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DVDEF

Carnivàle (The Complete First Season)

Critique
Synopsis/présentation
Tournée en 2003 et diffusée sur la chaîne payante HBO durant l'hiver, Carnivàle (titre traduit en français par Circo au Québec et par Le Cirque de l'Étrange en France) est une série luxueuse comme seule HBO sait en faire, d'une qualité comparable à Six Feet Under ou The Sopranos. Cette nouvelle série a souvent été résumée comme étant un croisement entre Freaks de Tod Browning et Twin Peaks, la série culte de David Lynch et Mark Frost. On comprend immédiatement le pourquoi de cette comparaison en voyant les premières minutes de la série, même si on se rend compte bien vite que l'univers de Carnivàle est aussi bien plus que cela.

Après un générique absolument superbe mettant en scène des Arcanes (cartes du tarot divinatoire) plus ou moins fantaisistes et des images d'archives, la série commence par un monologue étrange de Michael J. Anderson (qui jouait le nain de la chambre rouge dans Twin Peaks) qui nous parle d'une guerre primale entre le Ciel et l'Enfer, qui se continue à chaque génération avec l'arrivée d'un Être de Lumière et d'un Être d'Obscurité dont la destinée est d'entraîner une guerre entre le Bien et le Mal. Il nous explique que cela a duré jusqu'à l'explosion de la première bombe atomique, qui marqua le moment-clé où l'homme troqua l'émerveillement pour la raison, marquant la fin des âges magiques. Juste après cette introduction déroutante, nous voyons un cauchemar (fait de flashes sur des scènes généralement violentes) fait par le jeune Ben Hawkis (Nick Stahl), en Oklahoma, en 1934. Lorsqu'il se réveille, il va au chevet de sa mère, qui meurt de pneumonie quelques instants plus tard. Il décide de l'enterrer dans la terre proche de leur maison, au moment où un bulldozer envoyé par la banque qui les a expropriés vient pour détruire cette dernière. C'est sur ces entrefaites qu'arrive la caravane du Carnivàle, un cirque ambulant qui semble être dirigé par un nain autortaire nommé Samson (Michael J. Anderson, dont on commence alors tout juste à découvrir le rôle dans la série). Les Carnies (les monstres de foire et autres employés du Carnivàle) aident Ben à donner un enterrement décent à sa mère. Après la cérémonie, au moment où ils décident de partir et où le bulldozer abat la maison, Ben perd connaissance et Samson remarque une voiture de police qui s'approche. Il décide alors d'emmener Ben dans la caravane, au moins jusqu'à leur prochain arrêt.

Pendant ce temps, en Californie, dans une ville nommée Mintern, le Frère Justin Crowe (Clancy Brown, qu'on a pu notamment voir dans The Shawshank Redemption, où il tenait le rôle du brutal capitaine Byron Hadley), fait son sermon dominical. Sa soeur Iris (Amy Madigan) remarque une vieille vagabonde qui profite de la quête pour voler quelques pièces dans le panier. Elle l'empêche de quitter l'église et l'invite au presbytère (une maison assez inquiétante), où Justin et la vagabonde partagent une vision spectaculaire montrant le péché de celle-ci. Ils se mettent à prier pour expier ce péché.

C'est ainsi, tout au long de cette série, que l'on passe de l'un à l'autre, de Ben à Justin, du Carnivàle à Mintern, et que l'on en apprend à chaque fois un peu plus sur les pouvoirs de Ben (qui a un don de guérisseur) et de Justin (qui peut connaître les fautes des gens en les touchant). On apprend aussi peu à peu comment est organisé le Carnivàle, et notamment que le vrai patron de la caravane est un être qu'on appelle simplement Management, qui ne parle qu'à Samson, qu'on ne voit jamais, et qui aurait dit à Samson que Ben Hawkins était attendu. On découvre des personnages hauts en couleur, que ce soit parmi les carnies, les freaks ou les habitants de Mintern.

