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DVDEF

21 Grams

Critique
Synopsis/présentation
N’eut été de la parution de l’excellent Mystic River en 2003, il est fort à parier que 21 Grams aurait reçu bien plus d’attention qu’il n’en a eu. En effet, toute la critique s’est précipitée pour encenser le film de Clint Eastwood ainsi que la performance de Sean Penn dans celui-ci, et ce au détriment de son interprétation mémorable dans 21 Grams. Le fait que Sean Penn était la tête d’affiche des deux films, qui traitaient de surcroît la thématique de la vengeance, a probablement porté ombrage à 21 Grams qui est paru sur les écrans nord-américains quelques mois à peine après Mystic River. Le même scénario s’est reproduit à la cérémonie des Oscars en 2004, alors que des deux films l’attention était portée sur le film Mystic River tandis que 21 Grams était relégué au second plan. Le premier s’est mérité pas moins de six nominations dans les principales catégories, pendant que le second n’a réussi qu’à faire reconnaître le talent de Naomi Watts et Benicio Del Toro seulement. Mais qu’en est-il du meilleur film ? Du meilleur réalisateur ? Du meilleur scénario et du meilleur montage ? Hors de tout doute, 21 Grams était le film le plus original et le plus puissant à paraître en 2003 et pourtant bien peu de gens se sont donnés la peine de le voir. Il est vrai que 21 Grams est un film différent et exigent, deux caractéristiques qui sont trop rarement félicitées par l'industrie Hollywoodienne.

Il est plutôt difficile de résumer l’histoire d’un film comme 21 Grams, considérant que l’intrigue est racontée de façon apparemment désordonnée. Notons à tout le moins que le film traite du destin tragique de trois individus réunis par un accident. La structure du film n’est pas sans rappeler celle de Memento, qui nous était raconté à l’envers, mais celle de 21 Grams est racontée dans le désordre le plus complet et sans aucune distinction d’une scène à l’autre. Dans Memento, des fragments d’une scène filmée en noir et blanc entrecoupaient les séquences du film de manière à nous donner un point de repère temporel. Dans 21 Grams, les scènes s’enchaînent l’une après l’autre tel un film conventionnel mais sans aucune indication d’espace, de temps ou de chronologie. Chaque scène prend la forme d’un tableau contemplatif que les auteurs nous livrent sans aucun repère. Il revient donc au spectateur de déchiffrer les résonances de tous ces tableaux.

En fait, la principale qualité du film réside en cette façon tout à fait décousue de raconter l’intrigue. Eut-elle été racontée de façon chronologique et linéaire, l’histoire se serait résumée à une triste histoire de vengeance qui n’aurait certainement pas eu la même profondeur ni le même impact. Ainsi, plutôt que d’entretenir une énigme qui aurait uniquement gravité autour de l’aboutissement de la vengeance, les auteurs ont choisi de maintenir un mystère constant quant à la signification de chacune des scènes du film. Ce faisant, ils maintiennent notre intérêt en nous faisant languir avant de dévoiler les pièces du puzzle qui expliquent la pertinence des événements souvent anodins mais parfois tragiques du film. Étrangement, placer les événements hors de leur chronologie et de leur contexte nous donne une meilleure perspective de leur portée, de leur valeur. Cette façon inusitée de raconter l’histoire permet également au cinéaste d’épurer son film de toute longueur reliée, dans le cas d’un film classique, à des transitions obligatoires pour lier les fils du récit. Dans le cas présent, il n’a eu qu’à garder les événements d’importance et d’en retrancher toute banalité. La progression dramatique de l’œuvre n’est pas relative à la progression de l’histoire mais plutôt au cheminement émotif des personnages. Par ailleurs, cette structure évite aux auteurs de sombrer dans le piège du mélodrame pompeux étant donné qu’il leur est impossible d’insister sur une tension larmoyante qui s’étire en longueur. La façon dont les scènes se succèdent provoque une distanciation d’un événement à l’autre puisqu’il n’y a aucune continuité. Chaque scène est présentée pour ce qu’elle est, épurée de toute musique ou tout effet de style manipulateur tels que des ralentis par exemple.

Il serait cependant ingrat et réducteur de louanger 21 Grams uniquement au niveau de sa forme puisque le fond de l’histoire est tout aussi renversant. Ceux qui ont trouvé le traitement de Mystic River un peu clinique et froid apprécieront sûrement le profond humanisme qui se dégage de 21 Grams. Car bien plus qu’un simple récit de vengeance, 21 Grams est une fable sur l’amour, le pardon et la rédemption. Malgré la lourdeur du drame que vivent les personnages, le film n’est jamais défaitiste ou foncièrement noir. Le portrait résultant de ces multiples tableaux est celui d’êtres profondément humains et nuancés, jamais complètement noirs ou blancs. En dépit de la triste finale, le conclusion du film est marquée par un optimiste qui soulage à la fois les personnages du film et les spectateurs qui ont bien voulus s’investir et se projeter dans la vie difficile de ces trois êtres qui nous ressemblent. 21 Grams est un film magistral interprété de superbe façon que personne ne devrait manquer. Avec ce deuxième film (après Amores Perros), Alejandro González Iñárritu laisse présager une carrière très prometteuse.


