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DVDEF

To Live and Die in L.A Special Edition

Critique
Synopsis/présentation
William Friedkin est un cinéaste qu'il n'est nul besoin de présenter tant le succès de The Exorcist (1973), et dans une moindre mesure French Connection (1971), l'ont rendu célèbre auprès d'un public très large.
Malheureusement pour lui, le reste de sa carrière ne lui permettra jamais de retrouver un tel succès, celà étant du principalement à la noirceur et au nihilisme forcené des oeuvres qui suivront les deux précitées. De plus, Friedkin est un homme très particulier qui paraît n'accorder que peu d'importance quant au succès de ses films à partir du moment où leur intégrité artistique est préservée.
Des oeuvres comme Cruising (1980) ou Rampage (1988) proposent une morale certes très sujette à caution (du au sens du spectaculaire et du malsain de Friedkin) mais également une mise en scène passionnante et une originalité réjouissante dans la façon de traiter des sujets difficiles.

Friedkin est généralement exigeant avec son public auquel il demande une attention permanente afin de saisir les tenants et les aboutissants de ses scénarios, mais également un coeur bien accroché afin de supporter tous les chocs qu'il fait transiter par l'amoralité de ses scénarios et l'aspect direct et sans fioritures de sa mise en scène. Sa personnalité a priori désagréable est souvent citée par les journalistes en mal de sensations alors qu'elle n'a que peu à voir avec la qualité intrinsèque de ses oeuvres les plus intéressantes qui en subissent pourtant les conséquences.
Mais il faut bien avouer que depuis Rampage (qui a d'ailleurs subi un échec cuisant et circule en vidéo dans diverses versions dont aucune n'est approuvée par Friedkin), il n'a jamais réussi à retrouver la fougue et l'énergie combinées à un scénario solide et exploitant une réflexion intéressante, qui faisaient tout le prix de ses oeuvres des années 70 et 80.

Avec To Live and Die in L.A. (1985), il aborde de façon originale le film policier. On y suit l'agent fédéral Richard Chance (William Petersen) poursuivre un artiste peintre spécialisé dans la contrefaçon de billets de banque, Rick Masters (Willem Dafoe). Ce dernier à en effet tué le partenaire et mentor de Chance, alors qu'il se rapprochait dangereusement de sa cache. Chance jure de se venger de Masters par tous les moyens possibles légaux aussi bien que totalement illégaux. Son nouveau partenaire, John Vukovic (John Pankow), fera les frais de l'attitude tête brûlée jusqu'au boutiste de Chance, ce qui finira par le perturber beaucoup plus qu'il ne le pensait au départ. Chance défie sa chance en permanence et fait des calculs souvent peu judicieux et dangereux, ce qui le conduit à se retrouver dans des situations très périlleuses aussi bien physiquement que professionnellement.

Friedkin est un cinéaste percutant qui recherche des personnages amoraux et les situations malsaines dans ses scénarios. Dans ce film, la contrefaçon (en général) et l'argent sont les deux centres d'intérêt principaux. Le thème du faux et de la copie gangrène donc tous les éléments du scénario. Un jeu complexe de relations faussées va se mettre en place entre tous les personnages dont certains imitent d'autres de façon troublante.
Il réussit donc un mélange unique, conciliant un thème fort avec une histoire policière complexe et des scènes d'action très réussies. Chance est un personnage intéressant par sa capacité à se relever de toutes les bévues qu'il commet par excès de précipitation ou de confiance en soi. Vukovic est un personnage qui paraît plutôt fade au début et évolue de façon surprenante pour devenir une nouvelle version de Chance. Masters est un méchant charismatique qui révèle néanmoins une psychologie fouillée et une tendance à la violence physique assez effrayante sous des dehors a priori charmants.
L'argent et la fausse monnaie sont au coeur du film et tous les personnages sont à un moment ou un autre confrontés à des soucis financiers. Les personnages sont tous égocentriques et la plupart sont profondément matérialistes, ce qui lui permet ainsi de dénoncer les dérives consuméristes apparues dès la fin des années 70.

