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DVDEF

Once Upon a Time in Mexico

Critique
Synopsis/présentation
Après des débuts modestes mais prometteurs avec El Mariachi, le cinéaste Robert Rodriguez est désormais devenu un véritable homme orchestre, un surdoué du cinéma. En fait, Rodriguez incarne peut-être le précédent, voir le modèle d’une nouvelle génération de cinéastes complètement autonomes, libérés de toute la lourde mécanique hiérarchique hollywoodienne. Car Rodriguez ne fait plus que réaliser des films, il en assure également la production et la scénarisation, mais aussi le montage, la photographie, le cadrage (caméraman), la direction des effets spéciaux et même la composition de la musique ! Rodriguez réduit donc les intermédiaires (certains diront les emplois…) et exerce un contrôle absolu sur ses long-métrages. Par le fait même, il se retrouve à accélérer le processus de production de ses films tout en réduisant les coûts de ceux-ci. Dans un monde où un réalisateur est rarement seul maître à bord et où les studios exercent un contrôle quasi-indécent sur le création de longs-métrages (le cas de Miramax vient tout de suite en tête…), la façon de faire de Rodriguez est encourageante. Si seulement ce dernier mettait son talent au service d'une œuvre qui en vaut réellement la peine…

Jusqu'à maintenant, Rodriguez semble se complaire dans la sur-enchère d’action et d'effets spéciaux et ce, au détriment d’un scénario qui tient la route, ne serait-ce que pendant 90 minutes. Tel était le cas avec les tomes deux et trois de Spy Kids, à l'instar de son dernier film Once Upon a Time in Mexico. Dommage, puisque ce dernier film se voulait être l’acte ultime d’une trilogie amorcée par El Mariachi, et que son réalisateur rêvait d’en faire un grand film épique digne des œuvres de Sergio Leone. Et bien le moins que l’on puisse dire, c’est que Once Upon a Time in Mexico n’a ni la stature, ni le souffle épique des chefs-d’œuvre de Leone. Tout au plus est-il un hommage bien senti à plusieurs œuvres charnières du genre, car l’admiration de Rodriguez devant certains grands noms du cinéma est indéniable et palpable tout au long du film. On ne peut non plus blâmer le talent de metteur en scène du réalisateur, qui dirige ici ses comédiens et l’action avec une acuité honorable. Le hic, c’est qu’il aurait probablement été préférable pour lui de faire peaufiner son scénario par une tierce personne. Telle quelle, l’histoire est si décousue qu’elle a peine à tenir la route pendant les quelques 102 minutes que dure le film. Pour un film sois-disant épique, c’est un peu difficile à pardonner.

À l’origine, l’idée de départ ne semblait pourtant pas mauvaise. Le film raconte les dessous d’un coup d’état au Mexique et de plusieurs ramifications qui s’y cachent. En fait, il s’agit de la façon la plus simple de résumer cette histoire si complexe et emberlificotée que le réalisateur lui-même aurait de la difficulté à en faire la synthèse. Rodriguez s’est carrément tiré dans le pied en noyant son récit dans les interminables revirements de situations. L’effet de surprise disparaît rapidement pour laisser place à une totale incrédulité chez le spectateur. Pour donner plus d’espace, de profondeur et de souffle à son histoire, le cinéaste n’hésite pas non plus à parsemer le film de quelques flashbacks qui, au bout de compte, ne font que décupler la confusion qui règne. On déplore d’ailleurs que le personnage de Salma Hayek ne soit relégué qu’à des acrobaties futiles qui se déroulent toutes, sans exception, dans les dits flashbacks. Heureusement, les personnages en général sont nombreux et assez savoureux pour qu’on s’y attache. Et toute cette palette de personnages colorés est interprétée avec verve par des comédiens visiblement enjoués. Justement, les interactions entre tout ce beau monde et les dialogues qui y sont échangés constituent probablement les meilleurs moments du film, sans compter les scènes d’action qui ne manquent pas de panache. Rodriguez, fier admirateur de John Woo, en sera-t-il un jour le digne successeur ? Il a certes le talent, l’imagination et la maîtrise de son art. À l’instar de Quentin Tarantino, Robert Rodriguez est un fanatique de cinéma qui rend hommage, à travers ses œuvres, aux génies du septième art. Once Upon a Time in Mexico est un hommage vibrant et visuellement saisissant des westerns spaghetti et des fusillades de John Woo.
Dommage toutefois que cet hommage n’ait pas été plus inspiré...


