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DVDEF

Grapes of Wrath, The

Critique
Synopsis/présentation
John Ford, l'un des géants du cinéma américain, adapte l'un des plus grands romanciers américains et le résultat est une oeuvre combinant les talents des deux grands artistes tout en étant profondément ancrée dans l'histoire sociale des Etats-Unis.

On y suit le parcours de Tom Joad (Henry Fonda) alors qu'il sort de prison, plus tôt que prévu du fait de son bon comportement en détention. Il retourne dans son pays natal et découvre avec désespoir que sa famille a été chassée de ses terres par un propriétaire peu scrupuleux. Révolté par la situation, il n'aura cependant pas d'autre choix que de suivre sa famille dans son exil en Californie, afin d'essayer de trouver du travail dans cet état qui leur est présenté comme une véritable "terre promise". Il n'en sera bien évidemment rien et cette courageuse famille devra traverser bien des péripéties dramatiques avant de parvenir à un semblant d'harmonie dont on ne saura jamais si elle est durable.

Steinbeck est clairement l'un des écrivains américains les plus sensibles et proches du peuple du 20ème siècle, et son relatif classicisme paraît aller comme un gant à John Ford, qui semble s'être approprié cette histoire comme si elle était sienne.
Le traitement des personnages est étonnamment moderne et Tom Joad paraît bien loin du héros sans peur et sans reproches traditionnel du cinéma américain de cette époque.
Un certain manichéisme inprègne tout de même le film mais la situation historique est tellement révoltante et "simpliste" dans ses tenants et aboutissants que le rythme ou la pertinence de l'oeuvre ne s'en ressent jamais.
Tom Joad est donc un être humain avec ses qualités et ses gros défauts (son impulsivité irrésistible) et il en va de même pour tous les membres de sa famille, véritablement déchirée et écartelée par cette situation économique catastrophique (comme l'expliquera sa mère dans un monologue vraiment émouvant).

Les autorités californiennes sont attaquées de plein fouet et l'on se frotte souvent les yeux devant les situations qui nous sont dépeintes à l'écran (et que l'ont sait véridiques). Il est donc courageux de la part de John Ford, défenseur devant l'éternel des grandes valeurs traditionnelles américaines, d'oser porter à l'écran de façon si directe la misère que connurent ses concitoyens durant ce qui fut l'une des périodes les plus noires de l'histoire des Etats-unis.

On sent clairement chez lui le désir de fustiger par tous les moyens possibles les violentes injustices dont fut victime la majeure partie des américains, condamnés à errer à travers le pays comme des âmes en peine à la recherche du prochain employeur/exploiteur qui tentera de les user jusqu'à la corde en leur donnant le moins de salaire possible en compensation.
Néanmoins, l'espoir reste de mise au pays des rêves les plus fous et toute la dernière partie du film où la famille Joad se réfugie dans un camp aux règlements et fonctionnement tout ce qu'il y a de plus démocratique et juste, paraît un peu faible et moins juste et marquante que le reste du film.
L'évidente naïveté et la sensation d'irréalisme qui s'en dégage amoindrissent un petit peu la porté du film mais il nous semble qu'il s'agit là d'une volonté conjointe de Steinbeck, son adaptateur Nunnally Johnson (également producteur associé du film) et de John Ford.
Le combat de Joad et des dizaines de milliers de malheureux littérallement jetés à la rue pour le plus grand bénéfice de quelques riches profiteurs reste proéminent et en ce sens, le personnage désabusé de l'ancien prêcheur ne se sentant plus digne d'exercer, Casy (John Carradine), paraît aussi voire même plus important scénaristiquement et idéologiquement parlant que celui de Tom Joad (pourtant réferrent du spectateur). Casy représente la désillusion la plus profonde du peuple américain qui perdit un moment foi en ses valeurs propres, et en cela sa mort paraît bien logique scénaristiquement parlant (et époque oblige). Malgré sa propension au meurtre et à la violence, Tom restera plus positif aux yeux du scénariste et de Ford en ce sens que malgré toute sa colère et son ressentiment, il gardera toujours espoir et sera le véhicule de valeurs positives néanmoins transmises et explicitées par le martyre désenchanté Casy.