L'amoralité de tous les personnages et la fausseté de leurs relations font que le film est totalement anti-hollywoodien dans sa volonté farouche de montrer ce qui pour Friedkin est la cause de beaucoup de maux de notre société.
Sa mise en scène est à son sommet et le fait qu'il ne pratique que très peu les répétitions entre acteurs et privilégiant souvent les premières prises voire même les prises tests comme définitives lui permet d'offrir à son film une sensation d'immédiateté et de "réalisme" rarement atteintes dans un film policier. Sa caméra sait rester sage quand il le faut et devenir virtuose lorsque la situation l'exige. La scène de fabrication de la fausse monnaie est un grand moment de cinéma qui, grâce à des cadrages simples et un montage hors pair, nous décrit ce processus et tout ce qu'il peut avoir de fascinant de fort belle façon.
Les scènes d'action ont pour la plupart été tournées sur le vif et le fait qu'il pousse ses acteurs et cascadeurs à repousser leurs limites, sans tenir compte des restrictions imposées par les propriétaires des lieux ou les autorités, confèrent à ces scènes une nervosité rejouissante trop rare dans le cinéma hollywoodien. Sa grande maîtrise technique et le fait qu'il n'ait peur de rien lui permet de signer une scène de poursuite qui repousse les limites de cet exercice qu'il avait déja fixé dans French Connection.
Il utilise également le son de façon très complexe, ce qui donne des résultats surprenants comme dans cette même scène de poursuite automobile.

Les acteurs sont tous totalement impliqués dans l'oeuvre et ils offrent tous des prestations d'une intensité qui peut s'avérer troublante tant on a peu l'habitude d'une telle force. Petersen, Pankow et Dafoe n'hésitent pas à prendre de gros risques physiques en effectuant eux-mêmes la plupart de leurs cascades spectaculaires.

La musique de Wang Chung est l'élément le plus faible du film car elle s'avère extrêmement datée et confère au film un aspect kitsch dont il aurait pu parfaitement se passer. Le visuel de l'oeuvre est certes marqué du sceau des années 80 mais reste de nos jours tout à fait valide alors que la musique prête plus souvent à sourire qu'autre chose. Un style moins immédiatement "mode" lui aurait sans doute permis de mieux tenir l'épreuve du temps. Nous précisons qu'il ne s'agit que d'un avis personnel qui peut s'appliquer à beaucoup d'oeuvres des années 80 (Scarface).

Un film percutant, aux héros et péripéties en permanence sur le fil du rasoir, qui vous maintiendra en haleine jusqu'à son surprenant final aux limites du fantastique.


Image
L'image est présentée au format respecté de 1.85:1 d'après un transfert 16:9.
La définition générale est de bon niveau mais quelques passages moins définis reviennent à intervalles réguliers nous rappeler que nous sommes en présence d'une oeuvre des années quatre-vingt. L'interpositif est propre, ne laissant passer qu'un léger grain et deux trois poussières quasi invisibles. La finesse des détails est de bon niveau mais malheureusement entachée par les fluctuations de la définition qui s'avèrent toutefois excusables au vu de l'âge du film.
Le rendu des couleurs est impeccable, restituant bien les nuances de la photographie et l'aspect très années quatre-vingt de l'oeuvre. Elles sont naturelles, constantes, correctement saturées et sans débordements.
Le contraste est fort bien géré, évitant toutes les brillances.
Le rendu des scènes sombres est de bon aloi, grâce à des noirs suffisamment profonds et purs et à la qualité des dégradés qui s'avère excellente.

La partie numérique du transfert est à la hauteur, ne laissant qu'un peu de fourmillements faire leur apparition sans jamais devenir gênants et des traces sporadiques de surdéfinition.
Un transfert de qualité qui propose de façon évidente la meilleure image à ce jour pour To Live and Die in L.A, mais dont les quelques défauts auraient pu être éliminés par une restrauration plus complète.


Son
Les trois bandes-son disponibles sur cette édition sont respectivement en Anglais (Dolby Digital 5.1) , Français (Dolby Digital 2.0 surround) et Espagnol (Dolby Digital 1.0 mono).
La dynamique de la bande-son anglaise est d'un excellent niveau, preuve d'un bon remixage. Sa présence et sa spatialité sont d'un niveau surprenant pour une bande-son remixée et cela profite grandement au film, ce qui est l'essentiel.
La musique très datée du groupe Wang Chung est impeccablement rendue et parfaitement intégrée au reste de la bande-son.
Les enceintes arrières sont relativement peu utilisées pour des effets mais elles le sont toujours de façon efficace (la poursuite). C'est à nouveau la musique qui profite pleinement de la répartition sur les enceintes arrières.
Les dialogues sont toujours parfaitement intelligibles et sans aucune trace de distortion ou de parasites et ce même à volume élevé.
Les basses fréquences sont bien traitées également et leur apport est déterminant lors des scènes d'action ou pour la restitution de la musique qui prend ainsi une ampleur appréciable grâce à ce supplément d'assise.
La bande-son française est vraiment plusieurs tons en dessous tant le nouveau remixage multicanal est efficace.
Les sous-titres sont disponibles en Anglais, Français et Espagnol.