Au fur et à mesure que l'intrigue avance, lors des arrêts du Carnivàle dans différentes villes et lors des différents épisodes de la lutte de Brother Justin pour avoir une paroisse pour les pauvres immigrants récemments arrivés en ville, on en apprend un peu plus sur leurs pouvoirs étranges et leurs contreparties. On comprend assez vite que l'un est l'être de lumière et l'autre l'être d'obscurité. La question, dont chacun selon sa sensibilité trouvera sa réponse après un nombre variable d'épisodes, est qui de Ben et de Justin est le héros du Bien et qui est le héros du Mal. Les deux, ainsi que ce qui semble être leurs prédecesseurs, apparaissent parfois dans les cauchemars qu'il font tous les deux, et où les scènes souvent violentes et toujours déroutantes qui se succèdent semblent autant faites de souvenirs de leurs affrontements passés que des avenirs possibles. Un personnage-clé de ces cauchemars, Scudder, s'avère bien réel, et d'une importance cruciale au moins pour Ben Hawkins. Les deux héros eux-mêmes commencent à découvrir l'étendue de leurs pouvoirs, et leurs rôles respectifs, au cours de cette première saison.

Si les personnages de Ben et Justin sont les deux pôles de la série (sans qu'on sache immédiatement lequel est lequel), les personnages qui les entourent soint loin d'être secondaires. Iris, la soeur de Justin, semble en savoir bien plus que ce qu'il y paraît. Lodz (Patrick Bauchau, qui tenait le rôle de Sydney dans The Pretender), le mentaliste aveugle, découvre lui aussi bien vite des choses sur Ben grâce à ses pouvoirs télépathiques. Sofie (Clea DuVall), la diseuse de bonne aventure (c'est en faire sa mère, Apollonia, qui a un pouvoir qui va bien au-delà des cartes, mais elle est catatonique et dicte ses réponses à Sofie par télépathie), en découvrant le pouvoir de sa sensualité, va vite devenir un personnage-clé. Nous terminerons en mentionnant Ruthie (Adrienne Barbeau), la charmeuse de serpents, qui va se lier d'amitié (et un peu plus) avec Ben, et le Révérend Norman Balthus (Ralph Waite), qui a recueilli Justin et Iris alors qu'ils étaient enfants, et qui est très troublé par ce qui arrive à son protégé.

Le monde de Carnivàle s'avère très original. L'époque où la série commence est celle du Dust Bowl (bol de puissière), une période d'une dizaine d'années où des vents de poussière détruisirent les récoltes à travers les grandes plaines des États-Unis, aggravant encore la dépressionn économique majeure qui suivit le crash boursier de 1929. La poussière est d'ailleurs omniprésente dans la série, elle en devient même un acteur principal dans l'épisode Black Blizzard, où une tempête de poussière s'abat sur la ville où s'est arrêté le Carnivàle.

L'ambiance de fantastique et de magie dégagée par la série est due, bien évidemment, aux phénomènes paranormaux liés aux pouvoirs des deux héros. Par ailleurs, Carnivàle fait appel à de nombreuses références symboliques et religieuses. Les symboles rencontrés viennent de sources très variées. Le soleil et la lune, que l'on retrouve dans le logo du Carnivàle, sont aussi présents dans les tarots divinatoires (tarots que l'on retrouve aussi bien au générique qu'entre les mains de la diseuse de bonne aventure) et dans de nombreuses autres disciplines ésotériques. La croix pointée que l'on voit sur la bague dans le cauchemar de Ben est un symbole Templier (ceux-ci interviendront plus tard dans la saison, et, on le soupçonne, dans les suivantes) qui se relie à une autre partie des cauchemars, qui semble se dérouler au moyen-âge. Les références religieuses sont évidemment inombrables. Brother Justin étant prêtre, cela peut sembler évident. La bataille entre le bien et le mal décrite dès le début fait évidemment penser à l'Armageddon biblique. On trouve aussi des références initiatiques, qui deviennent de plus en plus évidentes au fur et à mesure que l'on progresse dans la saison. Cette saison peut en effet être lue comme étant la préparation et l'initiation des deux héros, qui à la fin savent enfin qui ils sont et commencent à avoir une idée de leur destinée. On peut penser que la seconde saison verra les deux héros apprendre à maîtriser et développer leurs pouvoirs, et qu'une troisième les verra enfin s'affronter dans ce qui promet déjà être une bataille épique. Quelle que soit la structure imaginée par Daniel Knauf pour la suite de sa série, on attend la suite avec impatience.

