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DVDEF

Dark Passage

Critique
Synopsis/présentation
Delmer Daves est un grand réalisateur hollywoodien dont la réputation est curieusement assez mauvaise et ce sans raisons vraiment apparentes. Il a tout de même réalisé d'excellents films tels Pride of the Marines (1945), The Red House (1947), Broken Arrow (1950), Bird of Paradise (1951), 3:10 to Yuma (1957, voir critique), The Hanging Tree (1959).

Dark Passage (1947) est un film qui peut paraître banal au niveau scénaristique mais dont la mise en scène et l'ambiance font tout le prix. On y suit Vincent Parry (Humphrey Bogart) alors qu'il s'évade de prison et se fait spontanément aider par la jeune et jolie Irene Jansen (Lauren Bacall) qu'il n'avait pourtant jamais rencontrée auparavant. Il se verra ensuite aidé par un chauffeur de taxi qui lui proposera une opération de chirurgie esthétique afin qu'il puisse recommencer à vivre sans être inquiété par la police à ses trousses. Une fois remis de cette opération, il cherchera à découvrir qui est le véritable responsable du meurtre de sa femme pour lequel il était injustement emprisonné, au lieu de s'éloigner le plus rapidement possible de San Francisco où la police le recherche très activement.

Sur ce canevas classique, Delmer Daves (d'après le roman éponyme de David Goodis) va construire une ambiance résolument surprenante et novatrice dans le cadre du film noir.
En effet, au lieu de jouer sur le réalisme, il choisit de placer ses spectateurs et personnages dans une sorte de rêve éveillé où se succèdent les coïncidences malheureuses mais également des coups de chances totalement irréalistes qu'on a peu l'habitude de voir dans ce genre d'oeuvres.
La douceur et la tendresse sont les deux éléments déterminants du film qui se place ainsi comme totalement à part à la fois dans la filmographie de Daves mais aussi au sein de l'ensemble des films noirs dont il constitue assurément l'un des représentants les plus originaux.
L'atmosphère résolument étrange et inhabituelle qui en résulte occulte toute forme de réalisme et ce aussi bien au niveau des situations que des réactions des personnages. C'est sans doute ce qui décontenança les spectateurs de l'époque, plus habitués à des histoires linéaires et aux thèmes bien définis dans les films de leur couple préféré.
De même, la relation entre Bogart et Bacall est basée sur la tendresse et l'amour alors qu'habituellement ils sont dans un rapport de séduction agressif caractérisé par des dialogues aux sous-entendus sexuels très prononcés (To Have and Have not de Howard Hawks, 1944, ou The Big Sleep du même Howard Hawks, 1946).
Daves a choisi de faire de son héros un homme balloté entre les personnes qui veulent l'aider et celles qui veulent lui nuire (ou simplement le retrouver comme la police), qui ne retrouve curieusement son libre arbitre et le contrôle de sa vie que lorsqu'il a changé de visage et d'identité. L'ambiance du film est ainsi celle d'un rêve mais contient un élement oppressif en la présence policière, ou plus exactement la sensation qu'a Vincent d'être surveillé en permanence et potentiellement reconnu partout où il se rend, qui contraste avec les rencontres heureuses et fortuites qu'il fera tout au long du film.
De plus, Daves ose un final hautement improbable et totalement optimiste qui contraste grandement avec le tragique, la noirceur et le cynisme habituel du film noir.

Sa mise en scène épouse le point de vue de son héros pendant les vingt premières minutes, grâce à une excellente utilisation de la caméra subjective qui lui permet par la même occasion de faire ressentir à ses spectateurs la même désorientation que son héros et d'instaurer d'emblée un climat étrange. Ainsi, il ne montrera le visage de son héros que lorsque celui-ci aura subi une opération de chirurgie esthétique qui l'aura transformé d'apparence extérieure en Humphrey Bogart. Il expérimente également lors de la scène de l'opération, cherchant à nouveau à dérouter les spectateurs et donner ainsi une nouvelle direction à son film. Son sens du placement de la caméra ainsi que sa relative discrétion lui permettent d'instiguer jusqu'à la fin une ambiance paranoïaque très réussie mais qui ne contamine pas pour autant l'intégralité du film et cohabite avec une autre ambiance beaucoup plus chaleureuse, ce qui est un véritable tour de force.

Bogart et Bacall étaient alors au sommet de leur gloire et ont su prendre le risque de renouveler leur image tout en prenant soin de rester dans le cadre familier du film noir.
Tous les autres acteurs sont impeccables sachant rester dans les limites du raisonnable mais convoyant ouvertement une atmosphère étrange. Une mention spéciale à Agnes Moorehead qui exprime la méchanceté de son personnage avec une conviction peu commune et Houseley Stevenson qui compose un docteur étrange mais inspirant vraiment la sympathie.

Une oeuvre originale et décalée qu'il faut appréhender avec le bon état d'esprit pour apprécier pleinement ses qualités et éviter de tomber dans le piège d'un visionnage au premier degré qui vous conduirait immanquablement à trouver le film raté. Un film méconnu et très injustement mésestimé du couple Bogart/Bacall qu'il est urgent de réévaluer et d'enfin considérer comme l'oeuvre majeure qu'elle est réellement.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.33:1 d'après un transfert 4:3.

