Facebook Twitter      Mobile RSS        
DVDEF

Ed Wood (Special Edition)

Critique
Synopsis/présentation
L’Histoire du cinéma est parsemée de chefs d’œuvres, récompensés dans les festivals et autres cérémonies, chefs d’œuvres populaires ou chefs d’œuvres critiques, mais généralement des consensus se forment autour de certaines œuvres. Sans rentrer dans les définitions philosophique du « beau » et de « l’art », cet ensemble de valeurs est généralement bien partager, car codifier.
Les écoles de cinéma enseignent un corpus de savoir standard, tout aussi bien technique qu’historique. Et c’est-ce savoir transformé en savoir-faire qui fait qu’un film est considéré comme un succès, la combinaison heureuse d’une histoire, d’une caméra, de l’éclairage et d’acteurs.

Dès lors que la notion de « bon » découle d’une combinaison, il est évident que la valeur associée à chacun de ces éléments varie suivant les individus ou les institutions qui les interprètent. Un bon film peut-il être seulement un bonne histoire avec de bons acteurs malgré une mise en scène sans goût (Napoleon Dynamite par exemple) ? Ou au contraire, est-ce qu’une réalisation super léchée accompagnée d’une photographie ahurissante est un bon film (Road to Perdition ?). Posé ainsi il est clair que la définition « rationnelle » d’un bon film est propre à chacun, et que si tout le monde s’accorde sur ce que peut être un bon film « Dans l’absolu », le détail est propre à chacun.
Quel est le meilleur film de tous les temps; Citizen Kane ? The Godfather ? Casablanca ? Il est dur de se mettre d’accord sur lequel sera le premier.

Contrairement au premier de la liste, le dernier de toutes listes sera invariablement le même. Au milieu de la marée de mauvais films qui ont vu le jour, un réel consensus s’est formé.
Le plus mauvais réalisateur de l’histoire pour l’ensemble de son œuvre, et le plus mauvais film de ce réalisateur comme point culminant de sa médiocrité : Ed Wood pour Plan 9 from outer Space.

Il est évident que la personnalité déglinguée de Ed Wood, et son utilisation d’un grand acteur sur le déclin dans des films de série Z (Bela Lugosi) ont contribué à donner une aura particulière à cet homme. Si l’histoire du cinéma est parsemée de chefs d’œuvres, elle est aussi parsemée de navets impressionnants. Si Plan 9 est mauvais (et c’est très certainement très mauvais), il serait utile de rappeler que le genre série B- est une industrie, que des studios tels Hammer ont développé, et que dans ce cadre, faire une compétition du film le plus mauvais entre « Plan 9 » et « Legend from the seven Golden Vampire » ou encore de « Manos » the hand of fate, se révèle ardu. Néanmoins, ces films malgré une médiocrité qui confine à l’expérimentation de la tolérance du spectateur restent attachants.
Et c’est certainement ce qui a donné la couronne à Ed Wood, tout comme son œuvre, il est attachant. Attachant par sa spontanéité et son amour absolu pour l’acte de cinéma, comme si « faire » était tout ce qui importait, pas tant le film en lui-même, mais plutôt l’acte créateur, attachant aussi pour son excentricité, hétérosexuel habillé en femme sur ses propres tournages (Et héro d’un de ses premiers films, Glen and Glenda, qui avec Bride of the monster serait très probablement en compétition très serrée avec Plan 9). Ed Wood était capable de tourner n’importe quoi pourvu qu’il y ait un plateau de cinéma. D’ailleurs ce besoin créateur l’a conduit à aller vers la production pornographique (mais avec la même médiocrité constante il semblerait). Cette partie de l’œuvre de Wood, ainsi que son irascibilité notoire et un alcoolisme à peine voilé ont été volontairement mis de côté par le réalisateur Tim Burton.

Tim Burton a toujours aimé les « Monstres », qu’il s’agisse d’un Beetlejuice, de StainBoy (à voir sur AtomFilm), Frankenweenie ou Edward Scissorhands, ses personnages préférés ont toujours été des personnes à problème. Dès lors, la perspective de faire un film traitant du plus mauvais réalisateur de l’histoire du cinéma qui dirigeait ses films habillé en femme devient bien évidemment un « Freak case » qui rentre parfaitement dans ce qui est la ligne éditoriale de Burton : l’histoire d’un « décalé » dans la normalité. Dans ce cas, l’histoire d’un réalisateur fou dans un Hollywood implacable. Si en regardant l’œuvre de Burton, on peut s’interroger sur les volontés autobiographique plutôt que biographiques de ce film (car hormis l’épouvantable planet of the Apes, l’ensemble de l’œuvre de Burton est décalé), on doit surtout considérer le film Ed Wood dans la continuité des films de ce réalisateur.

