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DVDEF

Hell in the Pacific

Critique
Synopsis/présentation
John Boorman est un créateur d'univers cinématographiques comme il n'a malheureusement plus l'air d'en exister, un homme aux convictions fortes et qui se servait de la capacité du médium cinéma à toucher les masses par son aspect divertissant, qu'il maîtrisait à la perfection pour faire passer des nombreux messages et points de reflexion.

Quasiment toutes ses oeuvres traitent du rapport de l'homme moderne à la nature, à leur manque cruel et handicapant de proximité, mais aussi de l'incroyable fureur destructrice qui agite l'humanité envers elle-même mais aussi envers la planête qui l'abrite, et qu'il s'emploie consciencieusement à détruire par tous les moyens possibles. Hell in the Pacific est à nouveau une histoire marquante mais d'une simplicité désarmante au premier abord, qui se révèle finalement thématiquement beaucoup plus complexe et fine que prévue.

Un soldat américain (Lee Marvin) et un soldat japonais (Toshiro Mifune) se retrouvent coincés sur une île déserte au beau milieu du Pacifique. Leur objectif premier est bien entendu de s'éliminer l'un l'autre, mais au fur et à mesure qu'il s'habituent à vivre sur cette île, il parait de moins en moins évident que cet objectif doive être leur principal et une fausse paix s'instaure entre les deux hommes qui redeveniennent de simples êtres humains devant s'entraider face à l'âpreté de la nature sauvage afin de survivre. Sur un canevas extrêmement serré, et grâce au script intelligent de Alexander Jacobs et Eric Bercovici, Boorman parvient à mener à son terme un film de 103 minutes sans qu'à aucun moment l'ennui ne se soit déclenché chez le spectateur. Il s'agit là d'une des forces évidentes de Boorman qui est un "entertainer" à classer parmis les tous meilleurs, et sa science du rythme et son goût pour les situations profondément absurdes facilitent d'autant plus cette capacité à divertir même avec des sujets en apparence "casse-gueules" comme celui-ci. Marvin et Mifune sont deux immenses acteurs, personnalisant chacun les qualités et forces de leur pays respectifs et c'est grâce à leur présence inoubliable ainsi qu'au talent indéniable de directeur d'acteurs de Boorman que le film marque autant les esprits.

Il parait donc impossible d'imaginer deux autres acteurs dans leurs rôles tant ceux-ci se sont glissés dedans avec un naturel confondant, sachant parfaitement jouer avec leurs spécificités propres pour livrer des interprétations au juste équilibre entre naturalisme et interprétation pure. Boorman a su s'appuyer sur les caractères explosifs de ses deux acteurs et adapter sa mise en scène en fonction d'eux mais aussi d'un tournage complexe et épuisant comme il les affectionne. Lorsqu'il filme la nature, Boorman souhaite le faire de la façon la plus juste possible ce que ne permet pas un tournage en studio. Alors Boorman trouve une véritable île dans le Pacifique et effectue son tournage en pleine nature sauvage de façon à être au plus près de son sujet. Le plus impressionnant est que, malgré les difficultés énormes générées par un tel tournage, sa mise en scène reste d'une ampleur et d'une précision absolument sidérantes. Le combat quasi surréaliste de deux soldats ennemis, qui ont été tellement galvanisés par leurs état-majors respectifs qu'ils sont incapables de réagir en personnes censés et d'eux-mêmes déclarer une trêve bien logique puisqu'ils se trouvent en territoire neutre et qui plus est hostile à leur égard. Il leur faudra une sorte de rappel à l'ordre de la nature, qui finit heureusement toujours par reprendre ses droits, afin qu'ils commencent à utiliser leur intelligence et s'apercevoir qu'il n'avaient peut-être pas pris leur problème du bon côté. Boorman démontre ainsi brillamment et par l'absurde le pouvoir et la magnificence de la nature sur les êtres humains et même si ce message a été souvent taxé de naïf et manichéen par de nombreux critiques aigris, il n'en reste d'une actualité et d'une justesse incontestables. De plus, l'humour ravageur de Boorman est une autre de ses nombreuses qualités qui lui permet d'illustrer de façon brillante la stupidité des deux soldats, qui finiront eux-mêmes par s'en rendre compte, et ce sans diminuer la force de sa charge contre les guerres et la ferveur guerrière des combattants. Le côté utopiste de cette oeuvre qui n'est ni plus ni moins qu'une fable finalement optimiste sur les rapports entre humains et entre les humains et la nature est absolument primordial. Boorman n'a jamais eu peur de fustiger l'insouciance de l'humanité vis à vis de sa terre nourricière, sans pour autant ne jamais oublier l'aspect psychologique de personnages qui pour être souvent des archétypes ayant une fonction précise n'en restent pas moins des hommes à part entière avec ce que cela comporte de complexité et de surprises.

