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DVDEF

Hustler, The

Critique
Synopsis/présentation
Robert Rossen a cumulé au sein d'Hollywood les fonctions de scénariste et de réalisateur. Ses talents évidents en tant que scénariste (The Roaring Twenties de R. Walsh 1939, The Sea Wolf de M. Curtiz 1941, The Treasure of the Sierra Madre de J. Huston 1948, en tant que co-scénariste) lui ont tout naturellement ouvert les portes de la réalisation.
Son premier essai, Johnny-O'Clock (1947) est un bon petit film noir, teigneux et nerveux, plutôt respectueux des conventions du genre, mais qui le fait remarquer. Sa réalisation suivante est un brillant film sur la boxe : Body and Soul(1947). Il est beaucoup plus ambitieux que son prédécesseur et permet à R. Rossen de mettre en place une thématique personnelle (qu'il reprendra pour The Hustler et que S. Stallone pillera pour Rocky). Ce film émouvant est novateur sur bien des points (le personnage du boxeur noir, le tournage des séquences de boxe sur des patins à roulettes) et propose une vision pessimiste (mais plutôt réaliste) de la société de l'époque. Curieusement, ses films suivants ne retrouveront jamais le mélange homogène de qualité qui faisait la saveur de ses deux premiers. All The King's Men (1949) propose une vision curieuse du milieu politique (due en partie aux différents remontages du film), mais possède une énergie formidable qui restera comme la marque de fabrique du réalisateur et qui compense son aspect très cahotique. Les cinq films qui suivront sont d'un intérêt très faible en comparaison du reste de son oeuvre (le fait d'avoir collaboré au McCarthysme lui fit perdre son mordant), et leur côté impersonnel amenuise encore leur impact (The Brave Bulls 1951, Mambo 1955, Alexander the Great 1956, Island in the Sun 1957, They Came to Cordura 1959).
Fort heureusement, ses deux dernières oeuvres seront des chefs d'oeuvres certifiés (comme s'il avait attendu une dizaine d'années pour se livrer entier en deux films). Ceux-ci révèlent une sensibilité et un talent largement au-dessus de ce qu'il nous avait montré jusque là (sauf pour ses deux premiers films). Lilith (1964) est un film différent des précédents, et s'avère être pourtant son plus émouvant et subtil. La folie y est observée par le biais d'un personnage féminin tout en nuances et mystères, comme vue de l'intérieur.
The Hustler (1961) propose de suivre le parcours d'Eddie Felson (Paul Newman, dans ce qui est à notre goût sa meilleure composition), un brillant joueur de billard. Celui-ci gagne sa vie en arnaquant d'autres joueurs dans des bars, mais son ambition démesurée va l'amener à se confronter à d'autres professionnels pour des sommes nettement supérieures à celles dont il a l'habitude. Cette oeuvre fait partie des films "exemplaires" qui marquent l'aboutissement d'un certain style de cinéma, tout en y ajoutant subtilement une réelle signification aux actes de ses personnages. La suggestion devient ainsi le moteur du réalisateur pour véhiculer des idées et des sensations sans avoir besoin de recourir à un style symbolique ou parabolique souvent plus lourds et difficiles à manier. Toute la palette des sentiments humains (destruction, auto-destruction, le triomphe et l'avilissement, attraction et répulsion des êtres, désir de vie et de mort) est représentée à travers les quatres personnages principaux. Ces êtres ordinaires et aussi contradictoires que le commun des mortels facilitent grandement l'identification du spectateur et par la même son empathie. Il s'agit typiquement du genre de film que l'on découvre lorsqu'on est jeune et que l'on apprécie pour sa progression dramatique, ses qualités esthétiques, son ambiance inimitable et dont on saisit toute la subtilité et la complexité des sentiments exprimés en le revoyant plus âgé et habitué à 'lire' les films d'une façon différente. Cette histoire est passionnante, sa mise en scène frôle la perfection, le scénario a la puissance d'une tragédie grecque, les acteurs sont tous parfaits (mention spéciale à George C. Scott, absolument glaçant, et à Piper Laurie émouvante et totalement crédible), tous les techniciens sont de haut vol et le film devient une immense réussite.
A noter que Martin Scorcese a réalisé en 1986 un sympathique film, The Color of Money, à la fois une suite (avec à nouveau Paul Newman dans le rôle d'Eddie Felson) et un remake de The Hustler, qui malgré toute l'estime que nous lui portons, est loin d'arriver à la complexité et la quasi perfection de l'original (même s'il est très recommendable par ailleurs).



Image
L'image est offerte au format respecté de 2.35:1 d'après un transfert anamorphosé (approuvé THX). Voilà une édition DVD de toute beauté qui ne déçoit par.
L'interpositif a été parfaitement nettoyé et propose un niveau de détails de très haute volée. La définition générale est toujours très poussée et jamais prise en défaut, même dans les arrières-plans (malgré un grand nombre de plans sombres et enfumés).
Les contrastes ont fait l'objet d'un soin tout particulier et nous permettent d'apprécier en permanence la superbe photographie du film (pourtant pleine de nuances et difficile à bien reproduire). Aucun souci de brillance n'est à déplorer. Tous les plans sombres passent parfaitement bien et sont soutenus par un niveau de noirs vraiment remarquable.
Il s'agit d'une des très belles copie noir et blanc que nous ayons vue, et encore une fois, un effort très particulier a été appliqué à un 'vieux' film qui le mérite vraiment (voir The Great Race).