Si les premiers épisodes peuvent laisser perplexes les spectateurs habitués à des produits télévisuels plus traditionnels, la série devient très vite accrocheuse, des intrigues multiples venant s'ajouter aux mystères soulevés par les vies de Ben et de Justin. Portée par une réalisation de tout premier ordre (un travail de l'image particulièrement impressionant et des découpages impeccables caractérisent chacun des épisodes) la tension monte au fur et à mesure que l'on avance dans la saison, et que l'on commence à saisir ce qui se passe. Le dernier épisode se termine sur une scène particulièrement haletante au découpage particulièrement réussi, et un cliffhanger qui va rendre les amateurs malades d'impatience en attendant la seconde saison de cette série, dont la diffusion ne va commencer qu'en janvier sur HBO (et on ne sait quand sur les chaînes cinéma canadiennes).

Cette série remarquable a d'ores et déjà été récompensée à de neombreuses reprises, que ce soit aux Emmy Awards (notamment pour le superbe générique) et dans de nombreuses cérémonies de récompenses de guildes professionnelles (entre autres pour les costumes et les effets spéciaux).


Image
L'image est proposée au format respecté de 1.78:1, d'après un transfert 16:9. Comme beaucoup de séries récentes, Carnivàle a été tournée en 35mm et post-produite en vidéo numérique haute définition.

La définition est excellente, l'image étant parfaitement détaillée et les textures plus ou moins sales qui peuplent les magnifiques cadrages de cette série sont parfaitement rendues. Les couleurs, qui laissent une belle place aux tons sépia, sont riches et impeccablement rendues, sans aucun débordement. Le magnifique travail d'étalonnage qui caractérise cette série haut de gamme est parfaitement respecté par cette édition. La brillance (niveau des noirs) et le contraste (écart entre les noirs et les blancs) sont impeccablement réglés, ce qui est crucial car de nombreuses scènes se déroulent la nuit ou dans des environnements sombres, alors que d'autres se déroulent sous un soleil de plomb. Dans tous les cas, aucun écrêtement du signal, que ce soit dans les blancs ou les noirs, n'est à déplorer. Ces réglages impeccables sont de plus parfaitement constants.

Le travail effectué lors du compositing (composition d'images par superposition de niveaux), notamment en ce qui concerne les décors numériques et les effets de poussière ajoutés en post-production, est de tout premier ordre. Virtuellement chaque plan a été retravaillé numériquement d'une manière ou d'une autre, et cela s'avère parfaitement invisible.

En ce qui concerne la partie purement numérique du transfert proprement dit, il n'y à là encore aucun reproche notable à faire. Les douze épisodes sont regroupés deux par deux sur des DVD-9 (double couche), ce qui a permis d'utiliser des taux d'encodage (bitrate) très élevés, souvent au-delà des 8 Mb/s. Le résutat est que malgré la difficulté posée par ces images où les nuages de poussière sont omniprésents, les artefacts de compression sont presque absents. Les bandes de Mach (discontinuités dans les dégradés) que l'on aurait pu craindre dans les brouillards et nuages de poussière sont rares. Du grand art, servi par des décisions techniques avisées.


Son
Les bandes-son proposées sur ette édition sont la version originale anglaise au formats Dolby Digital 5.1 et 2.0 Surround, et les version française et espagnole au formar Dolby 2.0 Surround. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont proposés. C'est la version originale 5.1 qui est le sujet de cette critique.

Cette bande-son offre une présence et une dynamique assez remarquables pour une série télévisée. La spatialité s'avère très bonne, et le champ sonore très immersif, et ce dès le générique, grâce à une utilisation soutenue et judicieuse des canaux d'ambiophonie. La séparation des canaux est elle aussi très satisfaisante.

L'intégration des éléments composant cette bande-son est très bien faite, le mixage faisant preuve de plus de subtilité que de souci d'impressionner par des effets faciles. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles, si l'on fait abstraction du langage fleuri et étrange employé par les Carnies, et en particulier Samson. Les effets sonores sont impressionnants mais crédibles et participent, avec les effets d'ambiance, à l'immersion du spectateur dans cette époque particulière et cette histoire très étrange. La trame sonore fait preuve de profondeur et de fidélité, comme on est en droit de s'y attendre.

Les fréquences basses du spectre sont bien entedu de la partie, sans exagération aucune. Le canal d'infra-basses (LFE ou .1) est mis à contribution lorsque nécessaire pour appuyer les effets sonores les plus explosifs.

Il est évident que les bandes-son Dolby Surround sont en retrait par rapport à cette bande-son multicanaux, notamment en ce qui concerne la séparation des canaux et la dynamique, mais elles s'avèrent tout de même assez satisfaisantes.


