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DVDEF

Paycheck

Critique
Synopsis/présentation
Bon nombre des fanatiques purs et durs de John Woo croyaient que le réalisateur avait vendu son âme au diable lorsqu'il a quitté sa Chine natale pour venir travailler aux États-Unis en 1993. Et pourtant, ce n’est pas de gaieté de cœur ni pour succomber à l’appât du gain d’une carrière hollywoodienne que Woo a traversé le pacifique il y a maintenant plus de dix ans. En fuyant la Chine comme des milliers de compatriotes l’ont fait, Woo fuyait un contexte socio-politique difficile et incertain. Pour protéger sa famille des excès d’un gouvernement despotique qui ne se souciait guère plus des droits de l’homme que de la liberté d’expression, Woo fit donc un trait sur la partie la plus glorieuse de sa carrière. Véritable pionnier du cinéma chinois moderne, Woo était considéré par les siens comme un héros, voir même un dieu. Sa réputation était telle qu’il avait littéralement le pouvoir et la liberté absolu sur chacune de ses œuvres. En faisant ses adieux à son pays, il faisait du même coup ses adieux à ses pouvoirs de cinéaste. Aux États-Unis, où il était admiré par une élite (dont les plus illustres sont Scorcese et Tarantino) mais inconnu de la majorité, il dû tout recommencer à zéro et faire ses preuves, tel un novice.

C’est donc sous la supervision envahissante des studios Universal qu’il réalisa sa première œuvre nord-américaine, Hard Target. Déjà frustré par l’ingérence des producteurs pendant le tournage, Woo s’est carrément vu écarté du projet une fois la production terminée. Son pré-montage fut amputé de près de 30 minutes, faisant du film un travesti dont on reconnaissait à peine la signature du maître. Il enchaîna quelques années plus tard avec Broken Arrow, succès commercial très potable mais artistiquement modéré. Les thématiques si chères à Woo y sont bel et bien exploitées, mais le metteur en scène semblait manifestement mal à l’aise avec la tonne d’effets spéciaux intégrés au film. Avec Face/Off, le cinéaste pris tout le monde par surprise, en particulier ses fans. À titre de producteur, Michael Douglas a littéralement laissé carte blanche au réalisateur, qui en retour a livré son film le plus accompli depuis The Killer. Véritable aboutissement du thème de la dualité et de la rivalité exploité dans pratiquement tous les films de Woo, Face/Off était certainement le film américain le plus représentatif des œuvres chinoises de l’auteur. En 2000, John Woo se laisse tenter pour la première fois par un cinéma de franchise en acceptant de réaliser Mission : Impossible 2. Le film ne fit pas l’unanimité, mais le cinéaste a sans aucun doute réussi à imposer sa touche et sa formule à une production grand-public qui ne lui laissait que très peu de marge de manœuvre.

Suite à ces deux gros succès commerciaux, la MGM s’est empressé de faire une offre alléchante ($$$) au cinéaste, lui promettant du même coup la liberté artistique absolue. Woo accepta l’offre, qui le lia à la MGM pour trois longs-métrages à venir. Le premier des trois, Windtalkers, fut malheureusement un cuisant échec commercial, et la liberté promise au réalisateur fut bafouée pendant et après le tournage. Le tournage de plusieurs séquences ont été annulées à la dernière minute, tandis que le montage du film fut supervisé de très près par les bonzes de la MGM. Le film tel que présenté en salles paraît d’ailleurs inachevé et maladroit, en plus de souffrir des nombreuses anomalies d’un scénario que Woo aurait sérieusement eut intérêt à faire corriger. Quelques temps plus tard, la MGM a lancé en format DVD une édition allongée du film, corrigeant quelque peu le rythme et la profondeur du film qui apparaît désormais comme une œuvre très louable gâchée par la superficialité du scénario. Suite à cette expérience décevante, Woo a mis son contrat avec la MGM en veilleuse (temporairement ?) pour retourner au service de la Paramount, pour qui il a réalisé les méga-succès Face/Off et Mission : Impossible 2. Pour les fans du réalisateur, les attentes étaient élevées face à sa dernière création, Paycheck. Non seulement espérait-on le voir retrouver le droit chemin après l’échec de Windtalkers, mais l’origine du scénario, à savoir une nouvelle de Philip K. Dick, laissait présager de bonnes choses. Qui plus est, si John Woo n’a jamais caché son dédain de la science-fiction, il avait réussi un tour de force avec Face/Off qui devait être, à l’origine, un pur thriller de science-fiction. Woo en a éliminé l’aspect futuriste pour n’en garder que l’intrigue et, le plus important, les enjeux dramatiques du récit. Peut-être en allait-il être de même pour Paycheck ?

