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DVDEF

Manchurian Candidate, The (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
The Manchurian Candidate nous conte l'histoire du capitaine Bennet Marco (Frank Sinatra) qui de retour de la guerre de Corée, fait des rêves récurrents impliquant son bataillon ainsi que le Sergent Raymond Shaw (Lawrence Harvey) dans une sorte de séance d'hypnose collective dirigée par ce qui paraît être un ensemble d'émissaires de pays communistes. De son côté, Raymond qui reçut la médaille d'honneur de l'armée américaine à la suite de la recommandation de Marco, est accueilli triomphalement par sa mère (Angela Lansbury) et son beau-père le Sénateur John Iselin (James Gregory), deux anti-communistes enragés. Il va tenter de s'émanciper de son environnement familial castrateur et surtout de cette mère qu'il hait au plus profond de lui-même.
Marco quant à lui est au bout du rouleau, détruit par ses cauchemars incessants. Il est seul dans la tourmente jusqu'au moment où il apprend qu'un autre membre de son ancienne équipe fait des rêves similaires, ce qui va pousser les autorités militaires à le prendre au sérieux. Dès lors, il sera chargé de trouver ce qui ne tourne pas rond chez lui et chez Raymond.

The Manchurian Candidate frappe par sa capacité à fonctionner à divers niveaux, mélangeant les ingrédients de différents styles et genres avec une grande aisance. Il est en premier lieu un thriller d'une efficacité rare où Frankenheimer réussit à nous passionner pour le déroulement de l'enquête de Sinatra et installe un suspense redoutable lors de nombreuses scènes. Quel va être le sort de Raymond, quelle est l'identité de son manipulateur, à quelle mission est-il destiné ?
C'est aussi un film dont l'aspect politique est très important surtout si on le replace dans l'époque troublée de la guerre froide du début des années 60. En effet, la perspective de voir son pays infiltré et dirigé par les communistes a de quoi effrayer plus d'un Américain, mccarthyste ou non.
Il s'agit également d'une comédie qui se sert du rigolard psychiatre asiatique et du grotesque Sénateur Iselin pour illustrer son humour caustique et cynique.

L'aspect dramatique est une autre composante majeure de l'oeuvre. La relation destructrice qu'entretient Raymond avec sa mère, l'histoire d'amour qu'elle lui a gâchée et le fait qu'il ne soit pas du tout maître de son destin offrent au personnage une dimension poignante et forte. De même, l'état pathétique de Marco lorsqu'il est sous l'emprise de ses rêves perturbateurs est essentielle pour l'adhésion du spectateur à son personnage.
Du dramatique on passe au tragique (au sens le plus fort du terme) par le personnage de Raymond. Il doit tuer par programmation des êtres proches ou qu'il aime.

Le thème central de ce film est une réflexion sur le " contrôle " que son scénariste George Axelrod a tiré du roman éponyme de Richard Condon et que John Frankenheimer a su amplifier par le biais d'un mise en scène éblouissante. Cette réflexion est élargie à ses conséquences et moyens de contrôle que sont le pouvoir, les manipulations qui en découlent et la peur générée chez les victimes. Le scénario d'Axelrod est vraiment remarquable en ce sens qu'il ne craint pas de dénoncer le fait que les médias cherchent par tous les moyens à contrôler nos pensées. Mrs Iselin est à ce titre le personnage phare de cette démonstration de lavage de cerveau que subissaient en permanence les citoyens de l'époque, qui n'avaient pas eu le temps de prendre la mesure de la puissance mystificatrice des médias.
Les personnages de Raymond et de Marco expriment parfaitement l'angoisse générée par le fait d'être soumis à la volonté d'une tierce personne contre son gré. Cet aspect du film souligne également de façon irréfutable la crainte que suscitait chez bon nombre d'Américains ce que l'on a coutume d'appeler le McCarthysme.

The Manchurian Candidate se révèle être une oeuvre prophétique dont l'avenir verra se réaliser beaucoup des hypothèses qu'avait imaginées Richard Condon dans son roman et auxquelles Axelrod et Frankenheimer ont su donner une illustration cinématographique qui nous laisse souvent pantois.
Ainsi le personnage de Mrs Iselin est la parfaite démonstration du pouvoir que peuvent avoir les femmes d'hommes politiques sur leurs époux et surtout de la discrétion de cette emprise qui leur permet d'agir à leur guise dans le plus grand secret. De même, l'exagération des moeurs de la communauté politique (la fête organisée par les Iselin) permet de souligner l'aspect carnavalesque et grotesque que prendront par la suite les campagnes électorales aux Etats-Unis.

