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DVDEF

Chaplin Collection, The: Modern Times

Critique
Synopsis/présentation
Charlie Chaplin fut selon l'anecdote l'homme le plus célèbre du monde durant les années trente. Difficile de vérifier une telle information mais ce que nous savons de façon sure c'est que non content d'être un des grands génies du cinéma de ce siècle (aussi bien en tant que réalisateur qu'acteur), il fut également un grand homme tout court. Il influença notablement et durablement un nombre de spectateurs inimaginable bien au delà de ce dont est capable un simple personnage de fiction, et passa une partie de sa vie à voyager à travers le monde, rencontrer d'autres grandes figures de ce siècle, et réfléchir sur les solutions à mettre en oeuvre pour tenter de mieux vivre dans nos sociétés.

Comme d'autres géants du cinéma (soixante-douze longs et courts métrages sur cinquante-trois années de carrière,) il traita de sujets forts et engagés mais les passa à la moulinette de son humour imparable, de son sens inné de la poésie et des ses talents acrobatiques impressionants.
Son oeuvre est immense et il a bati son succès dès les débuts du cinéma grâce à une multitude de courts et moyens métrages, grâce auxquels il créa et developpa son héros récurent The Little Tramp/Charlot. C'est davantage ce personnage unique et attachant qui attira sur lui l'attention du public que ses talents de réalisateur.
On peut dire que le cinéma de Chaplin est un tout absolument indissociable car il écrivait ses scénarios, les produisait (pour la plupart), les mettait en scène, jouait dedans et souvent en composait même la musique. Il n'était le meilleur dans aucune de ces spécialités mais son talent de créateur d'univers génial et sa capacité à gérer ses diverses aptitudes, ont fait que ses films restent inoubliables et seront sans doute intemporels. Le language qu'il y employait est universel car il ne passe pas par l'oral mais de façon audiovisuelle pure : le rythme, la gestuelle de Charlot, les situations simples mais si criantes de sens, la musique font que quasiment n'importe qui peut suivre et prendre du plaisir devant un film de Chaplin.

Et le paradoxe est qu'à travers cette simplicité apparente on peut comprendre et apprécier toute l'intelligence de notre homme, qui donnait un sens à tous ses gags et finissait par livrer des satires très engagées sous la forme de comédies a priori innocentes.
Le paradoxe suivant de Chaplin est d'être parvenu à une certaine forme d'universalité tout en proposant des oeuvres égocentriques comme tant d'autres créateurs complets. Il a inspiré en cela d'autres cinéastes tels Jacques Tati, qui lui aussi fut capable de s'adresser au plus grand nombre à travers son personnage récurrent qu'il interprêtait, dont il avait écrit le dialogue, mis en scène et imaginé les péripéties.
Ses longs métrages sont relativement espacés et il prit beaucoup de temps pour arriver à peaufiner ce savant mélange d'épure et de charge sociale. Son ambition était grande mais pour une fois, voilà quelqu'un qui en avait véritablement les moyens.

Modern Times (1936) est son oeuvre la plus universelle et l'ampleur de sa vision est réellement impressionnante. Ce sera la dernière apparition officielle du personnage The Little Tramp/Charlot et le premier film comportant des paroles de son auteur.
On y suit donc Charlot qui travaille à la chaine dans une usine totalement déshumanisée et finira par en faire une dépression nerveuse. Après avoir été soigné dans un hopital, il sera rapidement arrêté par la police étant pris à tort pour un leader communiste. En prison, sa gentillesse et sa naïveté font qu'il arrêtera une tentative d'évasion de ses co-détenus et sera donc royalement traité par ses gardiens. Lorsque viendra le moment de sa libération, il ne voudra pas retourner vers la vie normale et ses conditions extrêmement difficiles. Il tentera d'ailleurs de retourner en prison en endossant la responsabilité du vol d'un pain commis par The Gamin (Paulette Godard). Celle-ci est une jeune et belle orpheline qui tente de survivre avec l'énergie du désespoir. Etonnée par le geste de Charlot, elle l'attendra à sa sortie de prison et une relation se nouera entre eux. Mais il leur restera encore à réussir à survivre dans les conditions cruelles de la dépression des années trente aux Etats-Unis.
Comme dans la plupart des films de Chaplin, il n'y a pas vraiment d'intrigue ou d'histoire précise à suivre mais une suite de scènes plus réussies les unes que les autres liées entre elles ici par l'histoire d'amour qui va se nouer entre les deux héros. C'est cette structure qui permet à Chaplin de parler de situations générales tout en ne s'intéressant qu'à deux personnages qui eux-mêmes ne caractérisent qu'une partie de la population. C'est ce parti-pris assez radical qui démontre une fois de plus que lorsqu'on a le talent et l'inspiration avec soi, il n'existe pas de règles pour arriver à ses fins.

