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DVDEF

Bubba Ho-Tep

Critique
Synopsis/présentation
De nos jours, produire un film est plus facile que cela ne l’a jamais été. Autrefois réservé à une élite, l’univers du cinéma apparaît de plus en plus accessible grâce à toutes les technologies qui sont disponibles à moindre coût pour le commun des mortels. L’avènement du numérique y est évidemment pour quelque chose. De plus en plus répandues et bon marché, les caméras numériques professionnelles ainsi que les outils de montage non-linéaire (tel Final Cut) permettent à quiconque de réaliser une œuvre très potable avec un minimum de budget. D’autant plus que de nos jours, la conception d’effets spéciaux est nettement moins coûteuse et laborieuse qu’autrefois. Mais évidemment, un minimum de savoir est requis pour réaliser une œuvre digne de ce nom. D'un autre côté, si produire un film à très petit budget s’avère relativement facile, la distribution en salles des longs-métrages est aujourd’hui plus que jamais réservée aux plus choyés. À une époque où les films soi-disant indépendants sont produits à coups de plusieurs millions, un véritable film d’auteur indépendant d’à peine un million peine à se trouver un distributeur, même s’il s’agit de mettre le film à l’affiche dans quelques salles seulement. Pour eux, seul le profit importe et manifestement ils n’ont aucune foi envers des petites œuvres qui sortent de l’ordinaire. Ironiquement, un film budgété à un million est certainement plus facile à rentabiliser qu’une production à trente millions. Pour obtenir la visibilité souhaitée et parfois méritée, ces petits films indépendants doivent se rabattre à l’internet pour faire connaître leurs mérites et ensuite opter pour une distribution directe en format DVD, où il sombrera très vite dans l’oubli.

Prenez un film comme Bubba Ho-Tep par exemple. Le film, produit au coût d’à peine plus d’un million par le réalisateur et scénariste Don Coscarelli, n’a jamais pu se trouver un distributeur malgré la notoriété du réalisateur auprès de son public cible (il a créé la série-culte Phantasm) et, surtout, malgré la présence au générique de Bruce Campbell, icône pour toute une génération de cinéphiles. Le sujet du film était tout simplement trop éclectique pour qu’un producteur veuille s’en approcher. Condamné à errer de festivals en festivals, dans lesquels le film s’est lentement bâti une réputation grâce à un bouche-à-oreille favorable, le film a finalement pris l’affiche dans quelques cinémas de répertoire nord-américains, dont la plupart d’entre eux ont été obligés d’acheter eux-mêmes leur copie plutôt que de la louer ! En l’espace d’un an, Bubba Ho-Tep s’est rapidement mérité le statut de film-culte, faisant presque salle comble partout où il passait. Constatant finalement le potentiel du film, la MGM acheta les droits de parution de l’édition DVD du film. Il était peut-être un peu tard pour soutenir le film et l’intérêt de la MGM aurait certainement été apprécié plusieurs mois auparavant, mais dans les circonstances cette édition DVD est la bienvenue et permettra certainement au film d’atteindre un public plus large.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de Bubba Ho-Tep, voici :
souffrant d’arthrite et d’un cancer du pénis, Elvis attend patiemment la mort, confiné dans un lit d’une maison de retraite miteuse au Texas. Mais quand une momie vieille de 3000 ans se met à décimer les bénéficiaires de la maison de retraite en leur suçant l’âme à travers l'anus, Elvis décide de prendre les choses en main. Il s’associe avec John F. Kennedy, qui vit incognito dans la pension sous les traits d’un noir, pour combattre la momie et défendre leurs âmes.

Oui, oui, vous avez bien lu. Telle est l’intrigue de ce film délirant, original et franchement savoureux. Mais attention, malgré l’apparente vulgarité de certains éléments (le cancer, le lieu d’extraction de l'âme…), Bubba Ho-Tep ne verse jamais dans le mauvais goût et la scatologie. En fait, considérant son sujet et ses tendances à l’horreur, le film fait preuve d’une belle retenue et évite la facilité graphique. La violence n’est jamais crue et est plus souvent suggérée, et les éléments plus délicats comme le cancer ou la succion d’âme ne sont mentionnés que par les dialogues. On s’aperçoit bien vite que les intentions du réalisateur n’étaient pas de faire un film d’horreur typé et à l’humour décadent. L’originalité du récit est telle qu’il n’est nul besoin de verser dans la surenchère pour faire de Bubba Ho-Tep un film extravagant. En fait, le réalisateur nous prend littéralement par surprise après quelques minutes seulement en allant dans une direction totalement opposée aux conventions du genre. Coscarelli relègue les éléments d’horreur à l’arrière-plan pour en faire véritablement une métaphore sur la vieillesse et la peur de la mort. Toute l’attention est mise sur le personnage d’Elvis, déchu et humilié par son cancer. Il attend patiemment la mort, nostalgique des jours meilleurs. Il cherche désespérément la rédemption, un salut digne non pas de sa popularité mais de tout être humain. Ces éléments, Coscarelli les exploitent non sans loufoquerie, mais d’abord et avant tout avec une sensibilité désarmante. Le climat de mélancolie qui berce l’introspection de Elvis est magnifiquement exploité par une narration hors champ ainsi qu’une géniale trame-sonore empreinte de nostalgie. Pour Elvis et son camarade JFK, la momie symbolise la mort qui est à leur trousse. Leur combat contre la momie, aussi débile soit-il, est en réalité leur dernier combat contre l’inévitable destin qui les attend.