L'anticipation du pouvoir hypnotique et manipulateur qu'aura la télévision à échelle mondiale est d'une justesse et d'une précision remarquables. Les Américains étant les pionniers dans ce domaine, leur art de la mystification télévisuelle si brillamment exposé ici atteindra son paroxysme dans les années 90 avec la couverture de la Guerre du Golfe.
Ce qui reste le plus troublant dans ce génie d'anticipation est la fiction de l'assassinat d'hommes politiques, fiction qui devint réalité 13 mois à peine après la sortie du film avec la mort du président Kennedy. D'ailleurs, Frankenheimer et son oeuvre furent montrés du doigt, on leur attribua une responsabilité dans la motivation de Lee Harvey Oswald. De plus, Raymond Shaw présentait de nombreuses similitudes psychologiques avec celui-ci, ce qui ne fit que renforcer les accusations. Une expression fort usitée fut même créée pour désigner une personne dont on a lavé le cerveau ou qui est contrôlée par une autre, " a Manchurian Candidate ".

On ne peut donc faire l'impasse sur l'étude de la paranoïa que Frankenheimer et Axelrod ont mis en valeur pas des procédés cinématographiques. Les spectateurs ont pu partager la perception déformée du monde qu'ont les paranoïaques, grâce à l'utilisation constante d'objectifs grand angle qui provoquent une perte de repères spatiaux.
La scène du cauchemar dégage un surréalisme troublant dû au montage syncopé et aux incessants changements de personnes et de lieux, qui ont permis aux deux créateurs de faire la démonstration de tout leur talent. L'expressive musique de David Amram, qui participe à l'aspect dérangeant de l'oeuvre par sa capacité à exprimer en notes les violents troubles intérieurs des protagonistes, est totalement au diapason des principes de mise en scène. La photographie très nette et contrastée, parfois même d'une précision chirurgicale, de Lionel Lindon renforce par son réalisme la crédibilité du film. A l'opposé, certaines scènes sont traitées de façon totalement expressionniste, ce qui désarçonne le spectateur.

Il est important de souligner aussi que si le scénario du film paraît totalement extravagant, la mise en scène de Frankenheimer et le jeu des acteurs réussissent à le rendre tangible ou du moins à lui donner de la crédibilité. Pour produire cette vraisemblance, le ton du film qui raconte des choses horribles est forcément pessimiste. Il s'en dégage une noirceur générale aggravée par les malheurs de Raymond Shaw qui se révèle être l'une des victimes les plus poignantes de l'histoire du cinéma.

L'irrationalité apparente de bien des scènes contrebalance cette méchanceté globale par un ton plus loufoque et décalé. Ainsi dans cette optique, le traitement appliqué par Frankenheimer aux quelques scènes joyeuses leur donne un ton souvent niais et à la limite du ridicule. Cela ne les empêche absolument pas de fonctionner et de remplir leur rôle dramatique, mais le sentiment d'irréalité qui en résulte est à nouveau dans la logique de la paranoïa où les aspects positifs sont forcément suspects et donc sujets à caution quant à leur réalité.
Frankenheimer cherche à faire réagir ses spectateurs physiquement et psychologiquement et y parvient en baignant son oeuvre dans une atmosphère absurde. De cette manière, il empêche son public de réagir rationnellement, le mettant ainsi au même niveau que ses héros ce qui facilite l'identification et l'empathie. Pour ce faire, il utilise judicieusement et avec parcimonie des scènes à l'ambiance surréaliste se servant de leur incongruité et de leur extravagance. Ainsi The Manchurian Candidate demande un effort permanent et intense au spectateur afin qu'il ne se perde pas dans sa complexité, pour décrypter les symboles les plus évidents tout en continuant à suivre l'intrigue tortueuse et assimiler toutes les subtilités qu'il fait passer par la mise en scène.