La charge sociale du film est énorme et peu de réalisateurs peuvent se vanter d'avoir critiqué aussi violemment et justement les travers de leur époque sans provocation, bien au contraire, au sein d'un film comique et populaire. Ainsi, les premiers plans montrant un troupeau de moutons sortir d'une bouche de métro et qui seront remplacés après un effet de montage (très rare chez Chaplin) par une foule de travailleurs à la chaine, est d'une économie de moyens et dans le même temps d'une efficacité rare. Tout y est dit, il s'agit d'un résumé parfait de la condition du travailleur du 20ème siècle qui a d'ailleurs fort peu évolué depuis l'époque du film et il est d'ailleurs toujours aussi pertinent à l'heure actuelle. A noter aussi dans le plan des moutons blancs, la présence d'un mouton noir assez visible et symbolisant à la perfection le décalage de Charlot avec les autres travailleurs et le grains de sable qu'il tentera d'être dans le monde bien huilé du travail à la chaine en usine (véritable révolution et source de beaucoup des grands conflits sociaux de l'époque).

Toutes les scènes où il travaille à la chaine sont parmi ce que Chaplin a fait de mieux. Elles sont à la fois proprement hilarantes mais dénoncent également violemment mais tout en douceur l'absurdité et la stupidité de ces conditions de travail, la considération des travailleurs (qui ne sont rien de plus qu'un outil plus pénible qu'une vraie machine pour leurs employeurs) et anticipe brillamment le principe du contrôle permanent, plus tard développé par George Orwell dans son roman 1984. Il montre également que l'homme était en train de devenir l'esclave de la machine (l'appareil déstiné à nourrir les travailleurs pendant qu'ils continuent à travailler), alors qu'il s'agit d'un salutaire sursaut de son psychisme (la scène où il craque nerveusement) pour qu'il soit capable de redevenir maître de la situation.

Cette faculté de dénoncer en faisant vraiment rire, sans véritable cynisme, est la plus grande force de cette oeuvre et de son auteur. Son autre faculté unique est sa capacité à introduire des instants touchants et éminements poétiques à n'importe quel moment, quelle que soit l'ambiance. Il utilise ainsi ses divers talents de mime, de danseur, d'acrobate, de chanteur pour créer des moments uniques qui sont les plus caractéristiques de son oeuvre. Les morceaux d'anthologie que sont la chanson finale (la première fois que Charlot parle à l'écran), la démonstration de patins à roulettes, donnent une touche innattendue et encore plus attachante au film.
De plus, Chaplin est intimement et par profonde conviction placé du côté du pauvre et de l'opprimé, comme en témoingnent tous ses films précédents. Dans Modern Times, la principale motivation de nos deux héros est la plus simple qui soit : manger à sa faim, et ainsi tous leurs problèmes, leurs motivations tournent autour de la nourriture. Leur rêve de vie à deux dans un pavillon imaginaire est centré sur les aliments et le bien-être qu'il peut y avoir à manger tous les jours à sa faim. Il ne cherche pas à faire évoluer socialement ses personnages mais au contraire à prouver que l'on peut vivre heureux tout en restant dans sa condition.

