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DVDEF

THX 1138 (The George Lucas Director's Cut 2-Disc Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
George Lucas est un cas à part dans l'industrie cinématographique puisque pour beaucoup de spectateurs il est l'homme d'une saga mondialement adulée, Star Wars. Pourtant il fut réalisateur de deux films passionnants, THX 1138 et American Graffiti, avant de se lancer dans l'aventure de sa vie. La sortie simultanée de THX 1138 et des épisodes 4,5 et 6 de la série Star Wars est passionnante à plus d'un titre, mettant en avant les contradictions de l'homme autant que ses qualités.

THX 1138 dépeint un monde futur déshumanisé et totalitaire dans lequel ses habitants sont totalement soumis à un état invisible mais régissant totalement leur vie, aussi bien intellectuelle qu'affective ou sexuelle. THX 1138 (Robert Duvall) et LUH 3417 (Maggie Mc Omie) partagent un logement sans qu'aucune relation véritable ne se nouent entre eux, jusqu'au jour où LUH réussit à sevrer THX de son traitement sédatif. Celui-ci, submergé par des émotions qu'il n'avait jamais connues (dont le désir physique et l'amour pour sa compagne), va rapidement être repéré et emprisonné avec d'autres parias de cette société. Nous allons suivre son parcours vers l'affranchissement du contrôle total, d'abord guidé par ses sentiments pour LUH puis par son désir irrépressible de liberté.

Il est très étonnant de trouver de telles considérations dans un film de celui qui, pour les spectateurs du monde entier, est l'homme qui les a divertis, émerveillés et émus à travers sa Saga Star Wars, pourtant en opposition quasi totale avec les principes qui régissent THX 1138. Autant la série des Star Wars est basée sur l'imaginaire, l'heroic fantasy et l'aspect mythologique de ses personnages et de leurs actions, autant THX 1138 est placé dans un futur aseptisé, quasiment vide d'émotion et très proche de considérations de l'époque à laquelle il a été mis sur pied. Lucas lui-même reconnaît avoir parlé du futur pour mieux traiter des problèmes du présent d'alors, qui sont d'ailleurs toujours d'actualité.

Le scénario développé en collaboration avec Walter Murch est totalement ancré dans son époque, celle de la contestation de l'ordre établi, de la liberté totale revendiquée et de l'inquiétude grandissante devant le contrôle et les manipulations toujours plus importantes perpétrées par les gouvernements (particulièrement les diverses administrations américaines). De telles considérations sont surprenantes chez Lucas, qui paraît maintenant totalement confiné dans l'univers onirique de Star Wars. Il avoue pourtant lui-même souhaiter revenir vers un cinéma plus en phase avec son époque et la réalité de ses contemporains. Il faut bien avouer que si les épisodes 4,5 et 6 de la série Star Wars comptent parmi les oeuvres les plus dépaysantes et distrayantes produites par le cinéma commercial, les préquelles qu'il lui a récemment données sont loin d'en retrouver la magie. Lucas semble en effet s'être endormi dans cet univers qu'il développe de façon très mercantile à travers tous les supports et médias existants (Animation, Bande-Dessinée, Romans, figurines et autres objets labellisés). De la sorte, il est à l'heure actuelle dans l'exacte position qu'il dénonçait de façon si efficace dans THX 1138. Ainsi les cabines de confession où un Jésus virtuel et vénal au possible poussait ses ouailles à la consommation permanente et irréfléchie (les étranges objets totalement inutiles dont l'achat est obligatoire et leur seule raison d'être) ressemblent fort aux magasins de merchandising où les consommateurs fascinés par l'univers de Star Wars se précipitent en nombre pour en acheter les produits dérivés. Cette mise en abime est ainsi proprement incroyable, Lucas lui-même avouant être devenu exactement ce qu'il souhaitait éviter, dans le commentaire audio de THX 1138.

Loin de nous l'idée de dénigrer la qualité des "anciens épisodes" de Star Wars ou de jeter la pierre aux consommateurs des produits de la Lucas Ltd, mais il nous paraissait absolument impossible de ne pas au moins mentionner ce paradoxe étonnant. La construction scénaristique de THX 1138 apparaît comme sa partie la moins intéressante, la séparation nette décidée par Lucas et Murch entre les trois parties du film semblant trop abrupte, limitant légèrement la portée et l'impact du film. Hormis ces réserves, nous sommes en présence d'un excellent film de science-fiction fonctionnant sur le principe fascinant et effrayant de la dystopie (une utopie négative).