Image
Ce transfert laisse quelque peu perplexe. Tout d'abord, l’image est ici offerte dans un format de 1.78:1 (d’après un transfert 16:9). Or, ceux qui ont vu le film au cinéma se souviendront peut-être que le format original était de 2.35:1, et non pas 1.78:1. On s'explique mal ce recadrage, même s'il s'agit d'un choix du réalisateur. Rodriguez désirait une œuvre épique, et c'est évidemment le format original de 2.35:1 qui s'y prêtait le mieux.

D'autre part, bien avant d’entreprendre le tournage de ce film, Rodriguez s'est ouvertement proclamé comme défenseur du vidéo numérique haute-définition (apparemment, c’est George Lucas lui-même qui l'aurait converti). C’est donc sur ce support que le cinéaste a choisi de filmer ce Once Upon a Time in Mexico. Et si Rodriguez était convaincu des bénéfices de ce nouveau médium, celui-ci n’est pas pour autant sans faille. En particulier au niveau de la définition et des textures, le HD n’est pas toujours à la hauteur de la bonne vieille pellicule 35mm. Il en résulte ici une image dont le transfert tire le maximum en terme de détails, mais qui n’a pas toute la finesse ni la richesse d’une image tirée d’un interpositif 35mm. Particulièrement lors des gros plans, vous remarquerez l'aspect quelque peu artificiel et voir même flou de l'image. Par contre, il est impossible de reprocher quoi que ce soit aux couleurs; toujours riches, brillantes et saturées. On ne remarque aucune dominante involontaire ni de débordement. Si un léger manque de constance peut être remarqué d'un plan à l'autre d’une même séquence, il s’agit fort probablement d'un défaut imputable à un calibrage aléatoire de la caméra (par exemple dans la balance de blanc) et/ou à un étalonnage imprécis.. Le niveau de noir est correctement ajusté et ne fluctue jamais. Les parties denses offrent des dégradés imparfaits. Ces derniers sont parfois un peu grossiers, quand ils ne bloquent pas carrément. Les noirs sont quant à eux nets et très profonds.

Évidemment, on ne remarque aucun parasite. La partie numérique ne trahi aucun véritable défaut, si ce n’est la présence de quelques subtils macroblocs. Une sur-accentuation des contours parfois agaçante a été appliquée ce qui est bien dommage.


Son
Deux bandes sonores sont offertes, soit l'une anglaise (Dolby Digital 5.1) et l’autre française (Dolby Surround 2.0). La Columbia Tristar n'a pas inclu de doublage français Dolby Digital 5.1, ce qui est bien dommage considérant la nature du film. Des sous-titres sont disponibles en anglais et français.

Tout comme le transfert, le mixage multi-canal anglais ne livre que partiellement la marchandise. On se serait en effet attendu à une bande-son plus agressive avec un tel film, or ce n’est pas toujours le cas. La dynamique est impressionnante et le son a une bonne présence. Le hic, c'est que le déploiement du champ-sonore se limite parfois un peu trop aux enceintes avants. Seules quelques subtiles sons d'ambiances émanent des canaux d'ambiophonie, ce qui limite l'immersion. Les choses s’améliorent un peu lors des scènes d'action, alors que plusieurs effets localisés sont audibles, mais à nouveau leurs présences manquent d'impact. Il y a également quelques transitions de canaux assez réussies, tant stéréophoniques qu'avants/arrières, mais rien de vraiment étourdissant. Quoi qu’il en soit, les éléments sonores sont précisément positionnés et intégrés, sans aucune bavure. Les dialogues sont toujours naturels, nets et intelligibles. La trame-sonore est fidèlement reproduite et rendue avec une certaine puisssance.
Les basses fréquences sont évidemment bien présentes et ici correctement rendues. L'usage du canal .1 (LFE) est correctement géré.


Suppléments/menus
Bien qu’elle n’en porte pas la bannière, cette édition est certainement digne des «Éditions Spéciales» habituellement lancées par la Columbia Tristar. Bon nombre de suppléments, et la plupart très intéressants, sont en effet disponibles.

Vous retrouverez tout d’abord une piste de commentaires audio animée par Robert Rodriguez. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cinéaste est un animateur passionné et articulé. Il en résulte une piste captivante et franchement intéressante dans laquelle le réalisateur explique toutes les étapes et épreuves traversées pour produire son film. Ses informations sont toujours claires et concises, et le tout est ponctué d'un ton décontracté et amical, voir même enjoué, qui maintient l’intérêt du début à la fin. Il y va également de quelques anecdotes assez amusantes de temps à autres pour alléger le contenu. Que voilà une piste digne de référence.