Bien que son film soit ouvertement une comédie et donc caricature la réalité, il rend compte des problèmes spécifiques aux années 30 avec plus de lucidité que bien des films dits réalistes, et cela grâce à la combinaison du formidable sens de l'observation de Chaplin, de la minutie extrême qu'il mettait à préparer ses films et à son sens unique de l'épure.
Rares sont les oeuvres qui arrivent à combiner toutes ces qualités tout en restant totalement accessibles à n'imorte qui (enfants compris).
Certes au niveau purement cinématographique (mise en scène, photographie, montage), le film est plutôt quelconque voire même basique mais ces éléments n'étaient apparamment pour Chaplin que des outils pour arriver à ses fins. Il les utilise donc en tant que tels et ne cherche pas à les mettre en avant, se concentrant avant tout sur le contenu, ce qui est très caractéristique du cinéma muet. Son style n'a d'ailleurs pas du tout changé même après l'apparition du parlant dans son oeuvre.
C'est peut-être cela qui a tendance à gêner les jeunes spectateurs de maintenant, habitués à plus de virtuosité gratuite (sans que cela soit péjoratif) et sans doute désarçonnés par l'apparente simplicité et naïveté de ces oeuvres.

Un film que nous ne pouvons que très fortement vous conseiller tant il n'a rien perdu de sa force d'expression et surtout tant il apparaît toujours violemment d'actualité sur le fond, et cela est plus qu'une véritable performance. Le génie de Chaplin est ainsi prouvé par a+b, car réaliser un film de critique sociale en 1936 qui soit toujours presque aussi pertinent en début des années 2000 n'est donné qu'aux plus grands.

Un des véritables chef d'oeuvres intemporels de l'histoire du cinéma qui devrait être vu et compris par tous et qui, malgré une certaine amertume dans son constat, se paye le luxe d'une fin optimiste et boulversante dont le dernier plan fut copié à de nombreuses reprises. Totalement indispensable !!


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est absolument exceptionnelle pour une oeuvre de 1936. L'interpositif est totalement immaculé, vierge de toutes traces ou défauts (même le grain est absent). La finesse des détails est du même niveau et permet de se rendre compte à quel point Chaplin soignait ses oeuvres jusque dans les moindres détails.

Le contraste est lui aussi remarquablement géré et permet un rendu très actuel de ce vieux film, exempt de toutes brillances parasites. Les parties sombres du film sont du coup impeccablement restituées sans les défauts habituels des vieux films. Ainsi les noirs ont clairement subi une attention toute particulière de la part des ingénieurs responsables de la remasterisation et sont purs et profonds.
De même, cette superbe copie rend parfaitement les nombreux dégradés du film et pour une fois l'échelle de gris est totalement respectée.
La partie numérique du transfert est elle aussi exemplaire et n'occasionne absolument aucun défaut visible à l'écran, ni fourmillements, ni surdéfinition, ni parasites, une réussite.
Il est certain que la courte durée de l'oeuvre (83 mins) et le fait qu'il n'y ait aucun supplément sur le disque contenant le film a certainement facilité l'obtention d'un tel résultat. Néanmoins, le travail du studio MK2 est absolument exceptionnel et à ranger parmi les meilleures réussites du genre au côté de la restauration de Citizen Kane et de Sunset Boulevard.


Son
Les bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 2.0 mono) et Français (Dolby Digital 2.0 mono).
La dynamique de la bande-son multicanaux est d'un bon niveau (considérant qu'il s'agit d'un remixage). Sa présence et sa spatialité sont correctes et respectent le style de la bande-son en mono.

La musique est bien rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son. Le deploiement du champ sonore peut être très agréable lors de certaines scènes tout en restant à un niveau raisonnable.
Les enceintes arrières sont très peu utilisées mais toujours à bon escient et surtout de façon logique. Les ingénieurs du son ont donc choisit de faire un remixage multicanaux respectueux du matériel d'origine et nous ne pouvons que les en féliciter.
Le peu de paroles proférées sont toujours parfaitement intellgibles et sans aucune trace de distortions ou de parasites.
Les basses fréquences sont donc logiquement réduites à leur plus simple expression mais efficientes lorsque nécessaire, et encore une fois respectueuses du mixage original.
Les deux bandes-son monophoniques ont bénéficié des mêmes soins pour leur remixage et du coup sont de vraiment bonne qualité même pour la version française (MK2 vidéo est un éditeur français). Leur résultat est peu éloigné de la bande-son multicanal mais tout de même moins ample et précis.
Les sous-titrages sont disponibles en Anglais, Français, Espagnol, Portugais, Chinois, Coréen et Thailandais.