Bien entendu, au-delà de cette métaphore Bubba Ho-Tep renferme quelques moments comiques hilarants ainsi que certaines scènes d’horreurs bien troussées. Le film ne tente pas de cacher ses racines de série-B et les exploite au contraire avec fierté et dérision. Les amateurs de ce genre qui a fait la renommée de Bruce Campbell apprécieront sûrement le style parfois guignol de son personnage (comme ses attaques de Karaté), tandis que les autres se surprendront de la sensibilité avec laquelle l’acteur interprète les tribulations de ce Elvis vieillissant. Bubba Ho-Tep est un film original comme il n’en a jamais été fait auparavant, et exploité avec une réelle profondeur et un véritable soucis d’authenticité. Que voilà l’une des plus belle surprise que le cinéma nous ait offert depuis des lustres, peu importe ce qu’en diront les critiques coincés.


Image
Bubba Ho-Tep est offert au format respecté de 1.85:1 et ce, bien entendu, d’après un transfert 16:9. Dans l’ensemble, la qualité du transfert est très bonne..

Notons en tout premier lieu que pour compenser un manque d’éclairage, les artisans du film ont employé une pellicule très sensible de 800 ASA pour le tournage. Il en résulte un léger grain , omniprésent et, incidemment, un rendu très doux (soft) de l’image. Ces caractéristiques sont évidentes dans ce transfert, rendant du même coup les détails un peu moins précis qu’à l’accoutumée. La définition tire néanmoins le maximum de netteté possible et présente les détails avec une certaine subtilité. Le rendu des couleurs est quant à lui de très bon niveau. Pour accentuer la lourdeur et la tristesse des lieux, les couleurs ont été volontairement dé-saturées. Ces couleurs ternes ont été correctement restituées et ne trahissent aucun débordement ni de fourmillement (chroma noise). Aussi, les teintes de peau ont une apparence des plus naturelle. Le contraste apparaît parfois un peu bas et aurait eu intérêt à être accentué, particulièrement dans les séquences intérieures. Le niveau des noirs est quant à lui parfaitement bien ajusté et ne fluctue jamais. Les noirs présentent une pureté et une profondeur tout à fait honnête mais qui n’est pas totalement exempte de fourmillement, aussi subtil soit-il. Les parties sombres montrent des dégradés qui bloquent occasionnellement.

Curieusement, l’interpositif employé pour le transfert n’était pas dans le meilleur des états. Les points blancs ainsi que les égratignures y sont récurrents et parfois même agaçants. Peut-être est-ce imputable à une manipulation négligée de l’interpositif résultant du budget dérisoire du film ? Heureusement, la partie numérique apparaît sans faille. La numérisation est irréprochable, et le transfert ne trahi aucun défaut de compression.


Son
Cette édition ne nous offre qu’une seule et unique bande-son, en langue anglaise évidemment, et de format Dolby Digital 5.1. Considérant que le film ne s’est jamais mérité de distribution en salles digne de ce nom ni même de promotion au Québec, il en va de sois qu’un doublage français n’ait pas été produit. Pour compenser cette lacune, la MGM a cependant inclus des sous-titres français ainsi qu’anglais et espagnols.

Pour un film de cette envergure, le moins que l’on puisse dire est que ce mixage est étonnant et s’avère certainement digne des bandes-son produites pour les films à gros budget. La dynamique est d'un bon niveau. Le mixage manifeste une belle présence tout au long du film ainsi qu’une profondeur tout à fait honnête, sans être exceptionnelle. Le champ-sonore tire profit de tous les canaux disponibles pour ainsi créer un environnement crédible et vivant. La séparation des canaux est relativement précise et ne souffre d’aucune bavure. Les canaux d'ambiophonies sont régulièrement sollicités (mais sans insistance) pour créer une ambiance crédible et inquiétante, particulièrement dans la pension de vieillesse. Plusieurs effets localisés aussi subtils qu’agressifs sont intégrés. La musique se déploie de tous les canaux, toute en subtilité et en nuances. Il s’agit véritablement du point fort de cette bande-son.

