Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Eternal Sunshine of the Spotless Mind (WS)

Critique
Synopsis/présentation
Après Human Nature, sorti en 2001 et reçu de façon mitigée par la critique, Eternal Sunshine of the spotless mind est la seconde collaboration entre le scénariste Charlie Kaufman et le réalisateur Michel Gondry. Kaufman est l'esprit manifestement pas comme les autres auquel nous devons des scénarios se classant parmi les plus étranges imaginés ces dernières années, notamment Being John Malkovich et Adaptation. Michel Gondry est un des enfants prodiges du monde de la pub et du clip musical (tout comme Spike Jonze, qui a réalisé Being John Malkovich). On lui doit des vidéos musicales inoubliables, notamment celles qu'il a réalisé pour Björk et Daft Punk ou plus récemment pour Kylie Minogue et The White Stripes.

L'idée originale de Eternal Sunshine of the spotless mind (titre traduit de façon étrange par Du Soleil plein la tête) vient de l'artiste français Pierre Bismuth, un ami de Michel Gondry. Lors d'un repas, il lui soumit l'idée de quelqu'un recevant une carte disant simplement "vous avez été effacé de la mémoire de ...". Trouvant l'idée excellente, Michel Gondry la soumit à Charlie Kaufman. Ce n'est que quelques années plus tard, et après avoir fait Human Nature ensemble, qu'ils purent enfin travailler sur le projet. Le titre est issu d'un poème d'Alexander Pope, dont ces ces quelques vers sont cités dans le film : “How happy is the blameless vestal’s lot! The world forgetting, by the world forgot. Eternal sunshine of the spotless mind ! Each pray'r accepted and each wish resign'd” (Commme il est heureux le lot de la vestale sans reproche ! Le monde qui oublie, oublié par le monde. Le ciel sans nuage de l'esprit sans tache ! Chaque prière acceptée et tout souhait abandonné).

L'histoire est celle d'un amour perdu. Miné par la fin brutale de sa relation avec Clementine (Kate Winslet), qui l'ignore au point de sembler ne pas le reconnaître, Joel (Jim Carrey) est totalement dévasté lorsqu'un de ses amis lui montre la carte qu'il a reçu : "Clementine Kruczynski a fait effacer Joel Barrish de sa mémoire. Prière de ne jamais plus lui mentionner leur relation." Il décide alors de contacter la société d'où vient la carte, Lacuna Inc., pour en savoir plus et finit par décider lui aussi de se faire effacer Clementine de la mémoire.
Le générique, simple et efficace, avec des effets de typographie correspondant très bien à l'idée de souvenirs qui s'estompent, intervient après une séquence assez mystérieuse longue de presque vingt minutes (un record pour une séquence pré-générique). Juste après ce générique, nous voyons Joel qui rentre chez lui, et prend une pilule envoyée par Lacuna, qui le fait s'endormir. Immédiatement, deux techniciens entrent chez lui et installent un matériel étrange pour commencer l'opération d'effacement ciblé de sa mémoire. Toute l'histoire de la liaison entre Joel et Clementine nous est racontée à travers ce processus d'effacement, la conscience de de Joel passant de souvenir en souvenir à l'intérieur de son esprit. Très vite, Joel retrouve le pourquoi de sa passion pour Clementine, et comprend qu'il ne veut plus que ses souvenirs de celle-ci soient effacés. Il essaye alors désespérément de mettre fin à la procédure ou tout au moins de garder un souvenir de Clementine pour pouvoir la recontacter.

Si l'idée du film est basée sur un prémice de science-fiction, le côté technique de la procédure n'est que très brièvement abordé, même si le principe qui veut que la conscience de l'individu revisite les souvenirs afin de rendre possible leur effacement semble consistant avec ce que l'on connait du processus de consolidation de la mémoire à long terme. Loin d'être futuriste, le siège de Lacuna ressemble plutôt au cabinet d'un chirurgien plastique de seconde zone. On n'est pas dans le monde futuriste et Dickien de Total Recall, mais dans un univers bien plus quotidien où l'effacement des souvenirs douloureux est presque aussi banal que le prozac ou la chirurgie esthétique. Le sujet du film n'est pas la technologie. Ce film parle d'amour, de la perte de la passion, et surtout de la difficulté, qui semble parfois insurmontable, que l'on peut avoir à repartir de l'avant après une déception amoureuse. Il parle aussi de la mémoire, évidemment, et démontre que nos souvenirs font partie de ce que nous sommes. Se souvenir de ses erreurs passées peut aider à éviter de les reproduire. Un des points forts du film est que, malgré le sérieux des thèmes abordés, il parvient toujours à garder une certaine légèreté. Si certaines scènes sont plus tristes que d'autres, à aucun moment le film ne s'avère déprimant. Certaines scènes parmi les plus négatives ont d'ailleurs été abandonnées, certaines durant l'écriture du scénario, d'autres lors du montage, afin de garder cette légèreté.

