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DVDEF

Martyrs

Critique
Synopsis/présentation
Depuis quelques années, le cinéma d'horreur français semble connaître ses heures de gloire. N'ayant jamais réellement brillés par le passé, les films d'épouvante qui nous arrivent de chez nos voisins français semblent, pour plusieurs fanatiques, représenter l'espoir ultime d'un renouveau du genre. En effet, des oeuvres comme Haute Tension d'Alexandre Aja, À l'intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo ou encore Ils de Xavier Palud et David Moreau montrent la richesse et la créativité du cinéma d'horreur français. De plus, certaines de ces oeuvres ont marqué les esprits au point d'influencer toute une génération de cinéastes américains (Aja, Palud et Moreau ayant eux-mêmes traversés l'Atlantique pour tourner à Hollywood). Mais voilà, aussi efficaces soient-elles, ces oeuvres demeurent au final relativement simplistes dans leur propos. Leur mise en scène est irréprochable et assez caractéristique pour chacun des cinéastes mentionnés plus haut, mais aucun n'avait encore offert un film transcendant dans son propos.

C'est pourquoi le film dont il est question ici nous intéresse beaucoup. Co-produit avec le Québec (vous reconnaîtrez plusieurs visages du cinéma québécois actuels), Martyrs est le deuxième long-métrage du cinéaste français Pascal Laugier. Présenté dans plusieurs festivals européens et surtout au Festival du film de Toronto et au Festival du Nouveau Cinéma en 2008, Martyrs arrive avec une réputation digne de celle d'Irréversible. On a qualifié le film de choquant, d'horrifiant, d'horrible, d'insupportable et d'insoutenable. Il faut avouer, qu'en effet, les échos du visionnement d'un film d'horreur sont aussi éloquents, notre curiosité n'en est que plus attisée. C'est donc avec un certain enthousiame et un certain scepticisme que nous avons assisté à Martyrs.

Inutile de le cacher, d'abord, l'oeuvre de Laugier est d'une violence absolument inouïe. Rarement encore un film n'avait été aussi violent et insoutenable face à la vision de cette violence. Le film présente différentes formes de violences : la violence physique, la plus directe, pratiquée sur les protagonistes du film, mais aussi celle infligée au spectateur par le moyen du langage cinématographique (on pensera ici naturellement aux fondus au noir de la deuxième partie du film qui exercent une agression volontaire sur le spectateur). Reste évidemment une violence psychologique toute aussi troublante et percutante toute autant pour les personnages du film que pour le spectateur. Ce dernier se retrouve d'ailleurs complètement perturbé par un scénario totalement imprévisible qui nous amène dans des directions inimaginables. Voilà pourquoi il devient complètement futile de tenter de dresser un synopsis de l'oeuvre, puisqu'elle ne sert que de point de départ à une véritable décente aux enfers, encore une fois, chez le spectateur et les personnages.

Toujours dans cette idée de violence, puisque c'est ce qui caractérise aux premiers abords le film de Laugier, plusieurs ont reproché à Martyrs sa mysoginie radicale. En effet, présenté dans un long-métrage une violence presque exclusivement féminine pousse à qualifier de tout de mysogine. Si on ajoute à cela le titre du film qui doit être porté par des femmes, tout pointe vers cette vision. Or, voir le film sous cet angle serait extrêmement réducteur et ne permettrait pas de voir toute la profondeur et la portée du propos qu'élabore Laugier dans son film. Sans rien révéler des revirements de l'intrigue ou encore de son dénouement, précisons simplement que la violence subie permet à la femme d'accéder à un savoir qui demeurera exclusivement féminin. Un savoir qui n'est digne que d'être porté et révélé que la femme. Et ne serait-ce que pour cette raison, le film de Laugier ne peut être qualifié de mysogine. De plus, ce savoir révélé est permis par une acceptation de la femme à se faire infligée cette violence. Le statut de martyr demeure donc un choix et il se justifie par la raison la plus pure qui soit : l'amour. C'est ce que nous raconte aussi plus subtilement le film de Laugier, l'histoire d'amour d'une femme pour sa meilleure amie et ce à quoi elle est prête à sacrifier par amour pour elle.