Malheureusement, tel n’est pas le cas et Payckeck ressemble d’avantage à un film de commande qu’à une œuvre réellement inspirée. Le film n’est pas dépourvu d’intérêt ou de qualité pour autant, et le moins que l’on puisse dire est que la prémisse suscite la curiosité. L’histoire est celle de Michael Jennings (Ben Affleck), un ingénieur engagé par des compagnies pour voler les secrets technologiques de leurs concurrents et dont la mémoire est effacée après chaque contrat pour éviter que les secrets appris ne soient divulgués. Lorsque son dernier contrat prend fin, il apprend à sa stupéfaction qu’il a échangé son salaire de 90 millions de dollars contre une enveloppe contenant 20 objets anodins. Soudainement pourchassé par des agents du FBI et des tueurs à gage, l’ingénieur devra user de tous les stratèges pour sauver sa peau et découvrir la vérité derrière son dernier contrat dont il n’a évidemment plus aucun souvenir.

Les lacunes du film n’apparaissent pas tant au niveau de la mise en scène que dans la scénarisation même du film. Le sujet était prometteur, mais manifestement l’auteur n’a pas su exploiter l’intrigue et toutes les possibilités qu’elle offrait. L’utilité des 20 précieux éléments à la disposition du héros reste parfois confuse, sinon carrément improbable. Les motivations des personnages ne sont pas toujours claires non plus, motivations qui étaient pourtant expliquées dans l’une des scène coupée du film. Pourquoi avoir coupé telle scène ? Aussi, si le film soulève des questions fort pertinentes sur l’identité et son lien directe avec la mémoire, il n’arrive jamais à les exploiter avec une réelle profondeur. Le film suggère très timidement que l’identité représente la sommes de nos gestes et donc de nos souvenirs, mais il n’élabore cette hypothèse qu’à travers quelques exemples minces et sous-développés. Dans les circonstances, Woo fait son possible pour en dessiner une thématique valable, mais le résultat s’avère parfois maladroit. Le personnage de Ben Affleck n’a plus aucun souvenir de sa conjointe des trois dernières années ni de son amour pour elle, ce qui est tragique, mais pourtant il la garde à ses côtés comme un faire-valoir. Et elle, comment peut-elle aimer si inconditionnellement un homme qui n’est manifestement plus le même depuis sa perte de mémoire ? Il aurait été intéressant de voir ces conflits exploités au-delà d’un bref dialogue. Heureusement, l’intrigue soulève des questions d’éthiques et de morales très pertinentes et actuelles en toute fin, comme par exemple cette tendance américaine de justifier la guerre comme prévention. Prévenir la guerre en faisant la guerre ? La question semble tout droit sortie de l’actualité. Aussi, la thématique de la dualité chez l’être humain, si chère à Woo, est à nouveau abordée à travers la relation qui unie le protagoniste et l’antagoniste qui, physiquement, se ressemblent d’ailleurs à s’y méprendre en tout début de parcours. Ils sont amis et honnêtes, mais ils prendront des tangentes diamétralement opposées pour finir ennemis, non sans se vouer une profonde admiration.

