Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Sunset Boulevard (Special Collector's Edition)

Critique
Synopsis/présentation
Billy Wilder est l'un des grands maîtres de la comédie américaine et certainement le plus corrosif d'entre eux. Il pourrait passer pour un cynique et pourtant il ne l'est point, et il se contente d'observer le monde et d'en rendre dans ses oeuvres l'absurdité et la bétise.

Ses trois premiers films ne marqueront pas spécialement les esprits. Par contre, dès Double Indemnity (1944), il sera remarqué de la critique et apprécié du public. A noter qu'il est co-scénariste sur quasiment tous ses films et que du coup, les thèmes qui y sont abordés prennent une résonnance particulière et très personnelle (l'ambition, l'obsession de la réussite). Avec A Foreign Affair (1948), il sera attaqué pour anti-américanisme pour avoir osé montrer les troupes américaines se livrant au marché noir et un officier avoir une liaison avec une ancienne SS. Ensuite, il réalisera l'un de ses chefs d'oeuvre, le film qui nous intéresse aujourd'hui : Sunset Boulevard (1950). Son film suivant sera une autre de ses grandes réussites, au ton très acerbe montrant sans concessions le cynisme du public américain, The Big Carnival (1951). Il connaîtra ainsi un cuisant échec commercial après le succès que lui avait assuré Sunset Boulevard. Puis au cours des 30 années que durera encore sa carrière, il alignera des oeuvres aussi intéressantes ou essentielles que : Stalag 17 (1953), The Seven Years Itch (1955), Witness for the Prosecution (1958), Some Like it Hot (1959), The Appartment (1960), One Two Three (1961), Kiss Me Stupid (1964), The Fortune Cookie (1966), The Private Life of Sherlock Holmes (1970), Avanti (1972), Fedora (1978).

La plupart de ses meilleurs films ne furent pas des succès du fait de leur capacité à choquer et provoquer le public et les critiques bien pensantes. De plus, son sens de l'étrangeté (rarement présente dans le monde de la comédie) déroutera plus d'un spectateur et fera que ses oeuvres les plus classiques auront les meilleurs résultats au guichet (The Lost Week End (1945), The Emperor Waltz (1948), Sabrina (1954), Irma la Douce (1963)). Billy Wilder maîtrisait parfaitement la construction comique de ses oeuvres et cela faisait de lui le dernier géant du style (avec Blake Edwards) qui, il faut bien le reconnaître, a eu tendance à s'alourdir et se simplifier. Sa finesse et sa subtilité ont souvent été ignorées et les critiques, choqués par l'acuité du regard du cinéaste sur la vie, préféreront le taxer de cynique, de misanthrope et de pessimiste. Heureusement pour nous, B. Wilder n'était pas comme ses héros (petris d' ambition et obsédés par l'appat du gain) et a pris à plusieurs reprises le risque au cours de ses 39 ans de carrière de faire les films qu'il souhaitait et non ceux que l'on attendait de lui.

Sunset Boulevard (1950) est à la fois l'un des meilleurs films de B. WIlder et en même temps, l'un de ses plus grands succès. Paradoxalement, s'il contient beaucoup d'éléments de comédie, il est loin d'être toutefois l'oeuvre la plus représentative de la carrière de son auteur. On y suit Joe Gillis (William Holden), un jeune scénariste prometteur d'Hollywood qui traverse une mauvaise passe financière et professionnelle. Il atterrira par hasard dans une magnifique maison à l'air abandonné, qui s'avère être celle d'une star du cinéma muet. Celle-ci, Norma Desmond (Gloria Swanson), vit toujours dans l' opulance et l'illusion de son importance et son succès auprès du public, alors qu'elle est oubliée depuis longtemps. Se nouera entre le jeune arriviste et l'ex-star vampirique (dans son comportement envers tout ce qui fait partie de son univers clos) une relation d' attirance-dépendance des plus étranges et fascinantes. Un troisème personnage essentiel, Max (Eric Von Stroheim), une sorte de domestique dévoué corps et âme à Norma Desmond, se révèlera d'une importance capitale dans le déroulement de leur relation. Nous ne vous dévoilerons rien de plus sur l'intrigue et ses particularités (la fabuleuse scène d'introduction, l'implication de Max) tant elle est surprenante, des plus étranges et participe en grande partie au plaisir du premier visionnement de l'oeuvre. La qualité de la mise en scène est absolument remarquable et toujours au service du scénario. Elle n'est jamais gratuite, toujours inventive (les plans dans la piscine, la descente finale des escaliers) et possède un côté fascinant que l'on retrouve aisément chez David Lynch (qui cite Sunset Boulevard comme influence majeure pour Mulholland Drive). Comme Sunset Boulevard, Singing in the Rain(1952) traite de l'univers du cinéma. La différence majeure entre ces deux oeuvres se situe au niveau du regard des réalisateurs. Stanley Donen et Gene Kelly jettent un regard positif sur les milieux hollywoodiens (comédie musicale oblige), alors que Wilder lui voit ce même milieu de façon beaucoup plus noire et pessimiste mais sans aucun doute plus réaliste. Wilder préfigure ainsi ce que l'on appelera la fin de l'age d'or hollywoodien.

