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DVDEF

Amadeus (Director's Cut)

Critique
Synopsis/présentation
Milos Forman est originaire de Tchécoslovaquie et y commença sa carrière de réalisateur. Il y tourna trois films et des courts métrages de 1963 à 1967. L'As de Pique(1963), Les Amours d'une Blonde(1965) et Au Feu les Pompiers (1967) sont des films d'un ton radicalement différent de celui des biens sages et académiques productions tchécoslovaques de l'époque. Les qualités techniques, l'impertinence et la finesse des ces oeuvres leur permirent de tourner dans le circuit international.

Comme beaucoup de cinéastes étrangers reconnus, Forman finit par émigrer à Hollywood (tels Roman Polanski, John Boorman). Il y tenta avec Taking Off (1971) de transposer son système tchécoslovaque aux Etats-Unis. Malheureusement pour lui, sa satire des classes moyennes américaines fut plutôt mal acceuillie. A l'inverse, son film suivant fut un énorme succès commercial : One Flew Over the Cuckoo's Nest (1975). Il eut pourtant les plus grandes peines à en mettre sur pied la production. Jack Nicholson et Louise Fletcher y sont remarquablement dirigés et y offrent de mémorables prestations. Forman sut émouvoir le public avec un sujet fort, mais en passant à côté de ses véritables enjeux, il déçoit un peu même si les qualités techniques et divertissantes de son oeuvre ne sont jamais prises en défaut. En effet, notre sympathie pour Mc Murphy est forcée par la progression dramatique, alors qu'en fait celui-ci prone l'anarchie et le désordre, et que toutes ses interventions se soldent par des résultats désastreux. Le trait est un peu trop gros (personnel de l'hopital trop impliqué, directeur trop compatissant) pour vraiment faire passer le message de lutte contre l'establishment qui irriguait le roman et manque au film (celui-ci demeure excellent mais du coup un peu vide).

On retrouve la passion de Forman pour les sujets évoquant la rebellion contre l'ordre établi avec Hair (1979). Il fut courageux de réaliser cette adaption de la célèbre comédie musicale vingt ans après l'époque où elle se déroule, et surtout dans un climat général d'opportunisme forcené peu compatible avec les généreuses mais naïves idées de la génération baba-cool. Du coup, le trait est à nouveau un peu lourd et heureusement que les chorégraphies et les interprêtes sont largement à la hauteur de la magnifique musique, sinon le film aurait été vraiment bancal.

Une fois de plus, le sujet de la lutte contre l'oppression sociale sera au coeur de Ragtime (1981). Comme dans ses autres films américains, il forcera inutilement le trait. Il signe pourtant une remarquable adaptation du foisonnant roman de départ mais en oublie en chemin le message et du coup, amoindrit la portée du film en se concentrant sur un héros aux motivations et actions trop excessives pour être crédibles. Il n'en reste pas moins une oeuvre passionnante (même si un peu décousue) qui vaut mieux que la réputation que lui ont fait les critiques lors de sa sortie (qualité des acteurs, de la technique et de la mise en scène).

Pour notre plus grand bonheur, Milos Forman retrouvera toutes ses qualités en retournant chez lui pour y tourner son chef d'oeuvre certifié et le film qui nous intéresse aujourd'hui : Amadeus (1984). Son retour aux Etats-Unis et l'oeuvre qui suivra, Valmont (1989), nous amène à penser (après le génialissime Amadeus) qu'il n'est pas à l'aise pour y faire des films. En effet, le film est à nouveau une splendeur visuelle, mais les écarts par rapport au roman de Choderlos de Laclos amoindrissent le propos et la portée de l'oeuvre. De plus, un an auparavant, Stephen Frears avait signé une magnifique et fidèle adaptation du même roman. Celle-ci, aidée par le talent de John Malkovich et Glenn Close, connut un succès phénoménal. Valmont souffrit énormément d'une comparaison qu'il ne pouvait soutenir, sans pour autant être un mauvais film. Forman restera dans le domaine des biographies de provocateurs effrénés avec People.VS.Larry Flint (1996) et Man on the Moon( 1999). Dans ces deux films, il opte pour un style plus classique mais repose sur des scénarios traitant toujours des même thèmes. A l'inverse de ses films précédents, ce qu'il perd en style et en originalité, il le gagne en accroche du spectateur grâce à des justifications moins évidentes et grossières des actes décalés de leurs héros (Woody Harrelson et Jim Carrey y sont géniaux grâce au travail de Forman).

Espérons qu'il saura continuer une carrière qui, si elle n'atteint certainement pas la qualité qu'elle aurait du atteindre (revoyez Amadeus), s'avère passionnante et tout à fait cohérente par rapport à ses valeurs.