Avec ce film, Woo a voulu se payer un hommage à Alfred Hitchcock. Ainsi, vous remarquerez plusieurs références au maître du suspense, que ce soit la scène du métro (directement inspirée de North by Northwest), le look très « Cary Grant » de Ben Affleck, la musique qui rappelle certains airs de Bernard Herrmann , ou tout simplement l’ambiance très rétro au début du film. Visuellement, Paycheck n’est pas aussi inventif ou achevé que la plupart des œuvres de Woo mais quelques morceaux de bravoures méritent d’être soulignés, comme par exemple la course à moto ou le combat final dans le laboratoire. Même en panne d’inspiration, Woo dirigerait un film avec plus de panache que n’importe quel tâcheron américain, comme le prouve ce film tout juste honnête mais bien supérieur à la moyenne des productions hollywoodienne.


Image
Le film est au format respecté de 2.35:1 et ce, d’après un transfert 16:9 de très bonne qualité.

L’interpositif employé pour le transfert était visiblement dans un état irréprochable puisque aucune anomalie, peu importe laquelle, n’est perceptible. Il en résulte une image parfaitement nette et précise. La définition est excellente et laisse voir les détails et textures dans leurs moindres subtilités. À titre d’exemple, la séquence d’action finale est marquée d’une fumée très dense qui aurait facilement pu bloquer mais qui, dans le cas présent, ne manque pas de nuances. Du bon boulot. Le rendu des couleurs est lui-aussi de très bon niveau. La palette de couleur, souvent stylisée et sur-saturée, apparaît fidèle à ce qui nous avait été présenté en salles. Le spectre chromatique a été correctement restitué, et on ne dénote aucun débordement. Les teintes de peau ont une apparence naturelle en tout temps. La brillance nous est apparu quelque peu étrange. Les noirs sont parfaitement ajustés et ne fluctuent jamais, par contre les blancs ont parfois tendance à brûler, en dépassant les 90 IRE. Impossible de dire s’il s’agit d’un défaut ou d’un effet de style photographique volontaire. Le contraste semble également avoir été sur-accentué. Les parties sombres offrent des dégradés correctement détaillés. Les noirs sont toujours purs et profonds, exempts de toute trace de fourmillement.

Le transfert ne trahi aucun défaut de compression ou de numérisation, tandis que la sur-accentuation n’est jamais appliquée au point de provoquer des halos.


Son
Trois mixages différents sont disponibles : deux anglais (Dolby Digital 5.1 / 2.0 Surround) et un en français (Dolby Digital 5.1). Considérant le manque de constance avec laquelle la Paramount choisie d’inclure des mixages français multi-canaux, aussi bien souligner ici cette inclusion qui devrait réjouir les consommateurs unilingues francophones.

Les deux bandes-son Dolby Digital 5.1 présentent de très grandes qualités qui donnent beaucoup de vigueur à l’univers du film. Les mixages proposent une dynamique franchement époustouflante qui s’étant sur toute la hauteur du spectre, tirant ainsi le maximum de la bande-passante disponible sans jamais trahir de distorsion. Le champ-sonore, qui manifeste une belle présence mais surtout une profondeur admirable, se déploie de toutes les enceintes disponibles. La séparation des canaux y est précise et subtile, aucun débordement n’est remarqué. Les canaux d'ambiophonie profitent d’un usage soutenue et intelligent de manière à créer une ambiance immersive en plus de nous bombarder d’effets bien localisés pendant les scènes d’action. La poursuite en moto ou encore la scène du laboratoire en sont de beaux exemples. Les nombreuses transitions de canaux, tant stéréophoniques que avants/arrières, sont parfaitement bien exécutées. La trame-sonore profite également d’une intégration des plus appliquée. Cette dernière se déploie avec précision et fidélité de tout le champ-sonore, tout en sollicitant de façon subtile le canal .1 (LFE) pour donner une profondeur très efficace à la musique et ainsi créer une tension palpable. Les dialogues sont toujours parfaitement nets, naturels et intelligibles. Les basses sont agressives et bien gérées, tandis que le canal .1 (LFE) est omniprésent et très intense, donnant tout le mordant voulu aux scènes d’action.

