prétexte (en plus du contexte) idéal pour tourner ce film.

Control Room ne tente jamais de glorifier, ni-même de justifier les actions d’Al Jazeera. De toute évidence, l’auteure manifeste un grand souci d’objectivité en plus d’une confiance manifeste en l’intelligence du spectateur. Noujaim se fait un devoir de montrer les deux côtés de la médaille, comme le prouve cette idée d’interviewer des intervenants de diverses allégeances. La liste est d’ailleurs impressionnante : du capitaine Josh Rushing, officier assigné aux relations publiques au Moyen-Orient, au correspondant de CNN Tom Mintier en passant par certains des plus hauts dirigeants de Al Jazeera, la liste est longue et diversifiée. Impossible donc d’accuser la réalisatrice d’un quelconque parti-pris. La cinéaste ne perd jamais de vue sa ligne directrice en s’embourbant dans le commentaire politique gratuit. Elle focalise toute son attention sur son sujet, qu’elle dissèque avec une grande intelligence et en évitant les lourdeurs dramatiques. Et au bout du compte, Control Room se veut un document qui nous éclaire non seulement sur les activités tout à fait légitimes de Al Jazeera, mais aussi sur les activités tendancieuses des médias américains. En ce sens, Control Room nous apparaît être un complément absolument essentiel au très intéressant Outfoxed de Robert Greenwald.



Image
Control Room est présenté au format respecté de 1.78:1 et ce, d’après un transfert 16:9.

D’amblé, mentionnons que Control Room a profité d’un soucis du cadrage et de la mise-en-scène qui faisait défaut à des films comme Super Size Me ou même Bowling for Columbine. Les origines de la réalisatrice en tant que photographe professionnel transparaissent dans la composition des cadrages et de la lumière. Ainsi, malgré l’utilisation d’un format DV à 3CCD pour le tournage, la qualité d’image est ici supérieure à la moyenne des documentaires. Bien entendu, la définition n’est pas digne d’un long métrage mais ce transfert tire néanmoins le maximum du matériel source employé. L’image est généralement assez nette, seuls quelques obscurs détails d’arrières-plans manquent de précision des causes d’un subtil bruit vidéo (video noise). L’utilisation d’images d’archives est un peu plus problématique mais dans l’ensemble le résultat est bien supérieur à la moyenne. Il faut dire que la grande majorité des images, dont l’âge ne dépasse pas quatre ans, provient de source numérique fournie par Al Jazeera même.

Le rendu des couleurs est très honorable pour un tel documentaire. Le cercle chromatique apparaît fidèlement restitué et ne souffre d’aucun débordement. Les couleurs ont une apparence naturelle, y compris les tons de peau. Seule la saturation laisse quelque peu à désirer et aurait eu intérêt à être accentuée en post-production. Le niveau des noirs, bien que constant, apparaît légèrement trop élevé, ce qui résulte en des contrastes un peu mous. Les noirs sont d’une profondeur honnête mais sans plus. L’apparition de fourmillement y est assez minime, sinon récurrente. Les parties denses présentent des dégradés un peu grossiers mais il s’agit là d’un défaut imputable aux limites du médium employé pour le tournage.

Vous remarquerez peut-être une très légère sur-accentuation des contours dans le transfert mais le tout demeure bien minime et jamais distrayant. La partie numérique du transfert est pratiquement irréprochable, tant au niveau de la compression que de la numérisation.


Son
Seule une bande-son Dolby 2.0 Stéréo nous est offerte. Des sous-titres sont offerts en français, anglais, arabe et espagnol.

Que voilà un mixage minimaliste et tout au plus fonctionnel. Manifestement, la prise de son n’a pas profité du même souci que la mise en image. À plusieurs reprises pendant les entrevues devons-nous endurer un son étouffé ou une certaine distortion, rendant l’intelligibilité difficile (heureusement y a-t-il des sous-titres…). L’utilisation de micros-cravates pendant les entrevues aurait été souhaitable. En dehors de ce défaut, notons que la spatialité est pratiquement inexistante que la stéréophonie n’est jamais exploitée. En fait, ce mixage se rapproche d'une pure et simple monophonie. Il n’y a aucune profondeur on plus et la dynamique est réduite.
Le bruit sonore est le seul défaut dont ce mixage est exempt. Il s’agit ici d’un documentaire, la qualité de la bande-son est somme toute secondaire mais il n’empêche qu’un peu plus d’attention aurait été souhaitable.


Suppléments/menus
Si les suppléments ne sont pas très variés, il faut admettre que leur quantité compense largement pour cette lacune.

Vous retrouverez tout d’abord un total de trois pistes de commentaires audio, toutes trois très intéressantes. La première est animée par la réalisatrice Jehane Noujaim et le producteur/directeur photo Hani Salama. Ils font un retour détaillé sur leur expérience de tournage, sur l’impact que le film a eu sur leur vie et auprès du public et y vont de leurs impressions sur les troubles politiques actuels. Les deux animateurs offrent des opinions articulées et très pertinentes.

La deuxième piste est animée par le Capitaine Josh Rushing, l’un des principaux intervenant du film. Ses commentaires reflètent évidemment son appartenance aux Forces Armées des États-Unis, mais force est d’admettre que Rushing est un interlocuteur lucide et réfléchi. Il partage ses expériences au sein de l’armée et y va de ses opinions sur les différents qui opposent souvent le monde arabe aux États-Uniens. Sa piste de commentaires offre une perspective différente sur le sujet du film.

La troisième piste, animée par Hassan Ibrahim et Samir Khader, producteurs pour Al Jazeera, est également très intéressante puisqu’elle offre elle-aussi un point de vue différent. Les deux hommes sont fort intéressants à écouter. Ils commentent de façon fort réfléchie la controverse entourant le contenu de leur chaîne ainsi que les politiques douteuses du gouvernement Bush. Si le contenu de ces trois pistes devient parfois redondant, il n’en demeure pas moins que chacune d’entre elles proposent des commentaires fascinants qui méritent d’être entendus.

En plus de ces trois excellentes pistes, vous retrouverez une quantité franchement impressionnante de scènes coupées. Au nombre de cinquante et totalisant près d’une heure et demi de métrage, ces scènes ont manifestement été coupées pour des raisons de temps mais aussi pour doser le contenu. Ainsi, leur retrait est pleinement justifiable. Mais cela ne veut pas pour autant dire que leur intérêt est nul, bien au contraire ! Vous y retrouverez d’excellentes entrevues et des compléments d’information tout aussi captivants que ce qui est offert dans le film. Chacune de ces scènes en vaut l’écoute.

Finalement, la bande-annonce originale est également offerte.



Conclusion
Control Room est un film important qui offre une vision lucide et objective sur les activités d’une chaîne qui a manifestement souffert de pré-jugés. Au même titre que les Fahrenheit 9/11 de ce monde, Control Room est un documentaire fascinant à ne pas manquer.

Techniquement, cette édition propose une qualité d’image supérieure à la moyenne des documentaires de ce genre. Dommage toutefois que le même soin n’ait pas été apporté dans la prise de son puisque le mixage sonore en souffre énormément. Quant aux suppléments, leur quantité et leur intérêt devraient à coup sûr contenter les plus exigeants.


Qualité vidéo:
3,6/5

Qualité audio:
2,0/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,2/5

Note finale:
3,1/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2004-11-25

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Control Room

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
86 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
3 pistes de commentaires audio, 50 scèenes coupées, et bande-annonce

Date de parution:
2004-11-02

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