Son
Les bandes-son disponibles sont respectivement en Anglais (DD 2.0 stéréo), Anglais (DD 2.0 mono), Français (DD 2.0 mono). Les mêmes étranges configurations que sur Hombre (critique) sont proposées ici, à savoir deux pistes anglaises, une en stéréo et une en mono.
La piste anglaise en stéréo est la meilleure du lot, bien qu'elle ne soit pas à la hauteur de la qualité de l'image. Une dynamique un peu faible (pour du matériel restauré) nous prive d'une spatialité plus importante qui aurait bénéficié à l'ambiance du film. Cependant, dès que la sublime musique jazz retentit, la scène sonore s'ouvre réellement et fait regretter que le reste de la bande-son ne soit pas du même acabit. L'ensemble est tout de même fort correct, avec des dialogues toujours intelligibles, un bon rendu des sons des boules de billard et des sifflantes totalement absentes.
Les deux autres bandes-son en mono sont correctes, bien qu'encore plus étriquées que celle en stéréo. La deuxième piste anglaise n'a donc à nos yeux aucun intérêt (elle en aurait eu un si un remixage 5.1 était proposé). Une bande-son satisfaisante qui aurait cependant beaucoup gagnée à être remixée en 5.1, et aurait compensé ainsi le manque d'immersion que l'on ressent au visionnement du film.
Les sous-titres ne sont malheureusement disponibles qu'en Anglais et Espagnol (comme pour presque toutes les éditions de la Fox).



Suppléments/menus
Pour une fois, voici une véritable édition spéciale littéralement remplie de segments de qualités. Ils sont répartis de la manière suivante : un commentaire audio, un documentaire, une section d'analyse des séquences de billard faite par un champion du monde de la spécialité, une autre section où il reproduit devant nous ces mêmes coups, plusieurs bandes annonces (The Hustler, Hombre, The Verdict, Butch Cassidy and the Sundance Kid), des mires de réglage THX.
Le commentaire audio est différent de ceux qu'on a l'habitude d'entendre en ce sens qu'il ressemble plutôt à une grande interview des 8 intervenants, qui ne se réfère jamais à ce qui se passe sur l'écran. L'intérêt de cet exercice passionnant est d'avoir réuni différentes personnalités : le critique et meneur de l'interview, Stewart Galbraith ; Paul Newman ; Carol Rossen, fille du réalisateur ; Dede Allen, la monteuse du film ; Ulu Grosbard, l'assistant réalisateur ; Jeff Young, un des producteurs ; Stefan Gierasch, acteur ; et Richard Schickel, critique du Time Magazine. Les questions posées par l'animateur sont toujours pertinentes et intéressantes, de même que les réponses fournies par l'ensemble des intervenants (chacun y mettant son propre ressenti et sa propore personnalité).
Le documentaire intitulé The Hustler : The Inside Story, traite quant à lui beaucoup plus de l'historique du billard et de la façon dont les acteurs ont appris à jouer et donner l'illusion d'être de vrais professionnels. Sur ce plan-là, le documentaire remplit parfaitement sa fonction, mais il aurait été judicieux de compléter l'excellent commentaire audio par un segment plus axé sur le film et ses qualités, en utilisant ses intervenants.
Les deux segments suivants permettent aux novices en billard de découvrir ce sport à l'aide du champion du monde (qui ressemble à Minnesota Fats) qui nous décortique les coups. Dans une permière partie, il les refait sous nos yeux (sans malheureusement les expliquer), puis est proposée une section où on peut lancer le film et avoir à chaque moment de billard important, une fenêtre qui s'ouvre où il les analyses.
Les bandes-annonces sont quant à elles, techniquement, de qualité acceptable.




Conclusion
Un film et une édition DVD totalement indispensables pour tout cinéphile qui se respecte, et pour les novices qui pourront ainsi découvrir un très grand moment de cinéma qui les accompagnera toute leur vie.
Une bonne mention à la FOX qui a porté, techniquement, toute l'attention nécessaire à cette édition même si leurs efforts auraient pu être plus poussés au niveau du son.


Qualité vidéo:
4,0/5

Qualité audio:
2,5/5

Suppléments:
3,7/5

Rapport qualité/prix:
3,9/5

Note finale:
3,7/5
Auteur: Stefan Rousseau

Date de publication: 2002-07-18

Système utilisé pour cette critique: Projecteur Sharp XV Z9000, Lecteur de DVD Toshiba SD500, Recepteur Denon, Enceintes Triangle, Câbles Banbridge et Real Cable.

Le film

Titre original:
Hustler, The

Année de sortie:
1961

Pays:

Genre:

Durée:
135 minutes

Réalisateur (s):

Acteur (s):

Le DVD / Blu-ray

Pochette/couverture:

Distributeur:
Twentieth Century Fox

Produit:
DVD

Nombre de disque:
1 DVD-9 (simple face, double couche)

Format d'image:
2.35:1

Transfert 16:9:
Oui

Certification THX:

Bande(s)-son:
Anglaise Dolby 2.0 stéréo
Anglaise Dolby mono
Française Dolby mono

Sous-titres:
Anglais
Espagnol

Suppéments:
Commentaire Audio avec 8 intervenants dont P.Newman, Documentaire: The Hustler: the inside story, Une analyse des séquences de billard (style Lapin Blanc de The Matrix), Les coups de billard expliqués, bandes- annonces

Date de parution:
2002-06-04

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