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DVDEF

Dr Jekyll and Mr Hyde

Critique
Synopsis/présentation
Le roman de Robert Louis Stevenson est l'oeuvre fantastique (ou de Science-Fiction ?) qui a inspiré le plus de cinéastes de par les possibilités de développement psychologique du personnage principal, les extrapolations philosophiques qu'il implique et les possibilités visuelles qu'il offre.

Les deux films présents sur cette édition, la version de Rouben Mamoulian (1932) et celle de Victor Fleming (1941), nous content donc tous les deux la même histoire mais la comparaison entre leur deux approches vraiment différentes s'avère passionnante.
Nous y suivons donc le Dr Jekyll (Frederic March/Spencer Tracy), un jeune et brillant médecin, se plonger dans l'étude des tréfonds de l'âme humaine afin de tenter de la libérer des chaines qui la retiennent et la contrôlent. Cette recherche créera l'enigmatique Mr Hyde, une sorte de double libéré et décomplexé du Dr Jekyll. Ce Mr Hyde defoulera tous ses instincts et envies auparavant refoulées sur la personne d'une jeune fille rencontrée par hasard dans la rue, Ivy Pearson (Miriam Hopkins/Ingrid Bergman). De son côté, le Dr Jekyll se voyant refuser un mariage immédiat avec sa fiancée, Muriel Carew (Rose Hobart/Lana Turner) viendra alimenter par sa colère et sa frustration l'énergie vitale du Mr Hyde qui sommeille en lui.

Les approches de Maoulian et Fleming sont différentes en ce sens que le premier fait de son film une célébration des instincts primaires refoulés de son Jekyll, alors que le second envisage cela de manière moins physique, plus orientée vers la portée philosphique du conte qui s'avère également beaucoup plus manichéen.
Curieusement, malgré les dix années qui les séparent, le film de Mamoulian est beaucoup plus libre et osé (ce qui correspond parfaitement au thème du film) que celui de Fleming qui parait bien puritain et sage.
Ainsi, le Jekyll de Mamoulian cherche un moyen de faire avancer l'humanité au travers de ses expériences en libérant l'homme du joug de sa morale et de son sens des responsabilités, alors que celui de Fleming tente de juguler la partie mauvaise de chaque homme de façon à éradiquer le mal.
C'est cette différence fondamentale dans l'approche qui sépare ces deux films, qui sont pourtant adaptés du même ouvrage qu'ils respectent de près.
Ces écarts sont présents au niveau du traitement de l'histoire mais également au niveau du jeu d'acteur et surtout de la mise en scène. La censure n'était pas encore érigée en système à l'époque du Mamoulian et celui-ci a profité de cette liberté pour laisser libre court à son imagination et ainsi adapter la nouvelle de Stevenson de façon directe et crue en faisant de la sexualité le centre des pulsions de Hyde. Ce traitement extrêmement moderne d'un sujet alors tabou est impressionnant de justesse et surtout de naturel. Les scènes où Hyde rencontre sa future victime (sous l'apparence de Mr Hyde) est d'ailleurs d'un érotisme troublant et totalement surprenant pour l'époque. Cette approche est beaucoup plus proche de l'esprit et des thèmes du roman de Stevenson que celle prise par Fleming, qui évacue toute notion de sexualité, transformant même la prostituée (qui attire activement et très lascivement Jekyll dans le Mamoulian) en barmaid d'un pub. Le tragique de la situation est moins intense et la méchanceté de Hyde parait beaucoup plus timorée et contrôlée pour bien exprimer l'idée de déchainement du mal.

