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DVDEF

Funny Games

Critique
Synopsis/présentation
En 1997, le cinéaste autrichien Michael Haneke a beaucoup fait jaser lorsqu’il a présenté son film Funny Games au Festival de Cannes. Bien que le film ait été considéré comme choquant et d’une violence inouïe, ce dernier n’a pas eu l’effet escompté, c’est-à-dire celui d’attiser les foules lors de sa sortie officielle, et plus particulièrement aux Etats-Unis. Les raisons de cette ignorance du public américain demeurent encore aujourd’hui bien obscures (s’agissait-il du simple fait que le film ait été tourné en allemand ?), et c’est précisément pour cela qu’après les succès de La pianiste et de Caché (ayant remporté le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2004), Haneke se sert de sa réputation désormais très solide auprès des producteurs et du public américains pour re-produire son œuvre de 1997, mais cette fois-ci en version anglaise.

Évidemment, la première chose qui questionne les esprits lorsque vient une idée pareille est la pertinence d’un tel exercice. D’autant plus que Haneke annonçait un remake plan par plan de son Funny Games de 1997. Comment peut-on justifier une telle idée ? La réponse est simple et se trouve dans le concept même de refaire le film dans une autre langue, soit celle des américains. C’est-à-dire que, suite à une belle occasion manquée, celle de 1997, Haneke tente de reprendre le contact avec le public qui était jadis (et qui est toujours) le premier interpellé et concerné par son œuvre : le public américain. Autant le Funny Games de 1997 qui est sombré dans un oubli relatif que celui de 2007 s’adressent au même public et ont exactement les mêmes objectifs : dénoncer la violence au cinéma.

Il s’agit d’ailleurs d’une thématique récurrente dans le cinéma de Haneke (Benny’s Video, Caché) et ce qu’il démontre avec Funny Games est que le cinéma américain est plongé dans la violence. Il dénonce ainsi les Tarentino et autres cinéastes qui stylisent la violence, la rendent explicite. Or, ce qui pourrait en rebuter certains et qui reste quelque chose d’assez paradoxale, est que Haneke dénonce cette violence par la violence. Il met en scène une famille séquestrée par deux jeunes désaxés qui leur parient qu’ils seront morts le lendemain au lever du soleil. Une prémisse d’une simplicité désarmante et orchestrée de manière à en prendre, en plus des personnages, le spectateur en otage. Car, en effet, si le cinéaste autrichien a comme objectif premier de s’adresser au spectateur, il s’arrange pour que la communication opère. D’abord, par la simple mise en scène d’une famille simple qui n’a absolument rien à se reprocher et qui attire la sympathie immédiate du spectateur. Ensuite, par différentes astuces formelles dont notamment l’adresse à la caméra de la part d’un des deux jeunes, soit ici Michael Pitt, et l’élaboration d’une tension souvent insoutenable face aux jeux que se livrent les psychopathes face à la famille.

Tout cela a non seulement pour effet d’interpeller le spectateur, mais aussi de créer une œuvre qui a été qualifiée, à juste titre, de carrément insoutenable, de choquante et de violente. Mais cette violence ne naît pas des actes cruels que commettent les deux jeunes, car ces actions sont constamment ou presque montrées ou entendues hors champ, et c’est principalement là la force du film de Haneke, soit celle d’arriver à terrifier et à établir une tension encore plus soutenue que bien des suspenses américains tout en jouant avec les anticipations et les désirs du spectateur. À ce titre, la séquence dans laquelle un personnage en abat un autre explicitement et qui est aussitôt « rembobinée » afin de changer le destin de ce personnage abattu transmet un message clair au spectateur : cette violence explicite que le spectateur désire tant ne sera pas présente dans l’œuvre. Et le moment est d’autant plus percutant puisqu’il joue également sur les désirs cathartiques du spectateur, soit ceux de voir les gentils se venger férocement et triompher.

Sur ces points, les deux œuvres de Haneke, la version de 1997 et la version US, ne divergent donc aucunement. En fait, à quelques détails près, les deux films demeurent absolument identiques. On notera par contre une différence mineure, mais lourde d’effets, lors du plan-séquence de onze minutes (réduit ici à neuf minutes) qui suit un évènement dramatique particulièrement traumatisant. Sinon, on fera le commentaire sur le choix des deux acteurs pour incarner les deux jeunes psychopathes, Michael Pitt et Brady Corbet, qui se ressemblent beaucoup trop comparativement à ceux du film de 1997 qui formaient un duo plus assorti et plus inquiétant.

Funny Games U.S. est donc l’occasion et le prétexte pour Michael Haneke de tenter de rejoindre pour une nouvelle fois le public cible du film de 1997 (et en l’occurrence de ce film-ci). Il s’arme cette fois-ci de Naomi Watts comme tête d’affiche, qui servira à attirer le public plus populaire, et de sa notoriété grandissante aux Etats-Unis. Mais tout cela ne change rien au fait que Funny Games, peu importe la version, 1997 ou 2007, est une œuvre singulière, puissante, dérangeante, déstabilisante et nécessaire. Il s’agit non seulement d’un thriller peu commun à la tension souvent insoutenable, mais aussi un film qui dénonce la violence par une violence suggérée et détournée plutôt que montrée. Et c’est déjà beaucoup dans le contexte du paysage cinématographique actuel.



Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

Le transfert est ici très satisfaisant. La définition générale de l’image est très bonne malgré une légère perte de précision dans le rendu des détails et des textures ce qui est a reproché à une compression mal gérée affichant inexplicablement (le film et quelques bandes-annonces seulement sont offertes sur ce disque) quelques fourmillements. Par contre, le matériel source était dans un état irréprochable puisque, en dehors de ces problèmes numériques, l’image semble afficher netteté et précision. Le rendu des couleurs est à son tour irréprochable nous offrant des tons riches, précis et nuancés. On passe ainsi de tons clairs (les plans dans le jour) à des tons plus sombres (les plans dans la maison durant la nuit) avec aisance. Les niveaux de noirs sont correctement gérés évitant tout effet de surbrillance. Les dégradés, eux, sont précis et fluides livrant ces parties sombres qui deviennent très imposantes dans la deuxième partie du film. Finalement, ce sont des noirs purs et intenses qui complètent ce beau, mais perfectible transfert.



Son
Deux bandes sons sont disponibles sur cette édition : toutes deux offertes au format Dolby Digital 5.1 et disponibles en versions originale anglaise et française.

Puisque le film ne se prête pas aux énormes prouesses sonores, il va de soi que le mixage anglais 5.1 soit très en retrait. Le dynamisme et l’ambiance sont tout à fait appropriés pour collaborer à instaurer minutieusement l’ambiance malsaine, inconfortable et insoutenable qui s’installe progressivement durant le film. Ainsi, le déploiement du champ sonore est exploité de façon convenable encore une fois pour servir l’atmosphère du film. Les silences deviennent donc pesants et lorsqu’un élément sonore plus lourd se fait entendre (par exemple un coup de fusil), l’effet est tout aussi secouant. Ainsi, les principaux éléments sonores passent à travers les ouvertures frontale et latérale alors que les enceintes arrière appuient subtilement cette ambiance. Les dialogues, élément prédominant ce mixage, sont ici impeccablement rendus demeurant parfaitement et constamment intelligibles. La trame sonore, pratiquement inexistante, est constituée de deux pièces classiques et d’un morceau de musique métal. Si les morceaux de musique s’intègre agréablement au mixage, le morceau de musique métal n’est intégré sans aucune subtilité et c’est fort heureusement une volonté du cinéaste, et à ce titre, le mixage répond parfaitement à cette demande. L’utilisation des basses se veut relativement anecdotique (elle appuie la trame sonore et les quelques éléments sonores nécessitant son support) alors que les extrêmes graves sont peu ou pas du tout exploitées.
Il y a option de sous-titrage en anglais et en français.



Suppléments/menus
On ne retrouve malheureusement que la bande-annonce (abominablement efficace) en guise de supplément de cette cette édition.



Conclusion
Funny Games U.S. est exactement la copie conforme (ou presque, à un ou deux détails près) du film du même titre que le cinéaste autrichien Michael Haneke a lui-même réalisé en 1997. Il s’agit d’un film choquant et violent, certes, mais qui a pour but premier de dénoncer cette violence auprès d’un public qui en consomme et qui la banalise : les américains. C’est d’ailleurs l’explication logique de l’existence de cette œuvre. Car bien que le film de 1997 portaient les mêmes ambitions, mais n’a pas vraiment réussi à atteindre son but, il est tout à fait louable de céder à Haneke son désir de tenter de transmettre son message au public américain. Par contre, que reste-il à ceux qui ont vu le film de 1997, ont compris la vision de Haneke et se font maintenant servir le même film, alors que le jeu de la comparaison ne donnerait absolument rien ? La pertinence de l’existence Funny Games U.S. possède donc ses limites.

Une édition convenable, du moins techniquement. Le transfert est numériquement très perfectible, mais réussit à rendre admirablement la facture visuelle de l’œuvre alors que le mixage reproduit très fidèlement l’ambiance lourde, pesante, angoissante et subtile du film. Encore une fois, Séville se montre très minimale dans ses suppléments en offrant que la bande-annonce du film. Mais voilà, l’œuvre mérite tout de même une forte attention pour tous ceux n’ayant pas vu le film le film de 1997, les autres, vous aurez été prévenus.



Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,4/5

Suppléments:
0,5/5

Rapport qualité/prix:
3,4/5

Note finale:
3,2/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2008-09-11

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Funny Games

Année de sortie:
2007

Pays:

Genre:

Durée:
111 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Films Séville

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais (CC)
Français

Suppéments:
Bande-annonce

Date de parution:
2008-07-08

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