Une bande-son formidable de qualité malgré toutes les réserves (très personnelles) que nous émettons sur la musique du film. Un remixage qui apporte réellement un plus sans pour autant dénaturer le travail originel des ingénieurs du son.


Suppléments/menus
Une section classique et une peu légère mais dont la qualité permet à cette édition de porter la mention Special Edition sans avoir à en rougir. Tous les suppléments sont rassemblés sur le même disque que le film.

Le commentaire audio de William Friedkin est très instructif mais surtout profite des vingt ans de recul qu'il a pu prendre par rapport au moment du tournage. Nous bénéficions ainsi à la fois de ses souvenirs mais également de son analyse qui le conduit souvent à pointer les passages du film qu'il réaliserait maintenant de façon différente. Si son ton de voix et sa diction (assez lente) ne sont pas des plus agréables à écouter, la richesse de ses interventions rattrape largement ces défauts. Si vous êtes un admirateur de ce film, l'écoute de ce commentaire est résolument indispensable à sa meilleure appréhension.

L'excellent documentaire intitulé "Counterfeit World : The Making of To Live and Die in L.A." (29 mins.) est un exemple de production. En effet, contrairement à beaucoup d'autres documentaires du même genre qui font trop souvent l'impasse sur la participation des vedettes du film, voire même du réalisateur, celui-ci propose des interviews de l'intégralité des artisans principaux du film. Dans celui-ci tous les artisans du film sont présents et offrent des interviews passionnantes qui montrent combien ils étaient investis dans ce projet et les analyses rétrospectives qu'ils proposent sont constamment pertinentes. Si certains passages pourront paraître auto-satisfaits ou trop congratulatoires, la bonne ambiance et la créativité du plateau de tournage ont laissé des souvenirs inoubliables à tous ses participants.

Sont ensuite proposés deux courts segments, l'un concernant une scène coupée contenant la scène elle-même et une petite présentation des conditions qui ont mené à sa disparition du métrage final (4 mins.), l'autre concernant la ridicule fin alternative que le studio essaya d'imposer à Friedkin afin d'attenuer la noirceur et le nihilisme du film (9 mins.).
Enfin sont disponibles une galerie de photos de qualité, deux bandes-annonce du film et trois autre bandes-annonce (Nikita, Fargo, Dark Blue).
Un ensemble complet même si un peu court qui nous éclaire néanmoins sur la totalité des aspects du film et permet de l'apprécier de façon différente.



Conclusion
Une édition fort réussie même si l'image paraît perfectible sur certains points. Des suppléments de qualité, un belle image, une bande son retravaillée de façon très efficace et un tarif attractif font de cette édition un produit tout à fait recommendable.

Un polar injustement oublié qui détonne pourtant de par son nihilisme et l'absence totale de clichés hollywoodiens. William Friedkin est un cinéaste impulsif qui ne craint pas de choquer, la preuve en étant ce film qui aurait sans aucun doute pu atteindre d'excellents scores au box-office de l'époque. Friedkin n'accepta pas d'édulcorer son propos ou sa violence physique et psychologique comme le lui demandaient ses producteurs, souhaitant rester indépendant ce que lui permettait son sens de l'économie et sa rapidité à tourner.
Un film qui, malgré certains aspects extrêmement datés années 80 (dans le mauvais sens du terme), propose une vision originale du film policier, des personnages passionnants, une ribambelle de jeunes acteurs exceptionnels (Petersen, Dafoe, Pankow, Turturro) et une réalisation sèche et nerveuse, sur le vif.
A noter que la poursuite automobile est un moment absolument inoubliable qui représente ce qui s'est fait de plus fou en la matière avant l'arrivée des effets spéciaux numériques.
La thématique de la contrefaçon revendiquée par Friedkin est évidente à travers tous les compartiments de l'oeuvre, et lui ajoute une valeur supplémentaire plutôt rare dans ce type de films habituellement plus simplistes de côté-la.
Un polar à ne pas mettre devant tous les yeux mais qui tiendra en haleine tous ceux qui accepteront de s'y plonger dans l'état d'esprit requis.


Qualité vidéo:
3,4/5

Qualité audio:
3,8/5

Suppléments:
4,0/5

Rapport qualité/prix:
4,1/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2003-12-01

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
To Live and Die in L.A

Année de sortie:
1985

Pays:

Genre:

Durée:
116 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
MGM

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
1.85:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:
Non

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby Digital 5.1
Française Dolby 2.0 Surround
Espagnole Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Français
Espagnol

Suppéments:
Commentaire audio, documentaire, scène coupée, fin alternative, gallerie de photos, bande-annonce

Date de parution:
2003-12-02

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