Frankenheimer sait se servir du symbolisme des cartes à jouer, des vêtements, des déguisements, des objets, tout en introduisant une notion de transgression de ces mêmes symboles aussi importante que leur signification même. Ainsi la dame de carreau est associée à la fois à Mrs Iselin mais aussi à Jocelyn Jordan comme si elles étaient toutes les deux facettes d'une même personne. De même, l'imagerie Lincolnienne (bustes, portraits, déguisements) très présente dans le film sert de contrepoint à la veulerie et aux bassesses du couple Iselin, mais dans le même temps souligne leur désir de grandeur politique et de respect tout en suggérant leur volonté d'assassiner une figure politique importante. Les emblèmes américains sont constamment mis à mal, ce qui souligne la volonté de destruction du même couple mais aussi la décadence idéologique des politiques qui recherchent à tout prix l'efficacité immédiate, bafouant régulièrement les valeurs fondatrices de leur nation.

Frankenheimer utilise une technique de montage difficile à maîtriser et qui consiste à faire fusionner sur une même image deux ou trois scènes dans lesquelles les personnages interagissent sur divers plans dans des unités temporelles différentes. Cette technique permet au spectateur de mieux saisir la psychologie de Raymond. D'autres surimpressions aussi primordiales traversent le film, le parsemant d'images furtives mais à la fois fortes de sens et d'un impact visuel puissant.

Angela Lansbury nous offre sans conteste la prestation de sa carrière en incarnant l'une des femmes les plus effroyables de l'histoire du 7ème art. Son personnage est passionnant par son machiavélisme, son intelligence, sa détermination sans failles et son ambition démesurée. Elle représente la manipulatrice ultime, ne s'appuyant que sur sa force mentale et sa volonté pour littéralement asservir les personnes dont elle a besoin pour arriver à ses fins. Son déguisement de bergère lors de la soirée qu'elle organise à des fins politiques est une métaphore parfaite de sa condition de dirigeante secrète, elle gère son troupeau de moutons avec rudesse et sans respect aucun. Elle campe ainsi une " méchante " sans être unidimensionnelle ou caricaturale.

Raymond est le véritable héros ou plutôt antihéros du film, suscitant au départ un rejet de la part du spectateur tant il est antipathique et suffisant. Grâce aux flashbacks au cours desquels il redevient humain et explique la tendre relation qui l'unissait à Jocelyn, le public va commencer à comprendre ses troubles intérieurs et s'attacher à lui. En fait, Raymond est l'un des personnages principaux de film les plus martyrisés qui soient en ce sens qu'il est véritablement un outil pour tout son entourage. Plusieurs personnages vont se servir de lui en le programmant volontairement ou par erreur pour une action qu'il n'a pas décidé de lui-même.
Laurence Harvey incarne Raymond avec une intensité et un sens du tragique en tous points admirables. Il arrive à exprimer toute une palette d'émotions opposées sans pour autant modifier beaucoup son jeu, se servant essentiellement des changements d'expression sur son visage.

Ce film magistral et profondément perturbant suscite étonnement, réflexion, prise de conscience, le tout à travers une technique artistique originale et novatrice ayant pour objet de rendre le grand public conscient des dérives de la société américaine, où tous les hommes pourraient devenir des moutons sous la houlette d'une horrible bergère.



Image
L'image est proposée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

La définition générale est de très bonne qualité pour un film de cette époque. L'interpositif est très propre, ne laissant passer que quelques petits défauts sans conséquences et le grain présent dans quelques scènes n'est jamais gênant.
La finesse des détails est elle aussi d'un bon niveau, permettant d'apprécier le superbe travail des décorateurs mis en valeur par la mise en scène.
Le contraste est bien géré, ne générant aucune brillance.
Les scènes sombres sont parfaitement restituées grâce à des noirs profonds et purs.
La qualité de l'échelle de gris est excellente et permet d'apprécier à sa juste valeur la superbe photographie de Lionel Lindon.

La partie numérique est à la hauteur, ne générant aucun défaut artificiel digne d'être relevé.
Un transfert d'excellente qualité qui aurait cependant, au vu de l'importance du film, mérité une restauration vraiment complète. Les améliorations par rapport au précédent transfert sont nombreuses et l'apport du 16:9 en est une primordial.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 1.0 mono) et Espagnol (Dolby Digital 1.0 mono).