Une piste sonore contenant la trame-sonore ainsi que des effets sonores isolés est également disponible. Agrémentée de quelques commentaires de Robert Rodriguez, cette piste (mixée en Dolby Digital 5.1) en est une fascinante pour quiconque s’intéresse au mixage sonore. Après chaque segment musical ou montages d’effets sonores, le cinéaste explique l’objectif recherché et la travail effectué pour chacun des éléments. Très intéressant, sinon un peu long.

Pas moins de six courts documentaires sont également offerts. Le plus intéressant de tous est intitulé Ten Minute Flick School (9 mins.) et s’inscrit dans la lignée de ce que Rodriguez avait offert comme documentaire pour Desperado et El Mariachi. En une dizaine de minutes, le cinéaste explique comment il est arrivé à tourner ses scènes d’action en un temps record et avec le moins d’argent possible. Le montage est exhaustif et les propos du réalisateur toujours concis. À ne pas manquer.

Plus léger est le segment Ten Minute Cooking School (6 mins,) dans lequel Rodriguez nous explique littéralement comment cuisiner le met que Johnny Depp savoure du début à la fin du film. Amusant ! Dans un registre un peu plus sérieux, Inside Troublemaker Studios (11 mins.) est une visite guidée du studio de post-production aménagé chez Robert Rodriguez lui-même. L’homme nous fait visiter ses installations et nous explique concrètement le travail qui a été accompli de part et d’autre de sa résidence. Il est fascinant de voir à quel point un film de cette envergure ait pu être créé avec un minimum de moyens.

Film is Dead : An Evening with Robert Rodriguez (13 mins.) nous montre le cinéaste donner une sorte de conférence dans une salle de cinéma en faveur du vidéo HD. Que l’on soit pour on contrer l’abandon de la pellicule pour le vidéo numérique, il faut admettre que le réalisateur y va d’arguments fondés et convaincants sur les avantages de la Haute-Définition. Saura-t-il vous convaincre ? The Anti-Hero’s Journey (18 mins,) est un segment promotionnel classique et typique de la plupart des éditions DVD. On y fait la promotion du film en résumant l’histoire et en montrant des bribes d’entrevues où les répondants n’ont apparemment rien à dire d’autres que des félicitations à l’endroit de leurs collègues. Il s’agit du documentaire le moins intéressant de tous. Et de loin supérieur est le dernier documentaire, intitulé The Good, the Bad and the Bloody : Inside KNB EFX (19 min). Ce segment nous introduit dans l’univers sanglant d’une bande de spécialistes en effets spéciaux classiques (tout sauf du numérique…). Ils nous expliquent leurs trucs et astuces sur un ton de bonne humeur contagieux.

Finalement, en plus d’une panoplie de bandes-annonces, vous retrouverez une série de huit scènes coupées totalisant près de sept minutes de métrage. Ces scènes sont toutes d’un intérêt très moyen, sinon nul. Leur retrait du film est tout à fait compréhensible. Pour vous en convaincre, vous pouvez écouter les explications de Robert Rodriguez dans une piste de commentaires optionnelle.



Conclusion
Si les aspirations de Robert Rodriguez étaient grandes au moment de réaliser ce film, le résultat n'en est pas moins relativement banal. Le film offre bel et bien quelques bons moments, mais le résultat n’est tout simplement pas à la hauteur de ses prétentions épiques. Quant aux aspects techniques de cette édition, ils ne livrent que partiellement la marchandise. Certes, l’image est belle et le mixage-sonore pétarade de tout côté, mais beaucoup mieux a déjà été fait.
Quant aux suppléments, ils sont peut-être le principal intérêt de cette édition. Les documentaires sont pour la plupart fascinants et très instructifs pour quiconque désire faire du cinéma.


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
3,7/5

Suppléments:
3,8/5

Rapport qualité/prix:
3,8/5

Note finale:
3,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2004-01-25

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
Once Upon a Time in Mexico

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
102 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Columbia Tristar

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.78:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround

Sous-titres:
Anglais
Français

Suppéments:
Piste de commentaires audio, trame-sonore et effets sonores isolés, documentaires, scènes coupées et bandes-annonces.

Date de parution:
2004-01-20

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