À noter que des sous-titres anglais sont également disponibles.


Suppléments/menus
Cette édition dite « Special Collector’s Edition » n’a rien de particulièrement spécial, mais offre néanmoins quelques suppléments fort intéressants.

Vous retrouverez tout d’abord une piste de commentaires audio animée par le réalisateur John Woo. Si l’accent de Woo peut être difficile à saisir de temps à autres, il faut lui pardonner cette lacune puisque le cinéaste est un orateur généreux et, dans la mesure du possible, articulé. Il partage sans retenue ses idées, ses inspirations et sa façon de travailler. Il nous fait une analyse de sa mise en scène bien plus qu’une explication, prouvant hors de tout doute sa maîtrise du langage cinématographique. Seul point agaçant, Woo ne peut s’empêcher de couvrir d’éloges son équipe chaque fois qu’il en fait référence.

Une deuxième piste de commentaires est également offerte, celle-là animée par le scénariste Dean Georgaris. Il en va de soi, cette piste traite presque exclusivement de la scénarisation du film. L’intervenant parle de son approche en tant que scénariste, des défis rencontrés lors de l’adaptation et changements survenus dans le script jusqu’à la toute dernière minute. Intéressant, mais l’interlocuteur s’essouffle à mi-chemin dans sa narration et fini par se répéter.

S’ensuit un documentaire intitulé Paycheck: Designing the Future (18 min). Ce segment révèle quelques informations intéressantes et pertinentes sur le tournage du film, mais malheureusement la moitié du temps est gaspillée à résumer l’histoire et à décrire les personnages. Quelques bonnes entrevues ainsi que plusieurs images filmées en coulisses sont néanmoins dignes d’intérêt.

Un deuxième documentaire est offert, celui-ci intitulé Tempting Fate : The Stunts of Paycheck (16 min). Comme son titre l’indique, ce segment est entièrement dédié aux cascades du film. Chaque scène d’action majeure est ici décortiquée et analysée. Le réalisateur partage ses intentions initiales tandis que le coordonnateur des cascades explique la conception de chacune. Le contenu est ici pertinent et concis, ne sombrant jamais dans les considérations promotionnelles du segment précédent.

Vous retrouverez ensuite une série de 7 scènes coupées (incluant une finale alternative) totalisant près de 12 minutes de métrage. Chose étonnante, plusieurs de ces scènes sont plutôt intéressantes et l’une d’elle en particulier aurait certainement contribué à approfondir les motivations des personnages. À ne pas manquer.

Quelques bandes-annonces pour de multiples films sont également offertes, mais les bandes-annonces originales de Paycheck n’apparaissent nulle part sur cette édition.

À noter que des sous-titres anglais et français sont disponibles pour tous les suppléments exceptés les pistes de commentaires.



Conclusion
Paycheck est loin de constituer un sommet dans la carrière de John Woo (au contraire…), mais le savoir faire indéniable du réalisateur fait de ce film une œuvre bien supérieur à la moyenne des thriller produit chaque année à Hollywood.

Cette édition DVD présente de belles qualités techniques, à commencer par une très bonne qualité d’image. Mieux encore est le mixage sonore qui promet d’exploiter votre système à sa pleine capacité. Les suppléments ne sont pas particulièrement nombreux, mais leur intérêt est on ne peut plus honnête. Une bonne édition, légèrement au-dessus de la moyenne.


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
4,3/5

Suppléments:
3,0/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2004-06-03

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Paycheck

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
118 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais

Suppéments:
Deux pistes de commentaires audio, deux documentaires, sep scènes coupées et bandes-annonces

Date de parution:
2004-05-18

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