Lucas de plus propose un vrai projet de mise en scène, ce qui ne sera jamais vraiment le cas dans les épisodes de Star Wars qu'il a personellement réalisés, celle-ci étant alors purement fonctionnelle, au service du conte mythologique. Ici, il décide de déconcerter son spectateur en lui faisant découvrir son futur sinistre par le biais de procédés non classiques, de procédés du futur. Ainsi le début du film est un étonnant collage visuel et sonore où il est très difficile de se repérer de façon concrête, les tenants et aboutissants de tous ces sons et images n'étant jamais clairement expliqués. Ainsi, l'aspect narratif est mis en retrait au profit d'une mise en scène expérimentant de façon réussie des décors futuristes épurés et surprenants. Chaque épisode, la prise de conscience, la captivité et l'évasion, sont traités de façon différente et ce aussi bien au niveau du scénario, que de la mise en scène ou de l'aspect visuel.

THX 1138 est un héros à la portée universelle qui facilite grandement l'identification du spectateur, à qui il sera laissé le choix de saisir ou non la portée métaphorique de ses actes et de son odyssée, le film fonctionnant aisément sur ces deux niveaux au moins. Lucas et Murch ont su intelligemment puiser leur inspiration dans les classiques de la littérature de la dystopie tels Le Meilleur des Mondes de Aldhous Huxley ou 1984 de George Orwell. S'en inspirer sans plagier ou paraphraser, inventer des détails allant totalement dans le sens de ces deux fabuleux romans (le confessionnal mercantile ou la prison sans barreaux), mettre le tout en scène en pensant toujours au sujet et au message à délivrer plutôt qu'au spectaculaire, font de THX 1138 une oeuvre unique et toujours d'actualité, qui n'a rien perdu de sa force aussi bien cinématographique qu'idéologique. Voici de la vraie science-fiction adulte, délivrant un message puissant et efficace qui demandera certainement un effort aux jeunes spectateurs habitués au rythme effréné et à l'aspect très explicatif et souvent simpliste des films actuels oeuvrant dans ce genre.


Image
L'image est proposée au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert 16:9.
La définition générale est absolument bluffante, d'autant plus lorsque l'on prend l'âge du film en considération. On n'atteint certes pas la précision d'un film actuel mais telle n'était pas l'intention, ce qui aurait constitué une trahison du matériau d'origine. L'interpositif est vierge de tous défauts, hormis un léger grain qui parcourt tout le film mais lui offre par la même occasion un rendu cinéma du plus bel effet. Les couleurs sont impeccablement réstituées, naturelles, constantes et parfaitement saturées, faisant honneur au travail des chefs opérateurs Albert Khin et David Myers, très typique du style des années 70 dans ce qu'il avait de meilleur.

Le contraste est parafaitement géré, évitant toutes les brillances. Les parties sombres du film offrent un excellent rendu grâce à des noirs vraiment purs et profonds. La qualité des dégradés est elle aussi de haute volée, permettant de profiter du film dans des conditions idéales. La partie numérique est, comme l'on pouvait s'y attendre sur le DVD d'un film de George Lucas, absolument parfaite, ne générant aucun défaut notable. A noter que quelques "améliorations" numériques apportées par Lucas (pour quelle raison ?) sont tout de même clairement visibles de par leur nature même. La brièveté de leurs apparitions ne gênent cependant jamais vraiment le visionnage.

Un transfert absolument superbe et redonne une seconde jeunesse à un film jusque là un peu oublié, et qui mérite pourtant amplement tous les efforts de son créateur afin d'arriver à une telle qualité. Si le même traitement pouvait être appliqué à tous les autres "classiques" du cinéma, le bonheur cinéphilique serait à son comble.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1) et Espagnol (Dolby Digital 5.1).

La dynamique de la bande-son anglaise est d'un excellent niveau pour un remixage à partir d'une base monophonique et compte tenu du petit budget du film. Sa présence et sa spatialité sont dans le même esprit, sachant se faire sentir momentanément mais respectant le mixage original. La musique de Lalo Schiffrin et les montages sonores de Walter Murch sont impeccablement rendus, sans limitations audibles que ce soit dans le haut ou le bas du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement intégrée au reste de la bande-son.

Les enceintes arrières sont somme toute assez peu utilisées, surtout lors de passages musicaux, de quelques effets sonores ponctuels et de la poursuite automobile finale. Elles le sont toujours de façon intelligente et censée, c'est à dire en respectant les intentions du mixage original, sans tenter de l'altérer pour lui donner une efficacité atificielle et hors de propos, et nous en remercions les ingénieurs du son qui ont travaillé dessus. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et aucune trace de distortion ou parasites n'est audible et ce même à fort volume. La sensation parfois métallique et manquant de naturel, qui se dégage des voix, est tout à fait en phase avec l'esprit du film et il nous semble qu'il s'agit d'une volonté de George Lucas même si nous ne sommes pas en mesure de l'affirmer. Quoi qu'il en soit, même s'il s'agit d'un léger défaut, il est bénéfique à l'oeuvre et c'est bien là l'essentiel. Les basses fréquences sont bien présentes et savent parmcimonieusement renforcer l'impact de certaines scènes sans ce montrer envahissantes comme dans de nombreuses bandes-son modernes.

