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DVDEF

Collateral

Critique
Synopsis/présentation
Avant de se lancer dans la réalisation de Collateral, Michael Mann planchait depuis quelques années sur un projet beaucoup plus ambitieux. Il s’agissait du film The Aviator, long-métrage sur la vie de Howard Hugues. À Hollywood, il y a longtemps que film sur la vie de Hugues faisait l’envie des cinéastes et des comédiens les plus talentueux. Et avec raison, puisque Hugues fut sans aucun doute aussi célèbre que mythique et ses exploits tout autant que ses échecs relevaient presque de la fiction. Leonardo DiCaprio, qui voyait en Hugues un rôle de rêve, s’est lui-même fixé le mandat de réunir des producteurs et un réalisateur intéressés au projet. C’est là qu’il fit la rencontre de Michael Mann, qui accepta de produire et réaliser le film. Entre temps, Mann accoucha de Ali, une autre biographie d’envergure s’il en est une.
Ultimement, après avoir livré deux drames tirés de faits historiques (avant Ali il y eut The Insider), le cinéaste s’est senti un peu excédé par la tâche de rendre justice à un réel personnage et a donc choisi de céder la réalisation du projet, encore au stade de pré-production, aux mains de Scorcese. Michael Mann voulait changer d’air et retourner à ses premières amours, à savoir le thriller policier. C’est en effet dans ce créneau que le cinéaste a fait ses premières armes et éventuellement sa renommée. Qu’on pense notamment aux Heat, Manhunter ou encore la série Miami Vice pour laquelle il agissait à titre de producteur exécutif. Ultimement, le public en est sorti gagnant puisque le Aviator de Scorcese est un véritable bijou, et le Collateral de Michael Mann est une véritable réussite en son genre.

Sur papier, Collateral apparaît être un thriller policier assez conventionnel, malgré son concept novateur. Un concept qui repose entièrement sur la prémisse de l’assassin qui prend en otage un chauffeur de taxi et qui le force à le conduire chez ses cinq prochaines victimes. Il faut cependant admettre qu’au-delà de cette prémisse, l’évolution de l’intrigue est somme toute prévisible et convenue. Le film, dont le rythme un peu laborieux est succeptible de lasser les spectateurs impatients, n’est pas non plus dépourvu d’invraissemblances ni de clichés. En fait, le scénario du film apparaît comme sa seule véritable faiblesse. Mann, de toute évidence, s’y est intéressé pour autre chose que l’intrigue. Il s’y est attaqué parce que l’histoire lui offrait l’opportunité de dresser un portrait de sa ville préférée tel que nul cinéaste ne l’avait fait auparavant.

Michael Mann adore Los Angeles. Il y connaît les moindres recoins et rêvait depuis longtemps d’y explorer toutes ses facettes en y consacrant rien de moins qu’un long-métrage. Tant et si bien que depuis plusieurs années, Mann gardait en mémoire certains lieux particuliers en se promettant d’y revenir pour tourner une scène. Le scénario de Collateral lui a donc fourni le prétexte rêvé pour explorer sa ville fétiche sous tous ses angles. Dans Collateral, Los Angeles manifeste une présence que bien peu de films ont su exploité jusqu’ici. Les multiples décors qui façonnent la ville ont été méticuleusement intégrés à chaque scène pour en décupler l’intensité et la profondeur. Évidemment, un grand soin a été apporté à la photographie du film. Les images de la ville sont d’une réelle beauté lyrique et confèrent au film une ambiance poétique et immersive. La cité des anges devient ainsi le théâtre d’un affrontement psychologique entre deux personnages forts et approfondis. Michael Mann se souciait très peu des scènes d’action ou de meurtres puisqu’il n’en retire aucun véritable suspense. En fait, il désamorce volontairement la tension engendrée par certaines scènes de violence coupant carrément la scène avant que toute brutalité ne soit perpétrée. Le cinéaste préfère la tension psychologique générée par la confrontation verbale entre les deux protagonistes. Car si l’ambiance du film repose sur les superbes images de la ville, le climat de suspense est entièrement lié à la relation qui oppose les deux personnages. Au gré de discussions qui vont de l’anodin à l’existentialiste, les deux hommes apprennent à se connaître l’un l’autre mais aussi eux-mêmes par la même occasion. Parce que les véritables enjeux du film sont humains, on pardonne facilement les quelques extravagances qui sévicent en fin de parcours. Surtout que dans leur rôle respectif, Tom Cruise (quoi qu’on en dise, un acteur polyvalent) et Jamie Foxx (prometteur) brillent par leur jeu sincère et nuancé.