Le scénario est d'une complexité incroyable au niveau des sous-entendus et du second degré alors qu'il est relativement simple en apparence. Il possède la même faculté d'envoutement que la mise en scène ou le jeu des acteurs, et concourt à rendre cette oeuvre inoubliable. Ses dialogues sont parmi les meilleurs qui soient et les personnages portent bien la marque de Billy Wilder. La complexe réflexion qu'il mène sur le monde du cinéma, sa faculté d'illusion (N. Desmond croit toujours être une star), sa mechanceté (C.B. DeMille est d'un cynisme incroyable avec Norma), son pouvoir d'attirance (les magnifiques scènes sur le plateau du film de DeMille), sont absolument uniques et aucun autre film sur le monde du cinéma ne possède ni son acuité, ni sa richesse. De même, tous les interprêtes sont au diapason des qualités précitées. Gloria Swanson est incroyable, à la fois ridicule et pathétique ou envoutante et fascinante (Joe Gillis s'y laissera d'ailleurs prendre). De plus, sa situation d'ancienne star du muet qui effectue son retour avec ce film est troublante et rajoute encore au côté fascinant de l'oeuvre. William Holden est parfait en jeune scénariste cynique et arriviste qui se laisse prendre à son propre piège. Il est le véritable ciment du film par le truchement de la voix off. Sa voix est réellement hypnotisante et la qualité de l'écriture de son monologue font qu'il est notre guide, notre repère à travers le film.
Eric Von Stroheim apporte la touche de classe, de distinction et également d'étrangeté nécessaire à son rôle. De plus, en tant que réalisateur de Queen Kelly (1929), dont Gloria Swanson était l'héroïne, il partage avec elle un point commun troublant entre lui et son personnage qui rajoute encore à l'ambiance distillé par le film (Wilder exploitera parfaitement cet état de fait dans son scénario). Un mot enfin sur la superbe photographie (parfois très sombre, à d'autres moments très lumineuse) que l'on doit à John F. Seitz, et sur la magnifique musique de Franz Waxman (qui gagna d'ailleurs un Oscar) sans laquelle le pouvoir de fascination du film ne serait pas le même.

Une oeuvre majeure du cinéma, à la fois film noir (pour les destins tragiques des héros), comédie (pour sa structure comique et ses dialogues, malgré sa noirceur), réflexion sur le cinéma et son pouvoir et à la limite, film schizophrène tant l'univers de Norma Desmond semble hermétique à son époque (comme perdu dans une autre dimension). Un film à découvrir de toute urgence pour les malchanceux qui l'auraient jamais vu.



Image
Cette édition nous offre une image au format respecté de 1.37:1.

Le nouveau transfert proposé par la Paramount offre une définition générale quasi parfaite et ce malgré les difficultés présentées par la complexe photographie. De plus, la méticuleuse restauration image par image permet d'offrir un interpositif immaculé, ce qui est assez incroyable pour une oeuvre de cette époque. Du coup, la finesse des détails est du même accabit et permet de voir Sunset Boulevard dans des conditions vraiment idéales. Le contraste est également géré de façon exceptionnelle et évite toutes les brillances qui auraient pu venir parasiter ce transfert. Logiquement, les parties sombres du film (et elles sont nombreuses) sont très bien rendues, conservant les mêmes qualités que les parties plus lumineuses.

La partie numérique est elle aussi de très haut niveau et ne permet à aucun défaut décelable de venir gâcher le rendu quasi parfait de ce magnifique transfert.

La Paramount mérite ici des éloges pour son magnifique travail de restauration sur une oeuvre aussi importante que celle-ci. Si un éditeur se donne la peine, les technologies actuelles lui permettent de pouvoir proposer des copies splendides pour des films pour lesquels on ne s'y attend pas forcément (age du film, photo très complexe).



Son
Les deux bandes-son disponibles avec cette édition sont en Anglais (DD 2.0 mono) et Français (DD 2.0 mono).

Comme on peut s'y attendre avec une bande-son en mono de 1950 (même bien restaurée comme celle-ci), la dynamique est plutôt limitée. Du coup, la présence et la spatialité sont conformes à ce que l'on est en droit d'attendre d'une telle bande-son, à savoir limitées mais néanmoins excellentes au vu de l'age du film. La superbe musique de Franz Waxman est bien intégrée au reste de la bande-son et son rendu est bon. Les dialogues sont toujours nets et intelligibles, surtout la voix-off de William Holden. Les basses fréquences sont logiquement anecdotiques, mais plus présentes que sur bien d'autres bandes-son en mono. La présence de bruits de fond et de sifflements est quasiment indécelable sauf si on pousse vraiment le volume ou qu'on cherche à tout prix à les entendre.