Vous l'aurez compris, Martyrs n'est pas une oeuvre pour tous. C'est un film extrêmement violent, au scénario complètement déstabilisant et au propos complètement fascinant. Il s'agit d'un film d'horreur radical, qui dérange et qui risque de suciter bien des réactions qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Et c'est d'ailleurs le propre de bien des grands films, diviser les spectateurs


Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

Nous avons ici un excellent transfert qui reproduit avec une belle finesse l'esthétique du film. Le matériel source (le film a été tournée en 35 mm et en 16 mm pour la partie du générique) était visiblement dans un état impeccable puisque aucune anomalie n'est perceptible. Seul le grain cinématographique de la partie en 16 mm est perceptible et n'est pas nécessairement désagréable pour l'oeil aguerri. L'image affiche donc une très belle netteté. Le niveau de détails et de textures reproduit est tout aussi satisfaisant. Les excès de gore pourront donc être appréciés par les amateurs. Le rendu des couleurs est également sans tache. Elles sont reproduites avec précision et richesse. Le niveau des noirs est aussi parfaitement gérés évitant tout effet de surbrillance. Quant aux dégradés, ils sont fluides et précis offrant ainsi de superbes parties sombres (surtout dans la deuxième partie). Ce sont des noirs purs et profonds qui complète ce très satisfaisant transfert.

La partie numérique se sauve logiquement de tout défaut majeur apparent puisque le film seul est offert sur cette édition.


Son
Nous retrouvons deux bandes sons sur cette édition, toutes deux disponibles en version originale française. La première est offerte au format Dolby Digital 5.1 et la deuxième au format Dolby Surround 2.0.

Le mixage 5.1 répond précisément à l'univers sonore du film. Le dynamisme est souvent saisissant alors que la présence est plus que solide. Le déploiement du champ sonore s'effectue de façon assez judicieuse. Naturellement, la majorité des éléments sonores sont entendus à partir des ouvertures frontale et latérale. Mais heureusement, le mixage profite habilement du potentiel multicanaux et les enceintes arrière ne servent donc pas uniquement à appuyer les ambiances. Elles permettent aussi quelques effets d'ambiophonie souvent très intéressants et toujours réussis, ajoutant ainsi une belle profondeur à l'ambiance sonore. Les dialogues demeurent constamment et parfaitement intelligibles alors que la trame sonore s'intègre avec subtilité au mixage. Le canal de basses fréquences gronde assez fréquemment, particulièrement pour mieux appuyer la trame sonore, et ce avec précision et profondeur alors que le canal d'extrêmes graves se manifeste un peu plus rarement, mais néanmoins avec une certaine efficacité.

Des sous-titres anglais sont disponibles.


Suppléments/menus
Malheureusement, seules trois bandes-annonces du film (deux « teaser » et une bande-annonce) sont disponibles sur cette édition.



Conclusion
Martyrs est précisément le type de film d'horreur qui fera avancer le genre. Déstabilisant, radical, dérangeant, ultra-violent. mais aussi fascinant, profond et troublant, le deuxième film de Pascal Laugier mérite une place de choix dans l'histoire du cinéma d'épouvante. Le temps nous précisera les choses, mais reste qu'il s'agit d'un film qui ne laissera aucun spectateur indifférent. L'oeuvre ne fait pas qu'accumuler les scènes de boucherie. Elles servent un propos immuable du cinéma d'épouvante et transcende la question féministe qui est toute aussi au centre d'évolution du genre dans l'histoire du cinéma.

L'édition offerte ici a techniquement très peu à se reprocher. Le transfert est très satisfaisant et reproduit précisément l'esthétique gore et sale du film, et le mixage audio qui permet d'immerger subtilement dans la décente aux enfers qu'est le film. Par contre, au niveau des suppléments, on ne peut que regretter leur absence étant donné la participation québécoise à la co-production du film. Reste évidemment le film lui-même qui devra demeurer la seule et unique raison de l'achat, raison tout à fait justifiable pour qui se sent interpellé par le genre de films qu'est Martyrs. Vous aurez été prévenu.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
0,5/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2009-05-07

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur LG 37LG30, Lecteur Blu-Ray Sony (BDPS350), Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Martyrs

Année de sortie:
2007

Pays:

Genre:

Durée:
100 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Française Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Bandes-annonces

Date de parution:
2009-03-24

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