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DVDEF

Cloverfield

Critique
Synopsis/présentation
Il semble que le fait de ne rien vouloir révéler ou si peu sur un film avant sa sortie soit une technique de marketing immensément prolifique pour les producteurs. Non seulement les amateurs de cinéma en sont encore plus curieux, mais aussi cela crée un véritable phénomène entourant la dite production, souvent allant même jusqu’à donner lieu à de fausses rumeurs ou à de folles théories sur ce que pourrait être le film. Cloverfield a judicieusement et précisément appliqué cette technique de marketing. Des infimes bribes d’informations nous étaient parvenues quant à la nature du projet quelques semaines avant la sortie du film, soit qu’il s’agissait d’un film de monstres. De plus, seule une brève bande-annonce a vu le jour et nous laissait penser qu’il pourrait s’agit d’un film catastrophe. Voyant que l’engouement était gigantesque, les producteurs, J.J Abrams en tête, ont joué le jeu à fond en créant des blogs personnalisés pour chacun des personnages du film animant ainsi encore davantage la curiosité des cinéphiles internautes. Lentement, on a donc compris qu’on voulait nous faire croire à la « véracité » de la chose, c’est-à-dire que les évènements du film s’étaient déroulés « pour vrai » à New York. Cette approche n’est évidemment pas sans rappeler celle de The Blair Witch Project qui, curieusement, partage les mêmes similitudes formelles avec Cloverfield.

En effet, Cloverfield s’ouvre sur une écriture qui mentionne que les images présentées sont classées confidentielles et qu’elles appartiennent au gouvernement américain. Donc, pas de doute, on prend le tout très au sérieux et on veut nous faire croire au réalisme (la véracité) de la chose. Viennent ensuite ces fameuses images. La première chose à signaler est que, comme The Blair Witch Project, c’est la caméra qui nous raconte l’histoire. Et comme The Blair Witch Project, c’est à partir de ces images qu’il sera possible d’en savoir plus sur ce dossier top-secret « Cloverfield ». En gros, et c’est ce qui importe de savoir, ce dossier parle de l’invasion d’une sorte de monstre dans New York. C’est par cette prémisse que les deux œuvres se distinguent grandement : l’une y allait pour l’ambiance et la suggestion, l’autre pour les effets spéciaux et l’efficacité. Lorsque l’on vendait le film comme un mélange hybride entre The Blair Witch Project et Godzilla, on ne nous mentait donc pas, enfin presque pas.

Et cela est loin d’être une mauvaise chose parce que c’est ce qui rend l’expérience de Cloverfield encore plus appréciable. Expérience, car c’est ce qu’elle est d’abord. Une immersion totale dans un univers chaotique et de paranoïa post-11 septembre qui semble toujours faire écho. Cela à partir évidemment de cette caméra personnage qui fait partie intégrante de l’action et qui nous donne droit à un seul point de vue sur les évènements, celui de Hud (celui qui tient la caméra) et de ses amis Marlena, Rob, Lily et Jason. Cela a pour effet non seulement de créer une forte proximité chez le spectateur, par le fait qu’ils sont au cœur de l’évènement, mais aussi d’offrir très peu d’informations au spectateur quant aux origines du monstre, lui donnant ainsi l’occasion de stimuler un peu son imagination par diverses hypothèses. Car en effet, quelques indices nous sont laissés (nous sommes tout de même dans un film produit par J.J Abrams, celui qui a donné à la série Lost sa dimension mystique). Le plus révélateur, mais le moins évident à percevoir reste dans le plan final et se situe plus précisément dans l’arrière-plan de l’image.

La réalisation de Matt Reeves est donc loin d’être inventive, mais reste néanmoins très audacieuse et rafraîchissante dans un contexte de blockbusters et de superproductions américaines, car ne l’oublions pas, c’est ce qu’est Cloverfield. Le film regorge de scènes d’action, d’effets visuels très convaincants et de moments cinématographiques très mémorables malgré la présence d’une caméra qui tremble presque constamment. À ce titre, on devra mentionner le superbe plan de nuit lorsque nos survivants tentent de rejoindre les secours ainsi que la présence du flash-back qui se justifie dans ce cas-ci par des problèmes de cassette à l’intérieur de la caméra, nous laissant ainsi entrevoir quelques moments de bonheur de deux personnages captés plus tôt et qui seront en majorité effacés par l’enregistrement de Hud.