Ed Wood suit 4 films visuellement et créativement majeurs, Beetlejuice en 1988 imposait les visuels baroques/gothiques colorés qui feront la touche reconnue et l’humour généralement décalé de ses œuvres. La réalisation du premier Batman l’année suivante, quoi que film très hollywoodien se tenait très bien. L’univers gothique et sombre rendu de manière très convaincante, et des jeux d’acteurs mémorables (Nicholson dans le rôle du joker…). Avant de tourner la suite, pour le Batman Return en 1992, Burton va passer sur ce qui est pour beaucoup une de ses meilleures réalisation, Edward Scissorhands (1990).
Ce film est très certainement le pivot dans les thèmes de Burton. On retrouve tout le gothisme de ses premières réalisations, mais la notion de « conte » vient se greffer sur cet univers. Cette approche du conte sera réutilisée tant dans Sleepy Hollow que StainBoy, et même dans les œuvres non cinématographiques du réalisateur (comme le fabuleux livre : The Melancholy Death of Oyster Boy and other stories). Tout comme Burton semble parler de son propre décalage en réalisant Ed Wood, ce style simili autobiographique a été de nouveau utilisé en 2003, Big Fish contant l’histoire, d’un conteur…

Créativement, Ed Wood est une anomalie dans le parcours de Burton, une espèce d’excentricité qu’il s’est offerte. C’est en effet le seul film qui ne traite pas directement de fiction. Dans cette perspective, le choix d’utiliser une image en noir et blanc donne un cachet indéniable à l’ensemble, et se regarde presque comme un film d’époque (la qualité de l’image elle aussi saura elle aussi malheureusement vous le rappeler). Ce film est très stylisé et le jeux des acteurs n’échappe pas à la règle. Accompagné de son acteur fétiche, Johnny Depp (qui sera le héro des deux prochains films de Burton, Willy Wonka and the chocolate Factory ainsi que de The Corpse of the Bride) joue de manière presque outrancière ou vaudevillesque, alors que Martin Landau offre une prestation absolument remarquable en un vieux Bela Lugosi, aussi grand que petit, aussi vivant que gravement accro à la morphine. Ce mélange de jeux, sert admirablement le film, et permet des moments d’une intensité dramatique élevée dès que les jeux se nivellent et que seuls les hommes semblent parler, au lieu de leur personnage (qu’il s’agisse de réalisateur ou de Vampire). Les autres personnages sont tout aussi décalés (on pense ici surtout à Bill Murray jouant un transsexuel en devenir) et permettent quelques histoires parallèles intéressantes et crédibles.
Si ce film a reçu de nombreuses nominations dans les festivals internationaux les plus prestigieux, c’est certainement la performance de Martin Landau qui est la plus marquante. Récipiendaire de l’Oscar pour un rôle de soutient, ainsi qu’un Globe et de nombreux autres (American Guild (Actors/writers), film critics etc…).

La sortie de cette édition a été pour le moins compliquée, repoussée au moins trois fois pour des raisons toujours plus obscure. Le sentiment populaire était que Disney désirait patienter pour les Oscars, puisque deux nominations aux oscars en 2004 pouvaient éventuellement gonfler les ventes (Murray dans Lost in Translation, et Depp dans Pirates of the carribeans). La version distribué est la même que celle qui était prévu en Février, et d’après certaines sources, les défauts de cette version sont absolument les mêmes que ceux de février (ce qui contredit que l’édition eut été retirée pour des raisons de qualité). La sortie au format DVD de son dernier film tout juste retrouvé, « necromania », distribué sur internet a refait entendre parler de lui, comme si la découverte d’un nouveau navet du maître incontesté du genre était une bénédiction pour le cinéma. Nous espérons juste que ce futur DVD bénéficiera de plus d’attention que cette édition tellement attendue de Ed Wood, qui avouons le, nous déçoit passablement.



Image
Cette édition nous est offerte au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.