Un traitement du son presque à la hauteur de celui de l'image, qui permet ainsi à MK2 de réussir un sans faute exceptionnel qui ne peut que rejouir tous les amateurs de cinéma.


Suppléments/menus
Une section remarquable tant en qualité qu'en quantité, sachant se montrer à la hauteur du monument qu'elle visite.

Tous les segments sont répartis sur le deuxième disque de cette édition.
Le documentaire de vingt-six minutes intitulé Chaplin Today : Modern Times en est le morceau de résistance. Il consiste en une discussion sur le film par les frères cinéastes Dardenne qui font un parallèle au niveau social avec leur propre film Rosetta (Palme d'Or à Cannes en 2000). Leur discussion est ponctuée des pertinentes interventions de Philippe Truffault rendant l'ensemble passionnant et instructif.
L'introduction de six minutes faite par le biographe officiel de Chaplin, David Robinson, est du même acabit même si on aurait aimé en savoir plus.

Sont ensuite proposées deux scènes coupées, dont une extension un peu inutile de la chanson finale et une hilarante scène où Charlot tente de traverser une rue (5 mins).
Puis les deux segments suivants sont encore consacrés à la chanson de Charlot avec une amusante (et pour une fois pas ridicule) version Karaoké et une interprétation par Liberace lors d'une émission télévisé (3 et 4 mins).
Est ensuite disponible une série de documentaires d'époques vantant les mérites du travail à la chaine, produite par le gouvernement américain. Le fait qu'ils soient muets et leur durée de quanrante-deux mins les rend moins accessibles mais leur pertinence vis à vis du film est passionnante et montre bien à quel point Chaplin avait raison.
Dans le même esprit, le segment suivant est un film promotionnel de Ford pour ses chaines automatisées qui ont inspiré celles présentes dans le film (9 mins).
Vient ensuite un étonnant documentaire (10 mins) sur des paysans cubains découvrant leur premier film, qui n'est autre que Modern Times. Leurs réactions sont la meilleure preuve de l'universalité du language cinématographique et particulièrement de celui de Chaplin.
La suite est classique mais pour une fois vraiment fournie avec une galerie de photos et de dessins préparatoires (250 pièces), une galerie de posters internationaux, une compilation de bandes-annonces internationales.
Pour finir sont proposés divers extraits des films composants la Chaplin Collection : The Kid (2:17), A Woman of Paris (1:57), The Gold Rush (1:46), The Circus (2:12), City Lights (2:39), Modern Times (1:50), The Great Dictator (2:32), Monsieur Verdoux (2:46), Limelight (2:33), A King in New York (2:37).
A noter un boîtier de toute beauté à la présentation sobre mais de très bon goût, qui sied parfaitement à l'oeuvre de Chaplin.
A souligner également le sous-titrage des suppléments en Anglais, Espagnol, Chinois, Coréen et Thailandais.

Un ensemble réjouissant auquel le seul manque que nous pourrions déceler se situe au niveau d'un commentaire audio de David Robinson, qui se serait sans aucun doute avéré passionnant.
Pour une fois que les suppléments sont nombreux et à la hauteur de l'oeuvre dont ils parlent, il serait dommage de s'en priver.





Conclusion
Une édition magnifique et totalement réussie à tous points de vue.
L'image est réellement splendide, surprenante de qualité et le son bien qu'un peu moins bien traité est largement à la hauteur.
Les suppléments sont également au rendez-vous en quantité comme en qualité, preuve que le travail vient de véritables passionnés.
Un film indispensable qui atteint des sommets comiques, critiques et poétiques inégalés.
Chaplin y est à son apogée et marquera durablement les esprits avec cette oeuvre unique d'une acuité rare sur son temps et sur la condition humaine.

Un film qui méritait amplement cette superbe édition que nous vous recommandons plus que chaudement.


Qualité vidéo:
4,2/5

Qualité audio:
4,0/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,5/5

Note finale:
4,2/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-07-18

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Modern Times

Année de sortie:
1936

Pays:

Genre:

Durée:
83 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol
Portugais
Chinois
Coréen
Thailandais

Suppéments:
Documentaires, introduction, scène coupée, karaoké, chanson, galerie de photos et posters, bandes-annonce, extraits de films de la collection Chaplin

Date de parution:
2003-07-01

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