Suppléments/menus
Si les menus animés s'avèrent de toue beauté et la navigation impeccable, cette édition ne contient malheureusement pas beaucoup de suppléments. On notera cependant que chaque disque coporte un résumé de tous les épisodes de la saison, avec pour les épisodes présents sur le disque des raccourcis pour les voir.

Les épisodes 1 (Milfay), 2 (After The Ball Is Over) et 10 (Hot And Bothered) sont comportent des commentaires audio, et le dernier disque comprend un segment documentaire. Il est fortement conseillé de regarder la saison au complet avant d'écouter les commentaires, qui dévoilent des détails sur l'ensemble de la série.
Les trois commentaires audio proposés dans ce coffret sont dits par Daniel Knauf (le créateur de la série), Howard Klein (producteur exécutif), et les réalisateurs respectifs de ces épisodes, Rodrigo Garcia (pour le pilote) et Jeremy Podeswa (pour les épisodes 2 et 10).
Le commentaire du pilote commence évidemment par une explication sur le monologue du début et sur le cauchemar qui suit immédiatement. Ensuite les sujets abordés vont de la distribution (et notamment le choix de Nick Stahl pour le rôle de Ben) aux choix de réalisation (notamment les focales employées) en passant par les variations qu'a subi ce pilote aux différents stades de la production. Ce commentaire s'avère vivant et intéressant, l'interaction entre les intervenants stimulant souvent l'intérêt du spectateur.
Si le commentaire dusecond épisode s'avère moins vivant, il présente tout de même un certain intérêt, en nous parlant entre autres, et avec un humour certain, des personnages dont on a l'occasion de faire connaissance au cours de cet épisode.
Le dernier commentaire porte sur un des derniers épisodes de la saison, où les rôles de Ben et Justin se dessinent plus clairement qu'au début. Cela explique sans doute que les intervenants, ayant sans doute moins à expliquer sur l'histoire, sont moins loquaces que dans les deux premiers. L'humour étant toujours présent, ce dernier commentaire s'avère tout de même aussi agréable que les deux autres.

Le documentaire présent sur le dernier disque, The Making Of Carnivàle (12:48), s'il est court, s'avère passionnant bien qu'il s'agisse manifestement d'un produit avant tout promotionnel. Il aborde en effet de nombreux aspects de la série et de sa création, du contexte historique aux effts spéciaux en passant par les costumes. On ne peut qu'espérer que les éditions des prochaines saisons seront accompagnées de documentaires un peu plus longs qui viendront compléter ce segment que l'on pourrait considérer comme un apéritif, qui ouvre l'appétit sans réellement satisfaire toute notre curiosité.



Conclusion
Cette série surprenante, qui passionnera les amateurs de fantastique et d'ésotérisme, est livrée dans un emballage de grande classe (on commence à avoir l'habitude avec HBO, notamment après les éditions de Band of Brothers et Six Feet Under). Les qualités de cette édition ne s'arrêtent pas, et heureusement, à cet emballage, et les six disques DVD de cette première saison contiennent un matériel dont la grande qualité technique soutient les qualités aristiques de la série. On regrettera juste qu'il n'y ait pas plus de suppléments (en particulier des documentaires), mais on peut supposer que HBO se réserve pour les éditions des prochaines saisons. Ce coffret est donc un achat chaudement recommandable pour tous les amateurs de fictions télévisuelles de qualité, et risque, comme pour d'autres séries HBO, de connaître un certain succès pour les fêtes de fin d'année.


Qualité vidéo:
4,6/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
3,5/5

Rapport qualité/prix:
4,3/5

Note finale:
4,4/5
Auteur: François Schneider

Date de publication: 2004-12-27

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur 36'' NTSC 4:3 Panasonic CT-36D11E, Lecteurs DVD Panasonic S25 et LG DV7832NXC, Récepteur Denon AVR-1602, Enceintes Wharfedale Cinestar 30 (5 Vivendi Modus Cube + 1 PC-8), câbles Acoustic Research / PC avec GeForce et WinDVD, moniteur 21'' Compaq P110

Le film

Titre original:
Carnivale

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
720 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
HBO

Produit:
DVD

Nombre de disque:
6 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby 2.0 Surround
Espagnole Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaires audio, Segment documentaire

Date de parution:
2004-12-07

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