Le voyage au coeur de l'inconscient et de la mémoire de Joel Barrish rappelle parfois celui que l'on peut voir dans Being John Malkovich, avec ses sauts surprenants d'un souvenir à l'autre. Le génie des effets spéciaux (que ce soit effets réalisés devant la caméra ou les effets visuels réalisés en cours de post-production) de Michel Gondry colle parfaitement au scénario échevelé de Charlie Kaufman. Les effets liés à l'effacement des souvenirs et les transitions d'un souvenir à l'autre sont toujours originaux et astucieux, et ne sombrent jamais dans la répétition, ofrant une grande fluidité au film tout en maintenant l'intérêt du spectateur. L'usage d'effets spéciaux ayant lieu durant le tournage a permis aux acteurs de jouer presque toujours face à face même dans les scènes les plus visuellement étranges (contrairement à ce qui serait arrivé avec l'usage de tournages sur fond bleu ou vert), ce qui leur a permis de garder beaucoup de naturel dans leur jeu. Les dialogues que mène Joel à l'intérieur de sa tête avec les personnages de ses souvenirs, affectés parfois par ce qui se passe autour de lui pendant qu'il subit la procédure dans son appartement, sont particulièrement savoureux et surréalistes.

La distribution de ce film est de tout premier ordre. En plus de Jim Carrey (qui nous livre là une des meilleures performances de sa carrière) et Kate Winslet (elle aussi impeccable dans le rôle de la fantasque Clementine), nous avons droit à une galerie de seconds rôles tenus par des acteurs de premier ordre. Elijah Wood tient ici le rôle de Patrick, un technicien de Lacuna Inc. qui, enamouré de Clementine, va utiliser les informations qu'il détient de façon totalement perverse et anti-éthique. Tom Wilkinson incarne l'inventeur du procédé d'effacement de la mémoire, le Dr. Howard Mierswiack, avec la justesse et la retenue qu'on lui connaît. Kirsten Dunst et Mark Ruffalo, qui incarnent deux autres employés de Lacuna Inc., tiennent aussi un rôle plus important qu'il y paraît, là encore de façon très convaincante.

Rarement le mensonge habituel écrit dans le générique de fin : "Toute ressemblance avec des personnages ou des situations existant ou ayant existé est fortuite et involontaire." aura semblé aussi ironique. Si évidemment, et heureusement, la société Lacuna inc. et son procédé n'existent pas, cette histoire rapellera forcément quelque chose à tous ceux qui ont un jour aimé puis perdu l'être aimé (soit une bonne partie des êtres humains adultes). Les situations, bien que parfois étranges, sont remplies de détails très particuliers qui font que chacun peut se reconnaître dans l'un ou l'autre des personnages. Voilà un film qui, réalisé par un prodige de l'art visuel, ne se limite pas à une prouesse technique, bien au contraire. L'histoire qu'il raconte et les messages u'il portent sont susceptibles de parler à chacun d'entre nous, tout en offrant un excellent divertissement. Il s'agit là sans aucun doute d'un des films les plus étranges et réussis de l'année 2004, et qu'il faudra surveiller durant la prochaine saison des récompenses.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1, d'après un transfert 16:9. Une version recadrée au format "plein écran" 4:3 est disponible séparément.

L'image est très propre, l'interpositif utilisé lors du télécinéma ne montre aucun parasite. La définition est très bonne, offrant un niveau de détail très correct et des textures plutôt détaillées et réalistes. Si l'image est modérément granuleuse, il s'agit là d'un grain à l'aspect très naturel qui ne gêne absolument pas la vision du film. Les couleurs sont elles aussi très naturelles, Michel Gondry ayant choisi de se tenir à l'écart des effets de keying à la mode lors de l'étalonnage de ce film. Cela ne les empêche pas d'être riches et parfois saturées, sans jamais qu'aucun débordement ne vienne entacher l'image.

Si beaucoup d'effets sont été effectués lors tournage, il y en a aussi un grand nombre qui ont dû être ajoutés en post-production. Qu'il s'agisse d'effets 2D ou 3D, ils sont toujours impeccablement réussis et intégrés au métrage, et sont toujours justifiés, contribuant à nous faire entrer dans le monde semi-onirique dans lequel Joel se trouve.

Le niveau du noir (brillance) est très bien ajusté, les noirs sont profonds sans être bouchés, et les parties sombres offrent des dégradés fluides et un niveau de détail comparable au reste. Il en est de même pour le contraste, aucune surbrillance n'étant à déplorer. Ces réglages impeccables ne subissent aucune fluctuation sur toute la durée du film.

La partie numérique du transfert est quasiment irréprochable. Aucun filtre exagéré ne vient gâcher la qualité de l'image, que ce soit au niveau de la gestion du scintillement dû à l'entrelacement ou de la surdéfinition des contours. Le film a été encodé à un débit plutôt élevé, et les parasites de compression sont virtuellement invisibles.


