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DVDEF

High Noon (Collector's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
High Noon est un film mythique à bien des égards, qu'il est de bon ton soit d'encenser soit de dénigrer alors que sa place n'est pas là.

Il s'agit d'une œuvre qui doit son succès et ses qualités aux efforts conjugués de Carl Foreman (scénariste), de Fred Zinnemann (réalisateur), de Floyd Crosby (photographie), de Dimitri Tomkin (musique), d'Elmo Williams (montage), de Stanley Kramer (production), de Gary Cooper et du reste des acteurs. On ne peut lier le succès et l'indéniable réussite artistique du film qu'à la somme de talents précités et réunis à un moment précis, dans le but de tourner une œuvre adulte et accusatrice d'une période noire pour le cinéma américain (le McCarthysme).

Le Shérif Will Kane (Gary Cooper, inoubliable et totalement investi dans ce film) se marie avec la jeune et jolie Amy Fowler (Grace Kelly), le jour de la fin de son mandat. Juste après cette cérémonie conviviale, il apprend que le bandit qui terrorisait la ville avant son intervention sera de retour par le train suivant. Il décide alors (sans que personne ne le lui demande, bien au contraire) d'annuler son départ pour sa lune de miel et de rester pour défendre la ville contre la troupe de malfrats qu'il avait réussi à en chasser. S'ensuit alors la débandade d'une ville qui refuse l'aide de son Shérif, par opportunisme, par rancune ou par lâcheté. Il se retrouve donc seul et brisé pour affronter Frank Miller et sa bande, sa femme condamnant son action par refus religieux de la violence.

Le scénario surprend par son âpreté et son côté réaliste par rapport à la couardise de Hadleyville, dans un genre habituellement plus enclin à encenser voire glorifier le peuple américain et ses valeurs de courage et d'héroïsme. Carl Foreman subit la 'chasse aux sorcières' perpétrée par McCarthy et son administration, alors qu'il est en train d'écrire le scénario. Celui-ci s'en voit donc remanié et tout entier dirigé vers la dénonciation et la démonstration de la veulerie du système dont il fut la victime. Il ne faut pas non plus oublier l'intrigue en temps réel qui permet de faire monter la tension de façon extraordinaire jusqu'au dénouement, Zinnemann n'hésitant pas à faire intervenir de plus en plus régulièrement et intensément la pendule qui rythme l'écoulement du film (allant même jusqu'à ralentir de façon évidente les scènes précédant le climax).

Le personnage joué par Cooper, à la fois humain (il a peur et doute) et incroyablement entêté et borné dans son désir irrépressible de justice et son sens du devoir, est également une des grandes idées de ce film. Au final, malgré leur lâcheté, les habitants du village ont raison de souhaiter son départ car si personne n'avait été présent lors de l'arrivée de Mitchell, les problèmes auraient été en grande partie évités (comme lui dit le juge qui fuit au début du film mais qui au bout du compte applique la solution la plus logique). C'est là toute l'ambiguïté de cette œuvre, car le héros est certes héroïque mais, a contrario des westerns plus anciens, n'a pas forcément raison et remplit sa mission contre l'avis et la volonté de tous. De plus, à cette époque, offrir un rôle primordial et pivot comme celui d'Helen Ramirez (qui fait le pont entre Mitchell, le Shérif et son ex-adjoint par les relations qu'elle a nouée avec eux) à une femme mexicaine tout en la respectant (elle n'est pas une putain mais un membre important de la ville), s'avère for courageux et novateur.

La superbe photographie de Floyd Crosby (ne magnifiant jamais les acteurs ou les décors, diminuant volontairement la profondeur de champ) permet au film de proposer le regard quasi documentaire souhaité par Zinnemann pour renforcer l'aspect parabole de son œuvre.

La musique de Dimitri Tiomkin, vient idéalement supporter la mise en scène et le montage dans leur travail pour faire monter le dégoût du héros et le suspense jusqu'à leur paroxysme.

La réalisation de Fred Zinnemann y apparaît plus inspirée que dans ses autres films, mais reste toutefois trop classique et statique dans son ensemble pour lui permettre d'atteindre le statut de chef d'œuvre définitif dont il a la réputation. Il faut cependant lui reconnaître des passages fort impressionnants, collant parfaitement à l'esprit du film (la scène finale du duel qui isole Copper par ses beaux mouvements de grue).

Si le film est marquant c'est grâce à la conjonction de la mise en scène, de la photographie et du montage. C'est ce dernier qui apporte par son audace la touche de modernité qui évite au film d'être bloqué par son classicisme.

Il s'agit d'une œuvre passionnante et courageuse qui malgré une morale parfois ambiguë (apologie de la violence contre la négociation), parvient à élever le Western au rang de genre primordial (il reçut trois Oscars pour la musique, le montage et le jeu de G. Cooper). Tous les artisans du film ont contribué à sa qualité technique et Gary Cooper prit de gros risques à s'investir dans un rôle dont les valeurs vont à contresens de celles qui ont fait son succès. A ce titre, la toute fin du film et son côté anti-américain provoqua son petit scandale à l'époque . Il s'agit toujours d'un des principaux arguments de ses détracteurs.

On peut lui préférer un film comme 3:10 to Yuma de Delmer Daves (1957) sur une intrigue voisine, qui s'avère encore plus concis et moderne mais dont la réalisation à été possible grâce à High Noon qui a ouvert la voie du Western adulte.