La bande-son en Français est comme d'habitude un peu en dessous de son homologue anglaise, mais offre cependant un rendu fort correct. Les sous-titres ne sont disponibles qu'en Anglais.

Une bonne restauration, même si moins réussie que celle de l'image, pour une bande-son qui remplit parfaitement son office et dont les limitations sont plus liées à son format sonore qu'à la qualité du travail effectué par la Paramount.



Suppléments/menus
Une section bien fournie et d'un niveau de qualité réjouissant.

Le commentaire audio est effectué par Ed Sikov (un spécialiste de B. Wilder, auteur d'un livre sur le cinéaste) et celui-ci connaît vraiement bien son sujet. Il met en valeur des détails toujours significatifs et leur adjoint de passionnantes informations sur le tournage, le milieu Hollywoodien de l'époque ou les intentions réelles du cinéaste. On peut seulement lui reprocher un léger manque de rythme et une certaine tendance scolaire qui peuvent rendre son travail éventuellement fastidieux à suivre pour certains.

Le documentaire intitulé The Making of Sunset Boulevard (25 mins 52 s) est absolument passionnant. Il fait intervenir Ed Sikov, Ed Sarris (un critique de cinéma) ainsi que Nancy Olson (l'actrice qui joue Betty Schaffer) et d'autres personnes qui ont toutes quelque chose d'intéressant à dire. Les extraits du film sont en nombre suffisant et toujours utilisés à propos. Les intervenants reviennent en détails sur la situation des principaux acteurs à l'époque et analysent judicieusement leur rôles et ce qu'ils y apportent.

Vient ensuite une carte de Hollywood qui propose de courts sujets sur cinq lieux du film, qui nous apprennent des détails et anecdotes sur ces endroits mythiques.

Puis un documentaire intitulé Edith Head : The Paramount Years qui détaille pendant 13 mins 45 s la partie de sa carrière qu'elle effectua en tant que costumière pour les studios Paramount. Un autre documentaire intitulé The Music of Sunset Boulevard (14 mins 28 s) revient sur la genèse de la musique du film et sur la vie de son compositeur Franz Waxman. Les intervenants sont à nouveau bien choisis (le fils du compositeur, le compositeur Elmer Bernstein) et nous livrent des informations et des anecdotes toujours intéressantes.

Nous est également proposé un segment appelé Morgue Prologue Script Pages. Nous avons accès au script de l'introduction originale du film (qui fut remplacée suite à des projections-test désastreuses) du 21 décembre 1948, agrémentée de six extraits (de bonne qualité) de ces scènes. Nous avons également la possibilité de lire le script de cette même introduction mais retravaillée datant du 19 mars 1949.

Sont aussi disponibles trois galeries de photos (production, le film et la publicité) rassemblant un total de quatre-vingt six clichés tous de très bonne qualité. La bande annonce de qualité moyenne (3 min 16 s) est celle qui présenta le film à l'époque. Elle est du coup un peu trop caricaturale et ne permet pas de se rendre bien compte des spécificités du film.

Un ensemble de suppléments d'une remarquable cohérence, qui présente de plus l'avantage d'être honnète, et ose éventuellement critiquer certaines parties de l'oeuvre. A noter des menus de transition et une iconographie générale de toute beauté et parfaitement dans l'esprit du film. Egalement, le sous titrage en français et anglais de tous les suppléments, sauf malheureusement du commentaire audio et de la bande-annonce.

La Paramount a fourni de gros efforts pour un de ses titres phares qui contribua à sa réputation.




Conclusion
Une édition comme on aimerait en voir plus souvent ! Une restauration exceptionnelle au niveau image et une bande-son de très bonne qualité permettent de littéralement redécouvrir ce film. De plus, les suppléments sont nombreux et vraiment de qualité. Un achat indispensable pour tous les amoureux du septième art, surtout à un tarif aussi raisonnable (au vu de la qualité de cette édition). Une oeuvre majeure du cinéma qui conserve intact tout son pouvoir de fascination. Un film essentiel à découvrir impérativement pour ceux qui l'auraient raté et une excellente introduction au milieu du cinéma et à l'oeuvre du grand Billy Wilder.




Qualité vidéo:
4,5/5

Qualité audio:
3,5/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,0/5

Note finale:
4,0/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-12-09

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Sunset Boulevard

Année de sortie:
1950

Pays:

Genre:

Durée:
110 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Piste de commentaires audio, documentaire, galeries d'images, carte d'Hollywood, scénario, segment sur la trame-sonore et bandes-annonces

Date de parution:
2002-11-26

Si vous avez aimé...