Pour l'adaptation d'Amadeus, le fait d'être parti tourner à Prague semble avoir libéré Forman, et il évite ainsi la moindre lourdeur où aurait pu le mener la périlleuse adaptation de la pièce de Peter Schaffer. Il cumule les difficultés et les pièges de l'autobiographie, de la reconstitution historique, sans parler de ceux de transposer une pièce à succès. Il décida de partir sur l'excellente idée de l'opposition entre Salieri et Mozart et collabora au scénario avec l'auteur même de la pièce. Le résultat est un script intelligent, argumenté, qui emprunte de façon géniale les méthodes de narration et l'efficacité des thrillers et polars. Il refusa d'engager les vedettes qu'on essaya de lui imposer, pour se recentrer sur les vrais enjeux du film : Mozart et sa musique.

Grâce à son courageux producteur indépendant Saul Zentz, ses exigences très particulières furent toutes comblées. La splendide ville de Prague offre des décors parfaits et le travail ahurissant des décorateurs et costumiers est à sa hauteur. Tout au long du film, l'étonnement et l'incomprehension règnent en maitres au travers de Salieri (qui ne comprend pourquoi le génie a été accordé à Mozart) et du Duc de Salzbourg (qui ne comprend rien à la musique malgré l'immense intérêt qu'il lui porte). Le mythe du créateur engendrant ses oeuvres dans la souffrance est bafoué par Mozart qui vit heureux, compose naturellement et sans efforts, au grand dam de Salieri qui le comprend encore moins. En même temps, il s'agit d'un film moderne dans lequel le personnage de Mozart fait figure d'un rebelle avec ses coiffures et son comportement extravagants qui le rapprochent fortement de l'attitude Punk. La critique des conventions sociales est bien présente (le traitement ironique des cérémonies officielles), parfaitement intégrée au reste du film, contrepoint parfait du personnage de Mozart.

Forman reussit une fusion incroyable entre l'image et la musique avec pour exemple la magnifique et très risquée scène où Salieri aide Mozart à terminer son Requiem. Les deux acteurs y sont possédés par leurs personnages, échangent des termes techniques musicaux dans des positions statiques et l'on entend la musique qu'ils écrivent en fond. Le montage, le jeu des acteurs, l'éclairage, et le montage son font de cette scène un des moments les plus forts d'un film très mouvementé alors que paradoxalement, celle-ci en est une des plus calmes. Il réussit ici à capter le processus créatif et les sensations qu'il engendre : l'envie, l'admiration et le doute (comme Kubrick a su capter et magnifier les subtilités de la rencontre amoureuse avec la célèbre scène de Barry Lyndon où Ryan O'Neal séduit Marisa Berenson). Amadeus serait déjà un excellent film rien que pour avoir réussi l'incroyable gageure de magnifier la musique de Mozart grâce aux images, au montage et à l'histoire mise en place. L'humour, l'intelligence et l'audace qu'a réussi à intégrer Forman dans un film qui aurait pu s'avérer guindé (tant le sujet peut être traité de façon académique), en font une oeuvre d'autant plus précieuse.

Tom Hulce (Wolfgang Amadeus Mozart), F.Murray Abraham (Antonio Salieri) et les autres acteurs (dont il exigea beaucoup), grâce à leurs interprétations en tous points parfaites, viennent compléter à merveille le travail de Milos Forman et ses techniciens.

Ce film fait partie du cercle très fermé des oeuvres qui se bonifient à chaque reprise et dont le sujet et le traitement sont suffisamment intemporels pour ne pas souffrir des ravages du temps. Une oeuvre dont la découverte est vivement conseillée, pour ne pas dire obligatoire.


Image
L'image est présentée au format respecté de 2.35:1 d'après un nouveau transfert anamorphosé.

La différence entre l'ancien et le nouveau transfert saute littéralement aux yeux. La définition générale est réellement excellente et cela était indispensable vu le foisonnement des décors. De même, la finesse permet de faire ressortir à merveille la profusion de détails présents dans chaque plans. L'interpositif est quant à lui vierge de tous défauts. Les faibles variations de la netteté ne peuvent être considérées comme gênantes au regard de la qualité générale du transfert. Les couleurs bénéficient grandement de cette restauration. Elles s'avèrent beaucoup plus naturelles, riches, stables et les tons de peau beaucoup plus réalistes (même si toujours un peu "rouges" à notre gout, mais il s'agit d'un détail vraiment mineur). Le contraste parfait et la bonne profondeur des noirs contribuent grandement à offrir un rendu cristallin de toutes les scènes nocturnes du film.

La partie numérique du transfert s'avère largement à la hauteur et l'on peut tout juste déplorer quelques traces de surdéfinition, qui se perdent rapidement dans les magnificences du décor et ne perturbent en rien l'immense plaisir de pouvoir enfin visionner Amadeus dans une telle présentation.