La reproduction des dialogues est problématique, le son variant de très net à très sourd, de parfaitement intelligible à étouffé. Agaçant. L’enregistrement de la voix hors champ bénéficie d’un meilleur traitement et manifeste une bonne présence. Les basses sont omniprésentes et profondes, tandis que l'usage de canal .1 (LFE) est bien géré.


Suppléments/menus
Pour cette édition portant l’appellation «Collector’s Edition », la MGM a manifestement fait beaucoup d’effort pour produire des suppléments intelligents et pertinents qui devraient ravir les amateurs du film.

Vous retrouverez tout d’abord une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Don Coscarelli accompagné de Bruce Campbell. Ceux qui ont déjà écouté une piste animée par Campbell ne seront certainement pas déçus par cette piste puisqu’on y retrouve toutes les grandes qualités qui font de l’acteur un animateur hors pair. Sa bonne humeur, son humour, son articulation sont toujours au rendez-vous, faisant de cette piste l’une des plus captivantes depuis des lustres. Campbell ne se contente pas ici de raconter son expérience de tournage mais agit également à titre de meneur puisqu’il pose constamment des questions au réalisateur. La production du film est ainsi analysée sous plusieurs angles et l’intérêt est constant. Une piste à ne pas manquer.

Une deuxième piste est aussi offerte, celle-ci animée par Elvis lui-même ! En fait, il s’agit évidemment de Bruce Campbell personnifiant le « King » et commentant le film comme s’il ne l’avait jamais vu. Il s’agit évidemment de cabotinage, il y a quelques bon gags mais cette piste s’essouffle, hélas, rapidement.

Autre supplément à ne pas manquer, un excellent documentaire de 47 minutes simplement intitulé The Making of Bubba Ho-Tep. Ce documentaire est divisé en quatre segments, chacun traitant d’un sujet différent. Intelligemment produit et monté, ce dernier couvre l’essentielle de la production du film, que ce soit l’écriture du scénario ou la distribution du film, en passant par le tournage et la composition de la musique, etc. Tous les principaux artisans du film y vont de leurs commentaires. Le documentaire, qui offre quelques très bons moments filmés en coulisses, ne se prend jamais trop au sérieux tout en sachant éviter le piège de la complaisance. Du très bon boulot.

Vous retrouverez ensuite trois scènes coupées, dont deux offrent des commentaires optionnels de Bruce Campbell et Don Coscarelli. Ces scènes sont d’un intérêt limité et n’aurait fait que ralentir le rythme du film, leur retrait est pleinement justifié. À écouter surtout pour les pistes de commentaires qui les accompagnent.

S’ensuit une lecture de la nouvelle ayant inspirée le film et lue par l’auteur de la nouvelle lui-même. D’une durée totalisant tout près de 11 minutes, cette lecture en voix hors champ est agrémentée d’images du film. Ce supplément est intéressant, mais de pouvoir lire nous-même une version textuelle de la novelle aurait été bien plus stimulant.

Finalement, en plus d’un vidéoclip de la pièce-thème du film interprétée par le compositeur Brian Tyler, cette édition comprend une bande-annonce, une publicité télévisée et une galerie contenant plus de 50 photographies. À noter également qu’un très joli livret de 12 pages est inclus dans le boîtier, et lequel comprend une lettre rédigée par Bruce Campbell. Un complément qui est certes le bienvenu.



Conclusion
On ne saurait trop vous encourager à donner sa chance à Bubba Ho-Tep. Il s’agit sans aucun doute de l’expérience cinématographique la plus étrange, la plus originale et peut-être même la plus satisfaisante qu’il nous ait été donné de voir depuis des lustres. À découvrir absolument, si le cœur vous en dit. D’autant plus que cette édition DVD livre la marchandise sur tous les tableaux, à commencer par sa très bonne qualité d’image. Mieux encore, le mixage sonore n’a absolument rien à envier aux méga-productions hollywoodiennes, si ce n’est une meilleure prise de son… Les suppléments sont quant à eux nombreux, étoffés et très pertinents, ce qui n’est pas chose courante de nos jours.


Qualité vidéo:
3,7/5

Qualité audio:
3,9/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2004-06-22

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Bubba Ho-Tep

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
92 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Deux pistes de commentaires audio, documentaire, trois scènes coupées, vidéoclip, bande-annonce, publicité, galerie d'images, lecture de la nouvelle littéraire, et livret de 12 pages

Date de parution:
2004-05-25

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