Image
Le film n est présenté dans le format respecté de 2.40:1 et bien entendu d’après un transfert 16:9. Michael Mann est un puriste du format respecté et tolère difficilement que ses films soient tronqués (via le pan & scan) pour être présenté au petit écran. Même en vidéocassette, The Insider et The Last of the Mohicans n’étaient disponible qu’au format panoramique. Ainsi donc, pour sa parution DVD, Collateral n’est disponible que dans son format original et aucune édition au format recadré ne sera offerte, comme le précise d’ailleurs le boîtier du film. Chapeau, Michael Mann !

La grande majorité du film a été tournée sur vidéo Haute-Définition pour des raisons évidentes. Comme l’action du film se déroule la nuit et que cinéaste souhaitait montrer la ville avec le plus de détails possible, l’utilisation de pellicule conventionnelle était pratiquement inconcevable. Pour atteindre la même sensibilité qu’une vidéo à haute définition, une pellicule d’une extrême sensibilité (par exemple 800 ASA) aurait été nécessaire, ce qui aurait entraîné du même coup bon nombres de complications et de contraintes. En ce qui concerne l’éclairage, le vidéo est beaucoup moins capricieuse que la pellicule. Les détracteurs du format vidéo condamneront (un peu avec raison) le manque de texture et de fluidité dans l’image qui ne sont toujours pas comparable à ce que la pellicule peut offrir, mais dans les circonstances la facture visuelle du film est franchement impeccable.

Le transfert rend parfaitement justice aux efforts déployés par les artisans du film. La définition de la vidéo HD n’a rien à envier à celle de la pellicule, et l’image ici présentée est parfaitement nette et précise. Les moindres détails sont toujours représentés dans toute leur subtilité. Seul un grain somme toute apparent, provoqué par l’utilisation de gain pour compenser le manque de luminosité, obstrue occasionnellement certains détails. Le rendu des couleurs est un peu plus embêtant à analyser. La colorimétrie employée dans le film est visiblement très stylisée. Les deux directeurs photo qui ont travaillé sur le film, Dion Beebe et Paul Cameron, ont eu recours à bon nombres d’artifices dans les éclairages, tandis qu’une correction chromatique a été effectuée en post-production. Il va sans dire que les éclairages n’ont pas nécessairement une apparence réaliste, mais les couleurs elles-mêmes sont naturelles et bien saturées. Le cercle chromatique est bien restitué et on n’y remarque aucun débordement. Seul petit bémol, quelques noirs trahissent une légère teinte verdâtre de temps à autres. L’image apparaît fort bien contrastée du début à la fin. Les noirs sont ajustés au bon niveau et ne trahissent aucune fluctuation, un exploit considérant les caprices de la vidéo. Les parties sombres sombres sont généralement bien nuancées mais le grain résultant de l’utilisation de gain les rends parfois grossières. Les noirs sont toujours profonds et exempts de fourmillement.

La partie numérique du transfert est irréprochable. Nul défaut de compression ou de numérisation n’est à déplorer.


Son
Cette édition propose un total de quatre bandes-son. Trois sont de langue anglaise (DTS, Dolby Digital 5.1 et Dolby 2.0 Surround) tandis que la quatrième est un doublage français de format Dolby Digital 5.1. Des sous-titrages dans les deux mêmes langues ainsi qu’en espagnol sont également disponibles.

Pour cette critique, nous avons choisi d’évaluer le mixage anglais DTS. Après comparaison, sachez toutefois que la bande-son Dolby Digital 5.1 est pratiquement identique à la DTS. D’une dynamique assez percutante et d’une profondeur remarquable, ce mixage n’offre cependant pas toute la présence voulue. Comme le film repose essentiellement sur l’ambiance et les dialogues, le mixage se montre très (trop) subtil. L’accent est donc clairement mis sur les dialogues, qui émergent évidemment à partir du canal central avant. D’un son franc, net et naturel, les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles. Du reste, le champ-sonore se déploie assez timidement à travers les enceintes. Le positionnement des éléments sonores y est certes compétent, c’est à dire précis et sans bavure, mais un peu plus de présence aurait été souhaitée et ce surtout au niveau des enceintes arrières. Les canaux d'ambiophonies se font beaucoup trop discrets, comme en témoigne particulièrement la scène la plus « explosive » du film, celle du club de nuit. Même pendant cette séquence mouvementé, les enceintes arrières n’intègrent qu’un miminum d’effets localisés (des coups de feu) et des effets d’ambiances trops subtils pour l’occasion. Heureusement, au niveau des enceintes avant la stéréophonie est bien gérée et le son n’y manque pas de profondeur. Les transitions gauches-droites sont bien exécutées.