Image
Ce nouveau transfert est proposée dans son format d'origine, le 1.33:1.

La définition générale est acceptable mais moins précise que d'autres films de la même époque sortis récemment en DVD. L'interpositif est plutôt sale et on s'étonne une fois de plus, que cette étape primordiale ait l'air d'avoir été oubliée. Le contraste est lui bien géré et permet d'avoir un étalement des hautes lumières. Les scènes sombres sont toujours bien rendues et les dégradés de gris rendent bien toutes les nuances de la photo (très à plat). La partie numérique du film montre régulièrement ses faiblesses par des fourmillements sur tous les plans larges et une compression parfois limite. Il faut cependant noter qu'une fois que notre œil s'y est habitué, ces défauts s'avèrent relativement peu gênants. Il est donc dommage qu'Artisan n'ait pas poussé plus loin sa restauration, ce qui leur aurait permis de nous proposer la version définitive de cette œuvre (que la technique est capable de nous offrir à l'heure actuelle).


Son
Les bandes-son sont disponibles en Anglais (DD 3.1) et Anglais (DD 1.0 mono). Bizarrement les bandes-son française et espagnole offertes avec la première édition DVD (Republic Pictures) n'ont pas été incluses...

La bande-son restaurée est proposée dans un curieux format, le 3.1. Sa dynamique s'avère bonne et la présence et la spatialité de la bande-son s'en trouvent vraiment améliorées par rapport à la version mono. La musique bénéficie beaucoup de cet apport et reprend ainsi l'importance qui est la sienne. Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles dans les deux versions. La présence d'un canal dédié au grave ne semble pas évidente et donc il manque un peu de profondeur et d'assise à ce remixage. La bande-son mono s'en tire donc fort bien même si son impact est moindre que sa consœur multicanaux.

Il n'y a aucunes options de sous-titres ce qui est fort dommage.


Suppléments/menus
C'est une section importante du DVD qui montre que si un éditeur le souhaite il peut trouver et rassembler des informations intéressantes sur un film dont la majorité des artisans sont décédés.

Le commentaire audio est donc réalisé par Maria Cooper-Janis (la fille de G. Cooper), Johathan Foreman (fils de Carl Foreman), Tim Zinnemann (le fils du réalisateur) et John Ritter (le fils de Tex Ritter). Ce choix peut paraître curieux au premier abord mais s'avère finalement judicieux. En effet, il s'agit pour eux de l'œuvre la plus connue à laquelle leurs parents ont participé, du coup ils ont grandi et vécu avec toute leur vie. Ils ont donc eu le temps de développer une réflexion et un avis pertinent sur ce film. Si leur commentaire n'a pas la rigueur ou l'intérêt des meilleurs du genre, il s'avère passionnant et agréable à écouter.

Un documentaire intitulé Behind High Noon (9'47) nous permet de voir ces même personnes en interviews vidéo. Ils reviennent sur le film et surtout comment leurs parents en ont vécu le tournage. Un autre documentaire intitulé The Making of High Noon (22'09) présenté par Leonard Maltin , offre un regard intéressant sur le mélange de modernité et de classicisme du film. Il revient aussi sur l'influence qu'aura cette œuvre sur le genre Western dans les années qui la suivront. Sont présentes d'intéressantes entrevues de Lloyd Bridges (qui joue l'adjoint de Cooper), de Fred Zinnemann lui-même et de Charles Kaufmann (le producteur). Le seul reproche que l'on peut faire à ce documentaire bien fourni et monté, est de pêcher par excès d'enthousiasme pour l'ouvre. Malgré le fait que ses commentaires soient pertinents, Maltin prête à High Noon une originalité et une influence plus importante que la réalité.

Est également proposée une interview radio de Tex Ritter (le chanteur qui enregistra la chanson du film) qui s'avère peu intéressante car trop centrée sur l'homme et sa carrière personnelle. De même, les bandes-annonce proposées sont en fait des publicités (beaucoup trop partiales) pour les éditions DVD de High Noon, Rio Grande et The Quiet Man. Il aurait été tout de même préférable de disposer de la vraie bande-annonce de High Noon.

Une section donc fort bien réalisée et d'un intérêt certain. Les efforts qu'ils ont dû déployer pour réunir tout ces intervenants sont récompensés par la qualité des segments qu'ils en ont tiré.

Une initiative qui devrait être suivie plus souvent par des éditeurs DVD aux moyens plus importants.



Conclusion
Une belle édition grandement recommandée, telle que la méritait ce film, dont les défauts sont d'être un peu justes techniquement (même si le résultat final est correct). Un film à découvrir et redécouvrir, permettant d'initier les plus jeunes au Western américain par ce qu'il a de meilleur


Qualité vidéo:
3,0/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-10-04

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
High Noon

Année de sortie:
1952

Pays:

Genre:

Durée:
87 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Artisan

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 4.1
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:

Suppéments:
Piste de commentaires audio animée par la fille de Gary Cooper, le fils de Carl Foreman, le fils de Fred Zinnemann et le fils de Tex Ritter. Un segment portant sur la réalisation du film (The Making of High Noon), un documentaire intitulé Behind High Noon, une interview audio d'époque de Tex Ritter et une bande annonce du film

Date de parution:
2002-10-22

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