Son
Les bandes son sont disponibles en Anglais (DD 5.1 surround), Anglais (DD 2.0 surround) et Français (DD 5.1 surround).

La redoutable dynamique de la piste Anglaise en 5.1 lui permet d'offrir une présence et une spacialité remarquables (surtout lors des nombreux passages musicaux). C'est la musique (fort heureusement) qui profite le plus d'une séparation des canaux et d'une intégration de la trame sonore vraiment exceptionnelles (même si le mixage est plutôt concentré sur l'avant hors musique). Les effets sont peu nombreux mais toujours bien restitués. Les dialogues sont impeccablement rendus et toujours intelligibles. La section basses fréquences est en particulier très bien gérée, et vient donner un poids et une assise nécessaires à la musique tout au long du film. A noter que le niveau d'enregistrement est beaucoup plus élévé que sur la majorité des DVD. Il est donc conseillé de baisser le volume par rapport à vos habitudes sous peine de se sentir agressé lors des premières mesures de musique (très dynamiques) qui ouvrent le film.

Pour une fois, le doublage français se rapproche de la qualité de la bande-son anglaise multicanaux. Elle permet pour une fois d'apprécier pleinement une bande-son bien doublée en Français.

La piste en Dolby Surround anglaise, malgré ses qualités certaines, est loin de pouvoir rivaliser avec ses grandes soeurs en multicanaux.
Nous apprécions vraiment l'effort particulier qui a été fait par la Warner pour donner une qualité réellement audiophile à cette bande-son. La musique de Mozart (le véritable héros du film) en est la plus grande gagnante et ce n'est que justice !

Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.


Suppléments/menus
Les suppléments sont répartis sur les deux disques.

Sur celui du film se trouve le commentaire audio de Milos Forman et Peter Schaffer. Celui-ci est à la fois intéressant et décevant. Premièrement, les informations techniques et les anecdotes distillées par Forman sont passionnantes et donnent bien idée de la gigantesque entreprise que fut ce film. Peter Schaffer offre également beaucoup de renseignements sur le contexte historique et la vraie vie de Mozart. Les deux commentaires s'associent donc pour nous offrir une somme très complète au niveau du contenu. Le problème vient de l'évidente distance qui existe entre les deux et le manque de chaleur qui en découle. De plus, toutes les scènes ne sont pas commentées et il y a parfois de grands blanc entre deux interventions. Il faut bien avouer que l'accent extremement prononcé de Forman rend l'écoute du commentaire parfois confuse.

Sur le deuxième disque se trouvent un documentaire de 60 minutes et une bande annonce. Une fois de plus, grâce à ses qualités, un bon documentaire arrive à prolonger l'immense plaisir pris lors du visionnement d'un film. Le grand nombre d'intervenants, leurs anecdotes toujours savoureuses et le peu d'informations techniques délivrées (contrairement à beaucoup de "Making Of" faits de compilations de termes techniques ou d'autosatisfaction des artisans) font de ce documentaire un témoignage vivant de l'ambiance très particulière dans laquelle le film s'est tourné. Après l'avoir visionné, on a immédiatement envie de revoir le film et c'est le meilleur compliment que l'on puisse lui faire.

La bande annonce est l'une des plus inventives et totalement en accord avec l'oeuvre qu'il nous ait été donné de voir. Il s'agit vraiment d'un petit film sur le film, qui tout en donnant un aperçu conséquent des splendeurs visuelles de l'oeuvre, du grand nombre de personnages et de l'intrigue, garde entier son mystère. Le principe de la voix off y est même repris et place parfaitement le spectateur dans l'ambiance.

Une section passionnante bien que relativement peu fournie par rapport à d'autres éditions spéciales. A noter des menus fixes peu engageants que la musique de Mozart vient heureusement égayer. Le coffret cartonné est lui splendide et vient contrebalancer l'impression mitigée laissée par les menus.



Conclusion
Une remarquable édition qui embellit le film au niveau technique et raconte sa génèse de façon passionnante dans ses suppléments. Une édition DVD indispensable et reussi. Un film également indispensable dont les splendeurs et l'intérêt vont grandissant avec les années, et qui permettra aux plus jeunes de découvrir la musique de Mozart de la meilleure façon qui soit !



Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-10-08

Système utilisé pour cette critique:

Le film

Titre original:
Amadeus

Année de sortie:
1984

Pays:

Genre:

Durée:
180 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
2 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Anglaise Dolby 2.0 Surround
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio de Milos Forman et Peter Schaffer, documentaire sur le tournage du film:'The Making of Amadeus', bande annonce, filmographie des artisans du film

Date de parution:
2002-09-24

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