La dynamique de la bande-son multicanal est d'un niveau fort correct, surtout pour le remixage d'une bande-son de cette époque. Sa présence et sa spatialité savent se faire sentir lorsque besoin est.
Les enceintes arrières sont heureusement peu utilisées mais se montrent efficaces lors des scènes le nécessitant. Une fois de plus, les ingénieurs du son (qui décidément progressent) ont eu l'intelligence de ne pas tenter de générer une vraie piste 5.1 mais plutôt d'améliorer ce qu'il pouvaient dans le matériel existant (déja très travaillé dans le cas de la piste mono) et sans extrapoler.
La musique angoissante de David Amram est très bien rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles et les distortions éventuelles dans le haut du spectre n'apparaissent qu'à volume vraiment élevé.
Les basses fréquences sont limitées durant la majeure partie du film, mais surprennent agréablement lors des scènes de foule ou des coups de feu.

La bande-son monophonique anglaise marque certes le pas par rapport à son homologue multicanal mais reste un précieux document sur la modernité du traitement du son et de la maîtrise du mixage de Frankenheimer.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une remixage de qualité qui permet à cette bande-son très complexe de prendre une ampleur bénéfique tout en respectant les intentions d'origine.


Suppléments/menus
Une section assez décevante pour une édition spéciale étant donné qu'elle ajoute peu aux éléments déja présents sur l'ancienne édition, alors que ce film mérite beaucoup plus.

Le commentaire audio de John Frankenheimer est très complet et instructif sur les difficultés rencontrées sur le tournage, ses intentions de mise en scène, ainsi que sur certaines "erreurs" toujours présentes qu'il n'hésite pas à mettre en avant. Seuls de longs passages silencieux peuvent s'avérer un peu pénibles mais cela n'est rien en comparaison des précisions essentielles apportées par ce commentaire.

L'interview de John Frankenheimer, George Axelrod et Frank Sinatra enregistrée lors de la ressortie du film (8 minutes) parait définitivement trop courte tant les trois ont plaisir à se retrouver et nous conter d'excellentes anecdotes sur le tournage.

Le documentaire intitulé "Queen of Diamonds" (15 mins) propose une interview d'Angela Lansbury où elle revient sur son rôle et la façon dont elle l'a abordé, mais rien de réellement nouveau ne ressort de ce segment qui reste intéressant mais à nouveau a une tendance accrue à la dythirambe envers Frankenheimer.

Le même reproche est à adresser à l'autre documentaire lui intitulé "A little Solitaire" (13 mins), durant lequel le réalisateur William Friedkin explique sa passion pour le film et son admiration sans bornes pour Frankenheimer. Friedkin déborde d'énergie mais peine à vraiment convaincre faute d'argumentation suffisante des points qu'il soulève.

Enfin sont disponibles une galerie de photos et une bande-annonce qui dévoile beaucoup trop sur le film et que nous vous déconseillons de regarder avant le visionnage.

Un ensemble certes intéressant et relativement complet mais les deux nouveaux segments manquent de réel intérêt. Sur un film aussi complexe et novateur que celui-ci, il y aurait pourtant matière à une véritable édition spéciale concoctée par des spécialistes qui auraient ainsi la possibilité de replacer le film à sa juste valeur.



Conclusion
Voici une édition aux performances audio et vidéo absolument réjouissantes, qui auraient pu être encore meilleures cependant avec un remixage complet. Les suppléments forment un ensemble de qualité mais décoivent par le peu qu'ils apportent par rapport à ceux de l'ancienne édition.
The Manchurian Candidate est, vous l'aurez compris, une oeuvre que nous estimons vraiment digne de figurer dans les livres de cinéma aussi bien grâce à son scénario, sa mise en scène moderne et toutes les qualités que nous vantons plus haut.
Une oeuvre que nous vous conseillons donc vivement afin que vous puissiez la découvrir ou la redécouvrir avec un oeil nouveau et en apprécier ainsi toutes les subtilités.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
3,3/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-07-22

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Manchurian Candidate, The

Année de sortie:
1962

Pays:

Genre:

Durée:
127 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby mono
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, documentaires, interview, bande-annonce

Date de parution:
2004-07-13

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