Les mixages multicanal en Français et Espagnol sont eux aussi de haute volée et ne se démarquent de leur homologue anglais que par une dynamique un peu plus tassée, un rendu légèrement plus étouffé sans que cela ne diminue en rien le plaisir du visionnage et c'est assez rare pour que nous le soulignions. Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Un bande-son à la hauteur de l'image. Un remixage intelligent qui rend justice au formidable travail de Walter Murch et seule l'absence de la piste monophonique est tout de même à déplorer.


Suppléments/menus
Une section très complète, qui tombe parfois dans l'autopromotion et l'autocongratulation stérile mais se révèle bien plus passionnante que ce qu'il paraissait au premier abord.

Sur le premier disque est disponible un commentaire audio de George Lucas (réalisateur et co-scénariste) et Walter Murch (co-scénariste et créateur sonore). Lucas et Murch semblent très fiers de leur travail et délivrent un grand nombres d'anecdotes et de renseignements sur leurs intentions de départ. Cela permet de découvrir un Lucas cinéaste moins mercantile et plus artistique que le prodcuteur, surtout lorsqu'il affirme vouloir revenir dans l'avenir vers un cinéma plus sobre et profond à l'image de THX 1138. Un commentaire touffu et bien rythmé, à écouter impérativement par tous ceux qui auront apprécié le film. Est également offert "Theater of Noise", qui permet de voir le film avec une piste uniquement sonore, c'est à dire la musique de Lalo Schifrin, et les bruitages et effets sonores de Murch. Enfin sont proposées les "Master Sessions", un commentaire par Walter Murch, qui raconte son travail sur les effets sonores sur une suite de scènes (au total près de 30 minutes).

Sur le second disque sont offerts des segments intéressants :

Un documentaire intitulé "A Legacy of Filmmakers", d'une durée d'une heure, sur la création du projet American Zoetrope, avec les souvenirs de Martin Scorsese, John Milius, Steven Spielberg, Francis Ford Coppola et George Lucas, qui semblent parfois tellement déborder d'enthousiasme que l'ensemble peut paraître forcé dans cette direction mais reste vraiment valable. Suit "Artifact from the Future : the making of THX 1138" (30 min) qui comporte les témoignages et anecdotes des acteurs et du réalisateur sur le tournage du film. Il s'agit d'un segment récent qui tombe aussi parfois dans le piège de l'autocongratulation.

Vient ensuite "Electronic labyrinth THX 1138 4EB"(15 min), le court-métrage de fin d'études de George Lucas, réalisé en 1967, une sorte de brouillon de l'actuel THX 1138 et de ce fait fort instructif. "Bald" est un petit documentaire de 7 minutes où les acteurs du film témoignent sur leur rapport plus ou moins bon avec l'obligation d'avoir le crane rasé pour le tournage du film.

Enfin sont offertes 6 bandes annonces de bonne qualité, de l'originale de 1971 aux dernières de 2004, à l'occasion de la ressortie du film.

Voici donc un ensemble vraiment intéressant qui permet de découvrir une facette surprenante chez George Lucas, de l'humaniser. Reste cependant une tendance à la dythirambe et à l'auto-satisfaction généralisée, qui en diminuent un peu la portée mais n'empêchent pas cette section d'être de haute volée, ce qui est le moins que le film méritait. A noter également un packaging de toute beauté et d'une sobriété en totale opposition avec la surcharge visuelle habituelle de telles éditions.





Conclusion
Une édition aux qualités audio et vidéos en tous points dignes d'éloge. Les suppléments sont en nombre et de qualité malgré une tendance auto-satisfaite assez prévisible et peu gênante. Nous vous conseillons donc plus que vivement cet achat qui parait indispensable à tout amateur de science-fiction qui se respecte.

THX 1138 est un film étonnant de par sa sobriété, son intelligence et son message qui vont à l'encontre même de tous les futurs travaux de Lucas en tant que réalisateur. Non que Star Wars soit bête ou vide de sens mais l'univers cette excellente saga parait à l'extréme opposé (principalement les épisodes 1 et 2) du travail minimaliste effectué sur THX 1138.
Lucas et Murch ont réussis une synthèse de plusieurs grandes idées tirées de classiques de la littérature de science-fiction fonctionnant sur le principe fascinant de l'utopie totalitaire, une utopie négative appelée dystopie.
Sobrement Lucas montre que quelle que soit l'efficacité et l'omniprésence du controle et de la repression l'humanité et son corollaire inévitable la liberté sont indispensables et finissent toujours par être accessible.
THX 1138 est donc un film de Science-Fiction adulte et parfois déprimant, évitant l'omptimisme triomphant pour procédér par petites touches subtiles et utilisant le futur pour parler du présent. Indispensable !



Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
4,3/5

Rapport qualité/prix:
4,3/5

Note finale:
4,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-10-13

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
THX 1138

Année de sortie:
1970

Pays:

Genre:

Durée:
88 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
commentaire audio, piste musicale isolée, trois documentaires, court métrage, bandes-annonces

Date de parution:
2004-09-14

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