Malgré que ce film soit relativement récent, le matériel source semblait présenter de nombreux problèmes, auxquels malheureusement nous n’échappons pas. Les très nombreux problèmes de parasites (égratignures, points noirs) sont assez visible pour réduire le plaisir de visionnement. Il semblerait que ces défauts étaient déjà présent dans la pré-sortie de Février, il semble que les 6 mois de décalage n’aient pas été utilisés pour restaurer cette pellicule à priori endommagée.
Comme décrit dans le synposis, ce film a été tourné en noir et blanc. Les efforts de productions afin de rendre l’image aussi détaillée que possible ont été nombreux, notamment concernant le choix des tonalités et des motifs pour que le rendu soit bon (tous les éléments de décors étaient filmé en noir et blanc pour voir si le rendu serait optimal). Cette attention donnée permet d’obtenir une image assez précise ou les textures et détails sont nombreux et réalistes.
Les contrastes et la brillance sont très correctement calibrés et sont d’un niveau optimal quelles que soient les conditions d’éclairage des scènes. Les noirs ne présentent aucun problème, tant au niveau des détails présents que dans la profondeur.
Si l’internégatif semblait avoir souffert, et était handicapé de nombreux défauts, il semble que le transfert a été fait de manière tout aussi négligente. Les problèmes liés directement à la compression sont nombreux et visibles (notamment des variation de définition, ou l’on voit le niveau de détail chuter brusquement pour revenir à la normale). Si les problèmes de surdéfinition sont négligeables, des parasites apparaissent çà et là sous la forme de tâches noires, là encore plutôt dérangeante.

Dans l’ensemble, cette édition est d’une qualité bien en deçà de ce qui est habituellement proposé. Nous aurions aimé comprendre ce qui a fait que de telles négligences soient faites sur cette édition. Bien que ce film soit en noir et blanc, l’attention de Burton et de son équipe sur la qualité des visuels et du résultat sur bande aurait mérité quelques autres efforts. Le côté « documentaire » était largement supporté par le noir et blanc, il était inutile d’y rajouter les défauts des films de cette époque.



Son
Une seule bande-son est proposée, en anglais Dolby Digital 5,1. Il est à noter que cette bande-son au format Dolby Digital 5.1 est un remixage.

Avant de rentrer dans le détail, il convient de dire ici que les efforts mis pour réaliser ce mixage multicanal ont été plutôt mal investis. En effet, les effets d’ambiophonie sont réellement limités, et la majorité du message audio provient des trois enceintes avant, la centrale supportant une bonne partie du film (au-delà des dialogues).
L’utilisation des enceintes avant se fait très correctement, le son est ample et se répand sur tout l’espace. Le placement des éléments sonores correctement rendu, donnant une impression de réalisme satisfaisante. Les dialogues sont toujours parfaitement rendu, bien en avant et sonnent très naturellement, et ce quels que soient les conditions sonores. Les effets de transitions sont très peu nombreux et réellement discret. Les enceintes arrières étant au repos presque perpétuellement, les transitions arrière sont inexistantes.

Si on comprend que l’utilisation abusive des effets arrières aurait compromis l’effet général, ceci n’aurait pas du se faire au détriments de la trame Sonore de Howard Shore qui aurait mérité un petit coup de pouce des arrières afin de la rendre encore plus « enveloppante » et présente. Les balances du mixage sont de bonne qualité, tous les éléments sonores se combinent sans jamais s’étouffer ou annuler un effet nécessaire.

Le son est correctement restitué, et la bande sonore est rendue sans heurt sur toute la hauteur du spectre. On peut néanmoins constater des petites limitations au niveau du dynamisme, surtout perceptible au niveau de la trame sonore.
On regrette une fois encore l’absence de bande son française, de même que l’absence de sous titrage dans cette langue, l’espagnol ayant été favorisé.
Tout comme l’image, cette édition DVD propose des qualités sonores moindres que celle auxquelles nous sommes habitués. Mais contrairement aux problèmes de l’image, ceux rencontrés dans le son sont peu dérangeant, participant même quelque part à l’immersion dans le « époque » proposé par l’image.




Suppléments/menus
Cette édition de Ed Wood est composée d’un seul disque double couche (DVD-9).
Une piste avec les commentaires de Tim Burton, de l’Oscarisé Martin Landau, costumier, photographe et des scénaristes est proposée. Cette bande sonore est particulièrement intéressante, permettant de séparer le grain de l’ivraie sur le fond, et permettant des anecdotes sympathiques sur la forme de scènes commentées. Une espèce de vidéo musicale sans aucun intérêt (une danseuse qui bouge sur des décors du film) ainsi que l’indispensable bande annonce sont proposées.