Ces différences sont visibles et aussi importantes dans tous les compartiments de chaque oeuvre. Ainsi le jeu de Frederic March (malgré certaines specificités de l'époque, 1932 tout de même) est d'une intensité et d'une liberté sidérantes. La différence entre son Hyde et son Jekyll est si grande que beaucoup ont cru à l'époque que Mr Hyde était incarné par un autre acteur. Spencer Tracy est beaucoup plus terne et son Mr Hyde beaucoup moins extravagant et effrayant. Les maquillages subissent les mêmes remarques et cela ne fait qu'accentuer d'autant plus les différences entre les deux oeuvres. Un mot sur les effets spéciaux qui s'avèrent réussis dans les deux films, mais vraiment incroyables pour l'époque dans la version 1932.
Mamoulian était un expérimentateur dans beaucoup de domaines et la création de quasi-morphing en 1932 par une technique complexe offre un rendu sidérant aux transforamtions de Hyde, en renforçant l'aspect grotesque et sauvage. De même, son utilisation du son est révolutionnaire pour son époque, avec l'utilisation de ses propres battements de coeur comme fond sonore des transformations de Hyde (le cinéma parlant était né seulement 5 ans plus tôt).

Sa mise en scène est aussi d'une modernité et d'une inventivité constantes, créant des transitions originales, des fondus impressionants et la première utilisation (totalement justifiée à l'inverse de la majeure partie des films qui utiliseront ce procédé plus tard) de la caméra subjective. En comparaison, la mise en scène bien sage et proprette de Fleming parait bien fade et moins appropriée au sujet, sans manquer de qualités pour autant.

Voici donc deux oeuvres intéressantes mais il apparait clairement, après un visionnage successif, que la version de Mamoulian est un véritable chef d'oeuvre inattaquable de par ses multiples qualités précitées et son adéquation à l'esprit du roman de Stevenson, alors que celle de Fleming est plus sage, se contentant d'illustrer une vision plus étriquée mais tout de même efficace de cette même nouvelle.

Vous pourrez juger par vous-même de la pertinence de nos jugements mais il est évident que les deux oeuvres ne jouent pas dans la même catégorie, l'une étant due à un réalisateur de génie (et curieusement méconnu), expérimentant au service du scénario, alors que l'autre est due à un metteur en image compétent mais manquant cruellement de passion et d'audace en comparaison.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3 sur les deux films.

Le version de 1932 offre une définition qui bien qu'elle soit plutôt fluctuante (floue à deux ou trois moments), tient parfois du miracle pour une oeuvre de cet âge. Son interpositif est par moment vraiment sale (points, rayures, trait), mais le reste du temps est tout à fait correct et le grain qui reste présent offre une texture très "cinéma" à l'ensemble. La finesse des détails est souvent très étonnante, permettant un rendu de superbe qualité auquel nous sommes peu habitués sur des films aussi anciens.
Le contraste est dans l'ensemble bien géré même si manquant de constance, laissant ainsi de légères brillances s'échapper.
Les parties sombres sont plus que correctement rendues malgré des noirs qui manquent parfois de profondeur. La qualité des dégradés est par contre remarquable, permettant d'apprécier dans ses moindres détails la sublime photographie de Karl Struss.
La partie numérique rattrape les légers "défauts" du transfert analogique en lui offrant des conditions de reproduction numérique impeccables.

La version de 1941 offre une définition stable et d'un niveau excellent. L'interpositif est très propre, ne montrant que rarement les signes du temps.
Le contraste est bien géré, évitant quasiment toutes les brillances.
Les parties sombres sont très bien rendues grâce à des noirs étonnamment profonds. La superbe qualité des dégradés permet d'afficher toutes les nuances de la photographie.
La partie numérique est à nouveau de très bonne qualité, ne générant aucune anomalié numérique notable.

Le transfert de la version 1941 est remarquable en tous points et prouve que les progrés faits en matière de restauration sont sensationnels. La version de 1932 est moins parfaite mais malgré ses petites scories, elle s'avère quand même d'une qualité incroyable pour un film vieux de 72 ans qui connut autant de déboires post-exploitation avec la censure, et dont cette version aurait été sans doute perdue sans l'avènement d'un support comme le format DVD. Il aurait été peut-être possible de supprimer ou tout au moins atténuer les défauts de certains passages mais nous ne pouvons qu'être satisfaits de pouvoir redécouvrir ce chef d'oeuvre fulgurant et rare dans d'aussi bonnes conditions.
Nous adressons donc nos félicitations à la Warner qui nous offre avec ce disque à petit prix un DVD indispensable et d'une qualité fort réjouissante.