Si Cloverfield perd des points, ou du moins, fait basculer les plus sceptiques de l’autre côté est l’incohérence de plusieurs éléments narratifs qui se traduit principalement par une profonde imbécillité des personnages à prendre des décisions complètement improbables (Rob qui veut retourner sauver sa copine Beth détient ici la palme). Ou plus simplement des incohérences sur la forme même se posent : comment expliquer que l’on s’obstine à filmer encore dans une situation semblable ou encore comment justifier l’économie permanente de la batterie de la caméra qui tient presque toujours le coup. Évidemment, ce sont des éléments qui peuvent en rebuter certains (en plus de la forme qui peut effectivement donner un mal de cœur), mais qui sont bien peu imposants devant l’ampleur du spectacle qu’on nous offre ici.

Voici donc un film de monstres qui se démarque des autres d’abord et avant tout par sa forme. Le choix de la caméra personnage comme seul et unique point de vue sur les évènements propose une immersion totale du spectateur par rapport aux évènements. Il s’agit donc d’une expérience cinématographique à vivre, nul n’en doute point. Le seul doute qui subsiste est quant à l’adhésion, l’acceptation et surtout l’appréciation de ce spectateur par rapport au concept qu’est Cloverfield.



Image
Le film est offert au format d’image respectée de 1.85:1 d’après un transfert 16:9.

Filmé dans un esprit « d’amateurisme », il n’est pas surprenant que la facture de l’image de Cloverfield soit assez mauvaise même si elle a été captée par une caméra HD numérique. Dans cette optique, le transfert donne l’impression de traduire adéquatement cette facture. Les mouvements de caméra nerveux, le grain très prononcé, les nombreux flous et l’obscurité presque omniprésente des plans empêchent d’en être pleinement certain. Donc, les détails et les textures reproduits demeurent appropriés au travail sur l’image, c’est-à-dire approximatifs et très peu perceptibles. Le rendu des couleurs correspond aussi à la photographie extrêmement sombre du film. Même la partie finale du film qui se déroule en plein jour demeure dans des tons de gris pour ainsi mieux traduire la dimension apocalyptique de la chose. On peut donc déceler des couleurs justes, mais saturées selon ce que le matériel numérique utilisé pouvait capter renforçant ainsi la facture amateuriste de l’image. À travers cela, les contrastes donnent l’impression d’être bien gérés, mais impossible d’en être certain alors que les dégradés sont, eux, fluides et offrent le niveau de détails optimal dans les parties sombres, c’est-à-dire très peu. Finalement, les noirs sont purs et intenses.

Par contre, dans ces parties sombres, il arrive quelques fois que l’on observe des signes de compression relativement évidents et qui peuvent venir gêner quelque peu le visionnement.



Son
Trois bandes sons sont offertes avec cette édition : toutes trois au format Dolby Digital 5.1, l’une en version originale anglaise, l’autre en version française et la troisième en version espagnole.

Contrairement au transfert vidéo qui semblait épouser la facture amateure de l’image, le mixage anglais 5.1 s’oppose complètement à cette idée d’amateurisme. C’est-à-dire qu’il faut accepter le fait qu’une caméra portative puisse capter avec autant de précision et de profondeur un son 5.1. Après avoir accepté cette impossibilité technique, le plaisir arrive puisque cette bande son est à couper le souffle. Le dynamisme est donc époustouflant. L’absence de trame sonore l’oblige presque, tout le travail s’effectue avec l’environnement sonore. Effectivement, la bande exploite admirablement les possibilités du mixage multicanaux. Les ouverture frontale et latérale sont évidemment claires et précises, mais c’est plutôt l’utilisation des enceintes arrière qui étonne. Non seulement elles se font appuyées et senties, mais elles donnent lieu à de nombreux effets d’ambiophonie carrément saisissants. Les dialogues demeurent intelligibles et si on note la présence de distorsions lorsque les personnages hurlent, c’est par pur souci de réalisme avec le concept du film. Les basses sont souvent incroyables de par leur profondeur et leur efficacité. Inutile d’ajouter qu’elles sont employées à de maintes reprises. La même chose s’applique pour le canal d’extrême grave qui risque de jouer sérieusement avec la patience de vos voisins.

Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles.



Suppléments/menus
Pour cette section, nous retrouvons d’abord une piste de commentaires audio animée par le réalisateur Matt Reeves. L’homme relate le travail technique effectué sur le film, traite de ses intensions, et mentionne notamment le travail des acteurs qui ont, la plupart du temps, tenu eux-mêmes la caméra pour tourner les scènes. Le réalisateur demeure donc très informatif et technique durant la piste de commentaires tout en gardant un ton relativement modeste envers son propre travail, ce qui rend cette piste écoutable. On regrette seulement qu’il ne donne pas plus d’indices quant à ce fameux plan final qui propose un début d’explication quant à la provenance du monstre.

Nous avons ensuite trois documentaires. Le premier, « The Making of Cloverfield (28:16) », relate les intentions des créateurs, traite brièvement du caractère secret du film, et se concentre surtout sur le tournage du film. Il s’agit d’un documentaire très intéressant qui fait le tour de la plupart des scènes du film et qui fait découvrir la magie des effets visuels numériques. Le deuxième, « Cloverfield Visual Effects (22:28) », est comme son nom le dit, un documentaire sur les effets visuels du film. On y traite des scènes majeures du film et de la création du monstre. Très informatif. Le troisième, « I Saw it! It’s Alive! It’s Huge! (5:50) », raconte comment les créateurs ont élaboré l’apparence du monstre. Un peu trop d’autocongratulation.

Nous avons ensuite quatre scènes supprimées. « Congrats Bob (0:23)» introduit deux amies de Rob et « When You’re In Japan (1:23) » est un speech sur la pornographie cartoonesque japonaise de la part d’un ami de Tom. La particularité intéressante de ces deux scènes est que le personnage qui parle à la caméra demande d’effacer la scène. « I Call That A Date (0:45) » est une version allongée de quelques secondes de la scène sous le métro et « It’s Going to Gurt (0:57) » une version allongée de la scène qui suit l’attaque sous le métro. Puis, viennent deux fins alternatives. La première propose une seule variation par rapport à la fin originale, soit celle du plan finale dans lequel nous revoyons les deux personnages partagés un moment de bonheur ensemble. C’est un moment différent, tout simplement. La deuxième finale est sensiblement identique à l’originale. Seuls quelques « frames » additionnels viennent changer l’effet puisqu’elle donne l’impression que le destin des personnages est tout autre et surtout, donne un indice quant à une éventuelle suite au film. Les scènes supprimées et les fins alternatives viennent avec les commentaires optionnels du réalisateur. Finalement, un segment de prises ratées vient compléter cette section.

Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles pour l’ensemble de ces suppléments.




Conclusion
Cloverfield est un divertissement qui est tout aussi, sinon plus intéressant que le phénomène qui lui a précédé. C’est une œuvre qui allie film de monstres et film d’action explosifs avec forme audacieuse et immersive. Évidemment, un film qui prend ce genre de risques divise inévitablement les spectateurs : ceux qui adhèrent au concept et ceux qui n’adhèrent pas. Mais néanmoins, même si vous pensez vous diriger vers le deuxième camp, il serait impardonnable de le faire sans avoir au moins vécu cette expérience marquante qu’est le visionnement de Cloverfield.

Une édition assez bonne. La nature de l’image empêche de vraiment juger de la qualité du transfert vidéo même s’il donne l’impression d’être fidèle à cette image alors qu’au contraire, le mixage, en refusant de traduire l’idée d’amateurisme, coupe carrément le souffle en assurant dynamisme et excitation. Les suppléments sont, quant à eux, relativement intéressants, mais les informations s’y répètent malheureusement trop souvent, ce qui donne l’impression que les artisans du film en avaient peu à dire sur leur film. Néanmoins, cette une édition tout à fait honnête, donc recommandable.




Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
4,2/5

Suppléments:
3,4/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Frédéric Bouchard

Date de publication: 2008-04-24

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Toshiba 27A43C, Récepteur JVC TH-A30

Le film

Titre original:
Cloverfield

Année de sortie:
2008

Pays:

Genre:

Durée:
84 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Paramount

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1
Espagnole Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaire audio, scènes supprimées, fins alternatives, documentaires, prises-ratées

Date de parution:
2008-04-22

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