Ford met toute sa maîtrise du matériau filmique au service de son histoire et compose pour cela parmi les scènes les plus poignantes de son cinéma. Jane Darwell et Russell Simpson qui interprêtent les parents Joad sont vraiment très expressifs et leur foi quasi aveugle en le système de leur nation les conduit à être les personnages les plus touchants du film. Il est d'ailleurs symptomatique de noter que Ma Joad sera à plusieurs reprises désignée comme le seul maître à bord et véritable matriarche de la famille, faisant de la femme le véritable pilier fondateur des familles américaines typiques en ces temps difficiles. Tom et Casy sont clairement l'avenir des Etats-Unis et si le penseur est clairement trop désabusé pour pousuivre son chemin, il aura eu le temps de transmettre le fruit de ses réflexions et une nouvelle idéologie plus juste (?) à l'impulsif Tom, qui nous n'en doutons pas fera tout ce qui est en son pouvoir pour les mettre en application.
La mise en images des sentiments exacerbés des personnages par le biais d'une mise en scène à la fois illustrative et émotionnelle est l'une des marques les plus évidentes de l'immense talent de John Ford en tant que cinéaste. Celui-ci voit d'ailleurs ses cadres et leurs compositions ainsi que ses acteurs magnifiés par la photographie très travaillée de Gregg Tolland qui sait osciller en permanence entre iconification (Casy, Tom, la mère, les grands parents) et réalisme le plus brut, parvenant ainsi à un équilibre très significatif de ce que souhaite exprimer le film.
Nous émettrons par contre quelques réserves quant à la musique qui paraît beaucoup moins investie par le film que ses autres éléments constitutifs. Elle ressemble en effet beaucoup à celle d'une production classique et non engagée pour être vraiment à la hauteur pour relayer la puissance du jeu des acteurs et de la mise en scène de Ford.

The Grapes of Wrath est donc une oeuvre essentielle qui, malgré ses particularités (idéologie typique de Ford et manichéisme parfois réducteur), est à classer au panthéon des films qui comptent. La diffusion dans le cadre scolaire d'un tel film paraît une évidence de par les questionnements essentiels qu'il soulève quant aux notions de justice, d'histoire et de fraternité humaine (même si Ford y donne parfois de curieuses réponses).








Image
L'image est présentée au format respecté dee 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est de bon niveau mais surtout assez incroyable pour une oeuvre datée de 1940. L'interpositif est très propre, seuls quelques points et traits restant peu visibles et le grain étant limité au maximum. La finesse des détails manque parfois de précision mais s'avère excellente pour un film de cette époque.
Le contraste est bien géré même si quelques brillances sont décelables à deux ou trois moments.
Les parties sombres du film sont honnêtement restituées même si les noirs s'avèrent à plusieurs reprises plus bouchés de ce à quoi on aurait pu s'attendre, sans pour autant que cela ne devienne jamais vraiment gênant. Les noirs sont par ailleurs relativement profonds mais pas assez purs pour une restitution impeccable des passages sombres qui manquent par conséquent de définition.

La partie numérique est exempte de reproches majeurs mais laisse cependant apparaître à plusieurs reprises quelques effets moirés qui ne s'avèrent pourtant que peu gênants.
Un transfert donc non exempt de défauts mais néanmoins exceptionnel pour une oeuvre de 1940, et qui permet aux spectateurs de pouvoir apprécier cette oeuvre dans des conditions que l'on peut qualifier d'idéales une fois toutes les limitations dues à l'âge prises en compte.


Son
Les trois bandes-son proposées sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 2.0 stéréo), Anglais (Dolby Digital 1.0 mono) et Espagnol (Dolby Digital 1.0 mono).

La bande-son stéréophonique anglaise offre une dynamique tout à fait dans la norme de ce que l'on est en droit d'attendre pour un film de cette époque. La remasterisation en stéréo lui permet d'offrir une présence et une spatialisation accrues, mais qui restent dans la logique du reste de la bande-son. Cependant un problème d'écho et de réverbération fait que certaines parties de la bande-son donnent l'impression d'avoir été enregistrées dans un tunnel, sans pour autant que cela ne devienne vraiment gênant.
Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles et la qualité de la restauration fait que les sifflements et les parasites ont été limités autant que faire se peut.
Les basses fréquences sont très logiquement vraiment anecdotiques.
La bande-son monophonique anglaise paraît dont plus étouffée mais aussi plus juste et naturelle dans son rendu. Aucune des deux bandes-son anglaises n'est donc parfaite, mais la monophonique nous semble la plus proche des intentions d'origine de Ford.