Son
La bande-son disponible avec la version de 1931 est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).
Sa dynamique est très limitée mais le film date de seulement 4 ans après l'avènement du parlant au cinéma. Sa présence et sa spatialité sont fort correctes au vu de l'âge du film.
Le rendu de la musique est rogné à chaque extrémité du spectre mais elle s'avère bien intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues restent toujours parfaitement intelligibles mais présentent des signes de parasites et de distortions conséquentes au delà d'un certain volume, que vous n'aurez pas besoin d'atteindre pour le visionnage d'un telle oeuvre.
Les basses fréquences sont bien évidemment anecdotiques.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

La bande-son disponible avec la version de 1941 est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).
Sa dynamique s'avère aussi limitée mais nettement moins que celle de la version 1932. Sa présence et sa spatialité sont par contre du même accabit.
Le rendu de la musique est évidemment plus fidèle que celle de la version 1932 et s'avère parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont impeccablement rendus et ne présentent que de légers signes de parasites et distortion et ce à volume relativement élevé.
Les basses fréquences sont très limitées mais plus conséquentes que sur la version 1932 et cela montre bien les progrés faits en matière d'enregistrement en l'espace de 10 années.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Deux bandes-son fort correctes au vu de leur époque respective et qui apparaissent toujours parfaitement écoutables en dépit de leurs légers défauts bien excusables (surtout au vu des conditions de conservation de la version de 1932). Un bon travail de la part de la Warner, qui complète ainsi de belle manière son beau travail sur les transferts.


Suppléments/menus
Une section intéressante même si basique.

Le commentaire audio de l'historien du cinéma Greg Mank est proposé avec la version de 1931. Mank a un débit d'informations un peu trop rapide mais délivre des détails très interessants sur le film de Mamoulian, qui permettent de bien comprendre le caractère exceptionnel de cette oeuvre hors normes. La fin du commentaire est consacrée à des anecdotes et précisions sur le version de Fleming. Certaines informations sont un peu pointues pour être assimilées par le grand public et dans l'ensemble ce commentaire est prévu pour des cinéphiles, ce qui limite un peu son intérêt pour le grand public.
Est également disponible un cartoon de la meilleure période, Hyde and Hare, qui illustre de façon convaincante cette histoire et surtout avec l'humour ravageur des meilleurs Looney Tunes.

Enfin est proposée une bande-annonce techniquement correcte de la version 1941.
Un ensemble un peu léger mais il est assez exceptionnel de trouver un commentaire sur un chef d'oeuvre méconnu comme la version de Mamoulian et nous ne pouvons donc qu'en féliciter la Warner.



Conclusion
Une excellente édition même s'il apparaît que certains défauts auraient pu être corrigés sur l'image de la version 1932, dont la copie n'est pas moins remarquable vu la rareté de cette oeuvre et les déboires qu'elle a subis avec la censure.

Un prix de vente minuscule, la présence de suppléments intéressants, le fait que deux films sont disponibles sur le même disque DVD et que l'un d'entre eux soit un véritable chef d'oeuvre, font qu'il s'agit d'un achat "obligatoire" pour tous les cinéphiles et plus particulièrement les amateurs de fantastique.
Voici donc deux oeuvres adaptées du même roman et pourtant la différence entre les deux est flagrante. La version de Fleming (1941) est une illustration consciencieuse et bien interprétée de l'oeuvre à laquelle il manque un souffle et une énergie de façon à bien rendre la complexité et l'intensité de cette histoire.
La version de Mamoulian (1932) est incroyable de modernité, d'intensité et le jeu de Frederic est tout bonnement incroyable. La mise en scène ne cesse d'inventer de façon magnifique, les maquillages et trucages sont étonnants et très réussis, et Mamoulian a parfaitement compris les intentions de Stevenson et lui offre l'adaptation cinématographique la plus parfaite dont on puisse rêver.


Qualité vidéo:
3,5/5

Qualité audio:
3,3/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,4/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2004-02-05

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Dr Jekyll and Mr Hyde

Année de sortie:
1932

Pays:

Genre:

Durée:
96 / 113 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:

Date de parution:
2004-01-06

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