Une oeuvre donc essentielle qui a relevé plus ou moins le même défi que Ingmar Bergman dans Shame (cf critique), à savoir parler d'un conflit guerrier, de ses horreurs et atrocités, de sa sauvagerie mais aussi de son incommensurable stupidité et le plus souvent absurdité, à travers la simple histoire de deux personnes sur une île. Bien sur les moyens sont radicalement différents et un point drastique est changé (dans le film de Bergman les héros sont des civils, dans celui de Boorman des soldats ennemis) mais le constat est au final le même. Nous vous conseillons donc vivement ce film malheureusement méconnu qui présente pourtant de façon distrayante une situation archétypale mais ô combien représentative de celles de nombreux conflits armés, durant lesquels les soldats ne savent plus pourquoi ils se battent et ne sont finalement que de simples machines à tuer ayant oublié ce qui fait la spécificité de l'être humain : sa capacité à réfléchir et analyser chaque situation et à agir en conséquence.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1, d'après un transfert malheureusement 4:3.

La définition générale est correcte mais est à coup sur handicapée par l'absence d'un transfert 16:9. L'interpositif est propre dans son ensemble, mais laisse tout de même regulièrement passer des traits et points peu gênants et une quantité non négligeable de grain sur certaines scènes. Les couleurs sont bien rendues, naturelles, constantes et bien saturées, assurant un rendu de qualité de la photographie naturaliste du film. Le contraste est correctement géré mais génère tout de même quelques brillances jamais vraiment gênantes. Les scènes sombres du film sont plutôt bien rendues et ce en dépit de noirs manquant légèrement de profondeur et de pureté que ce à quoi l'on aurait pu s'attendre.

La partie numérique du transfert limite au maximum les perturbations mais crée tout de même quelques fourmillements ainsi qu'une légère surdéfinition. Un transfert qui même si il reste tout à fait honorable et regardable en l'état s'avère une déception au vu de la qualité du film et surtout, il est totalement indamissible de la part d'un grand éditeur commme la MGM de proposer des films de la trempe de celui-ci en copie non 16:9 et non renumérisée, d'autant plus lorsqu'ils sont en format large ce qui les handicape encore plus.


Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais et Japonais (Dolby Digital 1.0 mono).

Sa dynamique est tout à fait honorable mais logiquement limitée aux standards de l'époque. La même remarque s'applique à sa présence à sa spatialité. La formidable musique composée par le génial Lalo Schiffrin aurait à elle seule mérité un remixage, mais force est d'avouer qu'en l'état son rendu est correct même si il montre des limitations évidentes (principalement dans le haut du spectre). Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et les traces de distortions et parasites présents dans le haut du spectre ne sont entendus et surtout ne deviennent gênants que largement au delà du volume raisonnable pour le visionnage de ce film. Les basses fréquences sont logiquement anecdotiques mais apportent un soutien non négligeable au rendu musical mais aussi aux effets ponctuels qui voient leurs impacts décuplés.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son qui à l'instar de l'image aurait supporté un remixage complet mais qui s'avère finalement tout à fait écoutable, bien que la MGM aurait pu faire un effort pour un film aussi excellent que celui-ci.


Suppléments/menus
Une section quasiment vide à l'exception d'une fin alternative qui présente un intérêt certain pour tous ceux qui s'intéressent à cette oeuvre et au cinéma de John Boorman en général. Il est néanmoins dommage de voir que cet immense cinéaste voit son oeuvre non point maltraitée mais au moins quasi ignorée par ses distributeurs et il est fort triste que la sortie tardive de Hell in the Pacific sur support DVD ne change rien à la donne.



Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéo que nous qualifierons d'acceptable mais qui aurait amplement supporté un travail de nettoyage complet ainsi qu'un transfert 16:9 afin d'offrir le meilleur de l'oeuvre.

John Boorman est une immense cinéaste qui est loin d'être estimé à sa juste valeur et le nouveau visionnage de Hell in the Pacific ne fait que confirmer cela. Il réussit un mélange unique de film d'action à l'intrigue psychologique simple mais très ténue, qui est dans le même temps une dénonciation de la stupidité des conflits guerriers, de l'inflexible capacité ou du moins volonté de l'être humain à détruire son prochain. Le film est aussi un vibrant plaidoyer en faveur de la nature dans ce qu'elle a de plus beau et de plus sauvage, qui elle seule est à même de faire prendre conscience à l'être humain de son caractère finalement assez dérisoire et ainsi de le faire redevenir plus raisonnable, à défaut de réellement plus sage.


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
3,2/5

Suppléments:
2,8/5

Rapport qualité/prix:
3,3/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-08-19

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Hell in the Pacific

Année de sortie:
1968

Pays:

Genre:

Durée:
103 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Fin alternative tirée du montage original

Date de parution:
2004-05-25

Si vous avez aimé...

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