La définition générale est vraiment surprenante de qualité et de constance pour une oeuvre de 1947. L'interpositif est très propre, seuls quelques points et rayures venant légèrement parasiter le rendu de temps à autres. Le grain est présent mais réduit au minimum et sa présence confère un aspect très cinéma à ce transfert. La finesse des détails est remarquable tout au long du film, permettant de l'apprécier dans des conditions idéales.
Le contraste est vraiment bien géré, évitant toutes les brillances. Les parties sombres du film sont impeccablement rendues grâce à des noirs étonnamment profonds et purs. Enfin la qualité des dégradés est exceptionnelle, permettant de rendre toutes les nuances de la photographie et l'ambiance étherée du film.
La partie numérique est largement à la hauteur ne générant qu'un peu de surdéfinition des contours (peu visible) et des fourmillements localisés, ces légers défauts ne s'avérant jamais gênants.
Un superbe transfert dont nous ne pouvons que féliciter la Warner pour une oeuvre aussi mésestimé que celle-ci. Cela est d'autant plus remarquable qu'habituellement les "petites" éditions de cet éditeur sont propres mais n'atteignent jamais un tel niveau de qualité que l'on pourrait presque rapprocher de celui d'éditions spéciales comme celle de Casablanca ou The Treasure of the Sierra Madre.



Son
La seule bande-son disponible sur cette édition est en Anglais (Dolby Digital 1.0 mono).
Sa dynamique est forcément limitée par son âge et son format mais malgré cela, elle s'en sort très bien dans ce domaine. Les mêmes remarques s'appliquent à sa présence et sa spatialité.
La musique est correctement rendue mais souffre de distortions (raisonnables) dans le haut du spectre. Elle est par ailleurs parfaitement bien intégrée au reste de la bande-son.
Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles et les parasites et distortions audibles à volume élevé apparaissent réduits au minimum.
Les basses frénquences sont bien évidemment anecdotiques mais servent le rendu musical sur les passages les plus exigeants.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son qui n'est pas aussi réussie que la partie vidéo mais qui s'avère totalement satisfaisante en l'état. Combinée à l'excellente partie vidéo, elle permet de pouvoir redécouvrir le film dans des conditions idéales.


Suppléments/menus
C'est à notre plus grande surprise que la Warner s'est enfin décidée à produire de petits suppléments concernant ses oeuvres mythiques qui en étaient auparavant totalement dépourvues.
Un court documentaire intitulé "Hold Your Breath And Cross Your Fingers : The Story Of Dark Passage" (10 min 30s), revient sur la carrière de Delmer Daves et sur l'impact qu'a eu sur le film et Bogart lui-même son passage devant la commission tristement célèbre de McCarthy.
Est également proposé un cartoon intitulé Slick Hare (7 min 43 s) faisant intervenir Bugs Bunny, Sam le pirate mais aussi un personnage à l'effigie de Bogart et un autre à celui de Bacall. Si ce n'est assurément pas l'un des meilleurs Looney Tunes, ce dessin animé permet de bien voir l'ampleur de la réputation et de l'aura du couple Bogart/Bacall à l'époque.
Enfin, est proposée une bande-annonce de bonne qualité.

Un ensemble un peu léger pour un tel film mais il serait malvenu de faire la fine bouche devant la réaction tardive mais effective d'un éditeur auquel nous réclamons sans cesse un minimum de suppléments pour ses éditions "simples". Les segments présents sur le disque nous offrent des informations permettant de replacer l'oeuvre dans son époque et donc de l'apprécier encore plus pleinement.




Conclusion
Une édition réussie qui propose une image et un son de bonne qualité, peu de suppléments mais de qualité également et le tout pour un prix de vente très bas. Un achat résolument indispensable aux nombreux amateurs du couple Bogart/Bacall et de films noir.
Il s'agit du film le moins considéré et le moins prestigieux de ceux tournés ensemble par le couple mythique.
Pourtant cette oeuvre recèle de qualités (et de quelques défauts) et c'est certainement le changement relationnel entre leurs deux personnages à l'écran qui a le plus décontenancé leurs admirateurs.
Le romantisme et l'amour prennent le pas sur le jeu de séduction et les dialogues acérés, mais l'aura dégagé par les deux acteurs est assurément intense.
Le scénario peut paraître un peu cliché et pourtant si l'on se plonge vraiment dans le film on peut s'apercevoir qu'en fait Delmer Daves souhaitait lui donner une ambiance toute particulière entre rêve et cauchemar, et assurément complêtement irréaliste comme un fantasme de film noir.
Un film à réévaluer impérativement pour son originalité de traitement, malheureusement passé inaperçue, et la classe folle que dégagent Bogart et Bacall.


Qualité vidéo:
3,8/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
3,6/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-12-07

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Dark Passage

Année de sortie:
1947

Pays:

Genre:

Durée:
106 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Warner Bros.

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.33:1

Transfert 16:9:
Non

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Documentaire, Bande-annonce, Cartoon

Date de parution:
2003-11-04

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