Son
La version originale anglaise de ce film est présentée au format Doby Digital 5.1 et (ce n'est pas précisé sur la jaquette) au format DTS 5.1. La version doublée en français est au format Dolby Digital 5.1. Des sous-titres angalis et français sont aussi proposés. Nous nous intéresserons ici à la version originale en DTS.

S'agissant d'une comédie dramatique, il ne faut évidemment pas s'attendre à une dynamique débordante ni à une débauche d'effets sonores impressionnants. Il s'agit là d'une bande sonore qui mise plus sur le réalisme que sur les effets faciles pour impliquer le spectateur dans le film. Les canaux d'ambiophonie sont mis à contribution avec discernement, que ce soit pour des effets d'ambiance, pour la musique ou pour des effets étranges soulignant la bizarrerie de l'univers inconscient de Joel Barrish, dans lequel la présent se mêle parfois au passé.

L'intégration des différnts éléments composant cette bande-son est impeccable. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles. La trame sonore, qui participe impeccablement à l'ambiance étrange et nostalgique du film, fait preuve de profondeur et de fidélité. Au sujet de celle-ci, on notera que, comme dans Jackie Brown de Quentin Tarantino, la même chanson est utilisée lors des génériques de début et de fin du film, évoquant chez le spectateur des sensations très différentes lors de ces deux occurences.

Les basses fréquences sont utilisées avec discernement, soutenues lorsque nécessaire par une utilisation discrète du canal LFE (.1).


Suppléments/menus
Le supplément leplus intéressant offert sur cette édition est sans conteste le commentaire audio enregistré par Michel Gondry et Charlie Kaufman. Loin d'être convenu, comme trop de commentaires présents sur certaines éditions de films à succès, il s'agit là d'un dialogue très informatif, dans lequel les intervenants, surtout Michel Gondry, n'hésitent pas à se livrer tout en nous informant sur de nombreux détails du tournage, et notamment sur le travail avec les acteurs.

Deux segments documentaires sont aussi proposés. Le premier, A Look Inside Eternal Sunshine of the spotless mind (11:52) est un documentaire promotionnel d'un intérêt assez moyen. Le second, A conversation with Jim Carrey and director Michel Gondry (15:35), construit comme son nom l'indique autour d'une entrevue, est nettement plus intéressant, abordant de nombreux aspects du tournage et de l'impressionnante préparation des acteurs.

Les quatre scènes coupées, d'une durée totale de 7:00, qui nous sont proposées bout-à-bout, sont dépourvues de toute introduction et de tout commentaire, ce qui est bien dommage. On comprend tout de même pourquoi ces scènes n'ont finalement pas été retenues.

Polyphonic Spree "Light & Day" music video (3:01) est un clip musical d'une chanson extraite de la trame sonore du film faisant largement appel à des extraits du film.

Le dernier supplément proposé est une publicité pour la société Lacuna (0:35), qui colle parfaitement au côté bas de gamme dégagé par leurs locaux et leur matériel durant le film.

Les suppléments proposés sur cette édition sont donc d'un intérêt assez inégal. On aurait aimé avoir un documentaire plus complet sur les magnifiques effets spéciaux du film, à la manière du DVD sur Michel Gondry paru dans la collection Director's Series qui comprend des explications deGondry lui-même sur les secrets employés dans ses différents clips. On regrette aussi que la fin originale du film (une scène qui aurait dû se trouver après le générique de fin) ne soit pas présente parmi les scènes coupées.



Conclusion
Basé sur une idée très originale, intelligemment écrit, superbement réalisé et interprété, Eternal Sunshine of the spotless mind est un film à ne pas manquer. C'est en plus une oeuvre suffisamment complexe et bien pensée pour que chaque nouveau visionnement apporte son lot de découvertes. Cette édition aux qualités techniques évidentes nous semble juste un peu décevante au niveau des suppléments, à part le commentaire audio qui réellement passionnant. Les amateurs d'oeuvres étranges et atypiques devraient se précipiter sur cet excellent film.


Qualité vidéo:
4,3/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,7/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: François Schneider

Date de publication: 2004-10-14

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur 36'' NTSC 4:3 Panasonic CT-36D11E, Lecteurs DVD Panasonic S25 et LG DV7832NXC, Récepteur Denon AVR-1602, Enceintes Wharfedale Cinestar 30 (5 Vivendi Modus Cube + 1 PC-8), câbles Acoustic Research / PC avec GeForce et WinDVD, moniteur 21'' Compaq P110

Le film

Titre original:
Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Année de sortie:
2004

Pays:

Genre:

Durée:
108 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise DTS
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Commentaire du réalisateur et du scénariste, Segment documentaire commercial, Entrevue avec Michel Gondry et Jim Carrey, Scènes coupées, publicité pour Lacuna inc.

Date de parution:
2004-09-28

Si vous avez aimé...