Les suppléments sont composés de quatres segments, ainsi que de plusieurs scènes retirées. On dénombre cinq scènes retirées qui sont présentées au format respecté (transfert 16:9). Ces scènes sont d’un niveau excellent, mais il est vrai que le film, déjà un peu trop lent, aurait mal supporté l’ajout de ces quelques 25 minutes supplémentaires.

Le premier des quatres segment s’intitule : Let's Shoot this F#*%@r! . Ce segment de 14 minutes est une compilation d’images de tournages, de vision du décors sans aucun commentaire. On peut y voir le travail de Burton sur certaines scènes et dans la direction des acteurs, mais l’absence de commentaires restreint un peu la pertinence de l’expérience. Néanmoins, une introduction réellement ahurissante est faite en quelques minutes par Johnny Depp. Cette introduction est d’une bizarerie absolue et sera un indispensable tant pour les fans de Depp que pour ceux de Burton.
Le second segment intitulé The Theramin propose en 7 minutes de découvrir l’instrument de musique éponyme. Cet instrument électrique a été utilisé dans de très nombreux films d’horreurs de l’époque, et c’est avec plaisir que Shore nous explique comment il a trouvé non seulement les instruments, mais aussi les gens qui en jouait. Passé la découverte de l’objet, peu d’information réellement utiles.
Making Bela nous offre un aperçu des efforts de prothèses et de maquillage nécessaire pour rapprocher Martin Landau de Bela Lugosi. On y apprend d’ailleurs que le maquilleur, Rick Backer, a volontairement décidé de ne pas chercher la ressemblance avec Lugosi, mais plutôt de donner des traits qui permettaient de reconnaître. Cette approche nous a semblé très réussie, rappelant la personne qui est jouée, mais laissant l’acteur l’interpréter plutôt que de l’imiter.
Pour terminer, et c’est certainement le meilleur segment, Pie Plates Over Hollywood nous fait découvrir en compagnie du chef décorateur Tom Duffield les efforts qui ont été déployés pour la production de ce film, et surtout la recherche de détails pour satisfaire aux exigences d’une pellicule noire et blanc. Ce segment est très intéressant car ce travail pour du noir et blanc est rare, et les problématiques posées nouvelles.

D’une qualité inégale, ces segments semblent bien peu comparés à ce que le thème aurait pu offrir. Il aurait été intéressant d’Avoir une biographie « réelle » de Wood, d’avoir des extraits de ses productions, et surtout d’enquéter plus profondément sur le cinéma de série B, car ce film de Burton reste un des rares films qui célèbre ce genre de cinéma. Peut-être que le supplément manquant est « Mars Attack »…




Conclusion
Tant d’attente pour des résultats si moyens. C’est très certainement la première pensée qui vient à l’esprit. Une image d’une qualité en deça des productions DVD, et une partie audio qui sans être d’une mauvaise qualité ne sait pas se démarquer ou cela aurait pu être fait.
Les amateurs de Burtons/Depp/Landau et Ed Wood iront quoiqu’il en soit chercher ce film, unique dans la carrière de Burton, et véritable hommage à la série B.
En attendant une édition qui sera corrigée, celle là portera le sceau des productions réelles de Ed Wood : de série B...


Qualité vidéo:
2,5/5

Qualité audio:
3,0/5

Suppléments:
2,5/5

Rapport qualité/prix:
3,0/5

Note finale:
2,8/5
Auteur: Thomas Geffroyd

Date de publication: 2004-11-04

Système utilisé pour cette critique: Téléviseur Sony KV34XBR910; Préampli Audio Refinement par YBA Pre-2; Ampli Audio refinement par YBA Multi-5; Enceintes JmLabs; Sub REL Strata III; Lecteur DVD Denon DVD-1600; cables et interconnects Cardas/Audioquest.

Le film

Titre original:
Ed Wood

Année de sortie:
1994

Pays:

Genre:

Durée:
127 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Buena Vista

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Piste de commentaires audio (avec Tim Burton et Martin Landau), six scènes inédites, vidéo, cinq segments portant sur la réalisation/production du film et la bande-annonce originale

Date de parution:
2004-10-19

Si vous avez aimé...