La trame-sonore, l’une des nombreuse qualité du film, est toujours bien intégrée. On y remarque une belle profondeur et la fidélité est irréprochable. À nouveau, un tantinet plus de présence au niveau des canaux arrières aurait été apprécié. Les basses sont rondes et mordantes à souhait, elles manifestent leur présence avec toute l’intensité voulue. Le canal .1 (LFE) est entièrement au service du film, c’est à dire qu’il ne verse jamais dans l’excès mais qu’il ponctue le film de façon convaincante aux moments opportuns seulement.


Suppléments/menus
Cette édition double-disque propose une quantité fort suprenante de suppléments considérant que Michael Mann n’a jamais été très enclin à participer de quelque façon que ce soit à la production de tels suppléments.

Ainsi donc, le premier disque de cette édition comprend une très bonne piste de commentaires audio animée par le cinéaste. Les cinéphiles intéressés par les technicalités derrières les tournages adoreront cette piste. Mann partage des informations précises et fascinantes sur sa façon de travailler et sur l’équipement employé dans le film. Il analyse chaque scène d’un point de vue technique aussi bien qu’analytique. Son ton est un peu lourd, mais la pertinence des propos compense largement pour cette lacune.

Le deuxième disque débute par un très bon documentaire de 40 minutes intitulé City of Nights. Le contenu est bien élaboré et explore les particularités du tournage, que ce soit la conception de 17 taxis différents pour satisfaire aux demandes du cinéaste ou l’utilisation des caméras vidéo HD. Les comédiens expliquent également comment ils ont élaborer leurs personnages d’après les exigences du réalisateur. Que voilà un excellent documentaire, un brin complaisant par moments mais qui présente un contenu bien supérieur à la moyenne. En fait, seule la durée du segment semble trop courte.

S’ensuit une scène coupée (2 mins) agrémentée d’une piste de commentaires audio de Mann. Il s’agit en fait d’une très bonne scène mais son retrait est parfaitement justifié par le cinéaste.

Special Delivery (1 min) est un étrange segment dans lequel on y voit Tom Cruise, déguisé en livreur UPS, se balader incognito dans un centre commercial. Le réalisateur explique en entrevue qu’il a demandé cet exercice à Tom Cruise pour l’habituer à entrer dans la peau de quelqu’un d’autre en dehors d’un plateau de tournage.

Shooting On Location (2 mins) est un segment racontant les particularitées de la scène se déroulant dans le bureau de Jada Pinkett Smith. Composé d’images tirées du film ainsi que d’autres filmées en coulisse pendant le tournage, ce segment est commenté par Michael Mann qui raconte certains détails sur le tournage de cette scène particulière. Intéressant, sinon un peu trop bref.

Visual FX (2 mins) nous explique comme une partie de la scène finale dans le train a été tournée devant un « blue screen » pour permettre au cinéaste d’insérer les images voulues en arrières plans. Surprenant !

Cruise & Foxx Rehearsals (4 mins) nous montre les deux comédiens, habillés en civils, répéter certaines des scènes du film dans le bureau de Michael Mann. Occasionnellement, un écran séparé (split screen) apparaît pour nous montrer en parrallèle la scène en question telle que vue dans le film. Assez fascinant sinon un peu répétitif.

Les biographies des artisans du film ainsi que des notes de production et deux bandes-annonce (Bourne Supremacy et Anchorman… non, aucune bande-annonce pour Collateral) complètent cette édition.

Il est à noter que tous les suppléments, y compris la piste de commentaires, profitent de sous-titrages en anglais et en français.



Conclusion
Les amateurs de film policier et de confrontations psychologiques ne seront certainement pas déçus par Collateral, l’un des meilleur film du genre à nous avoir été offert depuis longtemps. Techniquement, cette édition en est une de très bon niveau. Le transfert est superbe et rends justice aux splendides images. La bande-son est un peu trop en retrait à notre goût mais elle est entièrement au service du film. Quant aux suppléments, le documentaire ainsi que la piste de commentaires audio à eux-seuls valent le prix d’achat.


Qualité vidéo:
4,1/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,6/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2005-01-20

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Collateral

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
120 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Dreamworks

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.40:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise DTS
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio, documentaire, quelques segments sur les effets spéciaux et sur le tournage, une scène coupée, notes de production et biographies.

Date de parution:
2004-12-14

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