Image
21 Grams est présenté au format respecté de 1.85:1 et bien entendu d’après un transfert 16:9. Vu la facture visuelle très stylisée du film, il est difficile de critiquer la qualité d’image. À tout le moins pouvons affirmer que, dans l’ensemble, le transfert présente une image fidèle à la version du film présenté en salles.

Le artisans du film ont eu recours à bon nombre d’artifices pour donner à l’image un style et une texture bien particulière. Tout d’abord, vous remarquerez la présence volontaire de grain. Dans les circonstances, l’image apparaît aussi nette que possible et présente la plupart des détails et textures avec une certaine précision. Mais bien entendu, ce grain ne permet pas une définition optimale et certaines subtilités sont perdues. Quant aux couleurs, tout indique qu’elles sont bien restituées et fidèles aux intentions des artisans du film, et ce malgré une constante fluctuation de la balnce chromatique. La photographie et les couleurs qui en résultent sont de toute évidence un élément très expressif du film et les variantes sont relatives aux humeurs des personnages ou à la gravité des événements. On nous offre tour à tour des teintes très saturées et vives ou encore des couleurs quasi-délavées et très ternes. Impossible dans ce cas de juger de la naturalité des couleurs, mais à tout le moins est-il possible d’affirmer que la saturation semble adéquate dans les circonstances et qu’il n’y a aucune trace de débordement. Le contraste apparaît fort bien ajusté et ne fluctue jamais. Dans l’ensemble, la brillance est assez bien gérée mais il arrive à quelques reprises que le niveau des noirs ait été relevé. Il n’est cependant pas impossible que ce trait soit imputable au matériel source et non au transfert. Les noirs sont par ailleurs purs et nets, exempts de fourmillement (qu’il ne faudrait pas confondre avec le grain intentionnel de la pellicule). Les parties sombres offrennt des dégradés généralement subtils et détaillés.

L'interpositif employé pour le transfert était dans un très bon état, et les quelques égratignures sont nullement agaçantes. La partie numérique du transfert est excellente et ne présente aucun défaut de compression ou de numérisation.


Son
Cette édition nous propose un choix de trois bandes-son : deux sont anglaises (DTS et Dolby Digital 5.1) et l’autre française (Dolby Digital 5.1). Des sous-titres anglais, français et espagnols sont également disponibles.

La plus grande qualité de ces trois mixages est certainement leur subtilité et leur discrétion. Toutes trois sont entièrement au service du film et passent presque inaperçues, évitant le piège des débordements inutiles. Dans les circonstances, la dynamique et la présence sont honorables quoique marquées par une retenue évidente. Le champ-sonore se déploie majoritairement des canaux avants, mais sans pour autant que les enceintes arrières soient négligées. Le positionnement des éléments sonores présente est d'une précision franchement admirables dont on se plait à discerner toutes les nuances. Les canaux d'ambiophonies sont rarement sollicités, uniquement pour créer quelques effets d’ambiance. L'immersion sonore n’était visiblement pas la préoccupation des artisans de cette bande-son. L’accent est plutôt mis sur les nombreux dialogues, qui sont véritablement l’élément fondamental de ces mixages. Ceux-ci sont toujours nets, naturels et parfaitement intelligibles. Félicitons par ailleurs la grande qualité de la prise de son dans les scènes où Naomi Watts s’époumone puisque une distorsion (peaking) aurait facilement pu faire son chemin jusqu'au mixage final. La musique, minimaliste au possible, apparaît très bien intégrée dans le mixage, et ce avec toute la fidélité et la précision voulue. Les basses sont toutes en délicatesse, ce qui convient parfaitement au style et à l’ambiance du film. Le canal .1 (LFE) est rarement sollicité mais son utilisation est efficace.


Suppléments/menus
Il n’y a absolument aucun supplément d’inclus avec cette édition… pas même une bande-annonce. La rumeur veut que deux segments devaient être inclus mais on finalement été retirés à la dernière minute avant la mise en marché du film. Pourquoi ? Tout indique que le réalisateur voulait prendre le temps de produire des suppléments plus étoffés pour une éventuelle édition spéciale du film, préférant offrir une édition sans artifice pour l'instant plutôt qu’une édition comprenant des segments produit à la va vite.



Conclusion
Sans aucun doute, le film lui-même constitue le principal attrait de cette édition. Certes, un bon documentaire ainsi qu’une piste de commentaires audio auraient été les bienvenues considérant les grandes qualités de ce film, mais en attendant une future édition spéciale il nous est à tout le moins possible de profiter de toutes les qualités de ce film grâce à une excellente qualité d’image ainsi qu’un très subtil mixage sonore. Ces qualités techniques nous aideront à patienter jusqu’à la parution d’une édition plus étoffée qui, espérons-le, ne tardera pas trop.


Qualité vidéo:
3,9/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
0,0/5

Rapport qualité/prix:
3,2/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Yannick Savard

Date de publication: 2004-06-07

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur NTSC 4:3 Sony Trinitron Wega KV-32S42, Récepteur Pioneer VSX-D509, Lecteur DVD Pioneer DVL-909, enceintes Bose, câbles Monster Cable.

Le film

Titre original:
21 Grams

Année de sortie:
2003

Pays:

Genre:

Durée:
125 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Alliance Atlantis

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise DTS
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
aucun

Date de parution:
2004-03-16

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