Les sous-titres sont disponibles en Anglais et Espagnol. Il y a également option de sous-titrage en français bien que cela ne soit pas indiqué sur le boîtieré
Ces bandes-son s'avèrent moins satisfaisantes que l'image mais restent néanmoins les meilleures versions entendues à ce jour et malgré leur défauts respectifs remplissent bien leur office, sans limitations majeures.


Suppléments/menus
Une section un peu légère mais dont la qualité du commentaire audio fait oublier ce "défaut".

Sur la même face que le film sont disponibles un commentaire audio et le prologue Anglais du film.
Le commentaire de Joseph McBride (historien du cinéma) et Susan Shillinglaw (spécialiste de Steinbeck) est absolument remarquable en ce sens qu'il combine nombre de qualités. Les deux interlocuteurs nous renseignent intelligemment et de façon complète sur les faits historiques autant que sur les qualités purement cinématographiques de l'oeuvre de Ford, mais également sur les choix d'adaptation par rapport au livre de Steinbeck.
Ce commentaire nous offre donc toutes les informations et analyses nécessaires à une parfaite compréhension de l'oeuvre et cela de façon divertissante, sans plomber le ton par une approche trop scolaire bien que les deux intervenants soient des professeurs.
Le prologue anglais consiste juste en quelques lignes en début de film, censées expliquer aux spectateurs non-américains les problèmes typiquement américains décrits dans cette oeuvre et dont la non-connaissance peut faire défaut au spectateur.

Sur la seconde face du disque sont disponibles un documentaire, des news de l'époque, une galerie de clichés, une bandes annonce du film, des promotions pour All About Eve, An Affair to Remember, Anastasia, The Day the Earth Stood Still, The Ghost and Mrs. Muir, et My Darling Clementine, et pour finir une comparaison avant/après restauration.

Le documentaire de 45 minutes est une sorte de rétrospective de la carrière du producteur Star intitulée : "Darryl F Zanuck : 20th Century Filmmaker". Voici un document passionnant pour qui s'intéresse à l'histoire des grands studios et producteurs américains, qui contient de nombreuses interviews intéressantes et bien montées. Cependant, le néophyte ou le non passionné par ces domaines aura plus de mal à trouver son compte avec ce documentaire.
La bande-annonce de The Grapes of Wrath est de bonne qualité générale et retranscrit bien l'esprit du film.
Pour finir, le documentaire sur la restauration permet de réaliser à quel point le travail effectué est de qualité et que malgré les défauts qui subsistent, ce transfert est une vraie bénédiction.

Cette section est donc intéressante mais manque d'un vrai documentaire sur la réalité de la grande dépression américaine et surtout une mise en perspective avec le livre de Steinbeck et sa version cinématographique de Ford pour être complête.



Conclusion
Une belle édition qui malgré ses imperfections, bien pardonnables au vu de l'âge de l'oeuvre, est une vraie aubaine pour les amateurs du film et de l'oeuvre de John Ford. Les suppléments sont intéressants même si ils passent l'histoire ayant inspirée le film quasiment sous silence.

Un film militant qui, non content de dénoncer une situation qui paraît toujours totalement incroyable à notre époque, est de surcroît l'adaptation réussie d'un monument de la littérature américaine classique.
En cinéaste conscient du pouvoir de l'image, Ford réussit l'exploit d'être à la fois fidèle à son style tout en sortant de ses habitudes de réalisateur et il nous offre ainsi un film fort et bouleversant qui remplit donc parfaitement sa mission en tant que film de cinéma.
Des films comme on voudrait en voir plus souvent et dont le "clacissisme" est garant d'immenses vertus beaucoup moins rédhibitrices sur un tel sujet, qui nécessitait un tel traitement, direct et concerné.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,1/5

Suppléments:
3,2/5

Rapport qualité/prix:
3,6/5

Note finale:
3,3/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-07-05

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Grapes of Wrath, The

Année de sortie:
1940

Pays:

Genre:

Durée:
129 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Oui

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo
Anglaise Dolby mono
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Espagnol
Français

Suppéments:
Commentaire audio, prologue anglais, gallerie de photos, démonstration de restauration

Date de parution:
2004-04-06

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